#Villes d'Algérie

La ville de Mascara en Algérie

Mascara, berceau de l’Émir Abdelkader, est la ville symbole de la résistance algérienne. C’est ici qu’en 1832, le jeune chef de 24 ans fut proclamé « Commandeur des croyants » dans la plaine de Ghriss, sous l’arbre « Dardara » classé patrimoine national. Capitale du beylik de l’Ouest au XVIIIe siècle, puis de l’émirat d’Abdelkader de 1832 à 1841, cette cité aux sept portes domine les terres les plus fertiles d’Algérie : vignobles réputés, agrumes de Mohammadia, olives de Sig. Les monts des Beni Chougrane au nord et les thermes de Bouhanifia complètent les attraits de cette wilaya agricole par excellence, carrefour de l’Ouest algérien.

1. Présentation générale

Mascara (en arabe : معسكر, signifiant « camp permanent ») est le chef-lieu de la wilaya du même nom, située dans le nord-ouest de l’Algérie. La ville se trouve à 360 km à l’ouest d’Alger, 97 km au sud-est d’Oran, 89 km de Sidi Bel Abbès et 154 km de Tiaret.

Assise sur deux coteaux séparés par l’oued Toudman, à 585 m d’altitude, la ville est abritée au nord par le mamelon de Chareb Errih (« la lèvre du vent », 910 m). Elle domine l’immense plaine de Ghriss qui s’étend sur 147 000 ha au sud.

L’ancienne « Victoria » de la Mauritanie romaine, « Rachidia » des Almoravides, fut tour à tour capitale des beys turcs (1701), puis de l’Émir Abdelkader (1832-1841). Le footballeur international Lakhdar Belloumi, légende du sport algérien, y est né.

2. Données géographiques et démographiques

CaractéristiqueDonnée
Population (ville)~110 000 habitants
Population (wilaya)~850 000 habitants
Superficie (wilaya)5 941 km²
Nombre de daïras/communes16 daïras, 47 communes
Code wilaya29
Altitude585 m (ville), 910 m (Chareb Errih)
ClimatMéditerranéen semi-aride (450 mm/an)
Agriculture56% de la superficie
AéroportGhriss
Surnom historiqueChareb er-Rih (la lèvre du vent)

3. Histoire : de la résistance à l’indépendance

3.1 Origines antiques et médiévales

La région de Mascara fut occupée par les Romains qui y installèrent des postes militaires et construisirent une voie stratégique. L’ancienne Victoria de Mauritanie césarienne laissa quelques vestiges. Après leur départ, la plaine fut parcourue par les Berbères nomades Beni Rached.

Aux XIe-XIIIe siècles, la puissante Qala’a des Beni Rached domina la plaine de Ghriss. Au XVe siècle, l’arrivée des Hachem, devenus makhzen des Zianides de Tlemcen, fit prospérer Mascara comme siège du Khalifat des Zianides.

3.2 Capitale du beylik de l’Ouest (XVIIIe siècle)

Mascara devint le siège du beylik de l’Ouest en 1701. Le bey Mohamed Ben Othman (1779-1792) encouragea la vie intellectuelle avant le transfert du siège à Oran en 1792. Des savants comme Abou Ras Ennaciri, Abdelkader Machrafi firent la renommée de la cité.

3.3 Conquête française et destructions

Le 7 décembre 1835, le maréchal Clauzel prit et incendia Mascara. L’Émir Abdelkader avait ordonné l’évacuation. Occupée définitivement en 1841 par Bugeaud, la ville fut reconstruite par les Français.

3.4 Résistances et indépendance

En 1914, la révolte des Beni Chougrane contre la conscription rappela les luttes du XIXe siècle. Les villages furent incendiés, des centaines arrêtés. Durant la guerre d’Algérie, les monts des Beni Chougrane restèrent un foyer de résistance. Mustapha Stambouli et d’autres héros mascaréens donnèrent leur vie.

4. L’Émir Abdelkader et Mascara

Naissance et éducation

L’Émir Abdelkader naquit en 1808 à El Guettana, près de Mascara, dans une famille maraboutique de la confrérie Qadiriyya. Son père, Mahieddine, dirigeait la zaouïa sur les bords de l’Oued el Hammam. Le jeune Abdelkader reçut une éducation complète : Coran, sciences islamiques, philosophie (Platon, Aristote, Ibn Khaldoun).

Proclamation de 1832

Le 27 novembre 1832, dans la plaine de Ghriss, sous l’arbre « Dardara » (premier arbre classé patrimoine national), les tribus Hachem, Beni-Amar et Chraba proclamèrent Abdelkader, 24 ans, « Amîr al-Muminîn » (Commandeur des croyants). Le titre fut confirmé à la grande mosquée de Mascara.

Mascara, capitale de l’émirat

De 1832 à 1841, Mascara fut la capitale de l’État d’Abdelkader. L’Émir y organisa son administration, son armée régulière, reçut les consuls étrangers et procéda à des aménagements urbains. Le traité Desmichels (1834) puis le traité de la Tafna (1837) reconnurent temporairement son autorité.

Lieux de mémoire

L’arbre Dardara de Ghriss, la mosquée de Aïn El Beïda (réunions de 1832-1833), la maison du Beylick (cabinet de l’Émir avec ses manuscrits arabes), et Sidi Kadda (mausolée des ancêtres Qadiris) perpétuent cette mémoire.

5. Patrimoine et monuments

Mosquées historiques

La Grande Mosquée (Djamaa El Kébir), élevée en 1750, et la mosquée des faubourgs (1761) témoignent de la période ottomane. Le quartier de Bab Ali conserve l’atmosphère de la vieille cité.

Sites archéologiques romains

Plusieurs cités romaines jalonnent la wilaya : Aqua Sirence (Bouhanifia), Castra Nova (Mohammadia), Tasacora (Sig), Sira (Hacine). Le site de Tighennif (sablière préhistorique) présente des vestiges importants.

Musique et culture

L’association Errachidia (1999) préserve la musique arabo-andalouse, le hawzi et la sanaâ. Mascara fut primée aux festivals nationaux de musique andalouse.

Artisanat

Artisans du cuivre, du bois, fabrication de tapis traditionnels perpétuent un savoir-faire séculaire. Les marchés vendaient autrefois tapis d’El Kalaa, laines, burnous, babouches, sabres.

6. Agriculture et vignobles

Une terre fertile par excellence

Mascara est située sur l’une des plus belles terres fertiles d’Algérie. Près de 56% de la superficie est consacrée à l’agriculture. La wilaya est réputée pour ses productions de qualité.

Vignobles réputés

Les vignobles de Mascara sont parmi les plus célèbres d’Algérie. Introduits par les Européens, ils produisent des vins de qualité. Les coteaux bénéficient de conditions idéales.

Autres productions

Agrumes de Mohammadia : Oranges, clémentines, citrons de la plaine de Habra-Sig.

Olives de Sig : Huile d’olive réputée, oliveraies millénaires.

Céréales : Blé et orge des hautes plaines de Ghriss.

Tabac : Culture introduite par les colons, toujours pratiquée.

7. Tourisme et thermalisme

Thermes de Bouhanifia

La station thermale de Bouhanifia, sur le site de l’antique Aqua Sirence romaine, attire de nombreux visiteurs. Ses eaux chaudes sont réputées pour les rhumatismes et affections dermatologiques.

Monts des Beni Chougrane

Cette chaîne montagneuse (32% de la wilaya) offre des paysages de randonnée, villages perchés et écotourisme en développement. Les reliefs accidentés atteignent 910 m.

Monts de Saïda

Au sud, ces reliefs (16% de la wilaya) présentent un climat subhumide frais et des forêts préservées.

Pour l’hébergement, consultez notre guide des hôtels en Algérie.

8. Wilayas limitrophes

WilayaDirectionDistanceCaractéristiques
OranNord-Ouest~97 kmCapitale de l’Ouest, port
MostaganemNord~80 kmPlages, Dahra, soufisme
RelizaneEst~100 kmPlaine du Chélif
TiaretEst~154 kmHaras, chevaux
Sidi Bel AbbèsOuest~89 kmLégion, agriculture
SaïdaSud~100 kmMonts, forêts, sources

9. Gastronomie

La cuisine de Mascara reflète la richesse agricole de la région. Découvrez l’ensemble des spécialités dans notre guide de la cuisine algérienne : 50 recettes.

Spécialités locales

Couscous au raisin : Spécialité des vendanges, sucré-salé unique.

Tajine aux olives : Préparé avec les olives locales de Sig.

Méchoui : Agneau des hautes plaines grillé entier.

Vins de Mascara : Accompagnement traditionnel des fêtes.

Agrumes frais : Oranges, clémentines de Mohammadia.

Pour plus de recettes, consultez notre article sur les plats traditionnels algériens.

10. Questions fréquentes

Pourquoi Mascara est-elle liée à l’Émir Abdelkader ?

L’Émir Abdelkader est né en 1808 à El Guettana, près de Mascara, dans une famille de la confrérie Qadiriyya. Le 27 novembre 1832, il fut proclamé « Commandeur des croyants » dans la plaine de Ghriss, sous l’arbre Dardara. Mascara devint la capitale de son émirat de 1832 à 1841, où il organisa son administration, son armée et reçut les consuls étrangers. La ville symbolise la résistance algérienne à la colonisation.

Qu’est-ce que la plaine de Ghriss ?

La plaine de Ghriss (« lieu planté ») est une vaste étendue fertile de 147 000 ha au sud de Mascara, entre les monts des Beni Chougrane au nord et les monts de Saïda au sud. Elle couvre 12 communes (27% de la wilaya) et reçoit 450 mm de pluie/an. C’est ici que l’Émir Abdelkader fut proclamé en 1832. Elle produit céréales, vignes et cultures irriguées. L’arbre Dardara y est classé patrimoine national.

Que visiter à Mascara ?

Les incontournables sont : l’arbre Dardara de Ghriss (proclamation de 1832), la mosquée de Aïn El Beïda, la Grande Mosquée (1750), le quartier de Bab Ali, les thermes de Bouhanifia (Aqua Sirence romaine), les sites romains (Sig/Tasacora, Mohammadia/Castra Nova), les monts des Beni Chougrane pour la randonnée, Sidi Kadda (mausolées des ancêtres de l’Émir), et les vignobles des coteaux.

Pourquoi les vins de Mascara sont-ils célèbres ?

Les vignobles de Mascara bénéficient de conditions idéales : altitude (450-600 m), climat méditerranéen semi-aride, sols fertiles de la plaine de Ghriss. Introduite par les colons européens, la viticulture s’est développée sur les coteaux. Les vins rouges et rosés de Mascara sont parmi les plus réputés d’Algérie et font partie du patrimoine viticole national.

Comment se rendre à Mascara ?

Par la route : Mascara est à 360 km d’Alger, 97 km d’Oran, 89 km de Sidi Bel Abbès. Un réseau routier dense dessert la wilaya. Par avion : l’aéroport de Ghriss est disponible. Par train : ligne ferroviaire à réhabiliter. La position de carrefour de l’Ouest algérien facilite les liaisons vers toutes les directions.

Qu’est-ce que la révolte des Beni Chougrane de 1914 ?

En 1914, les habitants des monts des Beni Chougrane se soulevèrent contre la loi de conscription imposant le service militaire aux Algériens. Considérée comme le berceau de la résistance de l’Émir Abdelkader, cette région resta turbulente. La répression fut violente : villages incendiés, centaines d’arrestations, confiscations de biens. Le soulèvement se poursuivit en 1915, rappelant l’esprit de résistance du XIXe siècle.

 

La ville de Mascara en Algérie

La ville de M’sila en Algérie

La ville de Mascara en Algérie

La ville de Ouargla en Algérie

Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *