La ville de Laghouat en Algérie
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 10 juillet 2017

Laghouat, surnommée la « Porte du Désert », est une oasis envoûtante nichée aux confins du Sahara algérien, à 400 km au sud d’Alger. Traversée par la chaîne de l’Atlas saharien et ses sommets dépassant 2 000 m, cette wilaya recèle des trésors spirituels, économiques et naturels exceptionnels : la zaouïa Tidjaniya d’Aïn Madhi (400 millions d’adeptes dans le monde), le plus grand gisement de gaz naturel d’Afrique à Hassi R’mel, et des paysages immortalisés par le peintre Eugène Fromentin.
Sommaire
1. Présentation générale
La wilaya de Laghouat occupe une position géographique stratégique au centre de l’Algérie, au carrefour des Hauts Plateaux et du Sahara. Située à 750 m d’altitude en moyenne, elle est traversée par l’imposante chaîne de l’Atlas saharien, dont le Djebel Amour culmine à plus de 2 000 m. Cette situation lui confère un climat continental aride, avec des températures pouvant dépasser 40°C en été et descendre sous 0°C en hiver.
Le nom « Laghouat » (الأغواط en arabe) viendrait du berbère zénète « agwath », signifiant « montagne en dent de scie », en référence aux reliefs environnants. Une autre hypothèse évoque le pluriel arabe de « ghouta » (jardins), mais les historiens confirment que la ville portait ce nom avant l’arrivée des Arabes, attestant de son origine berbère.
Chef-lieu de la wilaya n°03, Laghouat est une ancienne cité caravanière qui contrôlait les routes commerciales entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne. Aujourd’hui, elle demeure un carrefour économique majeur grâce au gisement gazier de Hassi R’mel, le plus grand d’Afrique, et un centre spirituel international avec la confrérie Tidjaniya.
2. Données géographiques et démographiques
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Population (wilaya) | ~520 000 habitants |
| Population (ville) | ~170 000 habitants |
| Superficie | 25 052 km² |
| Nombre de daïras | 10 daïras, 24 communes |
| Code wilaya | 03 |
| Altitude | 750 m (ville) – 2 008 m (Djebel Ksel) |
| Climat | Continental aride |
| Températures | -5°C (hiver) à +40°C (été) |
| Distance Alger | ~400 km (route) |
| Aéroport | Aéroport de Laghouat (vols vers Alger, Oran, Constantine) |
3. Histoire de Laghouat
3.1 Des origines berbères à l’islamisation
La présence humaine à Laghouat remonte à la Préhistoire, comme en témoignent les gravures rupestres et tumuli découverts dans la région. Le peuplement primitif était constitué de Gétules, Berbères du Sud appartenant au groupe des Zénètes.
L’arrivée des Arabes en 653 (calendrier grégorien) marque l’islamisation progressive de la région, alors peuplée de tribus berbères Maghraoui. La ville connaît ensuite les invasions hilaliennes (XIe-XIIIe siècles) qui transforment profondément la composition ethnique et les modes de vie, favorisant le nomadisme pastoral.
L’unité spatiale de Laghouat se réalise vers 1725 sous l’autorité du marabout Sidi El-Hadj Aïssa, qui devient le saint patron de la ville. La cité fortifiée, entourée de nombreux ksour, contrôle alors un important carrefour caravanier entre le Tell et le Sahara.
3.2 La conquête française et le massacre de 1852
Le 4 décembre 1852, Laghouat devient le théâtre de l’un des épisodes les plus sanglants de la conquête française. Sous les ordres du général Aimable Pélissier, 6 000 soldats assiègent la ville défendue par le Chérif Ben Abdellah et ses partisans.
La prise de la ville se solde par un massacre de plus de 2 300 habitants (hommes, femmes et enfants), soit les deux tiers de la population. Cet événement tragique, connu localement sous le nom d’« Am El-Khalia » (l’année de l’anéantissement), reste gravé dans la mémoire collective. Le colonel Théodore Pein, témoin direct, décrit un « carnage affreux » où les soldats « frappaient partout et sans distinction d’âge ni de sexe ». Pour approfondir ce contexte colonial, consultez notre article sur pourquoi la guerre d’Algérie a éclaté.
3.3 De la colonisation à l’indépendance
Après la conquête, les généraux Du Barail et Marguerite reconstruisent la ville selon un plan colonial avec de larges avenues à arcades. Le peintre orientaliste Eugène Fromentin séjourne à Laghouat en 1853 et immortalise l’oasis dans ses tableaux et ses récits (Un été dans le Sahara, 1856).
Pendant la guerre d’indépendance, la région de Laghouat, intégrée à la Wilaya VI historique, participe activement à la lutte armée. En 1957, le ministre français Jacques Soustelle, accueilli froidement par les Laghouatis, transfère le chef-lieu de la préfecture des Oasis à Ouargla. Laghouat est érigée en wilaya lors du découpage administratif de 1974.
4. La zaouïa Tidjaniya d’Aïn Madhi
Un centre spirituel de rayonnement mondial
À 66 km à l’ouest de Laghouat se trouve Aïn Madhi, berceau de la confrérie Tidjaniya, l’une des plus importantes voies soufies au monde. Fondée en 1782 par Cheikh Sidi Ahmed Tidjani (1737-1815), né dans ce ksar fortifié, la Tidjaniya compte aujourd’hui plus de 400 millions d’adeptes à travers le monde, principalement en Afrique de l’Ouest (Sénégal, Mali, Niger, Nigeria), au Maghreb et jusqu’en Indonésie.
Le ksar d’Aïn Madhi, édifié au XIIe siècle, abrite la zaouïa mère de la confrérie, siège du califat général. Cet ensemble architectural remarquable comprend plusieurs mosquées, des mausolées de la famille Tidjani, des écoles coraniques et le palais de Kourdane. La muraille percée de trois portes historiques (Bab El Kebir, Bab Essaghi, Bab Charqui) renferme près de 300 maisons traditionnelles.
Un lieu de pèlerinage international
Chaque année, des milliers de pèlerins venus du Sénégal, du Mali, de Mauritanie, du Tchad, du Niger et de nombreux autres pays convergent vers Aïn Madhi pour les cérémonies religieuses, notamment lors du Mawlid (anniversaire du Prophète). La zaouïa dispense un enseignement religieux aux étudiants algériens et étrangers.
Le ksar d’Aïn Madhi figure sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO parmi les « Ksour de l’Atlas Saharien Algérien », aux côtés de Sfissifa, Moghrar, Boussemghoun et Taouiala. Pour découvrir d’autres sites patrimoniaux, consultez notre guide des arts traditionnels algériens.
5. Sites et patrimoine
L’oasis et la palmeraie de Laghouat
Laghouat possédait autrefois une splendide palmeraie de 30 000 palmiers, surnommée « le jardin aux 40 000 palmiers ». L’oasis, irriguée par l’oued M’zi, offrait plusieurs étages de végétation : palmiers dattiers, arbres fruitiers (vignes, figuiers, grenadiers, abricotiers) et cultures maraîchères. Le « maître des eaux », décrit par Fromentin, régulait l’irrigation avec son sablier et sa ficelle à nœuds.
Le Rocher Fromentin, aux abords de l’oued M’zi, porte le nom du célèbre peintre qui séjourna dans la ville en 1853. Ses tableaux (Cavalier dans l’oasis de Laghouat, Une rue à El-Aghouat) et ses écrits ont fait connaître Laghouat dans toute l’Europe.
Le cratère de Maâdna
À Hassi Dellaâ, à 130 km au sud-est de Laghouat, se trouve un cratère météoritique exceptionnel : 1,7 km de rayon pour 70 m de profondeur, creusé il y a environ 3 millions d’années par une météorite estimée à 60 tonnes. Ce site géologique unique fait l’objet d’études scientifiques par des universités nationales et internationales.
Les villages berbères abandonnés
La wilaya compte 54 villages berbères répertoriés, témoins de l’histoire millénaire de la région. Malheureusement abandonnés, ces sites attestent de l’ancienneté du peuplement zénète avant les invasions arabes.
Aflou : la capitale du Djebel Amour
Aflou, deuxième ville de la wilaya (~130 000 habitants), est perchée à 1 400 m d’altitude, ce qui en fait l’une des villes les plus élevées d’Algérie. Surnommée la « Sibérie algérienne » pour ses hivers rigoureux (-7°C ressenti), elle est la capitale du Djebel Amour, le massif le mieux arrosé de l’Atlas saharien (300-500 mm/an). La région est réputée pour ses tapis de haute laine aux motifs géométriques, cités par Guy de Maupassant dans sa nouvelle Allouma.
6. Wilayas limitrophes
| Wilaya | Direction | Distance | Caractéristiques |
|---|---|---|---|
| Djelfa | Nord-Est | ~150 km | Monts des Ouled Naïl, élevage ovin |
| Tiaret | Nord | ~200 km | Hauts Plateaux, chevaux barbes |
| El Bayadh | Ouest | ~180 km | Monts des Ksour, Djebel Ksel |
| Ghardaïa | Sud | ~200 km | Vallée du M’Zab UNESCO, architecture ibadite |
Laghouat est également connectée aux grandes métropoles : Alger (400 km), Oran (450 km), Constantine (550 km).
7. Gastronomie
La cuisine de Laghouat reflète sa position de carrefour entre le Tell et le Sahara, combinant traditions nomades et sédentaires. Pour découvrir l’ensemble des spécialités du pays, consultez notre guide de la cuisine algérienne : 50 recettes.
Plats traditionnels
Couscous : Plat emblématique, préparé avec de la semoule roulée à la main, accompagné de légumes de saison et de viande d’agneau ou de chameau. Les nomades le préparaient avec ce qu’ils trouvaient dans le désert.
Mardoud : Spécialité saharienne très prisée à Laghouat, ce plat consiste en des morceaux de viande séchée au soleil puis réhydratée et cuisinée avec des épices.
Truffes du désert (Terfès) : Véritable trésor gastronomique, ces champignons souterrains sont récoltés en mars-avril après les pluies. Riches en protéines et antioxydants, ils se dégustent avec des dattes et une sauce sucrée-salée, accompagnés du traditionnel thé à la menthe.
Dattes et produits oasiens
L’oasis de Laghouat produit plusieurs variétés de dattes, dont la célèbre Deglet Nour. Les jardins fournissent également figues, grenades, abricots et raisins. Pour les recettes détaillées, consultez notre article sur les plats traditionnels algériens.
8. Économie et hydrocarbures
Hassi R’mel : le plus grand gisement de gaz d’Afrique
La wilaya de Laghouat abrite Hassi R’mel, le plus grand gisement de gaz naturel du continent africain et le quatrième mondial. Découvert en 1956 par la Compagnie française des pétroles Algérie, ce gisement géant possédait des réserves initiales estimées à 2 400 milliards de mètres cubes.
Situé à 110 km au sud de Laghouat et à 550 km au sud d’Alger, Hassi R’mel est la plaque tournante de l’industrie gazière algérienne. Le gisement alimente les gazoducs d’exportation vers l’Europe (Medgaz vers l’Espagne, Transmed vers l’Italie via la Tunisie) et représente environ le quart de la production gazière nationale.
La compagnie nationale Sonatrach poursuit d’importants investissements pour maintenir la production, notamment le projet « Boosting III » d’un montant de plus de 2,3 milliards de dollars, visant à maintenir une production de 188 millions de m³/jour et récupérer 121 milliards de m³ de réserves supplémentaires. Pour suivre l’évolution économique de l’Algérie, consultez notre article sur les startups algériennes prometteuses.
Élevage pastoral
La wilaya reste une grande région pastorale. Le Djebel Amour, avec ses pâturages abondants, accueille d’importants troupeaux d’ovins, caprins et bovins. Les tribus nomades des Larbaa pratiquent encore la transhumance entre les Hauts Plateaux et le piémont saharien. Aflou est réputée pour son élevage ovin extensif favorisé par l’altitude et la pluviométrie.
9. Culture et traditions
L’héritage artistique d’Eugène Fromentin
Le peintre et écrivain français Eugène Fromentin (1820-1876) a immortalisé Laghouat dans ses œuvres orientalistes. Séjournant dans l’oasis en 1853, peu après le massacre, il réalise plus de cent études qui nourrissent une abondante production picturale. Ses récits Un été dans le Sahara (1856) et Une année dans le Sahel (1858) restent des témoignages précieux sur la vie dans l’oasis au XIXe siècle.
L’art du sable
Laghouat est connue pour ses tableaux de sable, art contemporain utilisant les sables colorés du désert. Le premier Salon de l’art du sable s’est tenu en 2011, mettant en lumière cette forme d’expression artistique unique.
La poésie et la musique
La région a produit d’illustres poètes, dont Abdallah Benkriou, dont le centre culturel de Laghouat porte le nom. La musique traditionnelle mêle influences andalouses (héritées de Tlemcen) et rythmes sahariens. La voix du chanteur Khelifi Ahmed et de ses émules résonne du M’zi jusqu’à Biskra.
Artisanat
La région d’Aflou est célèbre pour ses tapis de haute laine (frāš), caractérisés par des motifs géométriques (losanges, triangles, carrés) aux couleurs vives et contrastées. Cet artisanat ancestral, cité par Maupassant, perdure grâce aux femmes du Djebel Amour.
10. Questions fréquentes
Pourquoi Laghouat est-elle appelée « Porte du Désert » ?
Laghouat marque la limite entre les Hauts Plateaux et le Sahara algérien. Située à 400 km au sud d’Alger, au pied de l’Atlas saharien, elle était historiquement le dernier grand centre urbain avant l’immensité désertique. Les caravanes y faisaient étape avant de s’aventurer vers Ghardaïa, le Touat ou l’Afrique subsaharienne. Cette position géographique stratégique lui a valu ce surnom évocateur.
Qu’est-ce que la confrérie Tidjaniya ?
La Tidjaniya est une confrérie soufie fondée en 1782 par Cheikh Sidi Ahmed Tidjani, né à Aïn Madhi (wilaya de Laghouat) en 1737. C’est la confrérie musulmane la plus répandue d’Afrique, comptant plus de 400 millions d’adeptes dans le monde. Son siège (califat général) se trouve toujours à Aïn Madhi, dans la zaouïa mère. Le mausolée du fondateur est à Fès (Maroc), où il est décédé en 1815.
Qu’est-ce que le gisement de Hassi R’mel ?
Hassi R’mel (« puits des sables » en arabe) est le plus grand gisement de gaz naturel d’Afrique et le quatrième mondial. Découvert en 1956, il se situe à 110 km au sud de Laghouat. Ses réserves initiales étaient estimées à 2 400 milliards de m³. Le gisement alimente les gazoducs d’exportation vers l’Europe et représente un pilier de l’économie algérienne.
Que visiter à Laghouat ?
Les principaux sites à visiter sont : la zaouïa Tidjaniya d’Aïn Madhi (66 km), le ksar et le palais de Kourdane, l’ancienne oasis et le Rocher Fromentin, le cratère météoritique de Maâdna (130 km), la ville d’Aflou et le Djebel Amour (110 km), et les villages berbères abandonnés. La meilleure période est le printemps (mars-mai) ou l’automne (septembre-novembre).
Comment se rendre à Laghouat ?
Laghouat est accessible par avion (aéroport desservi par Air Algérie avec 4 vols/semaine vers Alger, 1 vers Oran, 1 vers Constantine), par route (RN1, environ 400 km depuis Alger), ou par bus depuis toutes les grandes villes algériennes. La ville est un carrefour bien desservi par les transports terrestres.
Quelles sont les spécialités culinaires de Laghouat ?
La gastronomie de Laghouat combine influences sahariennes et telliennes. Les spécialités incluent le couscous traditionnel, le mardoud (viande séchée), et surtout les fameuses truffes du désert (terfès), récoltées en mars-avril et dégustées avec des dattes et du thé. L’oasis produit également d’excellentes dattes Deglet Nour et fruits (grenades, figues, abricots).
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