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La ville de Bouira en Algérie

Bouira, « le lieu des lions » en berbère, est la porte d’entrée vers le majestueux Djurdjura. Nichée au carrefour de la Kabylie et des Hauts Plateaux, cette wilaya offre des paysages contrastés : du massif enneigé de Tikjda (réserve de biosphère UNESCO) aux plaines fertiles des Aribes, des forêts de cèdres centenaires aux villages perchés. Terre de résistance où s’illustrèrent Boubaghla, Lalla Fatma N’Soumer et El Mokrani, Bouira perpétue fièrement la culture amazighe.

1. Présentation générale

La wilaya de Bouira occupe une position centrale en Algérie, à environ 80 km au sud-est d’Alger. Située dans la région de Grande Kabylie, elle forme un carrefour stratégique entre le nord montagneux (Djurdjura) et les plaines du sud (vers M’Sila et les Hauts Plateaux).

Le toponyme « Bouira » (Tuviret en kabyle) a plusieurs origines possibles : « vu-irran » signifiant « le lieu des lions » en berbère, ou « Tubiret », diminutif féminin de « Lvur » (terre en friche). Une autre tradition évoque une source où les caravaniers venaient se désaltérer, souvent attaqués par des lions.

Connue dans le passé sous le nom de Royaume de Haz, la région a été le théâtre de résistances farouches contre les Romains, les Ottomans et les Français. Le Bordj Hamza, fort turc du XVIIIe siècle, témoigne de cette histoire stratégique.

2. Données géographiques et démographiques

CaractéristiqueDonnée
Population (wilaya)~743 000 habitants
Population (ville)~89 000 habitants
Superficie4 454 km²
Nombre de daïras12 daïras, 45 communes
Code wilaya10
Altitude525 m (ville) à 2 308 m (Lalla Khedidja)
ClimatMéditerranéen montagnard (neige en hiver)
Pluviométrie660 mm/an (nord), 400 mm/an (sud)
Forêts111 490 ha (25% du territoire)
UniversitéUniversité Akli Mohand Oulhadj (~28 000 étudiants)

3. Histoire : de la résistance à l’amazighité

3.1 Préhistoire et Antiquité

L’occupation humaine de la région remonte à la Préhistoire, attestée par des ossements découverts dans des grottes à Lakhdaria (1931) et Sour El Ghozlane, ainsi que des traces d’industrie néolithique à M’Chedallah. Une dizaine de stèles libyques ont été retrouvées à Kerfala, Saharidj, Aïn Bessem et Sour El Ghozlane.

Les populations berbères de la région, rattachées à la tribu Kotama (branche des Sanhadja) selon Ibn Khaldoun, ont résisté à l’invasion romaine. Le premier chef rebelle connu est Tacfarinas, qui combattit Rome au Ier siècle.

3.2 Période ottomane

À la fin du XVIIIe siècle, les Ottomans édifient le Bordj Hamza sur les hauteurs de Bouira, construit par Mohamed Bey de Constantine. Ce fort servait à la collecte des impôts et au contrôle de la route Alger-Constantine. La ville portait alors le nom de Thoubirets.

3.3 Résistance à la colonisation française

La région de Bouira fut un bastion de la résistance kabyle :

1839 : L’Émir Abdelkader séjourne au Bordj Hamza avec son adjoint Ahmed Ibn Salem.

1851-1854 : Chérif Boubaghla, installé à Sour El Ghozlane, lance une insurrection qui s’étend au Djurdjura avec le soutien de Lalla Fatma N’Soumer. Assassiné en 1854, sa tête est exposée pour décourager les rebelles.

1871 : El Mokrani, chef le plus redouté de la région, mène la grande révolte kabyle. Il est tué au combat de l’Oued Soufflat par les troupes du général Cerez.

3.4 Guerre d’indépendance et période contemporaine

Pendant la guerre d’Algérie, la région est partagée entre la Wilaya III (Kabylie) et la Wilaya IV (Algérois). La ville de Lakhdaria (ex-Palestro) fut le théâtre de la célèbre « embuscade de Palestro » (1956). Bouira devient chef-lieu de wilaya en 1974.

4. Le Djurdjura et le parc national UNESCO

Le Djurdjura (Ǧerǧer en berbère, « le central ») est la plus longue chaîne montagneuse de Kabylie, s’étirant sur 110 km. Ses sommets dentelés, pitons aigus et murailles calcaires lui confèrent un aspect alpin malgré une altitude moyenne de 2 000 m.

Sommets majeurs

Lalla Khedidja : 2 308 m, point culminant du massif, accessible depuis Tikjda.

Ras Timedouine : 2 305 m, au centre du massif.

Djebel Haizer : 2 164 m, au-dessus de Bouira.

Parc national du Djurdjura

Créé en 1983, le parc national du Djurdjura s’étend sur 18 500 hectares (dont 9 000 ha sur Bouira). Il est reconnu réserve de biosphère par l’UNESCO depuis 1997.

Flore : Plus de 600 espèces végétales, dont les célèbres cèdres de l’Atlas centenaires, chênes verts, chênes-lièges, pins d’Alep, houx, ifs.

Faune : Singes magots (macaques berbères), aigles bottés, sangliers, hyènes rayées, faucons crécerellettes, hérons cendrés, genettes, chacals dorés.

Gouffre Anou Ifflis

Découvert en 1980, le gouffre Anou Ifflis (« gouffre du léopard ») est le plus profond d’Afrique avec 1 159 m de profondeur. Exploré par des expéditions franco-algériennes, espagnoles et belges.

5. Tikjda : station de montagne

À 32 km à l’est de Bouira, Tikjda est une station climatique et de sports d’hiver perchée à 1 478 m d’altitude sur le versant sud du Djurdjura. Son nom vient de « Tgjdit », les puissants troncs de cèdres servant de piliers aux maisons kabyles traditionnelles.

Ski et sports d’hiver

La station offre des pistes de ski adaptées aux débutants et intermédiaires, de décembre à avril. La piste de Tigounatine, aménagée dans la cédraie, est la plus populaire. La station compte des télésièges et remontées mécaniques.

Randonnées et activités estivales

En été, Tikjda devient un havre de fraîcheur : randonnées vers le Lalla Khedidja, trekking, spéléologie, escalade sur les aiguilles calcaires, parapente. Le lac d’altitude Tamda Goulmin et les forêts d’At Ouabanes aux couleurs d’été indien sont des destinations prisées.

Accès et hébergement

Accessible depuis Bouira par la N33 (route sinueuse, souvent fermée en hiver), Tikjda dispose de l’Hôtel Djurdjura, de gîtes ruraux et de refuges de montagne.

6. Sites et attractions

Sour El Ghozlane

Ancienne ville romaine, Sour El Ghozlane (« remparts des gazelles ») conserve des vestiges antiques. C’est de là que partit l’insurrection de Chérif Boubaghla en 1851.

Lakhdaria (ex-Palestro)

Cette ville, créée lors de la construction de la route Alger-Constantine, est entrée dans l’histoire avec l’embuscade de Palestro (1956). Après l’indépendance, elle prend le nom de Si Lakhdar, martyr de la révolution.

Bordj Hamza

Le fort turc du XVIIIe siècle, sur les hauteurs de Bouira, offre une vue panoramique sur la vallée et le Djurdjura. Transformé en centre administratif par les Français, il témoigne de l’histoire ottomane.

Sites climatiques

Tala Rana (Saharidj), Aïn Zebda (aux limites avec Tizi Ouzou et Béjaïa), villages pittoresques et systèmes traditionnels de captage d’eau.

Barrages

Koudiet Acerdoune : 640 millions de m³, l’un des plus grands d’Algérie.

Tilesdit : 167 millions de m³.

7. Wilayas limitrophes

WilayaDirectionDistanceCaractéristiques
Tizi OuzouNord~60 kmGrande Kabylie, versant nord Djurdjura
BoumerdèsNord-Ouest~70 kmCôte méditerranéenne
BéjaïaEst~100 kmPetite Kabylie, Gouraya UNESCO
Bordj Bou ArréridjEst~80 kmHauts Plateaux, Bibans
M’SilaSud~120 kmHodna, porte du Sahara
MédéaSud-Ouest~90 kmTitteri, Hauts Plateaux
BlidaOuest~60 kmVille des roses, Chréa

8. Gastronomie

La cuisine de Bouira reflète la double identité kabyle et arabophone de la région. Pour découvrir l’ensemble des spécialités algériennes, consultez notre guide de la cuisine algérienne : 50 recettes.

Plats emblématiques

Couscous kabyle : Préparé avec semoule fine roulée à la main, légumes de saison, viande de mouton ou poulet. Variantes aux fèves, aux herbes sauvages ou au petit-lait (lben).

Aghroum : Pain kabyle traditionnel cuit à la poêle ou au four en terre.

Thaâssabant : Saucisse kabyle aux abats et épices.

Berkoukes : Grosses pâtes de semoule en soupe avec légumes.

Produits du terroir

Huile d’olive : Les oliviers de Kabylie produisent une huile fruitée réputée.

Figues sèches : Séchées au soleil, elles accompagnent le petit-déjeuner.

Miel de montagne : Récolté dans les cédraies du Djurdjura.

Pour les recettes détaillées, consultez notre article sur les plats traditionnels algériens.

9. Économie et agriculture

Carrefour stratégique

Bouira est traversée par l’autoroute Est-Ouest sur 101 km (entre Lakhdaria et Bordj Bou Arréridj) et la RN5 (route de Constantine). Cette position en fait un centre de commerce et de transit vers le sud et l’est du pays.

Ressources en eau

La wilaya dispose d’importantes ressources hydrauliques : bassins versants de l’Isser (135 millions m³/an) et du Sahel-Soummam (380 millions m³/an). Les barrages de Koudiet Acerdoune et Tilesdit alimentent l’agriculture et l’eau potable.

Agriculture

Vocation principalement agricole : céréales dans les plaines, arboriculture (oliviers, figuiers), élevage ovin. La transformation agroalimentaire se développe.

Tourisme

Le tourisme de montagne (Tikjda, Djurdjura), le tourisme culturel (villages kabyles, artisanat) et le tourisme vert (forêts, randonnées) constituent un potentiel en développement. Pour planifier votre séjour, consultez notre guide des hôtels en Algérie.

10. Culture et traditions

L’amazighité

Bouira est un haut lieu de la culture amazighe. Chaque année, le Salon du livre et du multimédia amazigh s’y tient sous le patronage du Haut Commissariat à l’Amazighité (HCA), promouvant les productions littéraires en langue tamazight.

Personnalités

Cheikh El Mokrani : Chef de la grande révolte de 1871.

Kaddour M’Hamsadji : Écrivain de langue française et arabe.

Jean-Claude Brialy : Acteur et réalisateur français, né à Aumale (Sour El Ghozlane).

Arezki Metref : Poète et journaliste.

Artisanat

Les villages kabyles perpétuent les savoir-faire ancestraux : poterie, tissage de tapis, bijoux en argent, travail du bois. Les arts traditionnels de Kabylie sont réputés dans tout le pays.

Architecture traditionnelle

Les villages kabyles perchés sur les crêtes, avec leurs maisons à tuiles rouges, leurs fontaines et leurs « tajmaât » (assemblées villageoises) forment un patrimoine architectural unique.

11. Questions fréquentes

Qu’est-ce que le Djurdjura ?

Le Djurdjura est la plus longue chaîne montagneuse de Kabylie, s’étirant sur 110 km dans l’Atlas tellien. Son point culminant, Lalla Khedidja, atteint 2 308 m. Ses crêtes dentelées, pitons aigus et falaises calcaires lui donnent un aspect alpin. Le parc national du Djurdjura (18 500 ha), créé en 1983, est une réserve de biosphère UNESCO depuis 1997, abritant cèdres centenaires et singes magots.

Peut-on skier à Tikjda ?

Oui, Tikjda est une station de ski située à 1 478 m d’altitude sur le versant sud du Djurdjura. La saison s’étend de décembre à avril selon l’enneigement. Les pistes, adaptées aux débutants et intermédiaires, sont desservies par des télésièges. La piste de Tigounatine dans la cédraie est la plus populaire. En été, la station offre randonnées, trekking et fraîcheur.

Qui étaient Boubaghla et El Mokrani ?

Chérif Boubaghla (1851-1854) et Cheikh El Mokrani (1871) sont deux figures majeures de la résistance kabyle à la colonisation française. Boubaghla, installé à Sour El Ghozlane, mena une insurrection avec Lalla Fatma N’Soumer. El Mokrani dirigea la grande révolte de 1871, la plus importante après celle d’Abdelkader. Tous deux sont des héros nationaux.

Que visiter à Bouira ?

Les sites incontournables sont : la station de Tikjda et le parc national du Djurdjura, le Bordj Hamza (fort turc), Sour El Ghozlane (vestiges romains), Lakhdaria, les barrages de Koudiet Acerdoune et Tilesdit, les villages kabyles traditionnels, les forêts de cèdres et le gouffre Anou Ifflis (le plus profond d’Afrique). La meilleure période est mai-octobre pour les randonnées, décembre-avril pour le ski.

Comment se rendre à Bouira et Tikjda ?

Bouira est à environ 80 km au sud-est d’Alger par l’autoroute Est-Ouest ou la RN5 (environ 1h30 de route). De Bouira, Tikjda est à 32 km par la N33, une route sinueuse mais magnifique (environ 1h). En hiver, cette route peut être fermée pour cause de neige. La location de voiture est recommandée car les transports publics vers Tikjda sont limités.

Quelles sont les spécialités culinaires de Bouira ?

La cuisine de Bouira mêle traditions kabyles et influences des plaines. Les plats emblématiques sont le couscous kabyle (aux légumes, fèves ou herbes sauvages), l’aghroum (pain traditionnel), le berkoukes (pâtes en soupe) et la thaâssabant (saucisse aux abats). Les produits du terroir incluent l’huile d’olive de Kabylie, les figues sèches et le miel de montagne du Djurdjura.

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