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La ville de Béchar en Algérie

Béchar, capitale de la Saoura, est la plus grande ville du Sud-Ouest algérien et la porte d’entrée vers les merveilles du Grand Erg Occidental. Anciennement Colomb-Béchar, elle rayonne sur une région mythique jalonnée de ksour millénaires, de l’enchanteresse oasis de Taghit aux dunes dorées, de la prestigieuse zaouïa Ziania de Kenadsa à la « perle de la Saoura » Béni Abbès. C’est aussi depuis cette région que la France a lancé son premier satellite Astérix en 1965, depuis la base spatiale d’Hammaguir.

1. Présentation générale

La wilaya de Béchar occupe une position stratégique dans le Sud-Ouest de l’Algérie, à la limite nord-ouest du Sahara. Située à environ 1 150 km au sud-ouest d’Alger et à 80 km de la frontière marocaine, elle constitue depuis l’Antiquité un carrefour majeur des routes caravanières transsahariennes.

Le toponyme « Béchar » viendrait de la racine arabe « béchara » signifiant « bonne nouvelle », en référence à un envoyé qui aurait découvert une source d’eau limpide dans cette région aride. Avant l’occupation française, le site n’était qu’un modeste ksar appelé Tagda, éclipsé par la prestigieuse Kenadsa voisine.

Avec plus de 170 000 habitants, Béchar est la plus grande ville du Sud-Ouest algérien et le centre administratif de la région de la Saoura. Cette vallée mythique, née de la confluence des oueds Guir et Zouzfana, forme un « boulevard de palmiers » s’étirant sur des centaines de kilomètres jusqu’au Touat-Gourara.

2. Données géographiques et démographiques

CaractéristiqueDonnée
Population (wilaya)~270 000 habitants
Population (ville)~172 000 habitants
Superficie161 400 km² (avant 2019)
Nombre de daïras12 daïras, 21 communes
Code wilaya08
Altitude772 m (ville)
ClimatDésertique chaud (>40°C en été, froid la nuit en hiver)
Précipitations~80 mm/an
AéroportAéroport Boudghene Ben Ali Lotfi
UniversitéUniversité Tahri Mohamed (13 spécialités)

3. Histoire : de Tagda à la capitale de la Saoura

3.1 Origines et période précoloniale

La région de la Saoura est habitée depuis la Préhistoire, comme en témoignent les nombreuses gravures rupestres découvertes à Taghit et dans les environs. Avant l’arrivée des Français, le petit ksar de Tagda (futur Béchar) ne se distinguait en rien des autres ksour de la région, contrairement à Kenadsa, siège de la prestigieuse zaouïa Ziania et centre spirituel rayonnant sur tout le Maghreb et l’Afrique subsaharienne.

La région était peuplée de Berbères zénètes et d’Arabes, notamment les tribus des Doui Menia et des Ouled Djerir. Les routes caravanières reliant le Maghreb à l’Afrique subsaharienne passaient par la vallée de la Saoura, faisant de cette région un carrefour commercial stratégique.

3.2 Conquête française et Colomb-Béchar

En 1903, une colonne militaire française occupe Tagda. La ville prend le nom de Colomb-Béchar en hommage au général Colomb qui avait combattu les tribus locales dès 1852. Les Français choisissent délibérément Béchar plutôt que Kenadsa comme chef-lieu, pour « laisser distincts les cercles d’action administrative et les centres d’influence maraboutique ».

L’arrivée du chemin de fer en 1905 marque l’essor de la ville. En 1906, la découverte du charbon à Kenadsa transforme la région. Béchar devient un centre militaire et industriel stratégique.

3.3 Les Territoires du Sud et le département de la Saoura

En 1957, Béchar devient chef-lieu du nouveau département de la Saoura, créé après le démantèlement des Territoires du Sud. La ville est intégrée aux « régions sahariennes françaises », administrées par un ministre du Sahara. C’est l’époque du développement du CIEES (Centre Interarmées d’Essais d’Engins Spéciaux) et de la base spatiale d’Hammaguir.

3.4 Après l’indépendance

Après l’indépendance en 1962, la ville reprend le nom de Béchar. Elle devient chef-lieu de wilaya en 1974. En 2019, la wilaya est redécoupée avec la création de la nouvelle wilaya de Béni Abbès. La présence de l’armée algérienne le long de la frontière marocaine a contribué au développement rapide de la ville.

4. Hammaguir : berceau de l’espace français

À 120 km au sud-ouest de Béchar, la base d’Hammaguir (contraction de « Hamada du Guir ») a été le berceau de l’aventure spatiale française. De 1948 à 1967, le CIEES (Centre Interarmées d’Essais d’Engins Spéciaux) y a procédé à des milliers de tirs expérimentaux.

Les grandes premières

1952-1954 : Mise au point de la fusée-sonde Véronique, qui réalise la première expérience spatiale française à 104 km d’altitude.

26 novembre 1965 : Lancement du premier satellite français Astérix par la fusée Diamant depuis le pas de tir « Brigitte ». La France devient la troisième puissance spatiale mondiale, après l’URSS et les États-Unis.

1961-1967 : Premiers essais de biologie spatiale français, avec l’envoi d’animaux (chats, singes) dans l’espace à bord de fusées Véronique et Vesta.

Conformément aux accords d’Évian, la base est restituée à l’Algérie le 1er juillet 1967. Les activités spatiales françaises sont ensuite transférées à Kourou, en Guyane.

5. Taghit : l’oasis enchanteresse

À 93 km au sud de Béchar, Taghit est considérée comme l’une des plus belles oasis du Sahara et la « perle de la Saoura ». Nichée entre le massif rocheux du Djebel Baroun (plus de 1 000 m) et les dunes spectaculaires du Grand Erg Occidental, elle offre un contraste saisissant entre désert aride et palmeraie luxuriante.

La grande dune

La grande dune de Taghit, qui peut atteindre plus de 150 m de hauteur, est l’attraction majeure. Le coucher de soleil sur ces étendues de sable doré est un spectacle inoubliable. Le ski sur sable (sandboard) y est pratiqué par les visiteurs.

Le vieux ksar

Le ksar de Taghit, bâti sur un plateau rocheux dominant la palmeraie, est composé de 120 maisons en toub (terre crue mélangée à de la paille). Ses ruelles étroites témoignent du génie architectural saharien.

Gravures rupestres

La région compte cinq stations de gravures rupestres datant du Néolithique : éléphants, rhinocéros, girafes, autruches, gazelles… Ces œuvres témoignent d’une époque où le Sahara était verdoyant.

Tourisme et thermalisme

Taghit attire de nombreux touristes, notamment pour le Nouvel An, le printemps et l’automne. Les bains de sable chaud sont réputés pour leurs vertus thérapeutiques contre les rhumatismes. La musique Diwan, genre local envoûtant, anime les soirées.

6. Kenadsa : la zaouïa Ziania et les mines de charbon

À 22 km à l’ouest de Béchar, Kenadsa est un haut lieu spirituel et historique de la Saoura. Son vieux ksar, vieux de plus de huit siècles, est l’un des plus majestueux de la région.

La zaouïa Ziania

Au XVIIe siècle, Sidi M’hammed Ben Bouziane, érudit originaire de Taghit, fonde la zaouïa Ziania (ou Zianiya ash-Shadhouliya). Cette confrérie soufie transforme la modeste oasis en un centre spirituel, culturel et commercial rayonnant sur tout le Maghreb, le Sahel et jusqu’à Tombouctou.

La bibliothèque « Ziyania Kandoussia » renferme de nombreux manuscrits rares sur la religion, le soufisme, la littérature et l’histoire. La zaouïa compte encore aujourd’hui des disciples en Algérie, au Maroc et en Afrique subsaharienne.

Les mines de charbon

En 1906, un Algérien nommé Kendoussi découvre du charbon dans la région. L’exploitation débute en 1917 et s’intensifie pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque l’Algérie est isolée de la métropole. Une centrale thermique est installée et le chemin de fer prolongé jusqu’à Kenadsa.

Les Houillères du Sud-Oranais produisent jusqu’à 300 000 tonnes par an. Les conditions de travail sont terribles : les mineurs, majoritairement algériens, creusent à plus de 500 m de profondeur dans des veines de seulement 50 cm d’épaisseur. L’exploitation cesse après l’indépendance en 1967. Un vieux train de marchandises est aujourd’hui exposé à l’entrée de la ville.

Personnalités

Kenadsa est la ville natale de Yasmina Khadra (Mohamed Moulesshoul), célèbre romancier algérien, de Malika Mokeddem, romancière, et d’Alla El Bechari, maître du luth et compositeur de renommée mondiale, créateur du style « Foundou ».

7. Sites et attractions

Béni Abbès : la perle de la Saoura

Surnommée « l’oasis blanche », Béni Abbès (aujourd’hui chef-lieu de wilaya) se distingue par son ksar blanc accroché à une colline, ses jardins irrigués en terrasses et ses sources. C’est ici que Charles de Foucauld installa sa première « fraternité » en 1901. Le musée saharien et le fortin en argile sont à visiter. Le film « Le Thé au Sahara » y a été partiellement tourné.

Le Grand Erg Occidental

Immense mer de sable de plus de 1 000 km de long, le Grand Erg Occidental borde la Saoura à l’est. Excursions en 4×4, nuits sous les étoiles, forêts pétrifiées, silex taillés préhistoriques… un dépaysement total.

Barrage Djorf Torba

Situé sur l’oued Guir, le barrage Djorf Torba irrigue les palmeraies de la région et offre un paysage surprenant en plein désert.

Igli

Oasis située au confluent des oueds Guir et Zouzfana, Igli marque la naissance de l’oued Saoura. Site stratégique des routes caravanières.

Route des Ksour

La Route nationale 6, dite « route des Oasis », traverse la région de Béchar vers Adrar et le Touat. Elle est jalonnée de ksour traditionnels aux architectures en terre crue.

8. Wilayas limitrophes

WilayaDirectionDistanceCaractéristiques
NaâmaNord~200 kmHauts Plateaux, Aïn Sefra
El BayadhNord-Est~300 kmMonts des Ksour
Béni AbbèsSud~240 kmNouvelle wilaya 2019, oasis blanche
AdrarSud-Est~600 kmTouat, Gourara, Timimoun
TindoufSud-Ouest~852 kmExtrême Sud-Ouest, Gara Djebilet
MarocOuest~80 kmFrontière fermée

9. Gastronomie

La cuisine de Béchar et de la Saoura combine traditions sahariennes et influences des Hauts Plateaux. Pour découvrir l’ensemble des spécialités algériennes, consultez notre guide de la cuisine algérienne : 50 recettes.

Plats emblématiques

Couscous saharien : Préparé avec de la viande de mouton ou de chameau, des légumes du désert et parfois des dattes.

Méchoui : Agneau entier rôti à la braise, spécialité des grandes occasions.

Rfiss : Galette de semoule émiettée, mélangée à du beurre fondu et des dattes, plat réconfortant.

Taguela : Pain traditionnel cuit sous le sable brûlant, spécialité touarègue.

Produits du terroir

Les dattes des oasis de la Saoura (variétés Hmira, Tinnasseur, Bent Kbala), le lait de chamelle, le thé à la menthe préparé selon les rituels sahariens, et les fruits des palmeraies (grenades, figues, abricots).

Pour les recettes détaillées, consultez notre article sur les plats traditionnels algériens.

10. Économie

Position stratégique

Béchar occupe une position de carrefour transsaharien. La ville est le point de départ prévu du chemin de fer transsaharien vers le Mali et le Niger. La ligne ferroviaire Oran-Béchar (700 km), inaugurée en 2010, désenclave le Sud-Ouest algérien.

Présence militaire

La proximité de la frontière marocaine (fermée depuis 1994) explique l’importante présence militaire, qui a contribué au développement de la ville.

Agriculture oasienne

Les palmeraies de la Saoura produisent des dattes de qualité. L’agriculture irriguée (maraîchage, arboriculture) se développe grâce au barrage Djorf Torba.

Tourisme

Le potentiel touristique est considérable : Taghit, Béni Abbès, ksour, Grand Erg Occidental, gravures rupestres… La région attire de plus en plus de visiteurs, notamment pour les fêtes de fin d’année. Pour planifier votre séjour, consultez notre guide des hôtels en Algérie.

11. Culture et traditions

Musique

La région est riche en traditions musicales. Le Diwan (ou Gnawa) de Taghit, le style Foundou créé par Alla El Bechari, et l’Ahellil du Gourara (inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO) sont les genres emblématiques.

Confréries soufies

La Saoura est un carrefour des zaouïas : Ziania de Kenadsa, Taïbia, Kerzazia, Darqawiya… Ces confréries ont joué un rôle majeur dans la vie spirituelle, culturelle et économique de la région.

Artisanat

Tapis, poteries, bijoux en argent, vannerie, travail du cuir… L’artisanat traditionnel de la Saoura perpétue des savoir-faire ancestraux.

Architecture des ksour

Les ksour (pluriel de ksar) sont des villages fortifiés en terre crue, adaptés au climat désertique. Leur architecture, avec ruelles étroites, maisons à plusieurs niveaux et systèmes d’irrigation ingénieux (foggaras), témoigne du génie des bâtisseurs sahariens.

12. Questions fréquentes

Pourquoi Béchar s’appelait-elle Colomb-Béchar ?

Lors de l’occupation française en 1903, la ville a pris le nom de Colomb-Béchar en hommage au général Colomb, premier militaire français à avoir combattu les tribus locales dans les années 1850. Avant l’arrivée des Français, le site n’était qu’un modeste ksar appelé Tagda. Après l’indépendance en 1962, la ville a repris le nom de Béchar, qui viendrait de l’arabe « béchara » (bonne nouvelle).

Qu’est-ce que la base spatiale d’Hammaguir ?

Hammaguir, située à 120 km au sud-ouest de Béchar, a été la première base spatiale française. De 1948 à 1967, le CIEES (Centre Interarmées d’Essais d’Engins Spéciaux) y a expérimenté des milliers de missiles et fusées. C’est depuis Hammaguir qu’a été lancé le premier satellite français Astérix, le 26 novembre 1965, faisant de la France la troisième puissance spatiale. La base a été restituée à l’Algérie en 1967, conformément aux accords d’Évian.

Pourquoi Taghit est-elle surnommée « l’enchanteresse » ?

Taghit, à 93 km au sud de Béchar, est considérée comme l’une des plus belles oasis du Sahara. Son surnom d’« enchanteresse » vient du contraste spectaculaire entre les dunes dorées du Grand Erg Occidental (jusqu’à 150 m de haut), la palmeraie verdoyante et les falaises rocheuses du Djebel Baroun. Le vieux ksar, les gravures rupestres néolithiques et les couchers de soleil magiques complètent ce tableau féérique.

Qu’est-ce que la zaouïa Ziania de Kenadsa ?

La zaouïa Ziania, fondée au XVIIe siècle par Sidi M’hammed Ben Bouziane à Kenadsa (22 km de Béchar), est l’une des plus influentes confréries soufies du Maghreb. Elle a transformé ce modeste ksar en un centre spirituel, culturel et commercial rayonnant sur tout le Maghreb et jusqu’à Tombouctou. Sa bibliothèque renferme des manuscrits rares sur le soufisme et l’histoire de la région.

Que visiter à Béchar et dans la région ?

Les sites incontournables sont : l’oasis de Taghit (dunes, ksar, gravures rupestres), Kenadsa (zaouïa Ziania, vieux ksar, vestiges miniers), Béni Abbès (oasis blanche, musée saharien), le Grand Erg Occidental (excursions 4×4, nuits sous les étoiles), le barrage Djorf Torba et la route des ksour. La meilleure période est d’octobre à avril pour éviter les chaleurs extrêmes de l’été.

Comment se rendre à Béchar ?

Béchar est accessible par avion (aéroport Boudghene Ben Ali Lotfi, vols depuis Alger et Oran), par train (ligne Oran-Béchar, 700 km, environ 10h) ou par route (RN6 depuis Oran via Aïn Sefra, environ 700 km). La ville est à 1 150 km au sud-ouest d’Alger. De Béchar, Taghit est à 93 km par une route goudronnée.

 

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