Krim Belkacem
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Krim Belkacem (1922-1970) incarne l’itinéraire rare d’un chef de maquis devenu négociateur d’État.
Commandant historique de la Wilaya III (Kabylie), membre des instances dirigeantes du FLN puis vice-président du GPRA,
il reste surtout le signataire algérien des accords d’Évian (18 mars 1962), étape décisive vers le cessez-le-feu et l’indépendance.
Après 1962, son opposition au pouvoir le mène à l’exil, jusqu’à son assassinat à Francfort en octobre 1970.
Sommaire
- Fiche d’identité
- Origines en Kabylie et formation d’un militant
- De la clandestinité à la Révolution : réseaux et discipline
- Wilaya III : organiser la lutte armée en Kabylie
- Le Congrès de la Soummam : structurer la Révolution
- GPRA et diplomatie : du terrain aux négociations
- Accords d’Évian : pourquoi Krim signe au nom du GPRA
- Après 1962 : pouvoir, opposition, exil
- Assassinat à Francfort (1970) : ce que l’on sait
- Héritage et mémoire
- Chronologie complète
- Questions fréquentes
Fiche d’identité : Krim Belkacem
| Nom complet | Krim Belkacem (كريم بلقاسم) |
| Surnom (usage courant) | « Le Lion des djebels » |
| Date de naissance | 1922 (date exacte discutée selon les sources) |
| Lieu de naissance | Aït Yahia Moussa, Kabylie (wilaya de Tizi Ouzou) |
| Rôle dans la Révolution | Chef de la Wilaya III (Kabylie), dirigeant du FLN/ALN, vice-président du GPRA |
| Fait majeur | Signataire algérien des accords d’Évian (18 mars 1962) |
| Date de décès | Octobre 1970 |
| Lieu du décès | Francfort (RFA) — assassiné |
1. Origines en Kabylie et formation d’un militant
Né en Kabylie, Krim Belkacem appartient à une génération façonnée par la domination coloniale et par l’émergence d’un nationalisme de masse.
La région, avec ses reliefs, ses villages et ses solidarités, est aussi un espace où circulent des idées et des hommes : vers Alger, vers la France,
mais aussi entre localités par des réseaux associatifs et politiques.
Pour situer le décor, la Kabylie ne se résume pas à une entité culturelle : c’est un territoire stratégique en temps de guerre, un espace de passage,
de replis et de ravitaillement. Nos repères sur la Kabylie
et sur la wilaya de Tizi Ouzou
aident à comprendre pourquoi la zone deviendra l’une des plus structurées de la lutte armée.
2. De la clandestinité à la Révolution : réseaux et discipline
Avant d’être un négociateur, Krim Belkacem est d’abord un homme de terrain : organisation, cloisonnement, circulation de l’information,
constitution de caches, sécurité des liaisons. Ce travail “invisible” pèse autant que l’action armée, parce qu’il permet à une région
de tenir dans la durée face à une pression militaire et policière massive.
Dans le récit des origines du FLN, il rejoint une constellation de figures qui, chacune sur son territoire, fait basculer le nationalisme
dans l’option insurrectionnelle. Pour croiser les trajectoires : Mostefa Ben Boulaïd
(Aurès), Larbi Ben M’hidi (Oranais) et
Rabah Bitat (Algérois).
📌 Repères : pourquoi la Kabylie devient un “cœur” de la lutte
- Relief et villages : un terrain favorable aux déplacements discrets et aux replis.
- Réseaux locaux : solidarité communautaire, logistique et circulation d’informations.
- Capacité d’organisation : la Wilaya III se distingue par une structuration progressive des unités et des liaisons.
3. Wilaya III : organiser la lutte armée en Kabylie
La Wilaya III (Kabylie) n’est pas qu’un périmètre militaire : c’est une architecture de terrain faite de secteurs, de maquis,
de liaisons et de ravitaillements. La mission d’un chef de wilaya consiste autant à tenir une cohésion qu’à mener le combat.
Krim Belkacem s’impose comme un commandant capable de décider vite, de protéger les circuits logistiques et d’arbitrer les tensions.
Ce rôle le propulse naturellement vers les structures centrales du FLN, au moment où la Révolution cherche à devenir un appareil cohérent.
4. Le Congrès de la Soummam : structurer la Révolution
En août 1956, le Congrès de la Soummam marque une étape majeure : il s’agit de passer d’une insurrection éclatée à une organisation
politico-militaire plus lisible, avec des instances, des règles et une coordination.
La Kabylie est au cœur de ce moment, et Krim Belkacem s’inscrit parmi les dirigeants qui portent cette structuration.
Pour éclairer l’enjeu politique du congrès, l’itinéraire de Abane Ramdane
est une clé, tout comme la dynamique des wilayas à travers Youcef Zighoud.
5. GPRA et diplomatie : du terrain aux négociations
Avec la création du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne) en 1958, le FLN veut imposer une évidence :
l’Algérie n’est plus seulement une cause, c’est un État en construction.
Krim Belkacem, devenu l’un des dirigeants du GPRA, incarne cette bascule : un chef de l’intérieur qui parle aussi au nom de l’extérieur.
Ce profil lui donne un poids particulier : il peut défendre une ligne politique sans se couper de ceux qui combattent.
Pour replacer le GPRA dans la longue histoire du mouvement national, on peut aussi relire les parcours de
Ferhat Abbas et
Messali Hadj, deux visages différents d’une même quête de souveraineté.
6. Accords d’Évian : pourquoi Krim signe au nom du GPRA
Le 18 mars 1962, les accords d’Évian sont signés, ouvrant la voie au cessez-le-feu et au processus d’autodétermination.
Côté algérien, Krim Belkacem appose sa signature au nom du GPRA : un geste qui symbolise la reconnaissance d’une représentation
politique algérienne structurée, au-delà du seul rapport de force militaire.
Pourquoi lui ? Parce qu’il concentre trois légitimités : celle de l’intérieur (la Wilaya III), celle de l’appareil politique (GPRA)
et celle d’un homme capable de tenir une négociation longue, sans perdre le fil de l’objectif final.
⭐ À retenir
Krim Belkacem est resté dans l’histoire comme le signataire algérien des accords d’Évian.
Son parcours relie la guerre sur le terrain (Kabylie) et la victoire politique (négociations).
7. Après 1962 : pouvoir, opposition, exil
L’indépendance ouvre une autre bataille : celle de la légitimité et du pouvoir. Comme plusieurs dirigeants historiques,
Krim Belkacem se retrouve progressivement marginalisé dans les recompositions internes de l’après-1962, puis en conflit avec le régime
installé au milieu des années 1960.
Sa trajectoire devient celle d’un opposant : éloignement, exil, et participation à des initiatives politiques contre le pouvoir.
Pour comprendre l’Algérie de l’après-indépendance et ses fractures, les parcours de
Houari Boumediene et
Hocine Aït Ahmed offrent deux angles essentiels.
8. Assassinat à Francfort (1970) : ce que l’on sait
En octobre 1970, Krim Belkacem est retrouvé mort à Francfort, en Allemagne de l’Ouest. Les récits convergent sur un point :
il ne s’agit pas d’une mort naturelle, mais d’un assassinat dans un contexte de tensions politiques et de traque d’opposants en exil.
Sur les responsabilités exactes, le débat historique reste alimenté par des enquêtes, des témoignages et des lectures politiques divergentes.
Ce qui demeure, en revanche, c’est l’impact symbolique : la disparition violente d’un signataire d’Évian, à peine huit ans après l’indépendance,
raconte aussi la dureté des règlements de comptes post-révolutionnaires.
🧭 Précaution éditoriale
Les éléments disponibles sur l’assassinat varient selon les sources (archives de presse, témoignages, travaux d’investigation).
Nous distinguons ici les faits établis (mort violente, lieu, date) et les hypothèses sur les commanditaires.
9. Héritage et mémoire
Krim Belkacem laisse un héritage à plusieurs couches : militaire (organisation de la Wilaya III), politique (participation à la structuration du FLN), et diplomatique (Évian). Son nom est aussi associé aux contradictions de l’après-1962 : l’ascension, la marginalisation, puis l’élimination.
Dans la mémoire nationale, il demeure l’une des figures qui permettent de relire la Révolution au-delà des slogans : comment une guerre se gagne, comment un État se fabrique, et comment la lutte pour la souveraineté peut se transformer en lutte pour le pouvoir.
10. Chronologie complète
| Date | Événement |
|---|---|
| 1922 | Naissance en Kabylie (Aït Yahia Moussa) — date exacte discutée selon les sources |
| Début années 1950 | Engagement dans la clandestinité et structuration des réseaux en Kabylie |
| 1954 | Rôle central en Kabylie au lancement de la Révolution |
| Août 1956 | Congrès de la Soummam : structuration politico-militaire du FLN/ALN |
| 1958 | GPRA : responsabilités au sommet et rôle de représentation |
| 18 mars 1962 | Signature des accords d’Évian au nom du GPRA |
| Après 1962 | Tensions politiques, marginalisation puis opposition ; exil |
| Octobre 1970 | Assassinat à Francfort (Allemagne de l’Ouest) |
11. Questions fréquentes
Qui était Krim Belkacem ?
Krim Belkacem (1922-1970) était un chef historique de la guerre d’indépendance algérienne : commandant de la Wilaya III (Kabylie), dirigeant du GPRA et signataire algérien des accords d’Évian du 18 mars 1962.
Pourquoi Krim Belkacem a-t-il signé les accords d’Évian ?
Il signe au nom du GPRA parce qu’il cumule une légitimité de l’intérieur (Wilaya III) et une responsabilité institutionnelle au sommet de la direction révolutionnaire, ce qui en fait un représentant politique crédible dans la phase finale des négociations.
Quel était son rôle en Kabylie pendant la guerre ?
Krim Belkacem dirige la Wilaya III (Kabylie), une zone stratégique où l’enjeu n’est pas seulement militaire : il s’agit aussi de maintenir une organisation, des liaisons, une logistique et une cohésion politique sous forte pression.
Comment Krim Belkacem est-il mort ?
Il est assassiné à Francfort (Allemagne de l’Ouest) en octobre 1970, alors qu’il vit en exil. Le meurtre s’inscrit dans un contexte de tensions politiques et de traque d’opposants à l’étranger.
Pourquoi sa date de naissance est-elle parfois différente selon les sources ?
Plusieurs publications ne retiennent pas la même date précise (tout en s’accordant sur l’année 1922). Cela tient aux variations d’archives, aux déclarations administratives de l’époque et aux reprises biographiques parfois contradictoires.
📚 Sources et références
Cet article s’appuie sur des biographies, archives de presse et travaux historiques consacrés à la guerre d’indépendance, au GPRA et aux négociations d’Évian.
Pour élargir le contexte, consultez aussi nos portraits de Larbi Ben M’hidi, Mostefa Ben Boulaïd et Abane Ramdane, ainsi que notre explainer : Pourquoi la guerre d’Algérie a éclaté ?.
Voir aussi : la rubrique Histoire / Personnalités algériennes et nos repères sur Alger et Tizi Ouzou.
Mise à jour : 4 janvier 2026






































































































































































































































































































































































































































































































































































































