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Iran 2026 : ce qu’il faut savoir sur les manifestations qui ébranlent le régime

Depuis le 28 décembre 2025, l’Iran est secoué par les manifestations les plus importantes depuis la révolution de 1979. Parties du Grand Bazar de Téhéran en réaction à l’effondrement économique, les protestations ont gagné les 31 provinces du pays. Bilan : près de 500 morts, plus de 10 000 arrestations, et un régime qui menace de mort quiconque manifeste. Décryptage d’une crise qui pourrait changer la face du Moyen-Orient.

CHIFFRES CLÉS (au 11 janvier 2026)

~500

manifestants tués

109

forces de sécurité tuées

10 675+

personnes arrêtées

185

villes touchées

31/31

provinces concernées

Sources : HRANA (Human Rights Activists News Agency) et médias iraniens

L’Iran vit depuis deux semaines sa plus grave crise depuis la révolution islamique de 1979. Ce qui a commencé comme une grève de commerçants protestant contre l’effondrement du rial s’est transformé en un soulèvement populaire qui touche désormais toutes les couches de la société iranienne : bazaris, étudiants, ouvriers, femmes, minorités ethniques.

Les slogans ont évolué en quelques jours : des revendications économiques (« Notre revenu est en rials, nos dépenses en dollars »), les manifestants sont passés à des appels au renversement du régime (« Mort au dictateur ! », « Vive le Shah ! »). Une évolution qui terrifie les autorités de Téhéran.

1. Chronologie : du Grand Bazar au soulèvement national

Tout commence le 28 décembre 2025 dans les allées du Grand Bazar de Téhéran, ce labyrinthe commercial vieux de plusieurs siècles qui a toujours été un baromètre politique de l’Iran. Historiquement, les bazaris ont joué un rôle clé dans la chute du Shah en 1979. Leur mobilisation est donc un signal d’alarme pour le régime.

Semaine 1 : la colère économique (28 déc. – 3 jan.)

📅 28 décembre 2025 — Les commerçants du Grand Bazar ferment boutique pour protester contre l’effondrement du rial, qui vient d’atteindre un record historique : 1,45 million de rials pour 1 dollar.

📅 29 décembre — Les manifestations s’étendent aux rues adjacentes. La police utilise des gaz lacrymogènes. Premiers slogans « Liberté ! » (Âzâdi).

📅 30-31 décembre — Les protestations gagnent 17 provinces. Les universités se joignent au mouvement. Premiers morts signalés.

📅 1er-3 janvier 2026 — Le gouvernement annonce un nouveau système de subventions (40 millions de rials/mois pour une famille de 4, soit environ 26 dollars). Les manifestants rejettent cette « aumône ».

Semaine 2 : la radicalisation (4-11 jan.)

📅 6 janvier — Le rial atteint un nouveau plancher : 1,5 million pour 1 dollar. Les prix alimentaires explosent.

📅 7 janvierReza Pahlavi, le prince héritier en exil, appelle les Iraniens à manifester massivement à 20h les 8 et 9 janvier.

📅 8 janvier — Blackout internet total. Le régime coupe les communications avec le monde extérieur. À 20h, des clameurs « Mort au dictateur ! » retentissent dans tout Téhéran.

📅 9-10 janvier — Affrontements violents. Des mosquées et bâtiments gouvernementaux incendiés. Le procureur général menace de peine de mort pour « ennemi de Dieu » (moharebeh).

📅 11 janvier — Les manifestations continuent malgré la répression. Trump menace de frappes militaires. Khamenei accuse les États-Unis et Israël de manipuler les événements.

2. Les causes économiques : un pays au bord de l’effondrement

Pour comprendre l’ampleur de la colère populaire, il faut mesurer la catastrophe économique que vit l’Iran depuis plusieurs années.

L’effondrement du rial

En 1979, au moment de la révolution islamique, 1 dollar valait environ 70 rials. En janvier 2026, il en vaut 1,5 million. La monnaie iranienne a donc perdu 99,995% de sa valeur en 47 ans — dont 40% sur la seule année 2025.

Indicateur économiqueValeur
Taux de change (janvier 2026)1,5 million rials / 1 USD
Inflation officielle (décembre 2025)42,2%
Inflation alimentaire+72% sur un an
Inflation santé/médicaments+50% sur un an
PIB (estimation 2025)356 milliards USD (vs 600 Mds en 2010)
Population sous le seuil de pauvreté27% à 50%
Iraniens souffrant de malnutrition57% (chiffre officiel 2024)

Les causes structurelles

Plusieurs facteurs expliquent cet effondrement :

  • Les sanctions internationales : renforcées sous Trump (2018-2020), maintenues sous Biden, et aggravées par le « snapback » de septembre 2025 qui a réactivé toutes les sanctions ONU liées au programme nucléaire.
  • La guerre des Douze Jours avec Israël (juin 2025) : les frappes israéliennes et américaines sur les installations nucléaires ont aggravé l’isolement économique.
  • La chute des revenus pétroliers : malgré 193,5 milliards de dollars de revenus pétroliers sur cinq ans, l’économie s’est contractée.
  • La corruption systémique : les Gardiens de la Révolution contrôlent une part importante de l’économie et captent les ressources.
  • La mauvaise gestion : politique monétaire désastreuse, impression de monnaie pour combler les déficits, subventions mal ciblées.

💡 Le saviez-vous ? La viande est devenue un « produit de luxe » en Iran. Selon les autorités, 7 millions d’Iraniens souffrent de la faim. Le Guide suprême Khamenei a lui-même appelé la population à « réduire sa consommation de nourriture, d’eau et d’énergie ».

Le slogan qui résume tout

« Notre revenu est en rials, nos dépenses sont en dollars. »

— Slogan des manifestants iraniens

3. Bilan humain : la répression sanglante

Le blackout internet imposé depuis le 8 janvier rend difficile l’établissement d’un bilan précis. Les chiffres proviennent principalement de l’ONG américano-iranienne HRANA (Human Rights Activists News Agency), qui compile les témoignages et les vidéos qui parviennent à sortir du pays via Starlink.

Les morts

Selon HRANA, au moins 496 manifestants ont été tués en deux semaines. Parmi eux, au moins 9 enfants et 169 mineurs arrêtés. Les causes de décès : balles réelles tirées à courte distance, tirs de chevrotine (pellets) dans les yeux et le visage, passages à tabac.

De son côté, le régime affirme que 109 membres des forces de sécurité ont été tués, dont 30 à Isfahan et 6 à Kermanshah. Ces chiffres, s’ils sont vrais, témoignent de la violence des affrontements.

⚠️ TÉMOIGNAGE — Hôpital de Téhéran

« J’ai vu des corps empilés les uns sur les autres », raconte une manifestante à CNN. Un chirurgien orthopédique évoque « au moins 30 personnes avec des balles dans les membres » dans son seul service. L’hôpital ophtalmologique Farabi a reçu entre 200 et 300 patients avec des plombs logés dans les yeux.

Les arrestations

Plus de 10 675 personnes ont été arrêtées selon HRANA, dont 169 enfants. Le régime affirme avoir démantelé « 200 équipes terroristes opérationnelles » et saisi des armes, grenades et cocktails Molotov.

Les hôpitaux pris d’assaut

Fait particulièrement grave : les forces de sécurité ont fait irruption dans plusieurs hôpitaux pour arrêter des blessés. À l’hôpital Imam Khomeini d’Ilam, les Gardiens de la Révolution ont tiré des gaz lacrymogènes à l’intérieur de l’établissement et battu le personnel soignant. Amnesty International a condamné ces actes comme des violations du droit international.

4. La réponse du régime : répression et blackout

Le blackout internet

Le 8 janvier à 21h, le régime a coupé internet et les communications téléphoniques internationales. Selon NetBlocks, la connectivité nationale est tombée à environ 1% de son niveau normal. Ce blackout dure depuis plus de 60 heures au moment où nous écrivons.

L’objectif est double : empêcher la coordination des manifestants et bloquer la diffusion d’images de la répression à l’étranger. Malgré cela, des vidéos continuent de sortir via les terminaux Starlink d’Elon Musk, bien que le régime tente de brouiller les signaux satellites.

La menace de mort

Le 10 janvier, le procureur général Mohammad Movahedi Azad a annoncé que toute personne participant aux manifestations serait considérée comme « ennemi de Dieu » (moharebeh en persan), un crime passible de la peine de mort. Même ceux qui « aident les émeutiers » sont concernés.

🔊 Déclarations officielles

Ali Khamenei (Guide suprême) : « Une bande de gens voués à la destruction… L’État ne reculera pas. »

Mohammad Bagher Ghalibaf (Président du Parlement) : « Nous traiterons les émeutiers de la manière la plus sévère. »

Ali Larijani (Conseiller sécurité) : Compare certains manifestants à « Daech » pour avoir « brûlé des gens ».

Les contre-manifestations

Le régime a organisé des rassemblements pro-gouvernement, notamment après les prières du vendredi, pour montrer qu’il conserve une base populaire. Les médias d’État ne diffusent que ces images, qualifiant les protestataires de « terroristes » et d’« agents de l’étranger ».

5. Reza Pahlavi : le retour du prince en exil

Une figure a émergé de cette crise : Reza Pahlavi, le fils du dernier Shah d’Iran, en exil aux États-Unis depuis 1978.

L’appel qui a tout changé

Le 7 janvier, Pahlavi a publié une vidéo appelant les Iraniens à manifester massivement à 20h00 les 8 et 9 janvier, que ce soit dans la rue ou depuis leurs fenêtres. L’appel, relayé par les chaînes satellitaires en persan comme Iran International, a été massivement suivi.

À 20h précises le 8 janvier, malgré le blackout qui venait d’être déclenché, des clameurs ont retenti dans tout Téhéran : « Mort au dictateur ! », « Vive le Shah ! ». Des images de feux d’artifice et de manifestants brandissant des téléphones allumés ont réussi à sortir du pays.

📖 Pour aller plus loin
Retrouvez notre portrait complet : Qui est Reza Pahlavi ? Le prince héritier qui rêve de renverser la République islamique

Une figure controversée

Si une partie des manifestants scande des slogans pro-monarchie, Reza Pahlavi reste controversé. Sa visite en Israël en 2023, sa rencontre avec Benjamin Netanyahu, et son absence de condamnation des frappes israéliennes sur l’Iran en juin 2025 lui valent d’être qualifié de « traître » par une partie de l’opposition, y compris par des prisonniers politiques détenus en Iran.

De plus, après 47 ans d’exil, sa connaissance réelle du pays et sa capacité à rassembler au-delà des monarchistes sont questionnées.

6. Trump et la communauté internationale

Les menaces américaines

Le président Donald Trump a multiplié les déclarations de soutien aux manifestants :

« L’Iran regarde vers la LIBERTÉ, peut-être comme jamais auparavant. Les USA sont prêts à aider !!! »

— Donald Trump, sur les réseaux sociaux

Plus concrètement, Trump a menacé de frappes militaires si le régime tuait des manifestants pacifiques. Selon le New York Times et le Wall Street Journal, il a été briefé sur des options militaires, sans prendre de décision finale. Le Département d’État a averti : « Ne jouez pas avec le président Trump. Quand il dit qu’il fera quelque chose, il le fait. »

Le contexte rend cette menace crédible : début janvier, les forces américaines ont capturé l’ancien président vénézuélien Nicolás Maduro lors d’une opération militaire à Caracas, démontrant la volonté de Trump d’agir.

La réponse iranienne

Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a averti que si les États-Unis attaquaient, les troupes américaines au Moyen-Orient et Israël deviendraient des « cibles légitimes ». Une escalade qui fait craindre un embrasement régional.

Les autres réactions internationales

La ministre britannique des Affaires étrangères Yvette Cooper a condamné la répression. L’ambassadeur britannique à Téhéran a été convoqué après qu’un manifestant a arraché le drapeau iranien de l’ambassade à Londres. Des manifestations de solidarité ont eu lieu dans plusieurs capitales européennes.

7. Quels scénarios pour la suite ?

L’issue de cette crise reste incertaine. Plusieurs scénarios sont envisageables :

Scénario 1 : La répression l’emporte

C’est ce qui s’est passé lors des précédentes vagues de protestations (2009, 2017-2018, 2019, 2022). Le régime dispose d’un appareil répressif redoutable : Gardiens de la Révolution, Basij, services de renseignement. Le blackout internet complique la coordination des manifestants. Si la répression s’intensifie et que le mouvement s’essouffle, le régime pourrait survivre une fois de plus.

Scénario 2 : L’escalade et l’intervention étrangère

Si Trump met ses menaces à exécution, des frappes américaines pourraient paradoxalement ressouder la population autour du régime face à l’agression étrangère. C’est le pari de Khamenei, qui accuse les États-Unis et Israël de manipuler les événements. Une intervention militaire serait également risquée pour la stabilité régionale.

Scénario 3 : La fracture du régime

Le scénario le plus favorable aux manifestants serait une défection au sein des forces de sécurité ou de l’élite dirigeante. Pahlavi appelle explicitement les militaires et fonctionnaires à « rejoindre le peuple ». Selon The Times, des rapports de renseignement évoquent même un plan d’évacuation de Khamenei vers Moscou en cas de défections massives.

Scénario 4 : Une transition négociée

Peu probable à ce stade, mais certains réformateurs au sein du système appellent à des « réformes institutionnelles durables » et à la protection du droit de manifester. Le président Masoud Pezeshkian, élu en 2024 sur une plateforme modérée, est pris en étau entre les durs du régime et la rue.

⚠️ Ce qui différencie 2026 des précédentes révoltes

  • L’ampleur géographique : 185 villes touchées, y compris des bastions traditionnellement loyaux comme Mashhad (ville sainte chiite).
  • La diversité sociale : bazaris, étudiants, ouvriers, femmes, minorités ethniques (Kurdes, Baloutches).
  • Le contexte international : l’Iran sort affaibli de la guerre avec Israël, de la chute d’Assad en Syrie (allié clé), et des sanctions maximales.
  • La radicalisation des slogans : passage des revendications économiques à l’appel au changement de régime.

L’Iran est à un tournant de son histoire.

Ce qui se joue dans les rues de Téhéran, Mashhad et Isfahan pourrait redessiner la carte géopolitique du Moyen-Orient. Le monde retient son souffle.

8. FAQ : Les manifestations en Iran

Pourquoi les Iraniens manifestent-ils ?

Les manifestations ont été déclenchées par l’effondrement du rial (la monnaie iranienne), qui a perdu 40% de sa valeur en 2025. L’inflation dépasse 42%, les prix alimentaires ont bondi de 72%, et des millions d’Iraniens ne peuvent plus se nourrir correctement. Les revendications économiques se sont rapidement transformées en appels au changement de régime.

Combien de personnes ont été tuées ?

Selon l’ONG HRANA, environ 500 manifestants ont été tués en deux semaines. Le régime affirme de son côté que 109 membres des forces de sécurité ont péri. Ces chiffres sont difficiles à vérifier en raison du blackout internet.

Pourquoi internet est-il coupé en Iran ?

Le régime a imposé un blackout internet total le 8 janvier pour empêcher les manifestants de se coordonner et bloquer la diffusion d’images de la répression à l’étranger. La connectivité est tombée à environ 1% du niveau normal selon NetBlocks.

Qui est Reza Pahlavi ?

Reza Pahlavi est le fils du dernier Shah d’Iran, renversé en 1979. En exil aux États-Unis depuis 47 ans, il appelle au renversement du régime islamique et a joué un rôle clé en appelant aux manifestations du 8 janvier. Il reste cependant controversé pour ses liens avec Israël.

Trump va-t-il attaquer l’Iran ?

Trump a menacé de frappes militaires si le régime tuait des manifestants pacifiques. Il a été briefé sur des options militaires, mais n’a pas pris de décision. Une intervention reste possible mais comporterait des risques majeurs d’escalade régionale.

Ces manifestations sont-elles les plus importantes depuis 1979 ?

Selon de nombreux analystes, oui. Elles dépassent en ampleur et en radicalité les mouvements de 2009 (Mouvement vert), 2019 (« Novembre sanglant ») et 2022 (Mahsa Amini). Elles touchent les 31 provinces, y compris des bastions traditionnellement loyaux au régime.

Que signifie « ennemi de Dieu » (moharebeh) ?

Moharebeh est un crime prévu par le droit islamique iranien, passible de la peine de mort. Le procureur général a menacé d’appliquer cette qualification à tous les manifestants. Lors des protestations de 2022, plusieurs personnes ont été exécutées sous ce chef d’accusation.

Le régime iranien peut-il tomber ?

C’est la grande inconnue. Le régime dispose d’un appareil répressif puissant et a survécu à de nombreuses crises. Cependant, la combinaison d’un effondrement économique, d’un isolement international et d’une contestation généralisée crée une situation inédite. Tout dépendra de la capacité du mouvement à durer et d’éventuelles fractures au sein de l’élite dirigeante.

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