Interview Rabah Madjer : refus du PSG, exploit contre l’Allemagne, vérité sur son limogeage
- Dzaïr Zoom / 3 mois
- 26 novembre 2025

Dans une longue interview vidéo, Rabah Madjer, la légende vivante du football algérien, ouvre le dossier de toute une vie : son enfance à Hussein Dey, le but légendaire contre l’Allemagne en 1982, la “Madjer” avec Porto, les transferts avortés, mais aussi ses années mouvementées à la tête des Verts et les attaques qu’il estime injustes. Entre regrets, fierté et mise au point, la légende algérienne répond à ceux qui le disent “sélectionneur raté” et assume le choix de son fils, international qatari.
À retenir
Madjer affirme avoir laissé 400 millions de dinars dans les comptes de la FAF sans les réclamer.
Il raconte le refus du PSG après la Coupe du monde 1982 et plusieurs feuilletons de transfert avec le Bayern et l’Inter.
Il défend son bilan de sélectionneur, limogé selon lui sur la base de simples matchs amicaux.
Il explique pourquoi son fils joue pour le Qatar, et non pour l’Algérie.
Il estime qu’il aurait “dû gagner trois Ballons d’Or” au regard de son palmarès avec Porto et avec les Verts.
De Hussein Dey aux lumières de Porto : la trajectoire d’un enfant d’Alger
Rabah Mustapha Madjer revient longuement sur son enfance à Hussein Dey, à Alger. Fils de fleuriste, il découvre le foot par le biais des matchs du MCA et de l’USMA au stade de Bologhine, qu’il entend sans pouvoir y entrer faute d’argent. Très tôt, à 8–9 ans, il joue dans la rue, puis rejoint l’équipe de la “société du lait” avant d’intégrer le NA Hussein Dey.
D’abord utilisé comme défenseur, il est repositionné en attaque par un entraîneur français qui voit en lui un pur buteur. Ce choix change tout : à 18 ans, il marque dès son premier match en équipe première sur une frappe de 30 mètres, puis s’impose comme la star du NAHD.
La suite est connue : Racing Paris, puis FC Porto, où il deviendra une légende en remportant la Coupe des clubs champions 1987 et l’Intercontinentale, avec ce fameux but de la talonnade qui donnera son nom à un geste technique, la “Madjer”.
1982, Mondial en Espagne : battre l’Allemagne et changer l’image du football algérien
Madjer replonge dans le Mondial 1982 en Espagne. La sélection algérienne découvre la Coupe du monde mais s’est préparée sérieusement, avec une série d’amicaux gagnés contre de grandes équipes. Au moment d’entrer sur la pelouse de Gijón face à la puissante RFA, les Fennecs sont intimidés : en face, des monuments comme Briegel, Rummenigge, Littbarski, Schumacher.
Après 20 minutes, les joueurs se rendent compte qu’ils sont au niveau. Madjer ouvre le score, Lakhdar Belloumi tue le match : Algérie 2–1 Allemagne de l’Ouest, l’un des plus grands exploits de l’histoire des Verts.
Il raconte aussi la désillusion qui suit : défaite contre l’Autriche malgré une pluie d’occasions, puis victoire insuffisante contre le Chili. Le fameux “arrangement” RFA–Autriche à Gijón élimine l’Algérie et provoque un changement de règlement à la FIFA, qui impose désormais la dernière journée de phase de groupes à la même heure.
Pour Madjer, ce match reste fondateur : “On a prouvé que les Arabes et les Africains pouvaient rivaliser avec les grands”, message encore très fort pour la diaspora algérienne en Europe.
PSG, Bayern, Inter : les grands transferts qui ont failli changer le destin de Rabah Madjer
Après l’exploit de 1982, les portes de l’Europe s’ouvrent. Madjer révèle qu’il a été approché par le président du Paris Saint-Germain de l’époque après le Mondial. Réunion à Alger, rendez-vous à la FAF… mais l’affaire capote, notamment pour des raisons financières et de politique sportive en Algérie : on hésite encore à laisser partir les meilleurs à l’étranger.
Il détaille ensuite plusieurs feuilletons dignes d’un film :
un accord avancé avec le Bayern Munich, qui le fait même venir à Munich pour la visite médicale, avant que Porto n’invoque une clause pour bloquer le transfert ;
un pré-accord avec l’Ajax de Johan Cruyff, qui voulait associer Madjer à Marco van Basten, finalement annulé par Porto ;
un contrat signé avec l’Inter Milan de Giovanni Trapattoni, avec vol privé, visite à Milan et présentation presque prête… jusqu’à une grosse blessure musculaire qui refroidit les dirigeants nerazzurri.
La talonnade “Madjer” et la Coupe intercontinentale
L’attaquant revient sur la nuit du 27 mai 1987, à Vienne : Porto est mené 1–0 par le Bayern en finale de la Coupe des clubs champions. Réaxé plus haut après des changements, Madjer se retrouve au premier poteau, dos au but, sur un centre de Juary dévié. Il choisit la talonnade, sans regarder derrière. Egalisation, puis passe décisive pour le 2–1 : Porto soulève sa première C1 et le geste entre dans la légende.

Quelques mois plus tard, à Tokyo, il marche dans la neige lors de la Coupe intercontinentale 1987 contre Peñarol. Il raconte ce lob lointain qui avance au ralenti sur la pelouse enneigée avant de finir au fond, lui offrant le titre de meilleur joueur du match.
Sélectionneur des Verts : “On m’a jugé sur des matchs amicaux”
Au chapitre le plus sensible de l’interview, Madjer revient sur ses deux passages comme sélectionneur de l’Algérie. Il insiste sur un point :
“On dit que j’ai réussi comme joueur et échoué comme entraîneur. Où est l’échec si on me vire après des matchs amicaux ?”
Il cite notamment :
un nul 0–0 en Belgique dans un contexte difficile, qu’il présente comme un bon résultat,
une lourde défaite en amical au Portugal, qui cristallise les critiques,
la préparation de la CAN 2019 en Égypte, interrompue par son départ.
Selon lui, certains responsables au sein de la FAF avaient décidé de le pousser vers la sortie, et une partie de la presse a joué le rôle de caisse de résonance. Il rappelle qu’il avait un contrat solide, sans clause de licenciement après match amical, mais qu’il a refusé de saisir la FIFA pour ne pas “faire condamner son pays”.
Le fameux nul en Belgique et le limogeage
Madjer raconte l’épisode de 2003 : résultat nul en amical à Bruxelles contre une Belgique alors très compétitive, avec un effectif algérien composé en majorité de joueurs locaux. Malgré cette performance, il est remercié dans la foulée. Pour lui, ce scénario se répétera plus tard : “On préparait la CAN, on m’a sorti sur un match de préparation.”
Les 400 millions laissés à la FAF
Il affirme aussi avoir laissé 400 millions de dinars dans les comptes de la FAF, de l’argent auquel il pouvait prétendre contractuellement, mais qu’il a renoncé à réclamer. Message sous-jacent : il ne veut pas être accusé d’avoir “profité” de l’équipe nationale.
Son fils, le choix du Qatar et la fracture avec une partie du public
L’un des passages les plus personnels concerne son fils Lotfi, né et formé au Qatar. Madjer explique qu’il a lui-même demandé à la FAF et au directeur technique de convoquer son fils en sélection de jeunes, lorsqu’il entraînait les Verts. Il assure qu’il ne s’agissait pas de piston mais d’une conviction sportive : selon lui, Lotfi était l’un des meilleurs éléments de l’Académie du Paradou.
Il affirme avoir obtenu des promesses (“inshallah, on va le voir au prochain stage”), jamais suivies d’effets. De retour à Doha, le fils est finalement appelé par la fédération qatarie et devient international olympique qatari.
Madjer refuse l’idée qu’il aurait “choisi le Qatar” par intérêt :
il parle plutôt de “nassîb” (destin),
rappelle qu’il a sollicité d’abord l’Algérie,
et demande que l’on cesse de l’attaquer, lui et son fils, sur ce dossier.
Pour une partie de la diaspora, ce point reste sensible : certains y voient une forme de “trahison”, d’autres un symbole des occasions perdues par la FAF avec les binationaux.
Ballon d’Or, Maradona, Mbappé : le regard de Madjer sur les légendes du jeu
Madjer assume un regret : “J’aurais dû gagner trois Ballons d’Or”, dit-il, en citant 1987 (C1 avec Porto, but en finale), 1988 (Coupe intercontinentale et titre de meilleur joueur) et 1990 (CAN gagnée à domicile avec l’Algérie, dont il est capitaine).
Il rappelle que, jusqu’en 1995, le Ballon d’Or de France Football était réservé aux joueurs européens, ce qui excluait automatiquement un Algérien comme lui, même au sommet.
Sur les grands noms, il tranche :
Maradona est pour lui “le meilleur joueur de l’histoire”, au-dessus même de Pelé.
Il cite aussi Johan Cruyff comme modèle technique et tactique, racontant leur rencontre après la C1.
Parmi les joueurs actuels, il place Kylian Mbappé tout en haut, qu’il considère comme le plus complet du moment.
Il garde un immense respect pour Messi et Cristiano Ronaldo, mais sa hiérarchie personnelle reste marquée par la génération Maradona–Cruyff.
Ce que dit cette interview de l’Algérie, de son football et de sa diaspora
Au-delà de l’anecdote, cette interview raconte aussi quelque chose de l’Algérie du foot :
la difficulté pour les talents locaux de sortir à l’étranger dans les années 1980,
les tensions récurrentes entre stars et institutions,
la défiance entre une partie du public et ses légendes, amplifiée par les réseaux sociaux,
et la place croissante des pays du Golfe (Qatar) dans la vie des joueurs algériens, qu’ils soient exilés ou binationaux.
Pour la diaspora, notamment en Europe et au Moyen-Orient, Madjer reste un repère : l’homme du but contre l’Allemagne, de la talonnade de Vienne et de la première CAN remportée à Alger. Mais aussi une figure controversée, à qui cette interview donne l’occasion de reprendre la main sur son récit.
FAQ
1. Que révèle Rabah Madjer sur son refus de Paris Saint-Germain ?
Il explique qu’après la Coupe du monde 1982, le président du PSG de l’époque vient à Alger pour le recruter. Un accord de principe existe, mais l’opération échoue en raison d’un désaccord financier et du contexte politique algérien, peu favorable aux départs de stars vers l’Europe.
2. Pourquoi Rabah Madjer considère-t-il que son limogeage de la sélection était injuste ?
Madjer estime qu’on l’a jugé sur des matchs amicaux (Belgique, Portugal) alors qu’il préparait la CAN. Il rappelle que son contrat ne prévoyait pas de licenciement sur la base d’un simple amical, et qu’il a refusé de saisir la FIFA pour réclamer de l’argent à la FAF.
3. D’où viennent les “400 millions” que Madjer dit avoir laissés à la FAF ?
Il parle d’environ 400 millions de dinars qu’il affirme avoir laissés dans les comptes de la Fédération algérienne, somme correspondant à des droits contractuels non versés. Par choix, dit-il, il n’a jamais réclamé cet argent afin de ne pas nuire à l’image de son pays.
4. Pourquoi le fils de Rabah Madjer joue-t-il pour le Qatar et pas pour l’Algérie ?
Madjer raconte qu’il a demandé à la FAF de convoquer son fils Lotfi en sélection de jeunes, sans succès. De retour à Doha, la fédération qatarie l’appelle et il devient international olympique qatari. Pour Madjer, il s’agit d’un concours de circonstances plus que d’un choix contre l’Algérie.
5. Rabah Madjer aurait-il pu gagner le Ballon d’Or ?
Selon lui, oui. Il cite les années 1987, 1988 et 1990 comme saisons où son palmarès et son niveau auraient pu lui valoir la récompense. Mais à l’époque, le Ballon d’Or n’était ouvert qu’aux joueurs européens, ce qui l’excluait de fait.
6. Quel est aujourd’hui le regard de Madjer sur l’équipe d’Algérie et les sélections africaines ?
Il se montre prudent mais optimiste : avec l’élargissement de la Coupe du monde à 48 équipes, il estime que des nations comme l’Algérie, le Maroc, la Tunisie ou le Sénégal ont une vraie carte à jouer, à condition de mieux valoriser leurs joueurs locaux et leurs binationaux.







































































































































































































































































































































































































































































































































































































