Idir
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 12 juillet 2017

Le Berger des Étoiles
Idir
Hamid Cheriet • 1949-2020 • Kabylie
Avec A Vava Inouva, il a offert au monde le premier tube international venu d’Afrique du Nord. Ambassadeur de la culture berbère, sa voix douce et ses mélodies universelles ont traversé les générations et les frontières.
📍 Aït Lahcène, Kabylie
🌍 77 pays • 15 langues
Hamid Cheriet, dit Idir — « Il vivra » en kabyle —, est l’un des artistes les plus emblématiques de la musique kabyle et un pionnier de la world music. Fils de berger devenu géologue, il bascule dans la chanson par hasard en 1973. Son titre A Vava Inouva, diffusé dans 77 pays et traduit en 15 langues, devient le premier tube international venu d’Afrique du Nord. Ambassadeur de la culture berbère dans le monde, il a consacré sa vie à défendre l’identité amazighe avec humanisme et fraternité.
«Idir n’est pas un chanteur. Il est un membre de chaque famille qui l’écoute.
— Pierre Bourdieu, sociologue
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Jeunesse au Djurdjura
Hamid Cheriet naît le 25 octobre 1949 à Aït Lahcène, un village perché sur les monts du Djurdjura, à 35 km de Tizi-Ouzou, capitale de la Grande-Kabylie. Fils de berger, il grandit dans un milieu familial profondément imprégné de la tradition et de la culture berbère.
« J’ai eu la chance d’avoir une grand-mère et une mère poétesses », confiera-t-il plus tard. « On venait de loin pour les écouter. J’ai baigné dans l’atmosphère magique des veillées où l’on racontait des contes et des énigmes. Dans une société de culture orale, la valeur du mot est immense. »
Le premier instrument d’Idir est la flûte de berger kabyle, qu’il apprend à tailler lui-même dans un roseau. « Au village, les enfants que nous étions se transformaient en bergers dès la sortie de l’école. Et tailler une flûte allait de soi. Quand une mélodie me vient, je la teste d’abord à la flûte. » La guitare folk viendra plus tard, au lycée d’Alger, enseignée par un coopérant français.
Le jeune Hamid ne se destine pas à la chanson. Il entreprend des études de géologie et envisage une carrière dans l’industrie pétrolière algérienne. Mais le destin va en décider autrement.
Le choix du nom « Idir »
Hamid choisit le nom de scène Idir, qui signifie « Il vivra » en kabyle. « À l’époque des grandes épidémies, on le donnait aux nouveau-nés pour conjurer le sort. Je l’ai choisi en pensant à ma culture menacée et à ma mère. »
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A Vava Inouva : le tube planétaire
En 1973, alors qu’il est étudiant en géologie, la vie d’Idir bascule par hasard. À Radio Alger, la chanteuse Nouara, qui devait interpréter une berceuse qu’il avait composée pour elle, tombe malade. On demande à Idir de la remplacer au pied levé.
Il interprète Rsed A Yidess (« Que vienne le sommeil ») et surtout A Vava Inouva (« Mon petit papa »), une chanson composée avec le poète Mohamed Benhamadouche, inspirée d’un conte ancien kabyle, Le Chêne de l’Ogre. Les auditeurs tombent sous le charme.
1973-1976 : Le premier tube d’Afrique du Nord
Pendant qu’Idir fait son service militaire de deux ans, ignorant tout de ce qui se passe, A Vava Inouva connaît un succès fulgurant. La chanson est diffusée dans 77 pays et traduite en 15 langues (grec, espagnol, arabe, français…). C’est le premier tube international venu directement d’Afrique du Nord.
« Je suis arrivé au moment où il fallait, avec les chansons qu’il fallait », commentera simplement Idir. En 1975, libéré de ses obligations militaires, il est invité par la maison de disques Pathé-Marconi à venir à Paris pour enregistrer son premier album. Il s’installe en France — « mais toujours avec une valise prête dans la tête » — et renonce à sa carrière de géologue.
La chanson évoque les veillées traditionnelles dans les villages kabyles : un père enroulé dans son burnous, une bru derrière son métier à tisser, des enfants autour de la grand-mère qui raconte les histoires d’antan, la neige qui s’entasse contre la porte…
Le refrain — un dialogue entre une fille et son père face à la menace de l’ogre — est une allusion aux contes kabyles transmis oralement, mais aussi une métaphore de la résistance culturelle face au pouvoir algérien de l’époque.
L’album A Vava Inouva sort en 1976 et contient d’autres merveilles comme Cfiy, Isefra ou Ssendu. En 1979, Idir enchaîne avec Ay Arrac Nnegh (« À nos enfants »), puis une longue série de concerts.
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Engagement berbère et éclipse
Grâce à Idir, la langue et la culture kabyles sortent du carcan étroit dans lequel elles étaient enserrées par le pouvoir algérien. Le quotidien francophone El-Moudjahid, organe officiel du FLN, titre : « Nous aussi, avons notre Bob Dylan », célébrant une « folk song algérienne ».
Mais Idir est porte-drapeau d’une cause plus large. En avril 1980, le Printemps berbère secoue les rues d’Alger et de la Kabylie. Ces manifestations pacifiques pour la reconnaissance de la culture amazighe sont durement réprimées. Révolté, Idir compose Izumal, un hymne vibrant à la fierté berbère.
1981-1991 : L’éclipse volontaire
Cet homme discret, à la voix douce et au look d’universitaire, n’apprécie guère les contraintes de la notoriété. À partir de 1981, il s’éclipse de la scène pendant dix ans, le temps de régler juridiquement un différend avec son ancien producteur et de prendre du recul.
Sa carrière est relancée en 1991 avec la sortie d’une compilation de 17 chansons. Après une âpre bataille juridique, Idir obtient le droit de ré-enregistrer ses titres. Il remonte sur scène au New Morning à Paris en février 1992. Pour la première fois, la critique lui attribue le statut de précurseur de la world music.
En 1993, paraît l’album Les Chasseurs de lumière, où il invite Alan Stivell. Il chante ses thèmes de prédilection : l’amour, la liberté, l’exil.
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Le retour et les collaborations
Le 22 juin 1995, plus de 6 000 personnes applaudissent Idir et son ami Khaled, initiateurs de l’association « L’Algérie la vie », lors d’un concert pour la paix, la liberté et la tolérance. « Le raï oranais rencontre la poésie contestataire kabyle » : c’est un succès qui réunit les communautés kabylophones et arabophones.
Idir participe aussi au concert hommage rendu à Lounès Matoub, chanteur kabyle assassiné en 1998.
1999 : Identités — L’album des rencontres
Le véritable retour discographique d’Idir se fait avec Identités, un album hommage qui réunit Manu Chao, Dan Ar Braz, Maxime Le Forestier, Karen Matheson (pour un A Vava Inouva 2), Zebda, Gilles Servat, Geoffrey Oryema et l’Orchestre National de Barbès.
En 2001, il organise le 21e Printemps berbère au Zénith de Paris. Le 8 juillet, alors que de violentes émeutes ravagent la Kabylie, il réunit de nombreux artistes pour un concert de soutien.
- 2002 — Deux rives, un rêve : compilation + inédit Pourquoi cette pluie ? (écrit par Jean-Jacques Goldman sur le déluge d’Alger)
- 2007 — La France des couleurs : avec Grand Corps Malade, Zaho, Akhenaton, Tiken Jah Fakoly, Yannick Noah…
- 2013 — Adrar Inu (Ma montagne) : album intimiste, retour aux sources
- 2017 — Ici et Ailleurs : duos avec Charles Aznavour, Bernard Lavilliers, Francis Cabrel, Patrick Bruel, Maxime Le Forestier, Gérard Lenorman, Henri Salvador (posthume)
4 janvier 2018 : Le retour en Algérie après 38 ans
Idir retrouve enfin le public algérien à la Coupole d’Alger pour le Nouvel An berbère Yennayer. Ce concert symbolique a lieu après l’officialisation de la langue tamazight (2016) et la reconnaissance de Yennayer comme fête nationale (2017). En janvier 2019, il partage la scène de Bercy avec Aït Menguellet et Allaoua.
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Héritage et hommages
Le 2 mai 2020, Idir s’éteint à l’hôpital Bichat à Paris, des suites d’une fibrose pulmonaire dont il souffrait depuis plusieurs mois. Il avait 70 ans. Le 13 mai, il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (85e division).
Quelques mois avant sa mort, il avait évoqué le mouvement Hirak dans une interview : « J’ai tout aimé de ces manifestations : l’intelligence de cette jeunesse, son humour, sa détermination à rester pacifique. J’avoue avoir vécu ces instants de grâce comme des bouffées d’oxygène. Atteint d’une fibrose pulmonaire, je sais de quoi je parle. »
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En octobre 2022, une petite place est baptisée au nom d’Idir au centre de Toulouse. Sa fille Tanina, musicienne, perpétue son héritage. Le documentaire « Cheb Hasni, je vis encore ! » du réalisateur Djamel Kelfaoui — qui a également réalisé « Algérie, Mémoires du Raï » — témoigne de l’importance des artistes algériens disparus.
Je ne suis qu’un saltimbanque qui apporte trois minutes de voyage, de rêve, d’éducation parfois, toujours soucieux de préserver son identité opprimée, parce que celle-ci mérite de vivre.
— Idir, 2002
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Questions fréquentes
Qui est Idir ?
Idir, de son vrai nom Hamid Cheriet, né le 25 octobre 1949 à Aït Lahcène (Kabylie) et mort le 2 mai 2020 à Paris, est un chanteur, auteur-compositeur et musicien algérien d’expression kabyle. Il est considéré comme le père de la chanson kabyle moderne et un ambassadeur de la culture berbère dans le monde entier.
Quelle est la chanson la plus célèbre d’Idir ?
A Vava Inouva (« Mon petit papa ») est sa chanson la plus célèbre. Sortie en 1973, elle est considérée comme le premier tube international venu d’Afrique du Nord, diffusée dans 77 pays et traduite en 15 langues. Elle évoque les veillées traditionnelles dans les villages kabyles.
Que signifie « Idir » en kabyle ?
Idir signifie « Il vivra » en kabyle. Ce prénom était traditionnellement donné aux nouveau-nés pour conjurer le sort lors des grandes épidémies. L’artiste l’a choisi en pensant à sa culture menacée et à sa mère, pour affirmer que la culture berbère survivrait.
Pourquoi Idir est-il important pour la culture berbère ?
Idir a contribué à sortir la langue et la culture kabyles du folklore pour leur donner une audience internationale. Son œuvre a accompagné le Printemps berbère de 1980 et la reconnaissance progressive de l’identité amazighe en Algérie. Il a modernisé la chanson berbère tout en préservant ses racines traditionnelles.
Combien d’albums Idir a-t-il enregistrés ?
Idir a enregistré 11 albums studio au total, dont A Vava Inouva (1976), Ay Arrac Nnegh (1979), Les Chasseurs de lumière (1993), Identités (1999), La France des couleurs (2007) et Ici et Ailleurs (2017). Sa discographie est modeste mais son influence sur la musique algérienne et mondiale est considérable.
Quand Idir est-il retourné en Algérie ?
Après 38 ans d’absence, Idir est retourné chanter en Algérie le 4 janvier 2018 à la Coupole d’Alger pour le Nouvel An berbère Yennayer. Ce concert symbolique a eu lieu après l’officialisation de la langue tamazight (2016) et la reconnaissance de Yennayer comme fête nationale (2017).
« De toute façon, nous sommes condamnés à réussir. Si nous restons unis, rien ni personne ne pourra nous défaire. »
— Idir, sur le Hirak algérien (2019)
ⵉⴷⵉⵔ — Il vivra à jamais






































































































































































































































































































































































































































































































































































































