Ferhat Mehenni
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Ferhat Mehenni : Le Maquisard de la Chanson Engagée
Du chanteur contestataire au président du gouvernement kabyle en exil — parcours d’un militant inclassable qui a consacré 50 ans de sa vie au combat pacifique pour la cause amazighe.
📍 Illoula Oumalou, Kabylie
🎵 Imazighen Imula
Ferhat Mehenni est une figure polarisante : considéré comme un héros de la cause kabyle par ses partisans, il est classé « terroriste » par les autorités algériennes depuis 2021. Cet article présente les faits de manière factuelle et équilibrée, sans prendre parti.
Ferhat Mehenni (né en 1951) incarne plus de 50 ans de combat pacifique pour la cause amazighe. Chanteur contestataire avec son groupe Imazighen Imula, artisan du Printemps berbère de 1980, cofondateur du RCD, fondateur du MAK (2001) puis président de l’Anavad (gouvernement provisoire kabyle en exil), il est surnommé par Kateb Yacine « le maquisard de la chanson engagée ». Arrêté 12 fois, torturé, condamné à la prison à perpétuité par contumace (2022), il poursuit son action depuis la France.
Je sais que la mort, la torture et la prison sont le prix de la liberté. J’en accepte les conséquences.
Ferhat Mehenni
⭐ Jeunesse et formation (1951-1972)
Ferhat Mehenni naît le 5 mars 1951 au village de Maraghna, dans la commune d’Illoula Oumalou (wilaya de Tizi Ouzou), au cœur de la Kabylie. Il est orphelin de guerre : son père, combattant de la guerre d’indépendance, tombe au champ d’honneur les armes à la main. Il n’y avait plus d’hommes au village pour l’inhumer — des femmes s’en chargèrent.
- Janvier 1963 : Entre tardivement à l’école primaire de Châteauneuf (Alger)
- 1965-1969 : Poursuit sa scolarité à Larbaâ Nath Irathen
- 1972 : Obtient son baccalauréat en candidat libre
- 1972-1977 : S’inscrit à l’Institut des sciences politiques de l’université d’Alger, obtient sa licence
C’est à l’université qu’il découvre les différents courants idéologiques, berbéristes notamment, qui agitent la capitale. En octobre-novembre 1972, il fait sa première rencontre avec celui qui deviendra son ami et compagnon de lutte : Saïd Saadi. Ensemble, ils participent à la publication d’une revue clandestine, d’abord intitulée Taftilt (« Lumière ») puis Itri (« Étoile »), dans laquelle sont formulées des revendications culturelles et linguistiques amazighes.
Fils d’artiste lui-même, Ferhat grandit dans une culture à tradition littéraire orale où le chant est sacré. La chanson devient pour lui le moyen de lutte pacifique qui s’impose comme une évidence. En 1969, à 18 ans, il écrit sa première chanson, « Une fleur bleue », qui passe sur les ondes de la radio kabyle.
🎵 Le chanteur engagé : Imazighen Imula
En avril 1973, alors qu’il est encore étudiant, Ferhat Mehenni participe au 1er Festival de la chanson populaire à Alger. Son groupe, inscrit sous le nom de « Imazighen d’Illula », devient par une faute de frappe « Imazighen Imula » — « les hommes libres du nord ». Il se distingue en remportant le Grand Prix de la chanson moderne.
🎤 Un répertoire « explosif »
Son répertoire est qualifié d’explosif voire subversif dans l’Algérie muselée de Boumédiène. Il chante notamment :
- Le Déserteur de Boris Vian (en kabyle)
- L’Internationale traduite en berbère
- Des textes prônant l’éveil des consciences et la libération
Avec d’autres chanteurs comme Idir, il contribue à la rénovation de la musique traditionnelle kabyle et pose publiquement la question de l’identité berbère. Sa musique exprime une forme de résistance culturelle dans un pays où la question amazighe reste marginalisée.
- 1979 : Chansons révolutionnaires de Kabylie
- 1981 : Chansons berbères de lutte et d’espoir
- 1983 : L’Algérie a 20 ans
- 1998 : Chants de feu et de l’eau
- 2002 : I tmurt n Leqvayel (Hymne à la Kabylie)
- 2003 : Idamen n tefsut (Le sang du printemps)
- 2008 : Adekker d Usirem (Requiem et espoir)
- 2015 : Tilelli i Teqvaylit (Liberté pour la Kabylie)
« J’ai produit seulement 8 albums en 40 ans car je n’écris pas sur commande, mais par inspiration. »
En avril-juin 1976, il prend une part active aux débats ayant précédé le référendum sur la Charte nationale en proclamant sa berbérité dans tous les meetings. C’est alors que commencent ses démêlés avec la Sécurité militaire.
🌸 Le Printemps berbère de 1980
L’interdiction de la conférence de Mouloud Mammeri sur la poésie kabyle ancienne, le 10 mars 1980, est à l’origine d’une formidable mobilisation populaire autour de l’université de Tizi Ouzou pour revendiquer la culture amazighe.
⭐ Un artisan du Printemps berbère
Étant l’un des artistes les plus influents du moment, Ferhat Mehenni choisit, en dépit des menaces, interdictions et persécutions, de devenir un acteur majeur du mouvement. Il est arrêté le 16 avril 1980. Cette mobilisation marque la naissance du Mouvement Culturel Berbère (MCB), dont il est l’un des fondateurs.
Au fil des années, le MCB défiera seul le régime d’Alger et le poussera, en Kabylie, dans ses derniers retranchements. C’est durant cette période charnière que Ferhat Mehenni publie ses trois premiers albums majeurs (1979, 1981, 1983).
⛓️ Arrestations, prison et torture (1976-1987)
Entre novembre 1976 et avril 1987, les prises de position de celui que Kateb Yacine surnommait « le maquisard de la chanson » lui vaudront 12 arrestations par le pouvoir algérien.
Le 30 juin 1985, Ferhat Mehenni est parmi les fondateurs de la première Ligue algérienne des droits de l’Homme, sous la direction de Maître Ali Yahia Abdenour. Il est membre de son comité directeur.
Il est arrêté le 17 juillet 1985 chez lui à Azazga pour son appartenance à la Ligue et pour avoir célébré en dehors des cortèges officiels l’anniversaire de l’indépendance. Incarcéré à la prison de Berrouaghia, il est jugé le 20 décembre 1985 et condamné à 3 ans de prison plus une amende de 5 000 dinars.
En prison, il retrouve ses camarades Mokrane Aït-Larbi, Amar Mokrani et Saïd Saadi. Transféré à la prison de Tazoult-Lambèse, il subit la torture dans des conditions inhumaines. En prison, il devient « l’écrivain pour tous les détenus qui ne savaient ni lire ni écrire ».
Après 21 mois d’emprisonnement, il est libéré le 27 avril 1987 par grâce présidentielle.
Ni les longues nuits de torture ni les privations dont il a fait l’objet n’ont su fléchir sa ferme détermination dans une lutte non-violente contre l’arbitraire institutionnel.
🏛️ Du RCD au MCB (1989-2000)
Après les sanglants événements d’octobre 1988, en novembre 1988, Ferhat Mehenni lance avec trois de ses camarades — Mustapha Bacha, Mokrane Aït Larbi et Saïd Saadi — un appel à la tenue des Assises culturelles amazighes les 10-11 février 1989.
À l’issue de ces assises est proclamée la formation du RCD, parti d’opposition laïc. Ferhat Mehenni devient secrétaire national à la culture et à l’histoire. Il est reconduit dans ses responsabilités lors du congrès constitutif du 15 décembre 1989.
Toutefois, des divergences vont l’opposer à Saïd Saadi. Il quitte la direction du RCD pour présider la coordination nationale du MCB.
Le détournement du vol AF 8969 (1994)
En décembre 1994, Ferhat Mehenni est un passager de l’Airbus A300 d’Air France (vol AF 8969) détourné par des membres du GIA. Pendant 54 heures d’angoisse (24-26 décembre), il vit un calvaire avant d’être libéré grâce à l’intervention du GIGN à Marseille. Il en sortira traumatisé et publiera en 2015 Noël en otage (Michalon).
Le boycott scolaire de 1994-1995
En septembre 1994, Ferhat Mehenni est le principal artisan du boycott scolaire déclenché en Kabylie par le MCB. Cette « grève des cartables » aboutit, une année plus tard, à la mise sur pied par le pouvoir d’un Haut Commissariat à l’Amazighité.
En mai 1997, il démissionne définitivement du RCD pour « cause de trahison envers les Berbères », selon ses termes.
🏴 Le MAK et le Printemps noir (2001)
En avril 2001, la Kabylie s’embrase. Le meurtre d’un lycéen, Massinissa Guermah, par la gendarmerie déclenche des émeutes d’une violence sans précédent. La répression fait 127 morts et des milliers de blessés. C’est le « Printemps noir ».
📍 Naissance du MAK
Lorsqu’il se rend dans une morgue où sont alignées les victimes de ce sombre printemps, Ferhat Mehenni se souvient des images de son enfance, celles de la guerre d’Algérie. Ce parallèle le secoue.
Le 5 juin 2001, au milieu du torrent de sang des martyrs kabyles, l’idée du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK) prend forme. Il est officiellement fondé le 24 août 2001 à Makouda. Initialement, le mouvement revendique une large autonomie régionale.
L’assassinat de son fils Ameziane (2004)
Dans la nuit du 18 au 19 juin 2004, le fils aîné de Ferhat Mehenni, Ameziane, est assassiné à Paris. Ce crime n’a jamais été élucidé. Selon Ferhat Mehenni, il est « très probablement lié à son engagement autonomiste » et aux menaces du général Toufik (patron du DRS). Ce fut un coup dur pour le leader kabyle, mais il n’a pas abdiqué.
- 2001 : Fondation — revendication d’autonomie
- 2010 : Passage à la revendication d’autodétermination
- 2013 : Devient officiellement « Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie »
- 2021 : Classé organisation terroriste par l’Algérie (qualification non reconnue internationalement)
🏛️ L’Anavad et l’exil (depuis 2010)
Installé en France depuis le début des années 2000, Ferhat Mehenni proclame le 1er juin 2010 à Paris le « Gouvernement provisoire kabyle » (Anavad en kabyle). Il en devient le président, quittant la présidence du MAK.
🌍 L’action internationale de l’Anavad
- Lobbying auprès d’élus européens et américains
- Conférences dans des cercles associatifs et universitaires
- Interventions dans les médias kabyles et amazighs
- Structuration de la diaspora kabyle
- 2013 : Lauréat du Gusi Peace Prize (prix pour la paix)
- 2020 : Installation du parlement kabyle (Imni Aqvayli)
- 2025 : Lettre au Conseil de Sécurité de l’ONU
Condamnations et mandats d’arrêt
- Mai 2021 : Le MAK est classé « organisation terroriste » par l’Algérie
- 26 août 2021 : Mandat d’arrêt international émis par l’Algérie (ignoré par les chancelleries)
- 14 novembre 2022 : Condamnation par contumace à la prison à perpétuité pour « création d’une organisation terroriste et atteinte à l’intégrité territoriale »
- 17 janvier 2024 : Nouvelle condamnation à 20 ans de prison
La France n’a pas donné suite aux demandes d’extradition algériennes.
La déclaration du 14 décembre 2025
Le 14 décembre 2025, date anniversaire de la résolution 1514 de l’ONU sur la décolonisation, Ferhat Mehenni proclame à Paris l’indépendance de la Kabylie et la naissance de la « République fédérale, laïque et démocratique de Kabylie ». Il s’agit d’un acte symbolique, sans reconnaissance internationale à ce stade.
📚 Ouvrages
- Algérie : la Question kabyle, Michalon, 2004
- Le siècle identitaire : la fin des États post-coloniaux, Michalon, 2010
- Afrique : le casse-tête français, Éditions de Passy, 2013
- Noël en otage, Michalon, 2015
- Kabylie : Mémorandum pour l’indépendance, Fauves, 2017
- Réflexions dans le feu de l’action : Histoire de la renaissance du peuple kabyle, Fauves, 2021
❓ Questions fréquentes sur Ferhat Mehenni
Qui est Ferhat Mehenni ?
Ferhat Mehenni, né le 5 mars 1951 en Kabylie, est un chanteur engagé et homme politique. Fondateur du groupe Imazighen Imula (1973), artisan du Printemps berbère (1980), cofondateur du RCD (1989), il crée le MAK en 2001 et préside depuis 2010 le Gouvernement provisoire kabyle (Anavad) en exil. Kateb Yacine le surnommait « le maquisard de la chanson engagée ».
Qu’est-ce que le MAK ?
Le MAK (Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie), fondé le 5 juin 2001 après le Printemps noir, revendiquait initialement l’autonomie régionale. Depuis 2010, il milite pour l’indépendance. Classé organisation terroriste par l’Algérie en mai 2021, cette qualification n’est reconnue par aucune organisation internationale.
Qu’est-ce que l’Anavad ?
L’Anavad (Gouvernement provisoire kabyle) a été proclamé le 1er juin 2010 à Paris par Ferhat Mehenni. Structure politique en exil, il élabore des textes constitutionnels, mène un lobbying international et organise des actions de communication. Il ne bénéficie d’aucune reconnaissance internationale officielle.
Pourquoi Ferhat Mehenni a-t-il été arrêté et emprisonné ?
Ferhat Mehenni a été arrêté 12 fois entre 1976 et 1987 pour son militantisme berbériste et ses chansons contestataires. En 1985, cofondateur de la première Ligue algérienne des droits de l’Homme, il est condamné à 3 ans de prison et incarcéré dans des conditions inhumaines, subissant la torture. Il est gracié en avril 1987.
Quel est le lien entre Ferhat Mehenni et le Printemps berbère de 1980 ?
Ferhat Mehenni est l’un des artisans majeurs du Printemps berbère d’avril 1980 à Tizi Ouzou. Artiste très influent, il devient un acteur clé de la mobilisation qui a suivi l’interdiction de la conférence de Mouloud Mammeri. Il est arrêté le 16 avril 1980 et cofonde ensuite le Mouvement Culturel Berbère (MCB).
Ferhat Mehenni est-il condamné en Algérie ?
Oui. Le 26 août 2021, l’Algérie émet un mandat d’arrêt international. Le 14 novembre 2022, il est condamné par contumace à la prison à perpétuité. Le 17 janvier 2024, nouvelle condamnation à 20 ans de prison. La France n’a pas donné suite aux demandes d’extradition.
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