El Hadj Menouar
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 12 juillet 2017

Le Maître de la Derve
El Hadj Menouar
1913 – 1971 • Menouar Bensmir • La Voix de la Casbah
Gardien inflexible de la poésie Melhoun et virtuose du tambourin, El Hadj Menouar a porté le Chaâbi vers des sommets de spiritualité. Sa voix solennelle reste le témoin éternel des veillées sacrées de la cité blanche.
📍 La Casbah, Alger
✨ Maître du Tar
El Hadj Menouar, de son vrai nom Menouar Bensmir, est l’un des piliers sur lesquels repose l’histoire de la musique chaâbi. Si Hadj M’hamed El Anka en fut l’architecte moderne, Menouar en fut le gardien de la dimension spirituelle et de la ferveur populaire. Né au cœur de la ville d’Alger, il a su transformer le chant des Zaouïas en un art citadin d’une noblesse absolue, marquant de son empreinte les nuits de la Casbah pendant plus de quarante ans.
«Menouar ne chantait pas seulement des mots, il faisait vibrer l’histoire de la Casbah entre ses mains. Son tambourin était le cœur battant d’Alger.
— Hommage d’un contemporain
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La Casbah : L’éveil d’un prodige du rythme (1913)
Menouar Bensmir naît en 1913 au cœur de la mythique Casbah d’Alger. Issu d’un milieu modeste mais pétri de culture citadine, il est très tôt attiré par les sonorités qui s’échappent des cafés maures et des zaouïas. À Alger, le début du XXe siècle est une période de bouillonnement où la musique andalouse commence à se transformer pour devenir populaire.
Le jeune Menouar se passionne pour le **Tar** (le tambourin algérien). Doué d’une oreille absolue et d’un sens inné de la mesure, il commence à accompagner les troupes de quartier dès son adolescence. Sa réputation de percussionniste hors pair le précède, et il devient rapidement le partenaire sollicité des plus grands maîtres de l’époque.
Menouar n’était pas seulement un musicien, il était un « hafidh » (gardien) de la poésie Melhoun. Il passait des heures à mémoriser les longs qasidates des poètes anciens, comprenant que le chaâbi était avant tout une affaire de transmission du texte.
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L’ombre du Maître : De Mustapha Nador à la consécration
Comme Hadj M’hamed El Anka, El Hadj Menouar a fait ses classes auprès de l’immense Mustapha Nador. Le Maître Nador, qui a jeté les bases du chaâbi tel que nous le connaissons, voyait en Menouar l’héritier de la force rythmique.
Après la disparition de Nador, Menouar s’impose comme une figure centrale de la scène algéroise. Dans les années 30 et 40, il enregistre ses premiers titres, apportant une dimension plus traditionnelle, plus « derve » (spirituelle) au genre. Sa voix, moins métallique que celle d’El Anka mais plus profonde et chaude, lui permet de conquérir un public d’une fidélité absolue.
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Le Prince du Med’h : La voix de la foi et de la sagesse
Ce qui distingue El Hadj Menouar de tous ses contemporains, c’est son excellence dans le Med’h (chants de louanges religieuses). Il a su extraire la poésie mystique du cercle fermé des zaouïas pour la porter sur la scène publique. Ses interprétations de Ya Mohamed ou Sallou Alahya sont des moments de pure ferveur où la musique s’efface devant la sacralité du message.
Pourtant, Menouar était aussi un chanteur de la joie populaire. Il animait les mariages avec une énergie communicative, alternant les textes graves et les chansons plus légères. Il incarnait l’équilibre parfait de l’Algérois de l’époque : pieux, respectueux des ancêtres, mais aimant la vie et le partage festif.
L’idole des ondes
Dès la naissance de Radio Alger, la voix de Menouar devient une compagne quotidienne des Algériens. Il a été l’un des premiers à professionnaliser le statut d’artiste populaire à la radio.
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L’art du Tar : Quand la percussion devient mélodie
S’il est un instrument indissociable d’El Hadj Menouar, c’est le **Tar**. Dans l’orchestre chaâbi, le tambourin assure la cadence, mais entre les mains de Menouar, il devenait un instrument soliste. Sa technique de frappe, alternant les sons mats et les résonances des cymbalettes, était d’une précision chirurgicale.
Il a imposé une manière de jouer qui a influencé tous les percussionnistes du genre après lui. Amar Ezzahi lui-même vouait une admiration sans bornes à cette rigueur rythmique. Menouar prouvait que dans le chaâbi, le rythme n’est pas seulement un support, c’est l’ossature qui porte la poésie vers l’extase.
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Un héritage éternel et le souvenir du Cardinal
El Hadj Menouar s’éteint le 6 novembre 1971 à Alger, à l’âge de 58 ans. Sa disparition marque la fin d’une époque, celle des « pères fondateurs » qui ont vécu la transition entre l’Andalou pur et le Chaâbi moderne. Il est enterré au cimetière d’El Kettar, non loin de ses pairs, dans cette terre d’Alger qu’il a tant chantée.
Bien que son œuvre ait été moins médiatisée à l’international que celle d’El Anka, Menouar reste la référence absolue pour les puristes du genre. Son influence est majeure chez des artistes comme El Hachemi Guerouabi ou Dahmane El Harrachi, qui ont tous puisé dans sa science du rythme et du verbe. Pour les mélomanes, il restera « Cheikh Mohamed », celui qui a donné au peuple algérien ses plus beaux chants de foi.
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Questions fréquentes sur El Hadj Menouar
Était-il le maître de Hadj M’hamed El Anka ?
Non, ils étaient condisciples. Ils ont tous deux appris auprès de Mustapha Nador. Cependant, El Hadj Menouar était respecté par El Anka comme un égal, un gardien rigoureux de la tradition alors qu’El Anka explorait de nouvelles voies d’orchestration.
A-t-il voyagé en dehors de l’Algérie ?
Oui, il s’est rendu en France à plusieurs reprises pour enregistrer ses disques et se produire devant la communauté algérienne. Son pèlerinage à La Mecque (d’où son titre de ‘Hadj’) fut également un moment clé de sa vie spirituelle et artistique.
Pourquoi est-il surnommé le ‘Maître du Tar’ ?
Parce qu’il a élevé la pratique du tambourin à un niveau de virtuosité jamais atteint. Il ne se contentait pas de marquer le temps, il créait des nuances sonores complexes qui dialoguaient avec sa voix et le reste de l’orchestre.
Où se trouve sa tombe ?
Il repose au cimetière d’El Kettar à Alger, le cimetière historique qui surplombe la mer, aux côtés des plus grandes figures de l’histoire algérienne.
« La voix d’un homme n’est que le souffle de son âme sur la terre de ses ancêtres. »
— À la mémoire d’El Hadj Menouar (1913 – 1971)
ⴰⵍ ⵃⴰⴷⵊ ⵎⵏⵓⴰⵔ — L’éternelle lumière de la Casbah
- Algérie






































































































































































































































































































































































































































































































































































































