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Économie africaine : les 10 marchés africains les plus dynamiques

L’économie africaine reste l’une des rares régions à afficher une croissance supérieure à la moyenne mondiale en 2025-2026, malgré la dette, les chocs géopolitiques et l’inflation. Pour les entreprises algériennes, certains pays offrent déjà un terrain de jeu très concret : demande en forte hausse, projets d’infrastructures, ZLECAf, et montée en puissance du corridor transsaharien entre Alger et Lagos. Tour d’horizon des 10 marchés africains les plus dynamiques du moment, vus depuis l’Algérie.

Le contexte : une Afrique en croissance, mais sous contraintes

Selon la Banque africaine de développement, la croissance du continent est attendue autour de 3,9 % en 2025 et 4,0 % en 2026, avec 21 pays au-dessus de 5 % de croissance en 2025. Le FMI confirme cette résilience : l’Afrique subsaharienne devrait tourner autour de 4,1 % de croissance en 2025, un rythme supérieur à la moyenne mondiale mais encore insuffisant pour absorber la pression démographique et réduire significativement la pauvreté.

Derrière ces moyennes, la carte de l’économie africaine est très contrastée :

  • Des pays en crise (instabilité politique, endettement, conflits) ;

  • Des grands marchés en croissance modérée (Nigeria, Afrique du Sud) ;

  • Et une dizaine de pays qui cumulent croissance rapide, réformes et stabilité relative : ce sont eux que nous retenons dans ce classement de marchés africains dynamiques.

Pour les entreprises algériennes, l’enjeu n’est plus de savoir s’il faut regarder vers le sud, mais comment s’insérer dans ces dynamiques :

  • via la ZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine),

  • via le corridor transsaharien et ses projets complémentaires (pipeline, électricité, fibre),

  • via des alliances B2B avec des partenaires locaux.

Méthodo : comment choisir les 10 marchés économiques africains ?

Ce classement n’est pas un “top GDP” mais un focus sur les marchés les plus porteurs pour le business :

Principaux critères :

  • Croissance du PIB prévue 2024-2026 (FMI, BAD, Banque mondiale) ;

  • Efforts de réformes (climat des affaires, fiscalité, infrastructures, énergie) ;

  • Degré d’intégration dans les chaînes régionales (CEDEAO, EAC, SADC, ZLECAf) ;

  • Secteurs porteurs pour des exportateurs algériens :

    • agro-alimentaire, matériaux de construction, BTP, services numériques,

    • logistique, énergie, biens de consommation ;

  • Accessibilité logistique : ports, routes, et surtout corridor transsaharien ou liaisons maritimes.

Nous avons volontairement écarté certains pays à très forte croissance mais en conflit ouvert (Libye, Soudan, Sud-Soudan) au profit de marchés plus exploitables à moyen terme pour des entreprises algériennes.

Les 10 marchés africains les plus dynamiques

1. Sénégal : locomotive de l’Afrique de l’Ouest

Le Sénégal est, de loin, l’un des visages de la nouvelle croissance africaine. La BAD prévoit un taux pouvant dépasser 10 % de croissance en 2025, porté par l’entrée en production de grands projets gazier et pétrolier (notamment le projet Greater Tortue Ahmeyim), ainsi que par l’investissement dans les infrastructures et les services.

Secteurs clés :

  • Énergie (gaz naturel liquéfié, électricité) ;

  • BTP & infrastructures (routes, logements, zones industrielles) ;

  • Services numériques (fintech, e-administration, services BPO).

Opportunités pour les entreprises algériennes :

  • Export de matériaux de construction, d’ingénierie BTP, de solutions de maintenance industrielle ;

  • Coopération dans la formation en énergie et maintenance pétrolière/gazière ;

  • Partenariats entre banques/fintechs pour le paiement transfrontalier.

2. Niger : croissance forte et ancrage transsaharien

Le Niger retrouve une dynamique de croissance au-delà de 7 % en 2025, tirée par la montée en puissance de la production pétrolière et d’importants financements d’infrastructures.

Atout majeur pour l’Algérie : le pays est au cœur du corridor transsaharien, reliant Alger à Lagos. L’amélioration des tronçons routiers financés par la BAD, l’OPEP Fund et la Banque islamique de développement est précisément pensée pour soutenir le commerce nord-sud.

Secteurs porteurs :

  • Transport & logistique (plateformes de transit, entrepôts) ;

  • Agro-alimentaire (importations de produits transformés, intrants) ;

  • Énergie et services techniques liés au pétrole et au pipeline.

Pour les acteurs algériens, le Niger est un marché pivot pour tester des solutions de :

  • transport routier longue distance,

  • hubs logistiques mixtes (produits algériens vers le sud, matières premières vers le nord).

3. Bénin : petit pays, grande porte d’entrée

Le Bénin dépasse les 6,5 % de croissance projetée en 2025, avec une politique d’investissements publics massifs dans les corridors portuaires et le coton, et une volonté d’attirer les IED dans l’agro-industrie et le tourisme.

Atouts :

  • Le port de Cotonou, porte d’entrée pour le Niger et une partie du Sahel ;

  • Un cadre des affaires en amélioration (digitalisation de l’administration, PPP) ;

  • Des projets de zones économiques spéciales.

Opportunités pour l’Algérie :

  • Export de produits agro-alimentaires (semoules, pâtes, conserves, boissons) ;

  • Services logistiques et solutions de traçabilité pour les corridors Cotonou-Sahel ;

  • Coopération dans la gestion portuaire et les TIC.

4. Côte d’Ivoire : hub régional et économie diversifiée

La Côte d’Ivoire combine croissance robuste (environ 6,2–6,4 % attendus en 2025) et diversification : cacao, caoutchouc, transformation agro-industrielle, banque, BTP, services.

Atouts :

  • Abidjan, hub logistique et financier de la CEDEAO ;

  • Grande stabilité macroéconomique comparée à la région ;

  • Développement des zones industrielles et des infrastructures (ponts, métro, ports).

Pour les entreprises algériennes :

  • Positionner des solutions de BTP, ciment, acier, biens d’équipement ;

  • Fournir des services d’ingénierie (eau, énergie, télécoms) ;

  • Nouer des partenariats bancaires et fintech pour couvrir la sous-région.

5. Éthiopie : industrialisation et grands chantiers

Avec une croissance projetée au-delà de 7 % en 2025, l’Éthiopie reste un des moteurs de l’économie africaine, malgré une dette élevée et un contexte politique parfois tendu.

Points clés :

  • Stratégie d’industrialisation via des parcs industriels ;

  • Fort développement de l’électricité (barrage de la Renaissance) et des transports ;

  • Population très jeune, marché intérieur en expansion rapide.

Vu d’Alger, l’Éthiopie est loin géographiquement, mais importante pour :

  • Les coopérations industrielles (engineering, transferts de savoir-faire) ;

  • Les participations à des consortiums africains sur l’énergie, les transports, les télécoms ;

  • Les services numériques (cloud, intégration, cybersécurité) pour des groupes panafricains présents sur les deux marchés.

6. Rwanda : laboratoire de la nouvelle Afrique des services

Le Rwanda affiche une croissance prévue autour de 7 % en 2025, portée par les services, le tourisme, la tech et une politique très volontariste de facilitation des affaires.

Points forts :

  • Kigali comme hub de conférences, de services financiers et de start-ups ;

  • Administration très digitalisée, procédures rapides ;

  • Image de “bonne gouvernance” souvent citée par investisseurs.

Pour les entreprises algériennes :

  • Partenariats dans les services numériques, la cybersécurité, les solutions e-gouvernement ;

  • Coopérations universitaires et de formation (ingénierie, data, IA) ;

  • Test de produits/services sur un marché “pilote” avant d’élargir en Afrique de l’Est.

7. Ouganda : énergie, agriculture et hub intérieur

L’Ouganda combine une croissance supérieure à 6 % et un rôle charnière dans la Communauté d’Afrique de l’Est. Le pays bénéficie de projets pétroliers majeurs (oléoduc vers la Tanzanie), d’un secteur agricole important et de l’essor des services.

Opportunités :

  • Fourniture de matériels électriques, équipements pour le secteur pétrolier ;

  • Export de fertilisants, intrants et équipements agricoles ;

  • Partenariats dans les fintech et les paiements mobiles, très utilisés.

Pour l’Algérie, le lien peut transiter par :

  • les grands groupes africains présents en Afrique de l’Est,

  • les banques panafricaines,

  • les plateformes logistiques et maritimes (via la Méditerranée et la mer Rouge).

8. Tanzanie : croissance régulière et marché de taille

La Tanzanie reste un des marchés les plus stables de la région, avec une croissance attendue autour de 6 %, soutenue par les infrastructures, l’énergie et l’urbanisation.

Points à suivre :

  • Développement des ports (Dar es-Salaam) et des chemins de fer ;

  • Projets gaziers et connexions énergétiques régionales ;

  • Potentiel touristique et immobilier important.

Pour les acteurs algériens :

  • Export de matériaux de construction, d’équipements électriques, de produits sidérurgiques ;

  • Offres de services d’ingénierie et de maintenance pour l’énergie et le BTP ;

  • Alliances avec des opérateurs logistiques opérant sur plusieurs côtes africaines (Atlantique + océan Indien).

9. Kenya : hub digital et financier d’Afrique de l’Est

Le Kenya n’est pas le plus rapide en termes de pourcentage (croissance autour de 4,8 %), mais c’est un hub régional incontournable : leader en fintech (M-Pesa), en services numériques, en start-ups, et première économie d’Afrique de l’Est en PIB nominal.

Pourquoi il compte :

  • Centre financier et logistique majeur pour l’EAC ;

  • Forte culture d’innovation (mobile money, agri-tech, e-santé) ;

  • Base de nombreuses multinationales pour la région.

Pour l’Algérie :

  • Proposer des coopérations tech (cloud, data, IA, cybersécurité) avec des acteurs kenyans tournés vers le continent ;

  • Utiliser Nairobi comme plateforme d’entrée vers l’Afrique de l’Est ;

  • Connecter les fintechs algériennes et les banques kenyanes sur les paiements transcontinentaux.

10. Guinée : croissance tirée par les minerais stratégiques

La Guinée affiche une croissance parmi les plus fortes du continent, au-delà de 7 % selon les dernières projections, portée par la bauxite et d’autres minerais stratégiques, mais aussi par des investissements d’infrastructures.

Enjeux :

  • Valorisation locale des ressources, industrialisation en aval ;

  • Besoins énormes en électricité, logistique minière, infrastructures portuaires et ferroviaires ;

  • Intégration dans la CEDEAO et la ZLECAf.

Pour les entreprises algériennes :

  • Export de ciment, acier, engins et pièces détachées ;

  • Contrats de maintenance industrielle ;

  • Eventuelles joint-ventures dans la transformation ou la logistique (ports secs, entrepôts, transport).

Corridor transsaharien : l’atout stratégique de l’Algérie

Le corridor transsaharien – ou Trans-Sahara Highway / Trans-Saharan Road Corridor – relie Alger à Lagos sur près de 4 500 km, via la Tunisie, le Niger, le Tchad, le Mali et le Nigeria.

Plusieurs institutions (BAD, OPEC Fund, Banque islamique de développement) financent encore des tronçons, des ponts et des améliorations de sécurité.

Pour l’Algérie, cela change la donne :

  • Passage d’une logique Nord–Sud Europe-centrée à une logique Maghreb–Sahel–Golfe de Guinée ;

  • Possibilité de créer de vrais corridors logistiques :

    • zones logistiques intérieures (Laghouat, Tamanrasset),

    • plateformes de groupage/dégroupage à la frontière avec le Niger,

    • services de transport routier intégré (douane, assurance, tracking).

Les 10 marchés dynamiques listés plus haut ne sont pas tous sur ce corridor, mais beaucoup sont reliés par :

  • des unions régionales (CEDEAO, EAC, etc.),

  • des projets d’interconnexion (pipeline Nigéria–Algérie, interconnexions électriques, fibre optique).

Pour un exportateur algérien, une stratégie réaliste peut être :

  1. Tester le Niger comme porte d’entrée vers la CEDEAO ;

  2. Puis se projeter vers le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou la Guinée via des partenaires régionaux ;

  3. En parallèle, nouer des alliances avec des banques et assureurs spécialisés en Afrique de l’Ouest.

Comment les entreprises algériennes peuvent se positionner

Quelques lignes directrices, très opérationnelles :

  • Choisir un “tier 1” africain comme marché prioritaire (par exemple : Sénégal, Côte d’Ivoire, Kenya) ;

  • S’adosser à la ZLECAf pour bénéficier de la progressivité des baisses de droits de douane et de la règle d’origine africaine ;

  • Travailler avec :

    • des chambres consulaires (Algérie, pays cible),

    • Algex,

    • banques de développement (BAD, Afreximbank) pour les lignes de financement export.

Secteurs où l’Algérie a déjà une carte à jouer :

  • Agro-alimentaire : semoules, pâtes, conserves, boissons, lait en poudre reconditionné ;

  • Matériaux de construction : ciment, produits sidérurgiques, tuyauterie, céramique ;

  • Énergie et services industriels : maintenance, ingénierie, équipements ;

  • Services numériques : développement, intégration, services cloud, cybersécurité, solutions de paiement.

Enjeux et limites

L’économie africaine est prometteuse, mais les risques sont bien réels :

  • Dette publique élevée dans plusieurs pays, réduisant les marges budgétaires ;

  • Dépendance à quelques matières premières (pétrole, minerais, cacao) ;

  • Instabilité politique dans certains États (coups d’État, transitions prolongées) ;

  • Vulnérabilité au climat (sécheresses, inondations) qui pèse sur l’agriculture.

Pour l’Algérie, un pari africain réussi suppose :

  • Une politique export structurée (incitations, accords bancaires, diplomatie économique) ;

  • Des entreprises capables de tenir dans la durée (services après-vente, présence locale, adaptation culturelle) ;

  • Un accompagnement public sur les risques pays (assurance crédit, garanties, information).

FAQ – Économie africaine & Algérie

Quels sont les critères pour dire qu’un marché africain est « dynamique » ?
On regarde surtout : la croissance du PIB (au-delà de 5 % de façon durable), le volume d’investissements (privés et publics), les réformes du climat des affaires, la qualité des infrastructures et la capacité à s’intégrer dans les échanges régionaux (ZLECAf, unions régionales).

Pourquoi l’Algérie devrait-elle viser davantage l’Afrique que l’Europe ?
L’Europe reste un partenaire majeur, mais l’Afrique est aujourd’hui la zone où la demande et la démographie progressent le plus vite, avec des marchés en structuration (logement, énergie, agro, services). La proximité géographique, la ZLECAf et le corridor transsaharien offrent à l’Algérie un avantage comparatif qu’elle n’a pas forcément sur d’autres continents.

Le corridor transsaharien est-il déjà pleinement opérationnel pour le commerce ?
La route Alger–Lagos est en grande partie praticable, mais certains tronçons restent en cours de réhabilitation et des efforts sont nécessaires sur la sécurité et la fluidité douanière. Des institutions comme l’OPEC Fund, la BAD et la BID financent précisément ces améliorations.

Quelles erreurs commettent souvent les entreprises qui se lancent en Afrique ?
Sous-estimer :

  • la durée de maturation des projets ;

  • la nécessité d’un partenaire local solide ;

  • l’importance d’un service après-vente adapté ;

  • les risques de change (monnaies locales, contrôle des capitaux).

La ZLECAf change-t-elle vraiment la donne pour l’Algérie ?
Oui, à condition de l’utiliser. La ZLECAf vise à réduire progressivement les droits de douane entre pays africains et à harmoniser les règles d’origine, ce qui facilite la circulation des produits algériens sur le continent. L’impact dépendra toutefois de la rapidité de mise en œuvre et des accords bilatéraux complémentaires.