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Docteur Benzerdjeb

🇩🇿 Histoire d’Algérie • Révolution

Docteur Benzerdjeb : Premier Médecin Martyr de la Révolution Algérienne

Biographie complète de Benaouda Benzerdjeb (1921-1956), médecin de Tlemcen, militant du MTLD et du FLN, dont l’assassinat par l’armée coloniale provoqua le soulèvement de la capitale des Zianides.

📅 9 janvier 1921 – 16 janvier 1956
📍 Tlemcen • Sebdou
⚕️ Médecin – Chahid

⭐ Fiche d’identité
Docteur Benzerdjeb
بن عودة بن زرجب — Premier médecin martyr
Naissance
9 janv. 1921 • Tlemcen
Martyre
16 janv. 1956 • Sebdou
Profession
Médecin pédiatre
Engagement
MTLD • FLN

Dans l’histoire de la révolution algérienne, le nom du Docteur Benaouda Benzerdjeb occupe une place particulière : celle du premier médecin martyr. Ce fils de Tlemcen, formé dans les universités françaises, avait choisi de mettre sa science au service de son peuple — soignant les moudjahidine, rédigeant ses ordonnances en arabe malgré l’interdiction coloniale, imprimant des tracts pour la révolution. Son exécution, le 16 janvier 1956, provoqua un soulèvement populaire qui fit basculer toute la capitale des Zianides dans les rangs de la lutte armée.

🎓 Jeunesse et formation (1921-1948)

Un enfant de Tlemcen

Benaouda Benzerdjeb naît le 9 janvier 1921 dans le quartier de Bab El Hdid, au cœur de la médina de Tlemcen, l’ancienne capitale des Zianides. Il grandit dans un milieu populaire modeste, loin des grandes familles de notables, mais dans une ville qui a toujours cultivé le savoir et la résistance.

🏛️ Tlemcen : la « Perle du Maghreb »

Tlemcen, ancienne capitale du royaume zianide (1236-1554), est l’une des villes les plus chargées d’histoire d’Algérie. Ibn Khaldoun y vécut et la décrivit comme une cité où l’on « cultivait avec succès les sciences et les arts ». Ville de savants, de mystiques et d’artistes, elle donna naissance à Messali Hadj, le père du nationalisme algérien. Elle conserve 70 % des sites et monuments islamiques d’Algérie.

Un parcours scolaire brillant

Le jeune Benaouda effectue ses études secondaires au collège De Slane (aujourd’hui collège Ibn Khaldoun) de Tlemcen. En juin 1941, à l’âge de 20 ans, il décroche son baccalauréat série mathématiques avec brio, obtenant notamment le premier prix de langue allemande.

Le chahid était trilingue, maîtrisant parfaitement l’arabe, le français et l’allemand — un atout intellectuel rare qui témoigne de sa soif de connaissance et de son ouverture sur le monde.

Les études de médecine en France

Après un court passage à Alger, Benaouda Benzerdjeb part poursuivre ses études de médecine en France. Il étudie d’abord à la faculté de Montpellier, puis à l’université de Paris. C’est dans la capitale française qu’il s’engage activement dans le mouvement estudiantin algérien.

📋 Parcours universitaire

  • 🎓
    1941 : Baccalauréat mathématiques — Collège De Slane, Tlemcen
  • 🏛️
    1941-1948 : Études de médecine — Alger, Montpellier, Paris
  • 📜
    1948 : Doctorat en médecine — Thèse sur la leucémie (cancer du sang)

En 1948, il soutient brillamment sa thèse de doctorat en médecine sur le thème de la leucémie (cancer du sang). La même année, il occupe le poste de trésorier général de l’Association des Étudiants Musulmans Algériens (AEMAN), une fonction qui témoigne de son engagement précoce pour la cause nationale.

📜 L’engagement au MTLD

Les idées nationalistes de Benaouda Benzerdjeb se forgent très tôt, nourries par le terreau militant de Tlemcen, ville natale de Messali Hadj. Dès ses années d’études en France, il s’engage dans les rangs du Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (MTLD).

📋 Le MTLD : parti de la lutte nationale

Le Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques, fondé en 1946 par Messali Hadj, succède au Parti du Peuple Algérien (PPA) dissous. Il revendique l’indépendance de l’Algérie et forme les cadres qui déclencheront la révolution du 1er novembre 1954. De nombreux médecins algériens militent dans ses rangs, comme le Dr Lamine Debaghine ou le pharmacien Benyoucef Benkhedda.

C’est au sein du MTLD que Benzerdjeb entame son activité politique. Son engagement se poursuit en France où il prend des responsabilités dans le mouvement estudiantin. La fonction de trésorier général de l’AEMAN lui permet de tisser des liens avec d’autres étudiants qui deviendront, comme lui, des acteurs de la révolution.

« Ses sensibilités nationalistes l’ont amené de très bonne heure à militer dans le parti MTLD. C’était un nationaliste de la première heure. »

Mohamed Lemkami

Forum de la Mémoire d’El Moudjahid

⚕️ Le médecin de la révolution

Le retour à Tlemcen (1948)

Dès l’obtention de son diplôme en 1948, le Docteur Benzerdjeb fait un choix significatif : il retourne à Tlemcen pour exercer auprès des siens. Il ouvre son cabinet de pédiatrie rue Clauzel (qui porte aujourd’hui son nom), dans sa ville natale.

Mais le Dr Benzerdjeb n’est pas un médecin ordinaire. Il accueille les malades à son domicile pour les soigner, refusant les barrières que le système colonial impose entre les praticiens et la population musulmane.

Les ordonnances en arabe : un acte de résistance

Le geste le plus symbolique du Docteur Benzerdjeb est sans doute celui-ci : il rédige ses ordonnances en langue arabe, alors que l’administration française l’interdit formellement. Ce choix n’est pas anodin. Il affirme l’identité algérienne face au système colonial qui nie jusqu’à la langue du peuple.

✊ L’ordonnance en arabe : un symbole

Les ordonnances manuscrites du Docteur Benzerdjeb, rédigées en arabe, sont conservées comme des reliques de la résistance culturelle. À une époque où les Algériens étaient dépossédés de leur langue, de leur histoire, de leur identité, ce simple acte médical devenait un acte politique. Chaque ordonnance était une affirmation : nous existons, notre langue existe, notre nation existera.

Le médecin des moudjahidine

Après le déclenchement de la révolution du 1er novembre 1954, le Docteur Benzerdjeb rejoint les rangs du FLN. Il met son cabinet au service de la cause : dans le plus grand secret, il reçoit les moudjahidine blessés, les soigne, leur transmet parfois les ordres venant des instances supérieures du FLN.

Il devient le médecin attitré des combattants dans le maquis de la région de Tlemcen, se rendant lui-même auprès des blessés quand ils ne peuvent venir à lui. Avec le Dr Boumédiene Bensmaïn d’Oran, il lance une clinique privée appelée « Dar Echiffa » où il soigne moudjahidine et populations démunies.

« Le Docteur Benzerdjeb profita de son statut de médecin pour se livrer à ses activités révolutionnaires dans le plus grand secret, puisqu’il recevait les moudjahidine à son cabinet en tant que malades et en profitait pour leur communiquer les instructions émanant des instances centrales. »

Santé Maghreb

Histoire de la médecine algérienne

📠 La mission de la ronéo

Début janvier 1956, le commandement de l’ALN a besoin d’une ronéo — une machine à polycopier — pour imprimer les tracts de propagande révolutionnaire. La mission est confiée au Docteur Benzerdjeb.

⚠️ Une mission à haut risque

Les ronéos, comme les machines à écrire, les caméras et les appareils photos, étaient sévèrement contrôlés par les autorités coloniales. Tout vendeur était astreint d’informer les services de police pour toute acquisition de ces appareils. Pour la révolution, se procurer une ronéo était une mission périlleuse.

Le 6 janvier 1956, le Docteur Benzerdjeb se rend à Oran avec un faux bon de commande et une fausse pièce d’identité. Il achète la ronéo auprès d’un libraire juif de la ville, prenant toutes les précautions possibles. La machine est ensuite livrée dans le plus grand secret à une unité de l’ALN proche de Sebdou, à un groupe de combattants chargés de rédiger et d’imprimer les tracts.

Mais la mission est repérée. L’armée coloniale a eu vent de l’achat. Était-ce une dénonciation ? Une surveillance ? À ce jour, les circonstances exactes de la découverte restent floues. Ce qui est certain, c’est que quelques jours plus tard, le piège se referme sur le docteur.

⛓️ L’arrestation et le martyre

L’arrestation (7 janvier 1956)

Le 7 janvier 1956 — le lendemain de l’achat de la ronéo —, le Docteur Benzerdjeb est arrêté à son domicile du quartier de Bab El Hdid à Tlemcen. Il est transféré à la brigade de gendarmerie de Sebdou, à 36 km au sud de Tlemcen.

Neuf jours de torture

Durant neuf jours, du 7 au 16 janvier 1956, le Docteur Benzerdjeb connaît toutes les techniques de torture que l’armée française inflige aux prisonniers algériens. Le 16 janvier, il est présenté au commandant de brigade Hubert Clément.

💀 L’exécution (16 janvier 1956)

Le lendemain matin, sur ordre du commandant Clément, un groupe de gendarmes emmène le Docteur Benzerdjeb sur les lieux d’une cache d’armes présumée. Selon le rapport officiel de la gendarmerie, le prisonnier aurait « tenté de s’enfuir » et aurait été abattu par un des gendarmes.

La vérité est tout autre : le Docteur Benzerdjeb a été exécuté au douar Ouled Halima, près de Sebdou, sous les yeux de son compagnon de lutte Bensaha Bekaddour, dit Mustapha, qui a survécu pour témoigner.

Le Docteur Benaouda Benzerdjeb avait 35 ans. Il laissait derrière lui une ville en deuil et un peuple en colère.

🔥 Le soulèvement de Tlemcen

La nouvelle de l’assassinat du Docteur Benzerdjeb se répand comme une traînée de poudre dans Tlemcen. La mort du médecin est considérée, selon les historiens, comme l’une des pages les plus émouvantes qu’ait connues la capitale des Zianides.

« Au lendemain de l’assassinat du médecin, Tlemcen avait juré de venger son fils. Une explosion populaire s’en était suivie. C’est ce jour qui a fait basculer tous les Tlemcéniens, sans exception, dans les rangs de la lutte armée. »

Mohamed Guentouri

Forum de la Mémoire d’El Moudjahid

Des obsèques devenues insurrection

Le 17 janvier 1956, les obsèques du Docteur Benzerdjeb au cimetière de Sidi Senouci à Tlemcen donnent lieu à une explosion populaire. Des manifestations éclatent dans toute la ville et durent plusieurs jours.

La répression est féroce : les parachutistes français sont déployés pour mater le soulèvement. Mais le mal — du point de vue colonial — est fait. La mort du Docteur Benzerdjeb a radicalisé toute une ville. Ceux qui hésitaient encore rejoignent le FLN. Les intellectuels, en particulier, prennent conscience que personne n’est à l’abri.

📢 L’effet Benzerdjeb

L’assassinat du Docteur Benzerdjeb, comme celui de l’écrivain Ahmed Reda Houhou à Constantine quelques semaines plus tard, contribue directement à la mobilisation des étudiants algériens qui lancent la grève du 19 mai 1956. Dans l’appel de l’UGEMA, le nom de Benzerdjeb est cité comme exemple du sacrifice des intellectuels algériens.

🏛️ Héritage et mémoire

Le Docteur Benaouda Benzerdjeb est honoré comme le premier médecin martyr de la révolution algérienne. Son sacrifice a ouvert la voie à tous ces étudiants en médecine qui, à partir de la grève du 19 mai 1956, ont quitté leurs amphithéâtres pour rejoindre les maquis.

📋 Lieux de mémoire

  • 🏥
    CHU d’Oran — porte le nom du Docteur Benzerdjeb depuis l’indépendance
  • 🎓
    Faculté de médecine de Tlemcen — porte également son nom
  • 🏨
    Hôpital de Sebdou — près du lieu de son exécution
  • 🛣️
    Rue Benzerdjeb — à Tlemcen (ancienne rue Clauzel où il exerçait)
  • 🪦
    Stèle commémorative — au douar Ouled Halima (lieu de son exécution)

Chaque année, le 17 janvier, des cérémonies commémoratives sont organisées à Sebdou et à Tlemcen pour honorer sa mémoire. Des caravanes médicales sont lancées depuis l’hôpital Dr Benzerdjeb de Sebdou vers les zones enclavées, perpétuant ainsi l’engagement du chahid au service des populations.

« Ce médecin martyr doit être un exemple de sacrifice et de nationalisme pour les générations actuelles et futures. Ce chahid, assassiné à l’âge de 35 ans, est un exemple, comme d’autres médecins de sa génération, de l’amour voué à la patrie et est le symbole du sacrifice. »

Pr. Mostefa Khiati

Président de la FOREM, 2023

Le Docteur Benzerdjeb incarne la figure du médecin engagé : celui qui refuse de séparer sa vocation de soignant de son devoir de citoyen. Ses ordonnances en arabe, ses soins aux moudjahidine, sa mission fatale pour la ronéo — tout cela dessine le portrait d’un homme qui avait compris que guérir son peuple passait aussi par sa libération.

❓ Questions fréquentes sur le Docteur Benzerdjeb

Qui était le Docteur Benzerdjeb ?

Benaouda Benzerdjeb (1921-1956) était un médecin algérien originaire de Tlemcen, considéré comme le premier médecin martyr de la révolution algérienne. Militant du MTLD puis du FLN, il soignait les moudjahidine et rédigeait ses ordonnances en arabe malgré l’interdiction coloniale.

Comment le Docteur Benzerdjeb a-t-il été arrêté ?

Il a été arrêté après avoir acheté une ronéo à Oran le 6 janvier 1956 pour imprimer des tracts pour le FLN. Les autorités coloniales, ayant eu vent de cet achat, l’ont arrêté quelques jours plus tard à son domicile du quartier Bab El Hdid à Tlemcen.

Dans quelles circonstances le Docteur Benzerdjeb est-il mort ?

Après son arrestation, il fut transféré à Sebdou où il fut torturé pendant neuf jours puis exécuté le 16 janvier 1956 au douar Ouled Halima, sous les yeux de son compagnon Bensaha Bekaddour. La version officielle française prétendait qu’il avait tenté de s’enfuir.

Quelle fut la réaction de Tlemcen à l’assassinat du Docteur Benzerdjeb ?

L’assassinat provoqua un soulèvement populaire à Tlemcen. Ses obsèques donnèrent lieu à plusieurs jours de manifestations, réprimées par les parachutistes français. Cet événement fit basculer toute la ville dans les rangs de la lutte armée.

Pourquoi le Docteur Benzerdjeb rédigeait-il ses ordonnances en arabe ?

C’était un acte de résistance culturelle face au système colonial qui interdisait formellement l’usage de la langue arabe dans les documents officiels. C’était une façon d’affirmer l’identité algérienne et de défier l’oppression coloniale.

Quel était le parcours universitaire du Docteur Benzerdjeb ?

Après son baccalauréat obtenu en 1941 à Tlemcen avec le premier prix d’allemand, il étudia la médecine à Alger, Montpellier puis Paris. Il soutint sa thèse de doctorat en 1948 sur le thème de la leucémie.

Quels établissements portent le nom du Docteur Benzerdjeb ?

Le CHU d’Oran porte son nom depuis l’indépendance, ainsi que la Faculté de médecine de Tlemcen et l’hôpital de Sebdou. Une stèle a été érigée au douar Ouled Halima, lieu de son exécution.

📰 À lire aussi sur l’histoire de l’Algérie

📚 Sources

  • Wikipedia — « Benaouda Benzerdjeb »
  • Faculté de médecine de Tlemcen — Biographie du Docteur Benzerdjeb
  • El Moudjahid — « Hommage au docteur Benaouda Benzerdjeb au Forum de la Mémoire »
  • APS — « Tlemcen : le chahid Dr. Benzerdjeb, un exemple de sacrifice et de nationalisme », janvier 2023
  • Santé Maghreb — « Histoire de l’Algérie médicale : Naissance de la médecine algérienne »
  • Vitaminedz — « Biographie du docteur Benzerdjeb »
  • Mohamed Guentouri, Les services de Santé de l’ALN, thèse de doctorat, Université Paul Valéry, 1985
  • Khaled Merzouk, Messali Hadj, Éditions El Dar Othmania, Alger, 2008

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