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Djamila Bouhired

Djamila Bouhired (née en juin 1935) est l’un des visages les plus connus de la bataille d’Alger. Militante du FLN, agent de liaison au cœur de la Casbah, elle est arrêtée en 1957, torturée, puis condamnée à mort avant que sa peine ne soit commuée sous la pression d’une campagne internationale portée notamment par l’avocat Jacques Vergès. Plus qu’une “figure”, Bouhired est devenue un repère : celui d’une guerre où le politique, la propagande, la justice et le corps se sont affrontés.

L’histoire de Djamila Bouhired fascine parce qu’elle condense plusieurs combats en un seul nom. Il y a le combat clandestin dans Alger, la mécanique de la répression (arrestations, interrogatoires, torture), puis l’arène du procès où l’affaire déborde l’Algérie pour devenir une bataille d’images et d’opinions. Il y a aussi, après 1962, la mémoire : comment une héroïne de guerre continue d’exister dans l’espace public, parfois célébrée, parfois instrumentalisée, souvent sollicitée comme symbole. Cet article replace les faits, précise les zones d’ombre, et relie Bouhired aux autres figures et lieux clés de Zoom Algérie.

1) Fiche d’identité : Djamila Bouhired

NomDjamila Bouhired
NaissanceJuin 1935, Alger (Algérie française)
MouvementFront de libération nationale (FLN)
Rôle (1956-1957)Agent de liaison / logistique au sein des réseaux de la Casbah, proche de l’organisation de Yacef Saadi
Arrestation1957 (contexte bataille d’Alger)
ProcèsTribunal militaire, 1957 ; défense assurée par Jacques Vergès
PeineCondamnation à mort, peine ensuite commuée ; libérée en 1962
StatutFigure majeure des moudjahidate, icône mémorielle (guerre et post-indépendance)

2) Jeunesse, Casbah et bascule vers la clandestinité

Née à Alger en 1935, Djamila Bouhired grandit dans une famille décrite comme “classe moyenne” par plusieurs portraits biographiques. Sa politisation s’inscrit dans une période où le nationalisme algérien quitte l’orbite des seuls partis légaux (ou semi-légaux) pour glisser vers l’organisation clandestine. Dans les milieux étudiants, associatifs, scouts, la guerre n’est pas encore déclarée, mais la fracture est déjà là.

La Casbah — cœur social, religieux et politique d’Alger — n’est pas un simple décor. Elle est une architecture : ruelles, terrasses, passages, solidarités. C’est aussi une structure de résistance : on s’y dissimule, on s’y déplace, on y protège. Dans la bataille d’Alger, cet espace devient l’enjeu d’une guerre urbaine totale, où l’armée française veut “tenir le terrain” et le FLN veut “tenir la population”.

3) Bataille d’Alger : rôle, réseaux et logistique

Dans l’organisation du FLN à Alger, les fonctions les plus décisives ne sont pas toujours celles qui “apparaissent”. Les agents de liaison et de logistique assurent le lien entre cellules, transmettent des consignes, déplacent des objets, gèrent l’invisible. Plusieurs sources biographiques situent Djamila Bouhired comme assistante / agente de liaison dans les réseaux animés par Yacef Saadi, figure centrale de la Zone autonome d’Alger.

Ce contexte explique pourquoi Bouhired devient une cible prioritaire en 1957. La bataille d’Alger, ce n’est pas seulement une suite d’attentats et d’opérations : c’est un affrontement entre deux appareils — l’un clandestin, l’autre militaire — où l’information vaut autant que l’arme. Les arrestations sont souvent conduites pour remonter des réseaux, pas uniquement pour juger des faits.

Pour comprendre l’écosystème humain de cette période, voir aussi nos portraits liés à Alger : Ali la Pointe et Hassiba Ben Bouali, dont les trajectoires croisent la même séquence urbaine et la même intensité répressive.

4) Arrestation et torture : ce que l’on sait, ce qui se discute

Djamila Bouhired est arrêtée en 1957. Le point le plus sensible — et le plus documenté dans la littérature sur la guerre d’Algérie — concerne les interrogatoires et la torture. Bouhired a maintenu, au fil des années, avoir subi la torture et ne pas avoir “avoué” au sens où l’entend l’accusation. Certains récits évoquent une durée précise (souvent citée), mais ces chiffres varient selon les sources, et l’historien sérieux doit faire une distinction : l’existence de la torture dans cette séquence est largement établie par une documentation abondante sur la bataille d’Alger ; la chronologie exacte et les détails “au jour près” dépendent de dossiers et témoignages parfois incomplets ou contradictoires.

Repères : pourquoi les détails varient

La bataille d’Alger s’est déroulée sous état d’exception, avec censure, secret militaire, et dossiers judiciaires parfois difficiles d’accès. Les biographies et portraits (presse, encyclopédies, documentaires) convergent sur les grands faits (arrestation, torture, procès, condamnation, peine commuée, libération en 1962), mais divergent sur certains détails. Dans cet article, on privilégie les repères convergents, et on signale les points qui relèvent davantage de la mémoire que de l’archive “verrouillée”.

5) Le procès (1957) et la “stratégie de rupture” de Vergès

Le procès de Bouhired en 1957 bascule dans une autre dimension avec l’entrée de Jacques Vergès : l’avocat ne se contente pas de plaider l’innocence ou les circonstances, il attaque le cadre. Cette posture, théorisée plus tard comme “stratégie de rupture”, consiste à retourner le procès contre le pouvoir qui juge : faire du tribunal une scène politique, mettre en accusation l’État, ses méthodes, ses contradictions.

La condamnation à mort prononcée contre Bouhired n’achève pas l’affaire : elle la lance. La défense devient campagne, la campagne devient pression internationale. Des intellectuels, des journalistes, des réseaux politiques s’emparent du dossier. Dans l’opinion publique, Bouhired devient une figure qui cristallise la question centrale : un pouvoir peut-il prétendre “rétablir l’ordre” en recourant à la torture et à la peine capitale, tout en se présentant comme légitime ?

Pour situer cette séquence dans notre série “Alger – justice – exécutions”, lire aussi Ahmed Zabana (premier guillotiné en 1956) et Taleb Abderrahmane (exécuté à Serkadji en 1958).

6) Peine commuée, détention et libération en 1962

Sous l’effet de la mobilisation, la peine capitale est commuée. Bouhired reste emprisonnée jusqu’à 1962, année de l’indépendance. Ce point est important : la guerre se joue aussi sur la durée. L’emprisonnement n’est pas un “après”, c’est un front : la résistance morale, les solidarités, les lettres, la capacité à survivre.

Après 1962, son nom continue de circuler, non seulement comme héroïne, mais comme présence publique. Dans les décennies suivantes, Bouhired apparaît régulièrement lors de commémorations, d’hommages, ou d’événements politiques où la mémoire de la guerre d’indépendance est invoquée comme socle de légitimité.

7) Mémoire, usages politiques et polémiques contemporaines

Le statut d’icône a un prix : on vous parle au nom de ce que vous représentez. Djamila Bouhired est devenue un symbole national, et ce symbole est régulièrement sollicité dans l’espace public. Elle a aussi été présentée, notamment à partir de 2019, comme une figure morale associée aux mobilisations citoyennes, preuve que les références de la guerre d’indépendance restent actives dans le présent.

Les polémiques, lorsqu’elles surgissent, tournent rarement autour des faits de 1957 — largement ancrés — mais autour de l’usage de son image : “qui” l’invite, “pour quoi faire”, “dans quel récit”. C’est un phénomène classique des grandes figures historiques : le débat porte sur la mémoire, pas seulement sur l’histoire. L’enjeu pour un média est d’éviter deux pièges : l’hagiographie automatique et le soupçon systématique. Bouhired mérite mieux : une lecture factuelle, contextualisée, et honnête sur ce qui est établi ou discuté.

8) Chronologie

DateÉvénement
Juin 1935Naissance à Alger
1956-1957Engagement dans les réseaux du FLN à Alger (bataille d’Alger)
1957Arrestation ; torture selon témoignages et sources biographiques
1957Procès devant tribunal militaire ; condamnation à mort ; campagne internationale
1962Libération (indépendance)

9) Questions fréquentes

Qui était Djamila Bouhired ?

Djamila Bouhired (née en 1935 à Alger) est une militante du FLN devenue une figure emblématique de la bataille d’Alger. Arrêtée en 1957, elle est torturée selon de nombreux récits, jugée par un tribunal militaire, condamnée à mort puis graciée/commuée sous pression internationale. Elle est libérée en 1962.

Quel était son rôle pendant la bataille d’Alger ?

Les sources biographiques la décrivent comme agente de liaison et de logistique dans les réseaux de la Casbah, en lien avec la Zone autonome d’Alger autour de Yacef Saadi. Ce rôle, discret mais stratégique, explique l’intensité de la traque en 1957.

Pourquoi Jacques Vergès est-il associé à son nom ?

Jacques Vergès est l’avocat qui a assuré sa défense en 1957. Il a transformé l’audience en procès politique du colonialisme, contribuant à internationaliser l’affaire. La mobilisation a pesé dans la commutation de la peine et dans la dimension symbolique de l’affaire.

A-t-elle été guillotinée ?

Non. Elle a été condamnée à mort en 1957, mais la peine a été commuée après une forte pression internationale. Elle est libérée en 1962. Le premier guillotiné emblématique de la période est Ahmed Zabana (1956).

Pourquoi son nom revient-il encore dans le débat public ?

Parce qu’elle est devenue un symbole national : la mémoire de la guerre d’indépendance continue d’être mobilisée dans la politique et la société. Les controverses portent moins sur 1957 que sur l’usage contemporain de son image.

Lire aussi :

Sources et références

Sources biographiques et de contexte : notices universitaires (Ismaha/Georgetown), portraits de presse (Le Monde, Le Parisien) et ressources documentaires sur Jacques Vergès. Les citations et détails “au jour près” sont traités avec prudence quand les sources divergent.

Voir aussi : Yacef Saadi, Ali la Pointe, Hassiba Ben Bouali — et abonnez-vous à la rubrique Histoire pour la suite de la série.

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