Congrès de la Soummam : L’acte fondateur de l’Algérie moderne
- Dzaïr Zoom / 2 semaines
- 30 janvier 2026

Congrès de la Soummam (20 août 1956) : L’acte fondateur de l’Algérie moderne
Tout savoir sur le congrès historique du 20 août 1956 à Ifri qui a structuré la révolution algérienne, créé les institutions du FLN et posé les bases de l’État indépendant.
📍 Ifri, Ouzellaguen (Béjaïa)
⭐ Événement fondateur
Le Congrès de la Soummam du 20 août 1956 est l’événement fondateur de l’Algérie moderne. Tenu dans la clandestinité au village d’Ifri, en pleine Kabylie, il a réuni les principaux dirigeants de la révolution sous l’impulsion d’Abane Ramdane et de Larbi Ben M’hidi. En une semaine, les congressistes ont doté la révolution de structures politiques et militaires, créé le CNRA et le CCE, divisé l’Algérie en six wilayas et adopté les principes fondamentaux de la lutte : la primauté du politique sur le militaire et celle de l’intérieur sur l’extérieur.
- Contexte historique : pourquoi ce congrès ?
- La préparation secrète et le choix d’Ifri
- Les participants au Congrès
- Le déroulement des travaux (13-20 août)
- Les décisions majeures
- La Plateforme de la Soummam
- Les contestations et le CNRA du Caire (1957)
- L’héritage du Congrès de la Soummam
- Le musée d’Ifri aujourd’hui
- Questions fréquentes
Le congrès de la Soummam nous a donné ce formidable sentiment que nous avions déjà un État.
Ali Lounici
Officier de l’ALN, Wilaya IV
📜 Contexte historique : pourquoi ce congrès ?
En août 1956, la guerre d’Algérie entre dans sa troisième année. Depuis le déclenchement du 1er novembre 1954, la révolution a gagné en ampleur mais souffre de faiblesses structurelles majeures : absence de coordination entre les zones, autonomie excessive des chefs régionaux, manque de plateforme politique cohérente.
Plus grave encore, la révolution a perdu plusieurs de ses fondateurs. Didouche Mourad est tombé le 12 janvier 1955, Mostefa Ben Boulaïd le 22 mars 1956, et Rabah Bitat a été arrêté le 16 mars 1955.
- Structurer la révolution avec des organes de direction légitimes
- Unifier les différentes zones sous un commandement central
- Définir une doctrine politique et les buts de guerre
- Organiser l’ALN selon une hiérarchie militaire claire
- Rallier toutes les forces nationales au sein du FLN
L’offensive du 20 août 1955 dans le Nord-Constantinois, menée par Zighoud Youcef, avait démontré la capacité de mobilisation populaire mais aussi le besoin urgent de coordination. C’est dans ce contexte que Abane Ramdane, depuis Alger, entreprend de rassembler les chefs de zones.
🗺️ La préparation secrète et le choix d’Ifri
Un lieu stratégique en zone ennemie
Le congrès devait initialement se tenir à la Kalâa des Aït Abbès, symbole de la résistance d’El Mokrani et El Haddad lors de l’insurrection de 1871. Mais le choix se porte finalement sur le village d’Ifri, dans l’actuelle commune d’Ouzellaguen (wilaya de Béjaïa).
Ce choix n’est pas fortuit. Ifri se situe au cœur d’une forêt dense, encerclé par une chaîne de montagnes s’étendant jusqu’à l’Akfadou. Cette position offre une vue dominante sur les environs et une facilité de repli en cas de danger, malgré la présence de troupes françaises sur l’axe Tazmalt-Béjaïa.
🛡️ Un dispositif de sécurité de génie
Le colonel Amirouche assure la sécurité du congrès avec un dispositif remarquable :
- 👁️
3 000 djounoud mobilisés sans connaître le motif exact de leur mission - 🕵️
Informateurs placés dans toutes les structures de l’armée coloniale - 💥
Actions de diversion : embuscades et sabotages éloignés pour occuper l’ennemi - 🍲
Multiplication des fournisseurs pour ne pas attirer l’attention
La maisonnette de Da Meziane, deux petites pièces avec toiture en tuiles, isolée sous la montagne, est choisie pour abriter les travaux. Les villageois eux-mêmes ignorent totalement ce qui se prépare. Comme le dira plus tard Abane Ramdane : « L’organisation du congrès à Ifri était une folie. »
👥 Les participants au Congrès
À partir du 11 août 1956, les chefs de la révolution convergent vers Ouzellaguen, parcourant plusieurs kilomètres à pied à travers les montagnes et forêts denses. Le congrès réunit les représentants de cinq zones sur six.
🎖️ Les six dirigeants principaux
Zone V (Oranie) — Président du Congrès
Coordinateur d’Alger — Secrétaire du Congrès
Zone III (Kabylie) — Logistique et sécurité
Zone II (Nord-Constantinois)
Zone IV (Algérois)
Adjoint de Zighoud (Zone II)
Les autres participants
Outre les six principaux, d’autres cadres participent aux travaux : Slimane Dehilès (Si Saddek), Saïd Mohammedi, Ali Khodja, le commandant Azzedine, Si Lakhdar, et Ali Mellah (Si Chérif) pour la future Zone VI. Amirouche Aït Hamouda assure la sécurité avec Abderrahmane Mira.
- Mostefa Ben Boulaïd (Zone I – Aurès) : mort au combat 5 mois plus tôt
- Ahmed Ben Bella et la délégation extérieure (Le Caire) : n’ont pu rejoindre le territoire
- Hocine Aït Ahmed, Mohamed Khider, Mohamed Boudiaf : à l’extérieur
📅 Le déroulement des travaux (13-20 août 1956)
Les travaux officiels du congrès se déroulent du 13 au 20 août 1956, soit une semaine complète. La séance d’ouverture a lieu le lundi 20 août dans la maisonnette de Da Meziane, présidée par Larbi Ben M’hidi et secrétée par Abane Ramdane.
📋 Chronologie des travaux
- 📍
11 août : Arrivée des délégations à Ouzellaguen - 🏠
12 août : Choix de la maisonnette de Da Meziane pour les travaux - 📜
13-19 août : Discussions, rapports des zones, rédaction des textes - 🏛️
20 août : Séance plénière d’adoption de la Plateforme - ✅
22 août : Parachèvement des documents et dispersion des congressistes
Chaque jour, des réunions sont organisées. Chaque chef de zone présente un état de la situation : effectifs des moudjahidine, armement disponible, état d’esprit des combattants et de la population. Les rapports manuscrits sont acheminés vers la maisonnette de Da Meziane, qui sert de secrétariat, pour être dactylographiés sur deux petites machines à écrire.
La première mise au point est faite par Larbi Ben M’hidi qui précise qu’il n’est « pas mandaté par les frères du Caire » mais seulement « responsable de la zone 5 ». Cette clarification posera les bases du principe de primauté de l’intérieur sur l’extérieur.
⚖️ Les décisions majeures
1. Création des organes de direction
🏛️ Le CNRA (Parlement)
Conseil national de la Révolution algérienne : 34 membres (17 titulaires, 17 suppléants). Organe suprême de la révolution, seul habilité à ordonner un cessez-le-feu et négocier l’indépendance.
⚙️ Le CCE (Exécutif)
Comité de coordination et d’exécution : 5 membres (Abane, Ben M’hidi, Krim, Benkhedda, Dahlab). Premier gouvernement de la révolution, préfiguration du GPRA (1958).
2. Division de l’Algérie en six wilayas
Le congrès procède au découpage territorial définitif de l’Algérie en six wilayas (états-majors), plus la zone autonome d’Alger, sous contrôle direct du CCE :
Wilaya I
Aurès-Nementchas
Wilaya II
Nord-Constantinois
Wilaya III
Kabylie
Wilaya IV
Algérois
Wilaya V
Oranie
Wilaya VI
Sud-Algérois / Sahara
Chaque wilaya est subdivisée en mintaqa (zone), nahia (région) et kasma (secteur). Une wilaya est dirigée par un colonel, assisté de trois commandants chargés des missions militaire, politique et renseignements.
3. Organisation de l’ALN
Le congrès structure l’Armée de libération nationale (ALN) selon une hiérarchie militaire stricte avec des grades définis, des soldes pour les combattants, des tribunaux militaires et une distinction entre moudjahidine (combattants réguliers) et moussabiline (auxiliaires).
📜 La Plateforme de la Soummam
La Plateforme de la Soummam est considérée comme le deuxième texte fondamental de la révolution après la Déclaration du 1er Novembre 1954. Elle constitue une véritable « petite constitution » de l’Algérie en guerre.
1. Primauté du politique sur le militaire
Les décisions politiques doivent primer sur les considérations militaires. Vise à prévenir toute dictature militaire après l’indépendance.
2. Primauté de l’intérieur sur l’extérieur
L’extérieur doit être l’accessoire de l’intérieur qui « détient les forces essentielles de la Révolution ».
Les buts de guerre définis
La plateforme définit les buts politico-militaires de la révolution :
- Affaiblissement total de l’armée française pour lui rendre impossible une victoire par les armes
- Sabotage économique à grande échelle pour rendre impossible l’administration du pays
- Perturbation de la situation en France pour rendre impossible la continuation de la guerre
- Isolement politique de la France en Algérie et dans le monde
Le projet d’État
La plateforme définit le futur État algérien comme une « République démocratique et sociale garantissant une véritable égalité entre tous les citoyens d’une même patrie, sans discrimination ». Ce texte s’oppose explicitement à tout projet de monarchie ou de théocratie.
« La Révolution algérienne est un combat patriotique dont le but est l’indépendance nationale. Elle n’est pas une guerre de religion. »
Plateforme de la Soummam
Face aux accusations françaises de « guerre sainte »
⚡ Les contestations et le CNRA du Caire (1957)
Les décisions du Congrès de la Soummam ne font pas l’unanimité. La délégation extérieure au Caire, notamment Ahmed Ben Bella, conteste violemment plusieurs points :
- L’absence de représentation de l’extérieur au congrès
- Le principe de primauté de l’intérieur sur l’extérieur
- Le principe de primauté du politique sur le militaire
- Ce qui est perçu comme une « initiative kabyle »
Exactement un an après le Congrès de la Soummam, la réunion du CNRA au Caire détricote l’essentiel des dispositifs adoptés à Ifri :
- Adoption d’une résolution affirmant que « tous ceux qui participent à la lutte libératrice, avec ou sans uniforme, sont égaux »
- Annulation de la primauté du politique sur le militaire
- Annulation de la primauté de l’intérieur sur l’extérieur
- Élargissement du CCE de 5 à 9 membres et du CNRA de 34 à 54 membres
Abane Ramdane, très critiqué par les militaires, se retrouve isolé. En décembre 1957, il est assassiné au Maroc par ses propres camarades. Sa mort marque la fin de l’idéal soummamien et ouvre la voie à la militarisation de la révolution.
🏆 L’héritage du Congrès de la Soummam
Malgré la remise en cause de ses principes fondamentaux, le Congrès de la Soummam reste considéré comme l’acte fondateur de l’État algérien moderne. Ses apports structurels ont permis à la révolution de survivre et de triompher.
- Création des structures institutionnelles (CNRA → GPRA en 1958)
- Division en six wilayas historiques (appellation encore utilisée)
- Unification des différents courants politiques au sein du FLN
- Organisation de l’ALN en armée structurée
- Adoption de l’hymne national (Kassaman)
- Création du journal El Moudjahid
Le 20 août est devenu la Journée nationale du Moudjahid en Algérie, commémorant à la fois le Congrès de la Soummam (1956) et l’offensive du Nord-Constantinois (1955).
« Pour les Algériens informés, le 20 Août 1956 est inséparable du 1er Novembre 1954. »
Chef historique, fondateur du FFS
🏛️ Le musée d’Ifri aujourd’hui
Le site du Congrès de la Soummam est devenu un lieu de pèlerinage national. Le musée du Moudjahid d’Ifri-Ouzellaguen, situé à 65 km à l’ouest de Béjaïa, a été inauguré en 1984 et classé patrimoine national le 1er septembre 1985.
📍 Informations pratiques
📍 Localisation
Ifri, commune d’Ouzellaguen
Wilaya de Béjaïa
🚗 Accès
8 km au nord d’Ighzer Amokrane
Route CW56
🏛️ À voir
Maisonnettes historiques
Mémorial • Statues des 6 chefs
📅 Événement
Commémoration du 20 août
Journée nationale du Moudjahid
Le musée comprend les deux maisonnettes originales où se sont tenus les travaux, un mémorial surplombant la vallée, des salles d’exposition avec photos et documents d’archives, ainsi que les statues des six principaux dirigeants présents au congrès. Chaque 20 août, des milliers de personnes affluent pour les cérémonies officielles.
❓ Questions fréquentes sur le Congrès de la Soummam
Qu’est-ce que le Congrès de la Soummam ?
Le Congrès de la Soummam est le premier congrès du FLN, tenu du 13 au 20 août 1956 au village d’Ifri (commune d’Ouzellaguen, Béjaïa). Organisé par Abane Ramdane et Larbi Ben M’hidi, il a structuré la révolution algérienne en créant le CNRA et le CCE, divisé l’Algérie en six wilayas, et adopté la plateforme politique définissant les buts de guerre et le projet d’État indépendant.
Qui a participé au Congrès de la Soummam ?
Les principaux participants étaient Larbi Ben M’hidi (président), Abane Ramdane (secrétaire), Krim Belkacem, Youcef Zighoud, Amar Ouamrane et Lakhdar Bentobal. Le colonel Amirouche assurait la sécurité. Ben Bella et la délégation extérieure n’ont pu rejoindre le territoire, et Mostefa Ben Boulaïd était mort au combat cinq mois plus tôt.
Quelles sont les principales décisions du Congrès de la Soummam ?
Les décisions majeures furent : la création du CNRA (parlement) et du CCE (exécutif), la division de l’Algérie en six wilayas, l’adoption du principe de primauté du politique sur le militaire et de l’intérieur sur l’extérieur, la définition des buts de guerre et des conditions du cessez-le-feu, et le projet d’une République démocratique et sociale.
Que signifie la primauté du politique sur le militaire ?
Ce principe fondamental du Congrès de la Soummam signifie que les décisions politiques doivent primer sur les considérations militaires dans la conduite de la révolution. Il visait à prévenir toute dictature militaire après l’indépendance. Ce principe fut remis en cause lors du CNRA du Caire en août 1957, un an après le congrès.
Où se trouve le musée du Congrès de la Soummam ?
Le musée du Moudjahid d’Ifri-Ouzellaguen est situé à 65 km à l’ouest de Béjaïa, au cœur du site historique où s’est tenu le congrès. Classé patrimoine national en 1985, il comprend les maisonnettes originales, un mémorial, des salles d’exposition et les statues des six principaux dirigeants présents au congrès.
Pourquoi le Congrès de la Soummam est-il important ?
Le Congrès de la Soummam est considéré comme l’acte fondateur de l’État algérien moderne. Il a doté la révolution de structures organisationnelles, d’une doctrine politique cohérente et d’un projet d’État. La plateforme de la Soummam est le deuxième texte fondamental après la Déclaration du 1er Novembre 1954.
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