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Colonel Mohamed Chabani

🇩🇿 Histoire d’Algérie • Biographie

Colonel Mohamed Chabani : qui était le chef de la Wilaya VI exécuté en 1964 ?

Portrait journalistique d’une figure clé des années 1960 : Mohamed Chabani (souvent écrit Chaâbani), officier de l’ALN, acteur de la Wilaya VI (Sahara), puis symbole des fractures de l’après-indépendance. Parcours, contexte, arrestation, procès et héritage : un récit documenté, sans simplification.

📅 Mise à jour : 20 janvier 2026
⏱️ Lecture : 12–15 min
🏛️ Période : 1954–1964

L’histoire de l’Algérie indépendante ne se résume pas à un passage mécanique « de la guerre à l’État ». Elle est aussi faite de conflits d’autorité, de rivalités de légitimité, de débats sur la place de l’armée, et de lignes rouges tracées très tôt. Dans ce paysage brûlant, le nom du colonel Mohamed Chabani s’impose comme l’un des plus sensibles : chef militaire rattaché à la Wilaya VI, il est arrêté, jugé puis exécuté en 1964 dans une affaire qui, encore aujourd’hui, divise historiens et mémoires. L’enjeu : comprendre qui il était, ce qu’il représente, et pourquoi son cas continue de revenir dans le débat algérien.

📋 Fiche rapide : Colonel Mohamed Chabani

Avant d’entrer dans les débats, une clarification s’impose : le nom et l’orthographe. Dans les archives, la presse et les publications universitaires, on rencontre souvent Mohamed Chaâbani (avec accent) autant que Mohamed Chabani. Il s’agit du même homme, et cette variation explique une partie des confusions en ligne.

ÉlémentDétail (repères)
NomMohamed Chabani / Mohamed Chaâbani
FonctionOfficier de l’ALN, figure associée à la Wilaya VI (Sahara)
Période cléGuerre d’indépendance (1954–1962) puis crise de l’État naissant (1962–1964)
Événement majeurProcès militaire et exécution en 1964 (affaire très débattue)
Pourquoi il revient dans l’actualité ?Parce que son cas symbolise les fractures de l’après-1962 : place de l’armée, dissidences, centralisation, mémoire et réhabilitation.

👶 Jeunesse et entrée dans la lutte : de l’Algérie coloniale à l’ALN

Comme beaucoup de cadres militaires issus de la guerre, Mohamed Chabani appartient à une génération façonnée par la fin brutale du système colonial, la montée des répressions et la conviction que l’indépendance ne se négocierait pas seulement dans les chancelleries, mais aussi sur le terrain. La documentation accessible au grand public ne donne pas toujours des détails biographiques aussi nets que pour les figures politiques de premier plan, mais les publications historiques s’accordent sur l’essentiel : il fait partie de ces officiers dont l’ascension est liée à la structuration des wilayas et à la professionnalisation progressive de l’ALN.

🧭 Mots-clés

Colonel Mohamed Chabani, Mohamed Chaâbani, Wilaya VI, Sahara, ALN, guerre d’indépendance, après 1962, procès militaire 1964, exécution, crise politico-militaire, mémoire nationale.

🏜️ La Wilaya VI (Sahara) : une wilaya stratégique, vaste… et difficile à gouverner

Pour comprendre la place de Chabani, il faut comprendre ce que représente la Wilaya VI historique. Dans l’imaginaire populaire, la guerre se raconte souvent depuis les montagnes du Nord. Or, la zone saharienne constitue un espace immense : routes longues, lignes logistiques fragiles, communications compliquées, et un enjeu qui devient majeur à la fin de la guerre avec la montée des questions autour des frontières, des ressources et de la projection de l’autorité.

Dans une étude publiée sur OpenEdition, on voit apparaître le nom du colonel Chaâbani dans la répartition des axes définis pour atteindre Alger à l’été 1962, au moment où l’ALN des frontières et différentes forces cherchent à se positionner. Un des axes « sud-nord » lui est attribué, ce qui montre qu’il n’est pas un acteur périphérique dans les recompositions de l’époque. (OpenEdition)

✅ À retenir
  • Wilaya VI = Sahara : immensité, logistique, contrôle territorial complexe.
  • En 1962, la recomposition des forces crée des zones de friction entre légitimités militaires.
  • Le nom de Chaâbani apparaît dans les récits sur les axes d’avancée vers Alger, signe d’un statut réel dans la hiérarchie du moment.

🇩🇿 Après 1962 : naissance de l’État, bataille des légitimités, et militarisation du politique

L’indépendance (1962) ne met pas fin aux tensions : elle les transforme. On passe d’une guerre contre une puissance coloniale à une lutte pour définir qui gouverne, comment, et sur quelle base. Dans cette période, la relation entre institutions civiles et militaires est centrale. Les wilayas, qui ont été des structures de guerre, deviennent des acteurs dans l’équilibre interne.

La presse internationale de l’époque témoigne d’une Algérie où les dissensions internes existent, et où certains cadres militaires entrent en conflit avec le pouvoir central. Un article d’archives du Monde (été 1964) évoque un épisode de « dissidence » attribué au colonel Chaâbani, avec une logique de traque, d’arrestation puis de jugement par un tribunal militaire. (Le Monde)

⏱️ Repères chronologiques (lecture rapide)

 
1954–1962
Guerre d’indépendance : structuration des wilayas, montée en responsabilité de cadres de terrain.
Été 1962
Recomposition des forces et tensions autour du pouvoir : des axes d’avancée vers Alger sont attribués à divers officiers, dont Chaâbani dans certaines études. (OpenEdition)
1964
Arrestation, jugement par tribunal militaire, condamnation et exécution : l’affaire devient un marqueur durable. (Le Monde)

🧨 Accusations, rupture et arrestation : ce que disent les sources accessibles

Les récits sur l’affaire Chabani varient selon les sensibilités politiques, mais un socle factuel apparaît dans les archives de presse : en 1964, il est présenté comme le chef d’une dissidence et recherché par les autorités. Le Monde décrit une arrestation après une traque, puis un procès conduit devant un tribunal militaire. Ce type de procédure est cohérent avec l’époque : l’État algérien est jeune, l’institution militaire pèse, et le pouvoir central cherche à imposer une chaîne de commandement incontestable. (Le Monde)

⚠️ Pourquoi c’est un sujet « sensible » (et souvent mal traité en ligne)

Parce que l’affaire touche à trois nerfs à vif : (1) la question des dissidences post-1962, (2) la frontière floue entre justice et justice politique dans une phase de consolidation, (3) le statut quasi sacré de certaines légitimités issues de la guerre. Résultat : on trouve beaucoup de contenus militants, très peu de contextualisation, et des raccourcis. Ici, on s’appuie d’abord sur des sources publiées et datées.

⚖️ Procès et exécution (1964) : repères factuels et contexte immédiat

Les archives accessibles indiquent que Mohamed Chabani est jugé par un tribunal militaire au cours de l’année 1964. Le Monde mentionne la tenue du procès et la condamnation, dans le cadre d’une affaire de dissidence armée, décrivant un traitement rapide et un contexte hautement politique. (Le Monde)

Sur le plan historiographique, des publications universitaires et des travaux de recherche (notamment sur OpenEdition) replacent l’affaire dans la dynamique de l’été 1962 et des recompositions de l’ALN/ANP, ce qui aide à comprendre pourquoi une dissidence — réelle ou supposée — est vécue comme une menace existentielle par le pouvoir central. (OpenEdition)

PointCe qu’on peut établir via sources accessibles
Nature de la procédureProcès devant tribunal militaire (presse d’époque). (Le Monde)
Accusations (cadre général)« Dissidence » / insubordination armée dans un contexte de consolidation. (Le Monde)
IssueCondamnation et exécution en 1964 rapportées dans les archives de presse. (Le Monde)

🔎 Lectures historiques : procès politique, consolidation de l’État… ou les deux ?

La question qui traverse presque toutes les discussions sur Chabani est simple : était-ce un procès strictement judiciaire ou un procès éminemment politique ? Dans les jeunes États issus de décolonisations, les deux dimensions se superposent souvent. On juge une désobéissance, mais on juge aussi un symbole. On sanctionne une rupture de discipline, mais on envoie également un message à l’ensemble des acteurs : la chaîne de commandement est désormais verticale, centralisée, et l’État entend monopoliser la force.

Les sources universitaires disponibles en libre accès ne « tranchent » pas comme un tribunal : elles reconstruisent un système. Et ce système montre que les années 1962–1965 sont marquées par des luttes de pouvoir et des recompositions d’alliances. Dans ce cadre, l’affaire Chabani peut être lue comme l’un des épisodes où la raison d’État écrase les zones grises — au prix d’une fracture mémorielle durable.

💡 Champ sémantique recommandé (pour enrichir l’article)

légitimité révolutionnaire, consolidation de l’État, centralisation, chaîne de commandement, tribunal militaire, crise interne, après-indépendance, mémoire nationale, réhabilitation, historiographie, ALN, ANP, wilayas historiques, fractures politiques.

🕯️ Mémoire, réhabilitations, héritage : pourquoi l’affaire Chabani ne s’éteint pas

Une exécution politique — ou perçue comme telle — ne disparaît pas : elle change de forme. Pendant un temps, elle circule à voix basse, dans les familles, dans les récits d’anciens combattants, puis elle revient au grand jour lorsque l’espace public se rouvre. Plusieurs travaux et pages historiques rappellent l’existence de décisions d’amnistie et d’initiatives mémorielles qui, sans effacer le passé, le reclassent. (OpenEdition)

Ce qui fait durer l’affaire Chabani, c’est aussi le fait qu’elle touche à une question que l’Algérie se pose encore : comment écrire l’histoire de l’indépendance sans transformer l’après 1962 en zone interdite ? Comment parler des conflits internes sans offrir un récit facile à ceux qui instrumentalisent l’histoire ? Et comment reconnaître les zones d’ombre sans désacraliser la lutte elle-même ?

FAQ — Colonel Mohamed Chabani

Qui était le colonel Mohamed Chabani ?
Le colonel Mohamed Chabani (souvent orthographié Chaâbani) était un officier de l’ALN associé à la Wilaya VI (Sahara). Après l’indépendance, il devient l’un des noms les plus controversés de l’histoire politique algérienne naissante, en raison de son procès militaire et de son exécution en 1964. (Le Monde)
Qu’est-ce que la Wilaya VI (Sahara) pendant la guerre d’Algérie ?
La Wilaya VI recouvre des zones sahariennes vastes et stratégiques. Elle pose des défis logistiques majeurs (distance, communications, contrôle territorial) et devient, au moment de l’indépendance, un espace sensible où se croisent enjeux de sécurité, d’autorité et d’intégration territoriale. Des travaux académiques évoquent la place de Chaâbani dans les recompositions de 1962. (OpenEdition)
Pourquoi l’affaire Chabani est-elle considérée comme politique ?
Parce qu’elle survient dans une période où l’Algérie cherche à consolider l’État et à centraliser la force armée. Dans ce type de contexte, un procès militaire est rarement « neutre » au sens contemporain : il sanctionne une rupture de discipline, mais sert aussi à stabiliser un nouvel ordre politique. La presse d’époque parle d’une dissidence, tandis que l’historiographie discute la nature exacte des motivations. (Le Monde)
Existe-t-il des démarches de réhabilitation ou de reconnaissance mémorielle ?
Le sujet revient régulièrement dans l’espace public. On trouve des traces d’initiatives mémorielles et de relectures historiques à différentes périodes, souvent liées à des politiques plus générales d’amnistie et de reconsidération de dossiers sensibles. Les publications académiques aident à replacer ces démarches dans une chronologie plus large. (OpenEdition)

✅ Conclusion : comprendre Chabani, c’est lire l’Algérie des débuts sans caricature

Le colonel Mohamed Chabani n’est pas seulement une figure « tragique » : il est un révélateur. Son itinéraire renvoie à une Algérie qui, à peine indépendante, doit décider comment gouverner, comment discipliner, comment unifier — et à quel prix. C’est précisément parce que cette période est fondatrice que son nom continue de circuler : entre justice, politique, mémoire et récit national. Pour éviter les slogans, une règle : revenir aux sources, dater, contextualiser, et accepter que l’histoire réelle soit plus complexe que les versions confortables.

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