#Musique

Chérif Kheddam

 
 

Le Maître de l’Harmonie

Cherif Kheddam

1927 – 2012 • Le Barde du Djurdjura • Dda Cherif

Pionnier de la modernité musicale berbère, Cherif Kheddam a élevé la chanson kabyle au rang d’art savant. Compositeur de génie et formateur visionnaire, il est l’homme qui a ouvert les portes de l’universalité aux montagnes algériennes.

🎵 Musique Kabyle Classique
📍 Aït Bouaddou • Tizi Ouzou
📻 Radio Chaîne 2

🏔️ Fiche d’Identité du Maître Kheddam
🎂
Naissance
01/01/1927
Aït Bouaddou
🕊️
Décès
23/01/2012
Paris (85 ans)
🎸
Instrument
Oud (Luth)
Maîtrise totale
🎓
Formation
Fernand Lamy
Harmonie Classique
👑
Surnom
Dda Cherif
Mentor Absolu

Cherif Kheddam est le « Maître d’école » incontesté de la musique kabyle. Né au pied du Djurdjura, cet homme a réalisé l’impossible : sortir la chanson berbère du folklore pour l’amener vers la rigueur de l’orchestration symphonique. Par son travail à la Radio nationale et son immense exigence artistique, il a formé les plus grands noms d’Algérie, d’Idir à Lounis Aït Menguellet, faisant de la ville de Tizi Ouzou le phare d’un renouveau culturel sans précédent.

« 

Cherif Kheddam a fait pour la chanson kabyle ce que Bach a fait pour la musique occidentale : il lui a donné ses règles et son universalité.

— Hommage de la nouvelle scène algérienne

⛰️
Aït Bouaddou : L’enfance dans le silence des montagnes (1927)

Cherif Kheddam naît le 1er janvier 1927 au village d’Aït Bouaddou, dans la commune des Ouadhias (wilaya de Tizi Ouzou). Orphelin de père dès l’âge de 7 ans, il grandit dans une extrême pauvreté. Sa première école est celle de la Zaouïa, où il apprend les textes sacrés et développe une oreille absolue pour la prosodie et le rythme.

Sa jeunesse est marquée par la solitude et la contemplation des pics enneigés du Djurdjura. Faute de moyens, il ne peut poursuivre d’études formelles, mais il s’imprègne de la poésie paysanne. En 1947, à l’âge de 20 ans, il suit le destin de sa génération et prend le chemin de l’exil vers la France, portant en lui les mélodies de sa terre natale comme un trésor secret.

🎭 La forge du caractère

Ces années de privation en Algérie ont forgé chez lui une humilité légendaire et une volonté de fer. Pour lui, l’art ne devait pas être un simple divertissement, mais une quête de perfection pour honorer la dignité de son peuple.

✈️
L’exil et le labeur : Des fonderies aux cabarets

Arrivé en France en 1947, il s’installe d’abord à Saint-Denis puis à Lille. Il travaille comme manœuvre dans des fonderies et des usines sidérurgiques. Le jour, il subit la rudesse du labeur ouvrier ; la nuit, il économise sou après sou pour s’acheter un Oud (luth) et prendre des cours de musique.

À Paris, il commence à se produire dans les cafés maghrébins, côtoyant des artistes comme Slimane Azem et Cheikh El Hasnaoui. Mais contrairement à eux qui chantent le blues de l’exil avec une structure simple, Cherif Kheddam rêve de grandes orchestrations. En 1954, il enregistre son premier disque, mais il sent que sa formation est incomplète.

🎓
La rencontre avec Fernand Lamy : La science de l’harmonie

Le tournant majeur de sa vie survient lorsqu’il frappe à la porte de Fernand Lamy, éminent professeur au Conservatoire de Paris. Pendant sept ans, le travailleur immigré suit des cours de solfège, d’harmonie et de composition. Cette formation académique va lui permettre de transposer les quarts de ton de la musique berbère sur des partitions orchestrales complexes.

Il devient le premier artiste kabyle à maîtriser l’écriture pour orchestre de chambre. Ses morceaux comme Alemri (Le miroir) ou Khir Ajjaj (Préfère le tonnerre) sont des bijoux de construction mélodique. Il impose une rigueur nouvelle dans les studios d’enregistrement, exigeant des musiciens une précision qui surprend le milieu artistique de l’époque.

🎻

L’orchestration au service du verbe

Dda Cherif a refusé de simplifier sa musique pour la radio. Il a au contraire forcé les ondes à diffuser des œuvres orchestrales de 10 minutes, habituant l’oreille algérienne à une sophistication nouvelle.

📻
Le Maître de la Chaîne 2 : Forger les chanteurs de demain

En 1963, après l’indépendance, Cherif Kheddam rentre au pays. Il intègre la Radio nationale Chaîne 2 (berbèrophone) où il va diriger l’émission culte « Ichennayen n uzekka ». Ce n’est pas qu’une émission, c’est un véritable conservatoire à ciel ouvert.

C’est lui qui découvre et parraine le jeune Hamid Cheriet, qui deviendra Idir. C’est également lui qui guide les premiers pas de Lounis Aït Menguellet et forme la grande voix féminine Nouara. Cherif Kheddam est l’éducateur de l’oreille kabyle, celui qui a appris à une génération d’artistes à ne pas se contenter du talent brut, mais à travailler la structure de leurs œuvres.

🎻
Le style Kheddam : Quand la Kabylie devient symphonique

Le style de Cherif Kheddam est reconnaissable entre mille par sa majesté. Il utilise l’orchestre comme un peintre utilise sa palette pour souligner la beauté du texte. Ses thématiques sont nobles : l’amour pur, la patrie (son hymne L’Dzayer est un monument), le respect de la langue et la transmission.

Il a su éviter les pièges du folklorisme facile et de la commercialisation outrancière. Toute sa vie, il est resté un « chercheur », expérimentant sans cesse de nouvelles harmonies. Sa voix de baryton, d’une grande profondeur émotionnelle, servait de guide à des arrangements où les violons et les vents dialoguaient avec le mondol traditionnel.

L’anecdote de la rigueur

Dda Cherif était connu pour sa sévérité paternelle. On raconte qu’il pouvait faire recommencer une prise de studio 50 fois pour une seule note mal ajustée. Cette exigence est ce qui a permis à la musique algérienne d’acquérir ses lettres de noblesse internationale.

🕊️
Le départ d’un géant et l’héritage éternel (2012)

Le 23 janvier 2012, Cherif Kheddam s’éteint à Paris à l’âge de 85 ans. Son décès est vécu comme la perte du « Père » pour toute la famille artistique algérienne. Son corps est rapatrié avec les honneurs nationaux et il est enterré dans son village natal d’Aït Bouaddou, face à ces montagnes qu’il a tant magnifiées.

Il laisse derrière lui un héritage de plus de 150 chansons et des centaines d’heures d’enregistrements radiophoniques. Sa plus grande réussite est d’avoir créé un pont entre la tradition millénaire de la poésie berbère et la modernité orchestrale. Aujourd’hui, aucun artiste kabyle ne peut se dire complet sans avoir étudié l’œuvre monumentale de Dda Cherif.

📀 Les chefs-d’œuvre immortels
💿
L’Dzayer : Le plus bel hommage musical à la terre d’Algérie.
💿
Alemri : La quintessence de la ballade poétique et orchestrale.
💿
Khir Ajjaj : Une ode à la force de caractère et à la résistance.


Questions fréquentes

Est-il vrai qu’il a découvert Idir ?

Oui, c’est Cherif Kheddam qui a poussé le jeune Hamid Cheriet (Idir) à chanter A Vava Inouva à la radio alors qu’il était venu pour accompagner une autre chanteuse. Sans Dda Cherif, le monde n’aurait peut-être jamais connu Idir.

Était-il musicien de formation classique ?

Bien qu’autodidacte à ses débuts, il a suivi pendant 7 ans des cours d’harmonie et de composition à Paris auprès de Fernand Lamy. C’est ce qui fait la spécificité de son œuvre, à la croisée du patrimoine berbère et de la musique de chambre européenne.

Pourquoi l’appelle-t-on Dda Cherif ?

« Dda » est un terme de respect en kabyle désignant un oncle ou un aîné protecteur. Ce surnom illustre l’affection et la déférence que lui portaient tous les artistes de la jeune génération.

Où peut-on visiter sa tombe ?

Sa tombe se trouve dans son village natal d’Aït Bouaddou, près d’Ouadhias en Kabylie. C’est devenu un lieu de recueillement pour de nombreux mélomanes algériens.

« Ma musique est un arbre dont les racines sont kabyles et dont les branches embrassent le monde. »

— Hommage à Cherif Kheddam (1927 – 2012)

ⵛⵛⵔⵉⴼ ⵅⴷⴷⴰⵎ — Le Maître Immortel

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