#Musique

Cheikha Rimitti

 
 

La Mère de la Révolution Raï

Cheikha Rimitti

1923 – 2006 • Saâdia Bedief • La Force de la Terre

Voix rocailleuse surgie des tréfonds de l’Oranie, Cheikha Rimitti a brisé tous les tabous d’une société conservatrice. Sans elle, le Raï n’aurait jamais quitté la poussière des routes pour conquérir les scènes du monde entier.

🎵 Raï Originel • Gasba
📍 Sidi Bel Abbès • Oran
👑 La Mamie du Raï

🕌 Carte d’Identité de la Légende Nomade
🎂
Naissance
08/05/1923
Tessala, Algérie
🕊️
Décès
15/05/2006
Paris (83 ans)
🎶
Instrument
Gasba & Gallal
L’âme bédouine
📀
Succès
Charag Gataâ
Le titre culte
👑
Statut
Matriarche
Icône mondiale

Cheikha Rimitti est le socle sur lequel repose tout l’édifice de la musique raï. Née dans la misère des Hauts Plateaux de l’Ouest, orpheline errante devenue reine des cabarets de la ville d’Oran, elle a chanté la vérité nue du peuple. Sa voix n’était pas faite pour plaire, mais pour témoigner. Collaboratrice de génies comme Maurice El Medioni et inspiratrice de Rachid Taha, elle reste l’artiste algérienne la plus libre que l’histoire ait connue.

« 

Le malheur a été mon premier professeur de chant. J’ai crié ma douleur avant de chanter ma liberté.

— Cheikha Rimitti

🏜️
Tessala : L’enfance d’une « fille du malheur » (1923)

Saâdia Bedief naît le 8 mai 1923 à Tessala, près de Sidi Bel Abbès. Orpheline très tôt, elle ne connaîtra ni son père, ni sa mère, emportés par les épidémies et la famine qui ravageaient alors l’Algérie rurale sous occupation. Elle se décrit elle-même comme une « fille du malheur », une enfant de la rue qui n’a pour seul héritage que sa voix et sa résilience.

À une époque où le destin d’une jeune fille pauvre était tracé entre le mariage forcé et le servage, Saâdia choisit l’errance. Elle suit les troupes de musiciens nomades, les **Hamdachas**, et apprend les chants de la terre, les louanges aux saints et les complaintes des moissons. Elle n’apprend pas la musique dans les conservatoires comme El Anka, mais dans la poussière des routes de l’Oranie.

🎭 La naissance d’une Cheikha

Le titre de « Cheikha » n’était pas donné à la légère. Il désignait les femmes qui, par leur savoir-faire poétique et musical, dominaient les assemblées. Saâdia devient Cheikha très jeune, s’imposant par un charisme brut et un refus total de la soumission.

🎷
L’école de la route : De la mendicité à la Gasba

Rimitti commence sa carrière dans les cafés-concerts de l’Ouest algérien. Sa musique est celle des marginaux, des travailleurs des ports et des paysans déracinés. Accompagnée par la Gasba (flûte de roseau) et le Gallal (percussion), elle chante ce que personne n’ose dire : le désir féminin, la douleur de l’exil, les ravages de l’alcool et l’hypocrisie des puissants.

C’est durant cette période qu’elle gagne son nom de scène définitif. Dans un bar d’Oranie, alors qu’elle enchaîne les succès, le patron crie à chaque fin de chanson : « Remettez ! Remettez-en une tournée ! ». Saâdia s’approprie l’expression, qui deviendra **Rimitti** dans la bouche du peuple. La légende est née.

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Charag Gataâ : Le scandale qui créa une Reine (1954)

En 1954, alors que l’Algérie s’apprête à entrer en guerre contre la France, Rimitti enregistre chez Pathé-Marconi son premier grand succès : Charag Gataâ (Déchire, coupe). La chanson, qui évoque de manière métaphorique mais explicite la perte de la virginité, provoque un séisme dans la société algérienne.

Interdite d’antenne, fustigée par les religieux et mal vue par les nationalistes qui prônaient une image austère de la femme algérienne, Rimitti devient pourtant une icône populaire immense. Elle est la seule à dire la vérité sur la condition des femmes. Elle devient la « Mère » spirituelle de ce qui sera bien plus tard le raï moderne, celui de Cheb Hasni et de la liberté d’aimer.

📻

L’idole des cabarets d’Oran

Pendant des décennies, Rimitti a fait vibrer les nuits d’Oran. Elle y côtoyait la scène judéo-arabe et collaborait souvent avec des pianistes comme Maurice El Medioni, créant un son unique entre tradition bédouine et modernité urbaine.

✈️
Oran, Paris et l’adieu à la terre natale

Après l’indépendance de 1962, le raï est marginalisé par le nouveau pouvoir qui le juge « vulgaire » et « anti-révolutionnaire ». Rimitti, fidèle à son franc-parler, continue de chanter l’amour et le vin. Se sentant de moins en moins à sa place, elle part pour la France en 1978. Elle s’installe à Paris, dans le quartier de Barbès.

En exil, elle devient la sainte patronne des immigrés. Comme Dahmane El Harrachi ou Cheikh El Hasnaoui, elle chante la Ghorba (l’exil) avec une force inouïe. Mais contrairement aux autres, Rimitti ne se lamente pas : elle revendique sa place. Elle enregistre des centaines de cassettes qui inondent le marché algérien, prouvant qu’on ne peut pas faire taire la Reine.

🎸
La fusion moderne : Rimitti rencontre le Rock et l’Électro

Dans les années 90, alors qu’elle a plus de 70 ans, Rimitti opère un retour triomphal sur la scène internationale. Elle collabore avec des géants du rock et de l’électro. Son album Sidi Mansour (1994), enregistré à Los Angeles avec Robert Fripp (King Crimson) et Flea (Red Hot Chili Peppers), est un choc mondial. Elle prouve que sa voix bédouine peut dialoguer avec les guitares saturées les plus modernes.

Elle devient une icône de la World Music, se produisant dans les plus grands festivals (Cannes, New York, Tokyo). Elle est la seule à pouvoir unir les puristes de la musique traditionnelle et les amateurs de sons expérimentaux. Rachid Taha disait d’elle : « Rimitti est notre Marianne, notre Janis Joplin, elle est tout ce que nous avons de plus vrai. »

L’intemporalité du génie

Même au sommet de la gloire internationale, elle n’a jamais quitté son modeste appartement de Barbès. Elle préférait rester proche du peuple, des travailleurs émigrés dont elle connaissait chaque peine par cœur.

🏛️
Le dernier rappel et l’éternité du Raï

Cheikha Rimitti s’éteint le 15 mai 2006 à Paris, à l’âge de 83 ans. Tragiquement, son décès survient deux jours seulement après son dernier concert mémorable au Zénith de Paris aux côtés de Cheb Khaled. Elle est partie au faîte de sa gloire, sans jamais avoir dévié de sa ligne de conduite.

Son corps a été rapatrié en Algérie et elle repose désormais au cimetière de Sidi Yahia à Alger. Elle laisse derrière elle une œuvre qui est la colonne vertébrale de l’identité algérienne moderne. Elle a prouvé que la langue tamazight et l’arabe dialectal oranais étaient les plus beaux vecteurs de l’universalité. Rimitti n’a pas seulement chanté le raï, elle l’a enfanté.

📀 Les chefs-d’œuvre incontournables
📀
Charag Gataâ : Le manifeste de la liberté féminine.
📀
Nouar : Son grand succès des années 2000, produit par Jean Lamoot.
📀
Sidi Mansour : La fusion magistrale entre le Raï et le Rock.


Questions fréquentes sur Cheikha Rimitti

Est-elle la première chanteuse de Raï ?

Elle est la plus célèbre des « Cheikhates » (maîtresses du chant) de l’entre-deux-guerres. Si d’autres femmes ont chanté avant elle, elle est la première à avoir enregistré des titres aussi audacieux et à avoir modernisé le genre au contact de l’orchestration urbaine.

Était-elle mariée ?

Elle a eu une vie sentimentale tumultueuse, marquée par son indépendance. Elle a toujours refusé que sa vie privée n’entrave sa carrière artistique, un acte de courage exceptionnel pour l’époque.

Quel est le sens de ‘Charag Gataâ’ ?

Littéralement « Déchire et coupe ». Derrière l’aspect provocateur, c’est une chanson sur le passage à l’âge adulte et le refus des conventions sociales étouffantes. C’est le cri d’une femme qui veut disposer de son corps.

Où se trouve sa tombe ?

Elle est enterrée au cimetière de Sidi Yahia à Alger, un lieu où reposent de nombreuses figures de la culture nationale, confirmant son statut de trésor national.

« On ne m’a pas appris à chanter, on m’a appris à survivre. Ma chanson, c’est ma vie. »

— Hommage à Cheikha Rimitti (1923 – 2006)

ⵛⵛⵉⵅⴰ ⵔⵉⵎⵉⵜⵉ — La voix du désert

Cheikha Rimitti

Kamel Messaoudi

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Cheb Khaled : le King du Raï

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