#Musique

Cheikh Sidi Bémol

 

🎸 L’Architecte du Gourbi-Rock

Cheikh Sidi Bémol

Hocine Boukella • Le Barde de l’Impertinence • Alger-Paris

Entre satire sociale et fusion sans frontières, Cheikh Sidi Bémol a dynamité les cadres de la chanson algérienne. Caricaturiste du verbe et des notes, il incarne l’esprit libre et frondeur de la Casbah moderne.

🎵 Gourbi-Rock • Fusion
📍 Alger • Paris • Bouzeguène
✍️ Caricaturiste El-Hocine

🕶️ Fiche Technique de l’Artiste Total
🎂
Naissance
1957
Alger, Algérie
🎸
Concept
Gourbi-Rock
Fusion Alger-Brest
🎨
Autre Moi
El-Hocine
Caricaturiste
📀
Hymne
El Bandi
Succès culte
🌊
Projet
Chants de marins
Culture Berbère

Cheikh Sidi Bémol, alias Hocine Boukella, est le trublion magnifique de la musique algérienne. Né à la ville d’Alger, il a su créer un univers parallèle où les héros du chaâbi croisent les riffs du rock et les complaintes celtiques. Caricaturiste redouté sous le nom d’El-Hocine, il applique la même précision satirique à ses textes qu’à ses dessins. De l’album éponyme de 1998 au succès d’El Bandi, il a offert à la scène rock algérienne une identité décomplexée, mélange de sagesse kabyle et de dérision urbaine.

« 

Le bémol est le sel de la musique. Sans la petite fausse note, sans la dérision, la tradition risque de devenir une prison.

— Hocine Boukella (Cheikh Sidi Bémol)

🧬
Alger et la double vie : Entre microscope et pinceau

Hocine Boukella naît en 1957 à Alger. Son parcours est loin des clichés de l’artiste bohème. Scientifique de formation, il est biologiste et généticien, mais son esprit est ailleurs. Dans l’Alger des années 70, il observe avec acuité les mutations d’une société scindée entre ses aspirations révolutionnaires et ses réalités quotidiennes.

D’un côté, il y a le chercheur. De l’autre, il y a le dessinateur. Sous le nom d’El-Hocine, il devient l’un des caricaturistes les plus marquants de la presse algérienne (Alger Républicain, Libre Algérie). Ce sens de l’observation aiguisé, cette capacité à croquer les travers humains d’un coup de crayon, il va les transposer dans la musique à son arrivée en France à la fin des années 80.

🎸
L’invention du Gourbi-Rock : La fusion sans frontières

En 1992, il fonde le groupe Sidi Bémol. Le nom est déjà une farce : l’alliance entre le « Cheikh » (le maître traditionnel) et le « Bémol » (la note qui descend, le petit grain de sable). En 1998, il sort son premier album éponyme. C’est l’acte de naissance du Gourbi-Rock.

Le style Sidi Bémol est une auberge espagnole où l’on parle dardja et kabyle. Il mélange les percussions gnawa avec des guitares électriques bluesy et, plus surprenant, des sonorités celtiques. Installé à Paris, il s’entoure de musiciens de tous horizons, prouvant que la musique kabyle peut parfaitement danser avec une cornemuse bretonne.

🐚 L’esthétique de la dérision

Sidi Bémol ne se contente pas de fusionner des rythmes. Il fusionne des imaginaires. Ses textes sont des fables urbaines où l’autodérision sert de rempart contre le désespoir de l’exil.

📀
El Bandi (2003) : Le sacre de la satire

L’apogée médiatique arrive en 2003 avec l’album El Bandi (Le Bandit). Le morceau éponyme est une déflagration. Sur un rythme chaâbi survolté, il croque la figure de l’opportuniste, du petit chef et de la corruption. C’est le triomphe de la chanson satirique algérienne.

Avec cet album, Sidi Bémol devient la voix d’une Algérie qui veut rire d’elle-même pour ne pas sombrer. Il réhabilite le genre « clownesque » au sens noble, s’inscrivant dans la lignée de Baaziz mais avec une orchestration beaucoup plus rock et sophistiquée. Il collabore également avec l’Orchestre National de Barbès, confirmant son statut de pilier de la scène alternative maghrébine.

📻

Le triomphe de l’humour noir

El Bandi est devenu un terme générique en Algérie pour désigner les travers de la bureaucratie et du pouvoir. Sidi Bémol a réussi à transformer une chanson en un concept sociologique.

🌊
Chants de marins kabyles : La quête maritime

En 2013, Hocine Boukella surprend une nouvelle fois avec le projet Chants de marins kabyles. Parti d’une boutade sur l’absence de répertoire maritime chez un peuple pourtant côtier, il invente de toutes pièces une tradition. Il imagine les chants que les marins de Béjaïa ou de Dellys auraient pu entonner en mer.

Ce projet est une prouesse artistique et intellectuelle. Il mélange les rythmes kabyles de Bouzeguène avec des instruments celtiques, créant un pont imaginaire mais puissant entre le Djurdjura et l’Atlantique. C’est la preuve que pour Sidi Bémol, l’identité est une matière en mouvement, une invention perpétuelle qui refuse l’enclavement.

🖋️
El-Hocine : Le trait qui brise le silence

On ne peut dissocier le musicien du dessinateur. Sous le nom d’El-Hocine, il a marqué l’histoire de la caricature algérienne. Ses dessins sont des brûlots d’une intelligence rare. Durant la décennie noire, son trait a été un acte de résistance, dénonçant avec la même férocité les extrémismes de tous bords.

Cette double casquette fait de lui un « intellectuel organique » au sens de Gramsci : un artiste dont l’œuvre est viscéralement liée aux luttes de son temps. Qu’il utilise un médiator ou une plume, le but reste le même : réveiller les consciences par le rire et la réflexion.

🏛️
Un héritage de liberté et de métissage sonore

Aujourd’hui, Cheikh Sidi Bémol reste une figure tutélaire de la scène « fusion » algérienne. Il a ouvert la voie à de nombreux groupes qui refusent de choisir entre leur héritage oriental et leurs influences rock ou électro. Sa discographie riche de plus de 10 albums est une leçon de liberté.

Pour les Algériens, il restera l’homme qui a su faire rimer Casbah et Guitare Électrique, prouvant que le patrimoine est un organisme vivant qui doit sans cesse se nourrir de l’autre pour ne pas mourir. Sidi Bémol n’est pas seulement un musicien, il est le garant d’une certaine idée de l’Algérie : plurielle, moqueuse et magnifiquement insoumise.

📀 Discographie Sélective – Les perles du Cheikh

💿

Cheikh Sidi Bémol (1998) : L’album fondateur du Gourbi-Rock.

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El Bandi (2003) : Le sommet de la satire sociale.

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Chants de marins kabyles (2013) : La fusion celtique-berbère.

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L’Empreinte (2020) : Un retour aux sources mélodiques.


Questions fréquentes

Pourquoi ce pseudonyme ‘Cheikh Sidi Bémol’ ?

Il s’agit d’une autodérision totale. ‘Cheikh’ et ‘Sidi’ sont des titres honorifiques de respect et de sagesse, alors que le ‘Bémol’ évoque la faille, la note légèrement à côté. C’est sa manière de dire qu’il respecte la tradition tout en se gardant le droit à l’impertinence.

Est-il vraiment généticien ?

Oui, Hocine Boukella a mené des études scientifiques poussées en biologie et génétique à Alger puis en France. Cette rigueur scientifique se retrouve dans sa manière de ‘disséqué’ les rythmes et de construire ses arrangements avec une précision quasi mathématique.

Quel est le lien entre sa musique et le dessin ?

Pour lui, une chanson est une caricature sonore. Il choisit un sujet de société, en accentue les traits ridicules ou tragiques par ses paroles, et l’habille avec une musique qui sert de décor. Son trait de crayon et son coup de médiator partagent la même ironie salvatrice.

Où vit-il aujourd’hui ?

Hocine Boukella vit principalement en France, en région parisienne, mais il garde un lien permanent avec l’Algérie, se produisant régulièrement lors de festivals nationaux et continuant de commenter l’actualité de son pays par ses dessins.

« Ma musique est un gourbi ouvert sur le monde. Installe-toi, il y a de la place pour tout le monde. »

— À la gloire de Cheikh Sidi Bémol, l’esprit libre d’Alger

ⵛⵛⵉⵅ ⵙⵉⴷⵉ ⴱⵉⵎⵓⵍ — L’éternel métissage

Cheikh Sidi Bémol

Hamdi Benani

Cheikh Sidi Bémol

L’Orchestre National de Barbes (ONB)

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