#Musique

Cheikh H’ssissen

 
 

Le Rossignol de la Liberté

Cheikh H’ssissen

1929 – 1958 • Ahcène Larbi El Hocine • L’âme de la Casbah

Voix céleste du Chaâbi et moudjahid de la culture, il a mis son génie au service de l’Algérie en lutte. Martyr de la cause nationale, son œuvre courte mais incandescente reste le symbole de la jeunesse sacrifiée pour la dignité.

🎵 Chaâbi Citadin
📍 Alger • Tunis
⚔️ Troupe Artistique FLN

🕌 Carte d’Identité du Maître Martyr
🎂
Naissance
08/12/1929
Alger (Casbah)
🕊️
Décès
29/09/1958
Tunis (29 ans)
🎸
Instrument
Mandole & Guitare
Virtuosité précoce
⚔️
Combat
Militant FLN
La voix du maquis
👑
Surnom
H’ssissen
« Petit Ahcène »

Cheikh H’ssissen est la figure tragique par excellence du musique chaâbi. Né dans les ruelles de la Casbah, ce prodige a su allier la rigueur de l’enseignement de Hadj M’hamed El Anka à une ferveur patriotique indomptable. En rejoignant la troupe artistique du FLN en Tunisie, il a transformé le chaâbi en une arme de mobilisation nationale. Sa disparition précoce à l’âge de 29 ans a laissé la ville d’Alger orpheline de sa voix la plus pure, faisant de lui le rossignol éternel de la liberté.

« 

Sa voix n’était pas seulement de la musique, c’était le battement de cœur de l’Algérie qui se battait pour sa vie.

— Témoignage d’un ancien moudjahid

🏡
La Casbah : L’éveil d’un enfant de la cité (1929)

Ahcène Larbi El Hocine naît le 8 décembre 1929 au cœur de la Casbah d’Alger. Surnommé affectueusement **H’ssissen** (diminutif de Ahcène), il est baigné dès son premier souffle dans la culture citadine la plus pure. À cette époque, Alger est un chaudron où bouillonnent les revendications identitaires et les mélodies andalouses réinventées.

Fils d’un père qui aimait les belles lettres, le jeune Ahcène se passionne très tôt pour le Melhoun. Il fréquente les cafés maures où le chaâbi balbutie encore sous les doigts des maîtres. Il possède une voix d’une agilité rare, un timbre de « rossignol » qui lui permet de s’attaquer aux qasidates les plus difficiles dès son plus jeune âge. Contrairement à d’autres, sa musique est déjà teintée d’une gravité qui annonce son futur engagement.

👞 L’apprentissage de la rue

Comme beaucoup d’Algérois de sa génération, H’ssissen forge son talent dans les fêtes familiales et les veillées de ramadan. Il n’a pas besoin de partition : son cœur est son seul guide, et sa mémoire une archive vivante du patrimoine.

🎓
L’ombre du Cardinal : De l’élève au Maître

La trajectoire de H’ssissen croise inévitablement celle de Hadj M’hamed El Anka. Le jeune Ahcène voue une admiration sans bornes au Cardinal, dont il étudie chaque nuance de voix et chaque modulation du mandole. S’il respecte le maître, il refuse pourtant d’en être une simple copie.

Il apporte au chaâbi une touche de douceur et un lyrisme qui lui sont propres. Il est l’un des rares à pouvoir passer de la rigueur andalouse à la souplesse de la chansonnette sans perdre son âme. Dans les années 50, il devient une figure majeure des scènes algéroises, partageant l’affiche avec des géants comme El Hadj Menouar. Sa renommée dépasse les murs de la Casbah pour s’étendre à tout le pays.

🎻

La voix de l’élégance

H’ssissen imposait par son allure et son charisme. Sur scène, il était le dandy de la Casbah, celui qui prouvait que la musique populaire pouvait être un art de haute noblesse.

⚔️
Le militantisme : L’art au service de la Révolution

L’année 1954 marque le début de la Guerre de Libération. Pour H’ssissen, la question ne se pose pas : l’artiste doit être au service de sa patrie. Il rejoint les rangs du FLN de manière active. Contrairement à certains qui se limitaient à des chants allégoriques, H’ssissen utilise son talent pour diffuser des messages de résistance clairs.

Ses chansons commencent à porter les stigmates de la lutte. Il chante l’amour de la terre, la douleur des mères de martyrs et l’inéluctabilité de la victoire. Sa voix devient un instrument de propagande noble, une source d’espoir pour les moudjahidine dans les maquis. Recherché par les autorités coloniales pour ses activités militantes, il doit envisager l’exil pour continuer son combat.

🎭
La Troupe Artistique du FLN : L’exil en Tunisie

En 1957, sur ordre du FLN, H’ssissen quitte clandestinement Alger pour Tunis. Il intègre la célèbre Troupe Artistique du FLN, aux côtés de Mustapha Kateb et de nombreux autres talents. Cette troupe a pour mission de porter la voix de l’Algérie en lutte sur les scènes internationales et de mobiliser les réfugiés.

C’est en Tunisie qu’il compose son chef-d’œuvre absolu : N’habek ya Dzayer (Je t’aime Algérie). Cette chanson, hymne à l’amour filial pour la patrie, devient instantanément le cri de ralliement de toute une nation. H’ssissen y met toute sa nostalgie de la Casbah et toute sa foi en la liberté. Il se produit sans relâche, épuisant ses forces pour la cause.

L’anecdote de N’habek ya Dzayer

On raconte qu’en Tunisie, les moudjahidine blessés demandaient à entendre cette chanson pour trouver la force de guérir. H’ssissen ne chantait plus pour le plaisir, mais pour la survie de l’Algérie.

🕯️
Le dernier rappel : Une disparition tragique à 29 ans

La santé de Cheikh H’ssissen décline rapidement en Tunisie. Les conditions de vie précaires, l’intensité de la lutte et une maladie pulmonaire contractée dans l’humidité des maquis ont raison de sa résistance. Le 29 septembre 1958, alors que l’indépendance est encore loin, il s’éteint à Tunis.

Sa mort provoque une onde de choc immense. À seulement 29 ans, le rossignol s’est tu. Il est enterré provisoirement au cimetière de Tunis, loin de sa Casbah. Sa disparition est vécue comme un sacrifice consenti pour la nation, faisant de lui l’un des « martyrs de la culture » algérienne les plus emblématiques.

🏛️
Héritage : Le Phénix de la résistance culturelle

Après l’indépendance en 1962, la dépouille de Cheikh H’ssissen est rapatriée en Algérie avec les honneurs. Il repose désormais au carré des martyrs du cimetière d’El Kettar, surplombant cette Casbah qu’il a tant aimée.

Bien que sa carrière ait été foudroyée, son influence est immense. Des artistes comme Guerouabi ou Amar Ezzahi ont tous repris ses titres, saluant sa maîtrise technique et son courage politique. Il a prouvé que le chaâbi n’était pas seulement une musique de divertissement, mais l’âme même d’un peuple qui refuse de mourir.

📀 Les titres immortels
📀
N’habek ya Dzayer : L’hymne patriotique du chaâbi.
📀
Ya Ghomri : Un classique de la poésie amoureuse citadine.
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Achah fik ya qalbi : Une démonstration de son agilité vocale.


Questions fréquentes

D’où vient son pseudonyme ‘H’ssissen’ ?

C’est un diminutif affectueux de son prénom Ahcène. En Algérie, l’ajout du suffixe ‘-en’ marque la tendresse et la proximité. Ce nom est resté car il symbolisait sa jeunesse éternelle et sa popularité dans les quartiers d’Alger.

Était-il proche du FLN ?

Oui, H’ssissen était un militant engagé. Il a quitté Alger pour rejoindre la base du FLN à Tunis afin de participer activement à la guerre de libération par le biais de la troupe artistique, outil de propagande et de culture révolutionnaire.

Où se trouve sa tombe ?

Cheikh H’ssissen est enterré au cimetière d’El Kettar à Alger, dans le carré des martyrs. Sa sépulture est un lieu de recueillement pour les amateurs de chaâbi et les patriotes algériens.

A-t-il laissé beaucoup d’enregistrements ?

En raison de sa mort précoce à 29 ans, sa discographie officielle est limitée, mais elle contient des perles absolues. Heureusement, de nombreux enregistrements de veillées et de radio ont été préservés par les mélomanes, constituant aujourd’hui un trésor national.

« Ma voix s’éteindra peut-être sous le ciel de Tunis, mais elle chantera à jamais dans les ruelles d’Alger libre. »

— Hommage à Cheikh H’ssissen (1929 – 1958)

ⵛⵛⵉⵅ ⵃⵙⵉⵙⴻⵏ — Le Rossignol Martyr

Cheikh H’ssissen

Noureddine Alane

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Mohamed El Yazid

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