#Musique

Cheikh El Hasnaoui

 

Le Maître de la Ghorba

Cheikh El Hasnaoui

1910 – 2002 • Mohamed Khelouat • L’Exilé Éternel

Icône mystique du blues kabyle et pionnier de la chanson algéroise moderne, il a transformé le déracinement en une œuvre d’une élégance absolue. Sa voix, empreinte d’une tristesse digne, reste le phare de la diaspora algérienne.

🎵 Musique Kabyle • Chaâbi
📍 Taâzibt • Paris • La Réunion
📜 Chantre de l’émigration

🕯️ Carte d’Identité du Phénix de l’Exil
🎂
Naissance
23/07/1910
Taâzibt, Kabylie
🕊️
Décès
06/07/2002
La Réunion (91 ans)
🎸
Instruments
Banjo & Guitare
Précurseur moderne
🌊
Thème
La Ghorba
L’exil intérieur
👑
Surnom
Cheikh
Maître Incontesté

Cheikh El Hasnaoui, né Mohamed Khelouat, est l’architecte du sentiment d’exil dans la chanson algérienne. Né au pied du Djurdjura, il a su marier la rigueur de la musique kabyle à la sophistication de la ville d’Alger. Par sa capacité unique à chanter en deux langues, il a unifié le cœur des Algériens autour de la thématique de la Ghorba. Son départ volontaire vers l’anonymat en 1968 a transformé sa carrière en un mythe qui continue de hanter et d’inspirer les plus grands noms, d’Idir à Matoub Lounès.

« 

Hasnaoui n’est pas un simple chanteur, c’est la blessure ouverte de chaque immigré algérien. Il a mis des notes sur nos larmes.

— Témoignage d’un ancien de la Ghorba

⛰️
Taâzibt : La forge d’un poète orphelin (1910)

Mohamed Khelouat naît le 23 juillet 1910 au village de Taâzibt, dans la commune d’Aït Aïssa Mimoun (wilaya de Tizi Ouzou). Orphelin de mère dès l’âge de deux ans, il est élevé par sa grand-mère. Cette absence maternelle originelle infusera dans toute son œuvre une mélancolie profonde, un sentiment de perte irréversible qui deviendra sa signature.

À l’école du village, il se distingue déjà par sa voix claire. Mais la Kabylie de l’époque est une terre de misère et de résistance. Le jeune Mohamed s’imprègne de la poésie orale amazighe, écoutant les chants de labour et les complaintes des femmes. À 17 ans, comme tant d’autres montagnards, il prend le chemin d’Alger, la grande ville blanche, pour chercher de quoi vivre.

🛡️ Le pseudonyme El Hasnaoui

Il choisit son nom de scène en hommage à sa tribu d’origine, les Aït Hasnaoua. Porter ce nom à Alger, c’est affirmer ses racines kabyles dans une cité cosmopolite, un geste d’identité fort qui marquera le début de son voyage artistique.

🌆
Alger et la Casbah : La rencontre avec le Chaâbi

Dans les années 30, El Hasnaoui s’installe dans la Casbah. C’est l’âge d’or du musique chaâbi naissant. Il fréquente les cafés maures et se lie d’amitié avec Hadj M’hamed El Anka. Bien qu’impressionné par le Cardinal, Hasnaoui refuse l’imitation servile.

Il apporte une touche de modernité qui détonne : il joue de la guitare et du banjo avec un swing inhabituel. Il commence à composer ses propres chansons, mélangeant les modes kabyles et les rythmes algérois. En 1936, il enregistre son premier disque chez Pathé-Marconi à Alger. La chanson A vava cheikh rencontre un écho immédiat. Hasnaoui vient d’inventer le « folk citadin » algérien.

✈️
La Ghorba parisienne : Naissance d’un genre

En 1937, il quitte l’Algérie pour Paris. C’est le début d’un exil qui durera toute sa vie. Dans les foyers de travailleurs et les cabarets maghrébins du quartier de Barbès, il devient le porte-voix des immigrés. Ses chansons parlent de la solitude, du froid, de la séparation et de l’espoir du retour.

Il enregistre ses chefs-d’œuvre entre 1940 et 1950. C’est durant cette période qu’il compose La Maison Blanche, un titre en arabe algérois d’une mélancolie déchirante. Contrairement à Dahmane El Harrachi qui chantera l’exil avec une force rugueuse, Hasnaoui le chante avec une fragilité aristocratique.

📻

L’idole des exilés

Ses disques circulaient sous le manteau en Algérie. Les immigrés rentrant au pays ramenaient ses cassettes comme des reliques. Hasnaoui était le lien invisible entre les deux rives.

🎻
Le style Hasnaoui : Une révolution bilingue

L’innovation majeure de Cheikh El Hasnaoui est son bilinguisme assumé. Il est l’un des rares à avoir réussi à être aussi légitime en kabyle qu’en arabe algérois. Son style instrumental est dépouillé : une guitare sèche, un banjo, et parfois une flûte mélancolique. Il a introduit des structures de blues et de tango dans la musique algérienne, bien avant la « World Music ».

L’Agilité Vocale

Hasnaoui possédait une voix de baryton-ténor capable de modulations complexes. Sa diction, qu’elle soit en kabyle ou en arabe, était d’une clarté exemplaire.

Le Maître du Temps

Ses compositions sont souvent construites sur des tempi lents, laissant la place au silence et à la réflexion. C’est une musique qui invite à l’introspection.

🏝️
Le grand silence : L’exil dans l’exil à La Réunion

En 1968, alors qu’il est au sommet de son rayonnement, Cheikh El Hasnaoui commet un acte de rupture inouï. Il décide d’arrêter la chanson. Il ne s’agit pas d’une simple pause, mais d’un retrait total. Il s’installe à Nice, puis quitte la France métropolitaine pour l’île de la Réunion.

Pendant plus de 30 ans, il vivra dans l’anonymat le plus strict sous le soleil de l’océan Indien. Il refuse les interviews, les hommages et les invitations officielles. Ce silence, vécu comme un deuil par ses fans, a nourri la légende d’un homme déçu par son époque ou simplement en quête de paix spirituelle. Il ne reverra jamais l’Algérie, son pays qu’il a pourtant tant chanté.

🏛️
Héritage et postérité : Le Phénix ne meurt jamais

Le 6 juillet 2002, Cheikh El Hasnaoui s’éteint à Saint-Denis de la Réunion à l’âge de 91 ans. Son décès est vécu comme un séisme national en Algérie. Bien qu’absent de la scène depuis des décennies, son influence est restée intacte. Des artistes comme Lounis Aït Menguellet ou Matoub Lounès lui ont rendu de vibrants hommages, le considérant comme leur père spirituel.

Il reste le premier à avoir donné à la chanson kabyle ses lettres de noblesse urbaine et internationale. Ses textes sont aujourd’hui étudiés par les universitaires pour leur richesse sémantique. El Hasnaoui a prouvé que la nostalgie n’était pas une faiblesse, mais une force créatrice capable de traverser les siècles.

📀 Les titres légendaires du Cheikh
💿
La Maison Blanche : Le blues de l’exil algérois par excellence.
💿
A vava cheikh : Un hymne à la sagesse kabyle.
💿
Ya n’djoum ellil : « Ô étoiles de la nuit », une complainte mystique.
💿
Sani sani : Une quête identitaire sur le sens de la vie.


Questions fréquentes

Est-il le premier chanteur kabyle célèbre ?

Il est considéré comme l’un des « Trois Mousquetaires » de la chanson kabyle moderne avec Slimane Azem et Cheikh Arab Bouzgarene. Il a été le premier à donner une dimension citadine et universelle à cette musique.

Pourquoi chantait-il aussi en arabe ?

Vivant à Alger puis à Paris, Hasnaoui voulait toucher tous les Algériens. Son bilinguisme était un pont naturel. Il maîtrisait l’arabe algérois avec une finesse telle que beaucoup ignoraient ses origines kabyles au début de sa carrière.

Est-il vrai qu’il n’est jamais revenu en Algérie après 1962 ?

Oui, après l’indépendance, il a choisi de rester en exil. C’est l’un des aspects les plus tragiques de sa biographie : il est le chanteur de la nostalgie du pays, mais il est mort sans jamais avoir revu ses montagnes natales.

Quelle est la portée de son œuvre aujourd’hui ?

Son œuvre est considérée comme sacrée en Algérie. Ses chansons sont reprises par les nouvelles générations (rock, folk, jazz) et son style est devenu une référence académique pour l’étude de la poésie algérienne moderne.

« Ma voix est une valise qui ne se ferme jamais, remplie de la terre que j’ai laissée derrière moi. »

— Hommage à Cheikh El Hasnaoui (1910 – 2002)

ⵛⵛⵉⵅ ⵍⵃⴰⵙⵏⴰⵡⵉ — Pour l’éternité

Cheikh El Hasnaoui

Boudjemâa Agraw

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Souad Massi

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