BRICS, G7, G20 : qui décide quoi dans l’économie mondiale ?
- Dzaïr Zoom / 3 mois
- 24 novembre 2025

Les sigles sont partout, mais leur rôle reste flou : BRICS, G7, G20… Qui pèse vraiment sur les règles du jeu économique mondial ? Quels forums décident des normes financières, des sanctions, du climat ou de la dette des pays du Sud ? Et où se place l’Algérie, qui a officialisé son entrée dans la New Development Bank des BRICS en 2025 et revendique une voix plus forte dans la gouvernance globale ? Décryptage, vu depuis Alger.
1. G7, G20, BRICS : trois “clubs” très différents
G7 : le noyau dur des économies avancées
Le G7 regroupe les grandes puissances industrielles historiques : États-Unis, Canada, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, avec une représentation de l’Union européenne. Créé dans les années 1970, il reste un directoire politique du “Nord global” :
- poids économique et financier majeur ;
- capacités militaires et diplomatiques ;
- influence sur les institutions comme le FMI, la Banque mondiale, l’OCDE.
Ses sommets annuels fixent des lignes politiques sur :
- la régulation financière ;
- les sanctions économiques ;
- l’aide au développement ;
- le climat et l’énergie.
G20 : le “parlement” élargi des grandes économies
Le G20 rassemble 19 pays + l’Union européenne et, depuis 2023, l’Union africaine, devenue 21e membre. On y retrouve :
- les membres du G7 ;
- des grandes économies émergentes : Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud, Mexique, Indonésie, Arabie saoudite, Turquie, etc. ;
- des organisations régionales (UE, UA).
En chiffres, le G20 représente environ 85 % du PIB mondial, plus de 75 % du commerce et près de deux tiers de la population planétaire.
C’est le lieu où se discutent :
- la coordination macroéconomique ;
- la réforme de la fiscalité internationale ;
- le financement du climat et du développement ;
- les réponses aux crises (Covid-19, dettes souveraines, chocs énergétiques).
BRICS : le bloc des puissances du Sud
Les BRICS naissent au début des années 2000 comme acronyme (BRIC) pour désigner Brésil, Russie, Inde, Chine, puis s’élargissent à l’Afrique du Sud en 2010.
Depuis, le groupe s’est transformé en plateforme politique pour contester la domination occidentale. En 2024-2025, il s’est élargi à plusieurs nouveaux membres (Égypte, Éthiopie, Iran, Émirats arabes unis, Indonésie…), ce qui porte le nombre de membres à onze selon la présidence brésilienne des BRICS en 2025.
Le message est clair : peser davantage sur :
- les institutions financières internationales ;
- les flux d’investissements Sud-Sud ;
- la question des monnaies et paiements internationaux.
2. Qui décide vraiment quoi dans l’économie mondiale ?
Le G7 : normes, sanctions, agenda politique
Le G7 ne représente plus la majorité du PIB mondial, mais son influence reste disproportionnée :
- rôle central dans les sanctions (Russie, Iran, parfois pays africains) ;
- leadership sur les normes financières (lutte contre le blanchiment, taxation des multinationales, etc.) ;
- forte influence au sein du FMI et de la Banque mondiale.
Un changement de ligne au G7 se répercute presque toujours sur le G20, puis sur le reste du système.
Le G20 : coordination, compromis, gestion de crises
Le G20 est plus représentatif, mais moins cohérent politiquement. On y trouve :
- des membres du G7,
- des pays BRICS,
- des économies intermédiaires.
Résultat : c’est un lieu de compromis :
- sur la régulation des banques systémiques ;
- sur les engagements climat-énergie ;
- sur la restructuration des dettes des pays vulnérables ;
- sur la gouvernance des institutions financières internationales.
Mais ses décisions sont rarement contraignantes : ce sont des engagements politiques, relayés ensuite (ou pas) par les Parlements et les institutions.
Les BRICS : contrepoids et alternatives
Les BRICS n’ont pas le poids normatif du G7 ni la représentativité formelle du G20, mais ils proposent :
- une lecture alternative de la mondialisation (critique de la domination du dollar et des institutions occidentales) ;
- des initiatives concrètes, comme la New Development Bank (NDB), banque de développement créée en 2014 pour financer des projets d’infrastructures dans les pays membres et partenaires ;
- des débats sur des systèmes de paiement alternatifs et un éventuel usage plus massif de monnaies locales ou régionales.
Pour beaucoup de pays du Sud – y compris l’Algérie –, les BRICS représentent surtout :
- un espace de négociation face au bloc transatlantique ;
- une source potentielle de financement moins conditionné politiquement.
3. L’Algérie et les BRICS : où en est-on vraiment ?
Candidature politique et message diplomatique
L’Algérie a affiché clairement sa volonté de rejoindre le bloc, en mettant en avant :
- son rôle énergétique (gaz, pétrole) ;
- son poids diplomatique dans le monde arabe et africain ;
- son appartenance historique au mouvement des non-alignés.
La candidature algérienne aux BRICS est autant un dossier économique qu’un signal politique : revendication d’une voix plus forte dans la gouvernance mondiale et volonté de diversifier ses partenariats au-delà du couple traditionnel Europe–États-Unis.
Nouvelle étape : l’entrée dans la New Development Bank
En 2025, l’Algérie finalise officiellement son adhésion à la New Development Bank (NDB), la banque de développement des BRICS, en déposant son document d’accession.
Concrètement, cela signifie :
- accès possible à des financements en devises pour des projets d’infrastructures (transport, énergie, numérique) ;
- intégration dans un réseau de coopération avec les grandes économies émergentes ;
- signal aux marchés : l’Algérie cherche des alternatives au financement traditionnel via le FMI/Banque mondiale.
Même sans être encore membre à part entière du BRICS politique, Alger s’ancre ainsi dans l’écosystème BRICS.
Un statut encore ambigu : membre, partenaire, ou ni l’un ni l’autre ?
Plusieurs éléments créent une zone grise :
- des sources évoquent l’Algérie parmi une nouvelle vague de “pays partenaires” des BRICS, sans qu’il s’agisse d’une adhésion pleine et entière ;
- des médias ont rapporté, en 2024, que les autorités algériennes jugeaient les critères d’adhésion peu transparents et n’étaient pas prêtes à accepter n’importe quelles conditions pour rejoindre le bloc ;
- les communiqués officiels des BRICS listent à ce stade un noyau de membres, sans mention explicite d’une adhésion pleine de l’Algérie.
En résumé :
- l’Algérie fait désormais partie de la NDB (dimension financière concrète) ;
- elle reste candidate / proche du BRICS politique, sans statut officiel de membre à ce stade.
4. BRICS, G7, G20 : quelles différences vues depuis Alger ?
Représentativité et rapport de forces
- Le G7 ne compte aucun pays africain : le continent y est absent en tant que membre permanent.
- Le G20 inclut l’Union africaine, ce qui donne une voix collective au continent, mais pas de siège individuel pour l’Algérie.
- Les BRICS réunissent désormais plusieurs pays du Sud global, dont des puissances régionales africaines (Afrique du Sud, Égypte, Éthiopie).
Pour Alger, cela signifie :
- au G7 : un espace souvent perçu comme fermé, dont les décisions (sanctions, normes) s’imposent indirectement ;
- au G20 : une scène où l’Algérie n’est pas membre mais reste très affectée par les choix (prix de l’énergie, règles financières, climat) ;
- aux BRICS : un club qui peut offrir visibilité et marge de manœuvre, sans être pour autant exempt de rapports de forces internes (poids de la Chine, de l’Inde, de la Russie, etc.).
Financement et dette
– G7 / G20 : l’architecture existante (FMI, Banque mondiale, Club de Paris) reste dominée par les pays du Nord ;
– BRICS / NDB : promesse d’un financement moins conditionnel politiquement, davantage orienté infrastructures et coopération Sud-Sud.
Pour l’Algérie, qui a une dette extérieure limitée mais des besoins d’investissement massifs (énergie, transport, eau, numérique), l’accès à la New Development Bank est un levier stratégique :
- diversifier les sources de crédit ;
- réduire la dépendance aux marchés financiers occidentaux ;
- cofinancer des projets régionaux (corridors énergétiques ou logistiques avec le Sahel, la Méditerranée, etc.).
Monnaies et paiements internationaux
Les BRICS discutent régulièrement :
- d’une utilisation accrue des monnaies locales dans le commerce ;
- d’alternatives au dollar dans les paiements internationaux.
Pour un pays exportateur comme l’Algérie :
- cela ouvre la possibilité de facturer une partie de son gaz ou de son pétrole dans d’autres devises (yuan, rouble, roupie, etc.) ;
- mais cela suppose aussi des arbitrages délicats : gestion du risque de change, compatibilité avec ses partenaires européens, place du dinar.
5. Que changent ces clubs pour l’économie algérienne ?
Opportunités
- Financement d’infrastructures via la NDB et d’autres banques régionales liées aux BRICS.
- Diversification des partenaires : plus de marge pour négocier avec l’Europe en s’appuyant sur les relations avec la Chine, l’Inde, le Brésil ou les pays du Golfe.
- Visibilité politique : intégrer le “club des émergents” renforce le poids symbolique de l’Algérie dans les forums internationaux (ONU, UA, Ligue arabe).
Risques
- Tensions possibles avec certains partenaires occidentaux, qui regardent avec suspicion le rapprochement avec Moscou, Pékin ou Téhéran.
- Complexité des alliances : être proche des BRICS sans être au G20 peut limiter l’accès direct à certains lieux de décision.
- Surpromesse : imaginer que les BRICS vont “remplacer” le FMI ou le G7 serait illusoire. Le bloc reste hétérogène, avec ses propres contradictions.
6. G7, G20, BRICS : complémentarité ou confrontation ?
Trois forums, trois fonctions
- G7 : fixe le ton politique du “Nord”, surtout sur les sanctions, la finance, la sécurité.
- G20 : sert de plateforme de concertation globale, où l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine font entendre leurs préoccupations.
- BRICS : structure un contre-discours et propose des instruments alternatifs, comme la NDB.
Pour une puissance moyenne comme l’Algérie, l’enjeu n’est pas de choisir un camp unique, mais de :
- maximiser sa marge de manœuvre ;
- se positionner comme acteur charnière entre Afrique, monde arabe, Europe et bloc BRICS ;
- défendre une réforme réelle de la gouvernance mondiale (place de l’UA au G20, réforme du Conseil de sécurité, etc.).
FAQ – G7, G20, BRICS : questions fréquentes
Le G7 et le G20, c’est la même chose ?
Non. Le G7 est un club restreint des grandes puissances industrialisées occidentales. Le G20 inclut, en plus, des grandes économies émergentes et deux organisations régionales : l’Union européenne et l’Union africaine.
Les décisions du G7 sont-elles contraignantes pour l’Algérie ?
Juridiqement, non. Mais dans les faits, les orientations du G7 en matière de finance, de sanctions ou de normes influencent la Banque mondiale, le FMI et les marchés, ce qui impacte indirectement l’Algérie.
L’Algérie est-elle membre des BRICS ?
À la date de rédaction, l’Algérie n’est pas membre à part entière des BRICS, mais elle a rejoint la New Development Bank (banque des BRICS) en 2025 et est régulièrement citée parmi les pays candidats ou partenaires.
Les BRICS veulent-ils remplacer le dollar ?
Ils critiquent la dépendance au dollar et encouragent l’usage des monnaies locales ou d’autres devises dans le commerce, mais aucun système unique n’a remplacé le dollar à ce stade.
Pourquoi le G20 est-il important pour l’Afrique et l’Algérie ?
Parce que c’est le seul forum où l’Union africaine a un siège permanent, et où se discutent des sujets clés : dettes, climat, fiscalité, réforme des institutions financières. L’Algérie, même non membre, est directement concernée par ces décisions.







































































































































































































































































































































































































































































































































































































