Abdelaziz Bouteflika, l’homme qui a dirigé l’Algérie pendant vingt ans
- Dzaïr Zoom / 2 mois
- 17 décembre 2025

Abdelaziz Bouteflika est l’un des présidents algériens les plus marquants et controversés de l’histoire contemporaine de l’Algérie. Au pouvoir de 1999 à 2019, il a incarné à la fois le retour à la stabilité après la décennie noire, la concentration du pouvoir présidentiel, et l’épuisement d’un système politique qui finira par être contesté massivement par le Hirak.
Abdelaziz Bouteflika : L’Histoire, le Pouvoir et la Chute d’un Président Record
Figure tutélaire pour les uns, autocrate déchu pour les autres, Abdelaziz Bouteflika détient le record de longévité à la tête de l’État algérien (1999-2019). Son parcours se confond littéralement avec l’histoire de l’Algérie contemporaine : maquisard à 19 ans, ministre à 25 ans, exilé à 44 ans, et président omnipotent à 62 ans.
Pour comprendre la fin tragique de son règne en 2019 sous la clameur du Hirak, il faut décortiquer la mécanique d’un homme obsédé par le pouvoir et la reconnaissance internationale.
Cette biographie exhaustive analyse les trois vies d’Abdelaziz Bouteflika : le diplomate flamboyant, le réconciliateur national et le monarque invisible.

Fiche d’Identité
| Donnée | Détail |
| Nom complet | Abdelaziz Bouteflika (عبد العزيز بوتفليقة) |
| Surnom | « Boutef », « Le Dromadaire » (pour sa patience), « Si Abdelkader » (nom de guerre) |
| Dates | 2 mars 1937 (Oujda, Maroc) – 17 septembre 2021 (Alger) |
| Mandats présidentiels | 4 mandats (avril 1999 – avril 2019) |
| Faits d’armes majeurs | Concorde Civile (1999), Présidence de l’AG de l’ONU (1974), Officialisation de Tamazight |
| Cause du décès | Arrêt cardiaque (suites d’un AVC survenu en 2013) |
Acte I : Le « Clan d’Oujda » et l’Ascension Fulgurante (1937-1978)
L’histoire d’Abdelaziz Bouteflika commence hors des frontières algériennes. C’est un élément clé pour comprendre sa psychologie et ses relations parfois complexes avec les « maquisards de l’intérieur ».
De l’étudiant gréviste au « MALG »
Né à Oujda (Maroc) en 1937, dans une famille algérienne originaire de Tlemcen, il rejoint les rangs de l’ALN (Armée de Libération Nationale) en 1956 après la grève des étudiants. Mais Bouteflika n’est pas un homme de tranchées ; c’est un stratège. Il est rapidement repéré par Houari Boumédiène, alors chef de l’État-major général.
Il intègre le fameux « Clan d’Oujda », ce groupe d’officiers et de politiques stationnés aux frontières, qui prendra le pouvoir à l’indépendance. Il sert notamment au sein du MALG (Ministère de l’Armement et des Liaisons Générales), l’ancêtre des services secrets algériens.

Le plus jeune Ministre des Affaires Étrangères au monde
À l’indépendance en 1962, à seulement 25 ans, il devient ministre de la Jeunesse et des Sports. Mais son destin bascule en 1963 lorsqu’il prend le portefeuille des Affaires Étrangères, qu’il gardera jusqu’en 1979.
L’Âge d’Or Diplomatique : Sous son impulsion, Alger devient « La Mecque des Révolutionnaires ». Il accueille Che Guevara, Nelson Mandela et les Black Panthers.
Le Coup d’Éclat à l’ONU (1974) : En tant que président de l’Assemblée générale de l’ONU, il offre une tribune historique à Yasser Arafat. C’est sous sa présidence que l’Afrique du Sud est exclue de l’ONU pour son régime d’Apartheid.

Acte II : La Traversée du Désert (1979-1999)
C’est la période la plus sombre de sa vie, mais celle qui a forgé sa rancune tenace envers l’institution militaire et les services de renseignement.
La mort de Boumédiène et la disgrâce

À la mort du président Houari Boumédiène en 1978, Bouteflika se voit comme le successeur naturel. Il prononce l’oraison funèbre, se posant en héritier. Mais l’armée et le FLN en décident autrement : ils choisissent le colonel Chadli Bendjedid, jugé plus malléable.
C’est le début de la chute. Bouteflika est progressivement écarté du comité central du FLN.
La Cour des Comptes et l’Exil
Pour « tuer » politiquement Bouteflika, le régime ressort de vieux dossiers. En 1983, la Cour des Comptes l’accuse d’avoir détourné des reliquats budgétaires de plusieurs ambassades algériennes vers des comptes en Suisse.
Condamné, il choisit l’exil. Il passera les années 1980 entre Genève, Dubaï et Paris, tissant des réseaux avec les émirs du Golfe qui lui seront très utiles plus tard.
Pendant ce temps, l’Algérie sombre : émeutes d’octobre 1988, montée du FIS, arrêt du processus électoral en 1991 et début de la Décennie Noire.
Le Refus de 1994 : « Je ne veux pas être un trois-quarts de président »
En 1994, en pleine guerre civile, l’armée le sollicite pour prendre la présidence. Il refuse. Il exige les pleins pouvoirs, notamment sur la Défense. L’armée refuse. Liamine Zéroual est nommé. Cette phrase, « Je ne veux pas être un trois-quarts de président », deviendra sa marque de fabrique : Bouteflika veut régner seul, ou ne pas régner.
Acte III : Le Retour du « Messie » et la Concorde Civile (1999-2004)
En 1999, la situation a changé. Le général, président algérien Zéroual démissionne. L’armée, cherchant une sortie de crise et une figure pour redorer le blason de l’Algérie à l’international, rappelle Bouteflika. Cette fois, il accepte.
L’Élection de 1999 et le « Candidat du Consensus »

Il se présente comme candidat indépendant, mais il est soutenu par toute la machine de l’État. La veille du scrutin, tous ses adversaires (dont Mouloud Hamrouche et Ahmed Taleb Ibrahimi) se retirent, dénonçant une fraude massive. Bouteflika est élu seul, mal élu, avec une légitimité contestée.
Le Coup de Maître : La Concorde Civile

Conscient de sa fragilité, il lance immédiatement son projet phare : la Réconciliation Nationale.
Le Référendum (Septembre 1999) : Il soumet au peuple la loi sur la Concorde Civile, offrant une amnistie partielle aux islamistes armés qui déposent les armes. Le « OUI » l’emporte massivement.
L’Impact Psychologique : La violence baisse drastiquement. Les Algériens, épuisés par 10 ans de sang, lui en sont reconnaissants. C’est à ce moment précis qu’il gagne sa légitimité populaire, s’affranchissant (partiellement) de la tutelle des généraux.
Le Retour sur la Scène Internationale

Bouteflika voyage frénétiquement. Il est reçu à l’Élysée, à la Maison Blanche. En 2003, Jacques Chirac effectue une visite triomphale en Algérie. Bouteflika « vend » l’image d’une Algérie pacifiée et ouverte aux investissements. Le prix du baril de pétrole commence à grimper, lui offrant les moyens de sa politique.
Acte IV : La Présidence Impériale et l’Ère de l’Abondance (2004-2013)

Réélu triomphalement en 2004 face à son ancien bras droit Ali Benflis, Abdelaziz Bouteflika consolide son pouvoir. C’est l’époque de « l’aisance financière ». Le baril de pétrole flambe (atteignant les 140 dollars en 2008), remplissant les caisses de l’État et permettant à Bouteflika d’acheter la paix sociale.
Les Grands Chantiers et les Méga-Scandales
Bouteflika veut laisser une trace physique de son règne. Il lance des projets pharaoniques :
L’Autoroute Est-Ouest : Surnommée le « projet du siècle », elle deviendra le « scandale du siècle ». Budget initial explosé, malfaçons, et commissions occultes. C’est un mot-clé majeur associé à sa présidence.
La Grande Mosquée d’Alger : Il veut le minaret le plus haut du monde pour rivaliser avec la mosquée Hassan II du Maroc.
Le Métro d’Alger et l’Aéroport : Des infrastructures attendues depuis des décennies qui voient enfin le jour.
Cependant, cette période est entachée par l’explosion de la corruption. Les scandales Khalifa et Sonatrach (impliquant son proche ministre Chakib Khelil) révèlent un système où l’impunité règne au sommet de l’État.
2008 : Le « Viol » de la Constitution
La constitution algérienne limitait le nombre de mandats à deux. En novembre 2008, Bouteflika fait sauter ce verrou via une révision constitutionnelle controversée, sans passer par référendum. Il déclare : « Le peuple a le droit de choisir son dirigeant sans contrainte de temps ». La voie est libre pour une présidence à vie. Il est réélu en 2009 pour un 3ème mandat.
Acte V : L’AVC, le « Cadre » et le Pouvoir par Procuration (2013-2019)

C’est l’acte le plus tragique et le plus mystérieux, souvent recherché sous des termes comme « Bouteflika maladie » ou « qui gouverne l’Algérie ».
L’AVC de 2013 : Le Tournant
En avril 2013, Bouteflika est victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC). Il est évacué en urgence au Val-de-Grâce à Paris. Il rentre à Alger 88 jours plus tard, en fauteuil roulant, l’élocution difficile, très affaibli. À partir de ce jour, il ne s’adressera plus jamais directement au peuple algérien. Ses discours sont lus par des tiers.
Le 4ème Mandat de la Honte (2014)
Malgré son incapacité physique évidente, le système le représente en 2014. La campagne est surréaliste : ses directeurs de campagne font des meetings face à une chaise vide ou un portrait encadré (le fameux « Cadre »). Il prête serment en fauteuil roulant, peinant à prononcer les mots sacrés du Coran.

L’Ascension de Saïd Bouteflika et la « Dé-boumédiénisation »
Un homme prend alors les rênes de l’ombre : Saïd Bouteflika, son frère cadet et conseiller spécial.
La purge du DRS : Bouteflika (et son frère) réussissent l’impossible : démanteler le puissant Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS). En 2015, il limoge le général Toufik (Mohamed Médiène), le « Dieu de l’Algérie », patron des services secrets depuis 25 ans.
Les « Forces Extra-Constitutionnelles » : Le pouvoir glisse du palais vers une nébuleuse composée du frère du président et d’hommes d’affaires (l’oligarchie ou la « Issaba »).
Acte VI : Le 5ème Mandat de trop et le Hirak (2019)
Début 2019, le clan présidentiel commet l’erreur fatale : annoncer la candidature de Bouteflika, alors quasi-inconscient, à un 5ème mandat.
22 Février 2019 : Le Réveil du Peuple
L’humiliation est trop forte. Le vendredi 22 février 2019, des millions d’Algériens sortent dans la rue. C’est le début du Hirak (Mouvement). Les slogans sont sans appel : « Makach l’Cinquième » (Pas de 5ème mandat), « Yetnahaw Ga3 » (Qu’ils partent tous). Les manifestations sont pacifiques, massives et nationales. Le mur de la peur se brise.
La Trahison de l’Armée et la Chute
Face à la rue qui ne faiblit pas, l’armée, dirigée par le chef d’État-major Ahmed Gaïd Salah (pourtant fidèle de Bouteflika), change de camp.
L’Article 102 : Gaïd Salah appelle à l’application de l’article 102 de la Constitution (empêchement pour cause de maladie).
La Démission : Le 2 avril 2019, sous la menace directe des militaires, Abdelaziz Bouteflika apparaît une dernière fois à la télévision, en robe de chambre, remettant sa lettre de démission au Conseil constitutionnel. Abdelmadjid Tebboune lui succédera peu de temps après.
Épilogue : Solitude, Décès et Héritage

Après sa démission, Bouteflika se retire dans sa résidence médicalisée de Zéralda. Il vit ses derniers mois dans l’isolement, voyant son frère Saïd et ses anciens ministres incarcérés les uns après les autres à la prison d’El Harrach.
Il décède le 17 septembre 2021 à l’âge de 84 ans. Contrairement aux funérailles nationales grandioses qu’il avait organisées pour les autres, ses obsèques sont sobres, presque expédiées. Il est enterré au carré des Martyrs du cimetière d’El Alia, mais sans l’aura populaire qu’il avait tant cherchée.
Héritage politique
Ce qu’on lui reconnaît
La fin de la guerre civile
Le retour de l’Algérie sur la scène diplomatique
Une stabilité durable après les années 1990
Ce qui lui est reproché
L’autoritarisme
La confiscation du pouvoir
La paralysie institutionnelle
L’absence de transition démocratique
FAQ : Questions Fréquentes sur Abdelaziz Bouteflika
Bouteflika était-il marié ?
C’est l’un des mystères les plus recherchés. Officiellement, Abdelaziz Bouteflika ne s’est jamais affiché avec une épouse et n’a pas eu d’enfants connus. En 1990, un mariage discret avec Amal Triki (fille d’un diplomate) a été évoqué, mais elle n’a jamais joué le rôle de Première Dame. Il a consacré sa vie entière à la politique et à sa fratrie.
Quel est le bilan d’Abdelaziz Bouteflika ?
Son bilan est contrasté.
Positif : Le retour de la paix civile, le remboursement de la dette extérieure (anticipé) et le retour de l’Algérie sur la scène diplomatique.
Négatif : Une économie ultra-dépendante aux hydrocarbures, une corruption endémique, la destruction des institutions politiques et une fin de règne chaotique ayant mené à l’impasse politique.
Quel rôle jouait son frère Saïd Bouteflika ?
Saïd Bouteflika, conseiller spécial, est considéré comme le « Régent » durant la maladie du président (2013-2019). Il est accusé d’avoir usurpé la fonction présidentielle, scellé des alliances avec les oligarques et géré le pays par téléphone à la place de son frère aphasique. Il a été condamné à de lourdes peines de prison après 2019.
Combien de temps Bouteflika est-il resté au pouvoir ?
Il est resté au pouvoir 20 ans, du 27 avril 1999 au 2 avril 2019, ce qui fait de lui le chef d’État algérien à la plus grande longévité.
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