Le président algérien Abdelmadjid Tebboune
- Dzaïr Zoom / 2 mois
- 17 décembre 2025

Abdelmadjid Tebboune est l’actuel président de l’Algérie depuis décembre 2019. Haut fonctionnaire de carrière, ancien Premier ministre en 2017, il s’est imposé comme une figure centrale de l’Algérie post-Hirak. Son parcours, son style de gouvernance, son bilan économique et politique ainsi que ses relations avec la France et l’armée algérienne font de lui l’un des dirigeants les plus commentés du Maghreb.
Qui est réellement Abdelmadjid Tebboune ? Pour une partie des Algériens, il incarne la continuité du système politique algérien. Pour d’autres, il représente une tentative de stabilisation après la crise politique majeure de 2019 et la chute d’Abdelaziz Bouteflika.
Arrivé à la tête de l’État dans un contexte de forte contestation populaire, le président algérien Abdelmadjid Tebboune gouverne une Algérie marquée par les séquelles du Hirak, une économie dépendante des hydrocarbures, des tensions diplomatiques récurrentes avec la France et un espace politique de plus en plus verrouillé.
Abdelmadjid Tebboune : Biographie, Parcours et Vision de la « Nouvelle Algérie »
Abdelmadjid Tebboune est une figure centrale de l’histoire contemporaine de l’Algérie. Élu huitième président de la République algérienne démocratique et populaire en décembre 2019, puis réélu pour un second mandat en septembre 2024, il incarne la transition post-Bouteflika et le projet politique baptisé la « Nouvelle Algérie ».
Mais qui est réellement l’homme fort du palais d’El Mouradia ? Comment cet énarque, connu pour avoir été le « Monsieur Logement » des Algériens via le programme AADL, a-t-il gravi les échelons de l’État pour s’imposer comme le chef des armées et le garant de la stabilité nationale ?
Cette biographie détaillée retrace le parcours d’un technocrate devenu Chef d’État, de sa naissance dans les hauts plateaux de l’Ouest à la gestion des défis géopolitiques actuels.
Fiche Signalétique
| Information | Détail |
| Nom complet | Abdelmadjid Tebboune (عبد المجيد تبون) |
| Date de naissance | 17 novembre 1945 |
| Lieu de naissance | Mécheria (Wilaya de Naâma, Algérie) |
| Formation | École Nationale d’Administration (ENA) – Promotion 1969 |
| Fonction actuelle | Président de la République (depuis le 19 décembre 2019) |
| Faits marquants | Lancement du programme AADL, Premier ministre (2017), Réélu en 2024 |
Les Origines et la Formation : L’Ascension d’un Technocrate
Pour comprendre la méthode de gouvernance d’Abdelmadjid Tebboune, il faut remonter à ses origines et à sa formation académique, qui font de lui un pur produit de l’administration algérienne.
Naissance et jeunesse à Mécheria
Né le 17 novembre 1945 à Mécheria, dans l’actuelle wilaya de Naâma, Abdelmadjid Tebboune grandit dans une famille issue de la commune de Boussemghoun. Son père, cheikh au sein de l’Association des oulémas musulmans algériens et militaire, lui inculque des valeurs de rigueur et de patriotisme. Cette origine des hauts plateaux de l’Ouest marquera son identité politique, souvent perçue comme proche de « l’Algérie profonde ».
L’ENA : La pépinière de l’État
Contrairement à d’autres dirigeants issus directement des rangs de l’ALN (Armée de Libération Nationale), Tebboune emprunte la voie de l’excellence administrative. Il intègre l’École Nationale d’Administration (ENA), l’institution prestigieuse chargée de former l’élite dirigeante du pays.
Il en sort diplômé en 1969 (section économique et financière), au sein de la promotion « Larbi Ben M’hidi ». Ce diplôme est fondamental pour le référencement de son profil : il le classe dans la catégorie des commis de l’État et des technocrates, maîtrisant les rouages de la bureaucratie algérienne bien avant de faire de la politique politicienne.

Le Parcours Administratif : De Wali à Ministre de l’Habitat
Avant d’accéder à la magistrature suprême, Abdelmadjid Tebboune a passé plus de 40 ans au service de l’administration locale et centrale. C’est durant cette période qu’il bâtit sa réputation d’homme de terrain.
Le « Wali » : Une expérience de terrain
Sa carrière débute loin de la capitale. Il occupe successivement les postes de secrétaire général de wilaya (Djelfa, Adrar, Batna, M’Sila) avant d’être nommé Wali (Gouverneur) dans les années 1980. Il dirigera des wilayas stratégiques :
Adrar (1983-1984) ;
Tiaret (1984-1989) ;
Tizi Ouzou (1989-1991).
Son passage à Tizi Ouzou, en Kabylie, durant une période politiquement sensible, est souvent cité pour illustrer sa capacité à gérer des situations complexes et à dialoguer avec les notables locaux.
L’Homme de l’Habitat et le phénomène AADL
Si Abdelmadjid Tebboune jouit d’une popularité certaine auprès d’une partie de la classe moyenne, c’est indéniablement grâce à son passage au Ministère de l’Habitat. Nommé ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme à plusieurs reprises (notamment 2001-2002 puis 2012-2017), il associe son nom à l’un des programmes les plus marquants de l’Algérie indépendante : l’AADL (Agence nationale de l’Amélioration et du Développement du Logement).
C’est sous sa tutelle que sont lancés les programmes AADL 1 (2001) et AADL 2 (2013).
Cette période lui permet de se construire une image de ministre efficace, « bosseur », qui porte des gilets de chantier et inspecte les travaux, tranchant avec l’image des ministres de bureau.
L’Éphémère Premier Ministre de 2017 et la « Guerre aux Oligarques »
L’année 2017 marque un tournant décisif dans la trajectoire d’Abdelmadjid Tebboune. En mai 2017, il est nommé Premier ministre par le président algérien Abdelaziz Bouteflika, succédant à Abdelmalek Sellal.
80 jours pour marquer les esprits
Son passage à la primature sera bref — moins de trois mois — mais politiquement explosif. Dès sa prise de fonction, Tebboune adopte un ton ferme et déclare vouloir « séparer l’argent de la politique ».
Il s’attaque frontalement aux privilèges de certains hommes d’affaires influents (les oligarques) qui gravitaient autour du cercle présidentiel. L’incident public avec Ali Haddad, alors puissant patron du FCE (Forum des Chefs d’Entreprise), lors d’une cérémonie à l’École supérieure de la sécurité sociale, reste gravé dans les mémoires. Tebboune y est perçu comme celui qui ose dire « non » à la puissance de l’argent.
Un limogeage stratégique
Cette audace lui coûtera son poste. En août 2017, il est limogé et remplacé par Ahmed Ouyahia.
Paradoxalement, cette « disgrâce » politique va servir son avenir. En étant écarté par le « système Bouteflika » pour avoir tenté de le moraliser, Abdelmadjid Tebboune conserve une image d’intégrité relative.
Lorsque le Hirak (mouvement populaire, révolution du sourire en Algérie) éclate en février 2019, balayant le régime Bouteflika, Tebboune n’est pas perçu avec la même hostilité que les autres caciques du régime, car il avait été « victime » de ce même système deux ans plus tôt. C’est ce capital politique qui lui permettra de se présenter à la présidentielle de décembre 2019.

2019 – 2024 : Le Premier Mandat et l’avènement de la « Nouvelle Algérie »
Le retour d’Abdelmadjid Tebboune au premier plan se concrétise fin 2019. Dans un pays secoué par les manifestations hebdomadaires du Hirak, il se présente comme le candidat du « rassemblement » et de la rupture avec les pratiques du passé, bien qu’il soit issu du sérail du FLN (Front de Libération Nationale).
Une élection dans la tourmente
Le 12 décembre 2019, il est élu dès le premier tour avec 58,13 % des suffrages exprimés, mais dans un contexte d’abstention record. Dès son discours d’investiture, il tend la main au Hirak béni (« Hirak Moubarak ») et promet une révision profonde de la Constitution. C’est la naissance du concept de « Nouvelle Algérie », un slogan qui deviendra la colonne vertébrale de sa communication politique et numérique.
La gestion de la crise sanitaire et l’épreuve personnelle
À peine installé, le président Tebboune doit faire face à une crise mondiale imprévue : la pandémie de COVID-19.
Gestion de crise : L’Algérie ferme ses frontières très tôt. La gestion de la pandémie, bien que difficile sur le plan économique (chute des prix du baril), permet de limiter les dégâts sanitaires comparé à d’autres pays de la région.
L’hospitalisation en Allemagne : Fin 2020, Abdelmadjid Tebboune contracte le virus. Son transfert d’urgence en Allemagne et sa longue convalescence de deux mois ravivent les spectres de la « vacance du pouvoir » de l’ère Bouteflika. Cependant, son retour en force début 2021 et ses apparitions médiatiques régulières coupent court aux rumeurs, renforçant son image de « survivant » résilient.
Les Réformes Institutionnelles et Économiques
Le premier mandat est marqué par une intense activité législative :
Révision de la Constitution (Novembre 2020) : Limitation des mandats présidentiels à deux, constitutionnalisation du Hirak et renforcement des prérogatives de l’armée hors des frontières.
Lutte contre la corruption : Poursuite des procès des anciens oligarques et récupération des fonds détournés.
Diversification Économique : Tebboune insiste sur les exportations hors hydrocarbures (ciment, acier, produits agricoles), qui atteignent des chiffres records sous sa présidence (visant les 13 milliards de dollars), une requête fréquente des investisseurs internationaux analysant le marché algérien.
Le Second Mandat (Depuis 2024) : Consolidation et Enjeux Géopolitiques
Réélu confortablement en septembre 2024, Abdelmadjid Tebboune entame son second et dernier mandat avec une légitimité renforcée et une situation financière assainie grâce à la remontée des cours du gaz et du pétrole.
Priorité à l’économie et au pouvoir d’achat
Si le premier mandat était politique, le second se veut économique. Le président met l’accent sur :
L’augmentation des salaires et des retraites : Une mesure phare pour soutenir le pouvoir d’achat face à l’inflation mondiale.
L’Auto-entrepreneuriat et les Startups : Création d’un statut spécifique pour les auto-entrepreneurs afin de capter l’économie informelle et encourager la jeunesse, un sujet très populaire sur le web algérien.
La Sécurité Alimentaire : Investissements massifs dans l’agriculture saharienne pour réduire la dépendance aux importations de blé.
Une Diplomatie Offensive : Le Retour de l’Algérie
Sur la scène internationale, Tebboune a redonné de la voix à la diplomatie algérienne.
Conseil de Sécurité de l’ONU : L’Algérie occupe un siège de membre non-permanent (2024-2025), portant la voix de l’Afrique et de la cause palestinienne.
Relations avec la France : Le dossier de la Mémoire reste central. Les relations oscillent entre rapprochements pragmatiques et tensions liées au passé colonial, un sujet qui génère énormément de trafic et de débats sur les réseaux sociaux.
Partenariats Stratégiques : Maintien de liens forts avec la Russie et la Chine, tout en étant un fournisseur de gaz incontournable pour l’Europe (notamment l’Italie).
Le style Tebboune : gouverner dans la continuité
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune est souvent décrit comme un dirigeant au style sobre, peu charismatique, privilégiant les discours institutionnels aux grandes envolées politiques.
Son pouvoir s’exerce dans un équilibre délicat entre :
La présidence
L’armée
Les services de sécurité
Cette configuration nourrit l’image d’un président plus gestionnaire que réformateur, soucieux avant tout de stabilité.
Bilan économique : hydrocarbures et dépenses sociales
Sur le plan économique, le mandat de Tebboune est marqué par un contexte international favorable aux exportations d’énergie. La hausse des prix du gaz algérien permet à l’État de renforcer certaines dépenses sociales et d’éviter une crise budgétaire majeure.
Cependant, la dépendance aux hydrocarbures reste structurelle. Malgré les discours sur la diversification économique, l’économie algérienne demeure vulnérable aux fluctuations des marchés énergétiques.
Libertés publiques et climat politique
Sous la présidence de Abdelmadjid Tebboune, de nombreuses organisations et observateurs évoquent une restriction de l’espace politique :
Arrestations d’opposants et de militants
Pressions sur la société civile
Faible pluralisme électoral
Le pouvoir justifie ces mesures par la nécessité de préserver la stabilité nationale face aux menaces internes et externes.
Relations France–Algérie : entre tensions et pragmatisme
Les relations entre la France et l’Algérie sous Tebboune sont marquées par une alternance de rapprochements et de crises diplomatiques. Les sujets de friction incluent :
La mémoire coloniale
Les questions migratoires
La coopération sécuritaire
Malgré les tensions, les deux pays maintiennent des liens économiques et stratégiques importants.
Vie Privée et Personnalité
Bien que discret sur sa vie privée, quelques éléments sont connus et souvent recherchés par les internautes :
Famille : Abdelmadjid Tebboune est marié et père de cinq enfants.
Passions : Il est connu pour être un amateur de football.
Style : Il cultive un style direct, utilisant souvent des expressions populaires en darja (dialecte algérien) lors de ses entrevues périodiques avec la presse nationale, ce qui crée une proximité avec le peuple (« Aami Tebboune » – Oncle Tebboune).
FAQ : Questions Fréquentes sur Abdelmadjid Tebboune
Quel âge a Abdelmadjid Tebboune ?
Abdelmadjid Tebboune est né le 17 novembre 1945. Il a fêté ses 79 ans en novembre 2024.
De quel parti politique est Abdelmadjid Tebboune ?
Bien qu’il ait été membre du Comité central du FLN (Front de Libération Nationale), il s’est présenté à l’élection présidentielle de 2019 en tant que candidat indépendant (candidat libre), se distanciant de l’appareil du parti durant la crise politique.
Quel est le bilan économique de Tebboune ?
Le bilan économique de ses premières années inclut une augmentation significative des exportations hors hydrocarbures, la numérisation de l’administration fiscale, le lancement de l’allocation chômage (une première en Algérie) et la relance de l’industrie automobile locale (Fiat, etc.).
Quelles sont les relations entre Tebboune et l’armée ?
En tant que Président de la République, Abdelmadjid Tebboune est le Chef suprême des Forces armées et Ministre de la Défense nationale. Il entretient une relation de coopération étroite avec l’État-major de l’ANP (Armée Nationale Populaire) pour garantir la sécurité des frontières dans un contexte régional instable (Libye, Sahel).
Conclusion
De l’administration locale aux sommets de l’État, le parcours d’Abdelmadjid Tebboune reflète les mutations de l’Algérie moderne. Technocrate expérimenté, il a su naviguer à travers les crises du système pour s’imposer comme le visage de la stabilité et du renouveau.
Alors que son second mandat est en cours, l’histoire retiendra sans doute de lui sa volonté de déconnecter l’économie algérienne de la rente pétrolière et son programme social massif (AADL, augmentations salariales). Pour les observateurs comme pour les citoyens, la réussite de la « Nouvelle Algérie » se jugera sur la concrétisation de ces réformes à l’horizon 2029.
- Algérie







































































































































































































































































































































































































































































































































































































