#Personnalités algériennes

Benyoucef Benkhedda

Benyoucef Benkhedda incarne la dimension politique, institutionnelle et diplomatique de la Révolution algérienne. Pharmacien de formation, militant nationaliste dès les années 1940, membre du FLN et du CNRA, il devient en 1961 le deuxième et dernier président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA). À la tête de l’exécutif révolutionnaire durant la phase décisive des négociations avec la France, il joue un rôle central dans la marche vers l’indépendance, tout en demeurant fidèle à une conception collégiale et civile du pouvoir.

Figure parfois éclipsée par les chefs militaires ou les leaders charismatiques de la lutte armée, Benyoucef Benkhedda n’en demeure pas moins l’un des architectes majeurs de l’État algérien en gestation. Son parcours traverse toutes les étapes du mouvement national : du PPA à l’UDMA, du FLN au GPRA, de la clandestinité à la diplomatie internationale. Cet article retrace le cheminement d’un homme d’État révolutionnaire, soucieux de légitimité politique, d’unité nationale et de primauté du civil sur le militaire.

Fiche d’identité : Benyoucef Benkhedda

Nom completBenyoucef Benkhedda (بن يوسف بن خدة)
Date de naissance23 février 1920
Lieu de naissanceAlger
FormationPharmacien
Parcours militantPPA → MTLD → FLN
Fonctions majeuresMembre du CNRA, ministre du GPRA, président du GPRA (1961-1962)
Date de décès3 février 2003

1. Origines et formation intellectuelle

Né à Alger en 1920, Benyoucef Benkhedda grandit dans un environnement urbain marqué par les inégalités coloniales. Très tôt attiré par les études, il s’oriente vers la pharmacie, une formation scientifique exigeante qui forge chez lui une rigueur intellectuelle et un esprit méthodique.

Comme nombre d’intellectuels algériens de sa génération, il prend rapidement conscience de l’impasse du système colonial. La Seconde Guerre mondiale et l’éveil politique des peuples colonisés nourrissent chez lui une réflexion profonde sur la souveraineté, la citoyenneté et la nécessité d’une émancipation nationale.

2. Engagement nationaliste et militantisme politique

Benkhedda rejoint le Parti du Peuple Algérien (PPA), puis le MTLD, où il milite activement au sein des structures politiques. Contrairement à d’autres figures davantage tournées vers l’action armée, il incarne une sensibilité légaliste et organisationnelle du nationalisme algérien.

Après les massacres du 8 mai 1945, toute illusion réformiste s’effondre. Benkhedda comprend que la rupture avec le système colonial est inévitable. Lorsque le FLN est créé en 1954, il s’y rallie sans ambiguïté, mettant son expérience politique au service de la Révolution.

3. Du FLN au CNRA : la Révolution en marche

Durant la guerre de libération, Benyoucef Benkhedda occupe plusieurs responsabilités au sein du FLN. Il devient membre du Conseil National de la Révolution Algérienne (CNRA), véritable parlement de la Révolution, où il participe aux grandes orientations politiques et stratégiques.

Il travaille étroitement avec des figures telles que Abane Ramdane, Lakhdar Bentobal ou encore Abdelhafid Boussouf. Son rôle est essentiel dans la structuration politique de la Révolution, notamment après le Congrès de la Soummam.

4. Le GPRA et la présidence Benkhedda

En août 1961, Benyoucef Benkhedda succède à Ferhat Abbas à la tête du Gouvernement provisoire de la République algérienne. Cette nomination intervient dans un contexte extrêmement délicat : intensification de la guerre, pression internationale et négociations imminentes avec la France.

À la tête du GPRA, Benkhedda privilégie une approche collective du pouvoir et s’efforce de préserver l’unité du FLN. Il représente l’Algérie combattante sur la scène internationale, consolidant la reconnaissance diplomatique du mouvement indépendantiste.

5. Évian, indépendance et crise de l’été 1962

Sous sa présidence, le GPRA supervise les négociations qui aboutissent aux Accords d’Évian en mars 1962. Bien que Benkhedda ne soit pas physiquement présent à la table des négociations, il en valide les orientations politiques et assume la responsabilité historique du cessez-le-feu.

Après l’indépendance, une grave crise oppose le GPRA au Bureau politique du FLN conduit par Ahmed Ben Bella et soutenu par l’état-major de l’ALN. Benkhedda refuse l’épreuve de force armée et se retire, évitant ainsi une guerre civile ouverte.

6. Après 1962 : opposition et retrait politique

Marginalisé après l’indépendance, Benyoucef Benkhedda adopte une posture critique à l’égard du nouveau pouvoir. Il s’oppose à la concentration autoritaire du pouvoir et défend une vision pluraliste de l’État algérien.

Il se retire progressivement de la vie politique active, se consacrant à son métier de pharmacien et à la réflexion intellectuelle. Jusqu’à sa mort en 2003, il demeure une conscience morale respectée, bien que peu mise en avant par les récits officiels.

7. Héritage politique et mémoire nationale

Benyoucef Benkhedda laisse l’image d’un homme d’État intègre, fidèle à ses principes et profondément attaché à la légitimité populaire. Son refus de la violence fratricide en 1962 constitue l’un de ses legs politiques majeurs.

Son nom est aujourd’hui associé à l’idée d’une Révolution algérienne qui ne se réduisait pas à la lutte armée, mais portait aussi un projet politique, institutionnel et éthique pour l’Algérie indépendante.

Chronologie essentielle

  • 1920 : Naissance à Alger
  • Années 1940 : Engagement au PPA puis MTLD
  • 1954 : Ralliement au FLN
  • 1956 : Membre du CNRA
  • 1961 : Président du GPRA
  • 1962 : Accords d’Évian et indépendance
  • 2003 : Décès à Alger

Questions fréquentes

Qui était Benyoucef Benkhedda ?
Un dirigeant politique algérien, président du GPRA entre 1961 et 1962, figure majeure de la Révolution algérienne.

Quel fut son rôle durant la guerre d’indépendance ?
Il a assuré la direction politique et diplomatique du FLN et du GPRA dans la phase finale du conflit.

Pourquoi est-il resté en retrait après 1962 ?
Par refus de la dérive autoritaire et de la prise du pouvoir par la force, il choisit de se retirer plutôt que d’alimenter une guerre interne.

Sources principales : archives du GPRA, travaux de Mohammed Harbi, Benjamin Stora, témoignages du CNRA et documents historiques du FLN. Articles connexes : Abane Ramdane, Larbi Ben M’hidi, Lakhdar Bentobal.

Benyoucef Benkhedda

El Hadj Ahmed Bey

Benyoucef Benkhedda

Badji Mokhtar

1 Comment

Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *