Assia Djebar
- Dzaïr Zoom / 1 semaine
- 16 février 2026

Littérature Algérienne
Assia Djebar : La Voix des Femmes d’Algérie
Première femme du Maghreb élue à l’Académie française, elle a consacré son œuvre à libérer la parole des femmes algériennes
« J’étais contente pour la francophonie du Maghreb. »
📋 Carte d’identité
Nom de naissance : Fatima-Zohra Imalhayène
Pseudonyme : Assia Djebar (آسيا جبار)
Naissance : 30 juin 1936, Cherchell (Algérie)
Décès : 6 février 2015, Paris (France)
Profession : Écrivaine, historienne, cinéaste
Langues : Français, arabe dialectal, berbère
Traductions : Plus de 21 langues
Distinctions : Académie française (2005), Prix de la Paix de Francfort (2000)
Œuvres majeures : L’Amour, la fantasia ; Femmes d’Alger dans leur appartement
Films : La Nouba des femmes du Mont Chenoua (Prix Venise 1979)
L’enfant de Cherchell : entre deux écoles
Fatima-Zohra Imalhayène naît le 30 juin 1936 à Cherchell, antique cité romaine de la côte algérienne, à cent kilomètres à l’ouest d’Alger. Elle voit le jour dans une famille de la petite bourgeoisie traditionnelle algérienne, entre deux mondes qui vont façonner toute son existence.
Son père, Tahar Imalhayène, est instituteur — un statut rare et précieux dans l’Algérie coloniale. Formé à l’École normale d’instituteurs de Bouzaréah, ce Chenoui originaire de Gouraya croit passionnément à l’éducation comme voie d’émancipation. C’est lui qui, contre tous les usages de l’époque, conduira sa fille par la main à l’école française. Sa mère, Bahia Sahraoui, appartient à la famille berbère des Berkani, issue de la tribu des Aït Menasser du Dahra — dont un aïeul a combattu aux côtés de l’Émir Abd el-Kader.
La petite Fatima-Zohra grandit à Mouzaïaville, dans la Mitidja fertile, où son père enseigne. Son enfance se déploie entre deux lieux d’apprentissage : l’école française le matin, où elle apprend à lire et écrire dans la langue du colonisateur, et l’école coranique l’après-midi, où elle découvre les versets sacrés. Elle est l’une des deux seules filles parmi les garçons de la medersa.

« Mon père, en me tenant par la main, m’a conduite à l’école française. Il m’a ainsi sauvée du harem et du voile. »
À dix ans, elle entre au collège de Blida, en section classique. Faute de pouvoir y apprendre l’arabe littéraire — ironie coloniale —, elle se tourne vers le grec ancien, le latin et l’anglais. Ces langues mortes et vivantes s’ajoutent au français, à l’arabe dialectal et au berbère de ses origines. L’adolescente accumule les langues comme d’autres collectionnent les trésors.
La première Algérienne à l’École normale supérieure
En 1953, Fatima-Zohra obtient son baccalauréat et entre en hypokhâgne au lycée Bugeaud d’Alger — aujourd’hui lycée Émir-Abdelkader. L’année suivante, elle franchit la Méditerranée pour intégrer la khâgne du lycée Fénelon à Paris. Parmi ses professeurs figure Dina Dreyfus, philosophe et ethnologue, première femme agrégée de philosophie.
En 1955, à dix-neuf ans, elle réalise l’impensable : elle est admise à l’École normale supérieure de jeunes filles de Sèvres, où elle choisit l’étude de l’Histoire. Elle devient ainsi la première femme algérienne et la première femme musulmane à intégrer cette institution prestigieuse. Un brillant avenir universitaire s’ouvre devant elle.
Mais l’Histoire avec un grand H rattrape la jeune étudiante. Le 19 mai 1956, l’UGEMA (Union générale des étudiants musulmans algériens) lance un appel à la grève illimitée pour protester contre la répression en Algérie. Fatima-Zohra choisit son camp. Elle suit le mot d’ordre, refuse de passer ses examens, et se trouve exclue de l’école.
Ce sacrifice lui ouvre paradoxalement une autre voie. Contrainte à l’inaction académique, elle se met à écrire. En quelques semaines, elle achève son premier roman.
1957 : naissance d’un écrivain, naissance d’un nom
En janvier 1957, chez l’éditeur René Julliard, paraît La Soif. La jeune femme de vingt ans n’a pas signé de son vrai nom. Pour ne pas choquer sa famille — son père en premier lieu —, elle a choisi un pseudonyme : Assia Djebar.
La signification du nom
Assia (آسية) signifie en arabe « celle qui console », « celle qui guérit », « l’immortelle ». C’est aussi le nom de l’épouse du Pharaon, mère adoptive de Moïse dans la tradition islamique.
Djebar (جبّار) est l’un des quatre-vingt-dix-neuf noms de Dieu, signifiant « l’intransigeant », « le très contraignant ».
« Assia, c’est la consolation, et Djebar, l’intransigeance. Quel beau choix ! » — Pierre-Jean Rémy, discours de réception à l’Académie française
La Soif met en scène une jeune bourgeoise algérienne occidentalisée, confrontée au désir et à l’émancipation. Le roman fait scandale. On le compare à Bonjour tristesse de Françoise Sagan. Les nationalistes algériens s’indignent : comment peut-on écrire sur l’amour quand le pays brûle ? Mais la jeune écrivaine a posé les fondements de son œuvre : la découverte du corps féminin comme révolution personnelle et politique.
L’année suivante, Les Impatients (1958) confirme son talent. À vingt-deux ans, Assia Djebar épouse l’écrivain Ahmed Ould-Rouis, connu sous le pseudonyme de Walid Garn, homme de théâtre et militant algérien. Ils écriront ensemble la pièce Rouge l’aube (1969).
En 1959, le général de Gaulle lui-même demande sa réintégration à l’École normale supérieure, reconnaissant son « talent littéraire ». Mais Assia Djebar a choisi une autre voie : elle part enseigner au Maghreb.
Les années Maghreb : enseigner et écrire
De 1959 à 1962, Assia Djebar enseigne l’histoire moderne et contemporaine du Maghreb à la Faculté des lettres de Rabat. Elle travaille parallèlement à un projet de thèse sur Lalla Manoubia, sainte matrone de Tunis, sous la direction de l’islamologue Louis Massignon. Elle côtoie également l’orientaliste Jacques Berque.
Au printemps 1962, paraît Les Enfants du nouveau monde, son troisième roman, qui évoque le rôle des femmes pendant la guerre d’indépendance — une guerre qui n’est pas encore terminée au moment où elle écrit. Le 1er juillet 1962, l’Algérie devient indépendante. Assia Djebar rentre au pays.
Elle est nommée professeure à l’université d’Alger, où elle devient le seul enseignant à dispenser des cours d’histoire moderne et contemporaine de l’Algérie. Mais la politique d’arabisation s’impose progressivement : l’enseignement de l’histoire et de la philosophie doit passer en arabe littéraire. Assia Djebar refuse. Elle quitte l’Algérie.
En 1965, avec son mari Walid Garn, elle adopte un orphelin, Mohamed Garne — enfant né du viol de sa mère, Kheira Garne, par des tortionnaires français au camp de Theniet El Had. De 1966 à 1975, elle vit principalement en France, séjournant régulièrement en Algérie. Elle publie Les Alouettes naïves (1967), puis entre dans un silence littéraire de près de dix ans.
En 1980, elle épouse en secondes noces le poète algérien Malek Alloula. Ce mariage, comme le premier, se terminera par une séparation.

Femmes d’Alger dans leur appartement : le regard libéré
En 1980, après une décennie de silence, Assia Djebar revient à l’écriture avec un recueil de nouvelles au titre emprunté à la peinture : Femmes d’Alger dans leur appartement.
Le titre dialogue avec deux tableaux célèbres : celui d’Eugène Delacroix (1834), qui représenta des femmes d’Alger après une brève incursion dans un harem — « regard volé » sur des prisonnières résignées —, et la série de Pablo Picasso (1954-1955), qui déconstruisit et libéra ces mêmes femmes à l’orée de la guerre d’indépendance.
« Je ne vois pour les femmes arabes qu’un seul moyen de tout débloquer : parler, parler sans cesse d’hier et d’aujourd’hui, parler entre nous, dans tous les gynécées, les traditionnels et ceux des H.L.M. »
Le recueil parcourt la vie des femmes algériennes de 1958 à 1978, entre deux époques : « Aujourd’hui » (après l’indépendance) et « Hier » (pendant la guerre). Assia Djebar y développe ce qui deviendra sa signature : donner voix aux femmes silencieuses, aux voix enfouies, aux paroles confisquées.
Le livre devient un classique dans le monde entier. Il sera réédité en 2002 avec une nouvelle inédite, La Nuit du récit de Fatima.
Le cinéma : faire de l’image-son
Pendant sa décennie de silence littéraire, Assia Djebar n’a pas cessé de créer. Elle s’est tournée vers un autre mode d’expression : le cinéma. « Faire du cinéma pour moi, ce n’est pas abandonner le mot pour l’image », explique-t-elle. « C’est faire de l’image-son. C’est effectuer un retour aux sources du langage. »
En 1977, elle commence le tournage de La Nouba des femmes du Mont Chenoua, son premier long métrage. Produit par la télévision algérienne, le film emprunte sa structure à la nouba, forme traditionnelle de musique andalouse composée de cinq mouvements. La bande sonore utilise des œuvres de Béla Bartók, qui avait visité l’Algérie en 1913 pour étudier la musique populaire.
Le film suit Lila, une architecte de trente ans qui retourne dans la région natale de la réalisatrice, les montagnes du Chenoua, accompagnée de sa fille et de son mari handicapé. Elle y recueille les témoignages de femmes sur la guerre d’indépendance. Le film est dédié à Zoulikha Oudai, héroïne de la résistance montée au maquis en 1957 et disparue après son arrestation.
Le film suscite la controverse en Algérie — on raille ses « images féministes » contraires au réalisme socialiste de l’époque. Mais à la Biennale de Venise 1979, il remporte le Prix de la critique internationale (FIPRESCI). C’est la seule distinction décernée cette année-là par les journalistes.
En 1982, Assia Djebar réalise un second film, La Zerda ou les chants de l’oubli, documentaire de 59 minutes sur les images coloniales du Maghreb. Il est primé au Festival de Berlin comme « meilleur film historique » en janvier 1983.
Ces expériences cinématographiques nourriront profondément son écriture. Les témoignages recueillis pour La Nouba irrigueront son Quatuor algérien.
Le Quatuor algérien : autobiographie d’une voix
À partir de 1985, Assia Djebar entreprend ce qui deviendra son chef-d’œuvre : le Quatuor algérien, vaste fresque autobiographique où s’entremêlent l’histoire personnelle et l’Histoire collective, les voix intimes et les témoignages des femmes d’Algérie.
Les quatre volumes du Quatuor
1. L’Amour, la fantasia (1985) — La conquête de l’Algérie en 1830 s’entrelace avec l’enfance de la narratrice et les témoignages de femmes sur la guerre d’indépendance. La « fantasia » désigne à la fois la charge équestre traditionnelle et la forme musicale.
2. Ombre sultane (1987) — Deux femmes, Isma et Hajila, partagent le même homme. Dialogue sur la claustration, le désir, l’émancipation.
3. Vaste est la prison (1995) — L’écriture devient quête de l’alphabet perdu, celui du berbère ancien. Le livre intègre le récit de la réalisation de La Nouba.
4. Le Blanc de l’Algérie (1996) — Requiem pour les écrivains et intellectuels algériens assassinés, des origines de la nation à la décennie noire.
L’Amour, la fantasia marque le grand retour d’Assia Djebar sur la scène littéraire internationale. Le livre tresse trois fils narratifs : les rapports officiels et lettres de la conquête française de 1830, les souvenirs d’enfance de la narratrice, et les témoignages de femmes recueillis pour son film. L’écriture opère une double traduction : de l’arabe au français, de l’oral à l’écrit.
« L’autobiographie pratiquée dans la langue adverse se tisse comme fiction. »
Le Quatuor explore la question centrale de l’œuvre djebarienne : comment écrire en français — la « langue de l’ancien colonisateur » — tout en portant les voix de femmes qui s’expriment en arabe dialectal et en berbère ? Comment faire entendre ces sonorités et ces silences dans une langue « adverse » devenue « irréversiblement celle de [s]a pensée » ?

Le Blanc de l’Algérie : la procession des morts
En 1996, alors que l’Algérie s’enfonce dans la « décennie noire », Assia Djebar publie Le Blanc de l’Algérie. Le titre dit le deuil, le linceul, la page blanche où s’inscrit la mort.
Le récit commence par l’évocation de trois amis proches assassinés en quelques mois : Mahfoud Boucebci (psychiatre), M’Hamed Boukhobza (sociologue) et Abdelkader Alloula (dramaturge). Puis Assia Djebar remonte le fil du temps, convoquant une procession funèbre d’écrivains et d’intellectuels algériens : Albert Camus, Frantz Fanon, Jean Amrouche, Jean Sénac, Mouloud Mammeri, Kateb Yacine, Tahar Djaout…
« Convoquer les morts, ces « chers disparus », et restituer leurs derniers instants », écrit-elle. Le livre répond à une « exigence de mémoire immédiate » autant qu’à un « désir de lire autrement l’histoire de l’Algérie ». À travers ces morts, Assia Djebar éclaire l’amont de la crise : la violence ne commence pas avec les islamistes des années 1990, elle plonge ses racines dans les non-dits de la guerre d’indépendance.
En 1997, elle poursuit avec Oran, langue morte, recueil de nouvelles sur la violence intégriste et le sort des femmes prises dans l’étau.
2005 : l’Immortelle sous la Coupole
Les années 1990 et 2000 voient se multiplier les reconnaissances internationales. En 1996, Assia Djebar reçoit le Prix Neustadt aux États-Unis, souvent considéré comme l’antichambre du Nobel. En 1997, le Prix Marguerite Yourcenar à Boston. En 1999, elle est élue à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.
Le 15 octobre 2000, à l’église Saint-Paul de Francfort, elle reçoit le Prix de la Paix des libraires et éditeurs allemands, l’un des plus prestigieux prix littéraires du monde. Le président de la République fédérale allemande, Johannes Rau, lui remet la distinction en personne. Elle est la première femme du Sud, du monde arabe et du Maghreb à recevoir cet honneur.
Le 16 juin 2005, à soixante-neuf ans, Assia Djebar est élue au fauteuil n° 5 de l’Académie française, succédant au juriste Georges Vedel. Elle obtient la majorité au second tour de scrutin, face à Dominique Fernandez. Elle devient la première écrivaine nord-africaine à entrer sous la Coupole — et la deuxième personnalité du continent africain après Léopold Sédar Senghor (1983).
Le 22 juin 2006, elle est officiellement reçue à l’Académie. Dans son discours, elle évoque ses « déchirures » : femme algérienne écrivant en français, tiraillée entre ses langues maternelles (arabe, berbère) et la langue de l’ancien colonisateur devenue sienne. Elle rend hommage aux « écrivains, journalistes, intellectuels, femmes et hommes d’Algérie qui, dans la décennie quatre-vingt-dix, ont payé de leur vie le fait d’écrire, d’exposer leurs idées ou tout simplement d’enseigner… en langue française ».
« J’étais contente pour la francophonie du Maghreb. »
Une écriture entre trois langues
Trois langues — l’arabe dialectal, le berbère et le français — coexistent dans l’écriture d’Assia Djebar. Un alphabet perdu les hante : celui du berbère ancien, le libyque. Sous l’apparente unicité de la langue française, son œuvre traduit une « grande diversité linguistique et culturelle ».
Elle-même résume cette tension : « J’aime et je souffre en arabe, et j’écris en français. » Le français est pour elle la « langue du dehors », celle qui lui a permis d’échapper au harem et au voile, mais aussi la langue qui porte le souvenir de la violence coloniale. « La langue française est entrée en scène chez moi en 1830, en habit d’apparat colonial », rappelle-t-elle dans son discours à l’Académie.
Son écriture se caractérise par une musicalité proche de l’oralité : les voix des femmes, les thrènes des pleureuses, les chants traditionnels irriguent ses textes. La structure de ses livres emprunte souvent à la musique : la nouba andalouse, la fantasia guerrière. Les images de ses films nourrissent sa prose ; ses romans se lisent comme des « tableaux ».
Historienne de formation, elle ancre ses fictions dans une documentation rigoureuse : archives coloniales, rapports militaires, témoignages oraux. Mais l’autobiographie se mêle toujours à l’Histoire, le « je » au « nous », la voix singulière aux voix collectives.
« Ne pas prétendre parler pour, ou pis, parler sur, à peine parler près de, et si possible tout contre. »
L’héritage d’une pionnière
Assia Djebar s’éteint le 6 février 2015 à Paris, à l’âge de soixante-dix-huit ans. Le 13 février, elle est inhumée dans sa ville natale de Cherchell, comme elle l’avait souhaité. Une foule nombreuse accompagne celle qui avait donné voix aux femmes silencieuses d’Algérie.
Son œuvre — une quinzaine de romans, des recueils de nouvelles, des essais, des poèmes, des pièces de théâtre et deux films — a été traduite en plus de vingt et une langues. Elle reste l’une des auteures maghrébines les plus étudiées dans les universités du monde entier. Une vingtaine d’ouvrages critiques analysent son œuvre.
En 2015, quelques mois après sa mort, l’Algérie crée le Grand Prix Assia-Djebar du roman, récompensant les meilleurs romans écrits en arabe, en tamazight et en français. C’est l’un des plus importants prix littéraires du pays.
Son nom marque désormais l’espace public : une salle de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm à Paris, l’École normale supérieure de Constantine, des rues à Nantes, Marseille, Rennes, Lille, des bibliothèques à Paris et Alençon, une médiathèque à Montréal… Chaque année, le 16 juin, la Journée Assia Djebar est célébrée à Montréal.
Pionnière à chaque étape de sa vie — première Algérienne à l’ENS, première Nord-Africaine à l’Académie française —, Assia Djebar a ouvert des portes qui ne se refermeront plus. Son œuvre continue de faire entendre les voix enfouies, les silences éloquents, les murmures des femmes d’Algérie.
« Chacun de mes livres est un pas vers la compréhension de l’identité maghrébine, et une tentative d’entrer dans la modernité. »
❓ Questions fréquentes sur Assia Djebar
Pourquoi Assia Djebar a-t-elle choisi ce pseudonyme ?
+
Assia Djebar a adopté ce pseudonyme en 1957 pour ne pas choquer sa famille lors de la publication de son premier roman La Soif. Assia signifie « la consolation » ou « celle qui guérit » en arabe, tandis que Djebar est l’un des 99 noms de Dieu et signifie « l’intransigeance ». Ce nom traduit la dualité de sa personnalité et de son œuvre : consoler les femmes silencieuses tout en restant intransigeante sur leur droit à la parole.
Quels sont les livres les plus connus d’Assia Djebar ?
+
Ses œuvres majeures incluent :
- L’Amour, la fantasia (1985) — premier volume du Quatuor algérien
- Femmes d’Alger dans leur appartement (1980) — recueil de nouvelles inspiré des tableaux de Delacroix et Picasso
- Vaste est la prison (1995) — quête de l’alphabet berbère perdu
- Le Blanc de l’Algérie (1996) — requiem pour les intellectuels assassinés
- Loin de Médine (1991) — roman sur les femmes de l’entourage du Prophète
Pourquoi Assia Djebar est-elle célèbre dans l’histoire littéraire ?
+
Assia Djebar a été une pionnière à plusieurs titres :
- Première Algérienne et première femme musulmane à intégrer l’École normale supérieure de Sèvres (1955)
- Première écrivaine nord-africaine élue à l’Académie française (2005)
- Deuxième personnalité africaine à l’Académie française après Léopold Sédar Senghor
Son œuvre a donné voix aux femmes algériennes et exploré les tensions entre cultures, langues et identités dans le contexte postcolonial.
Assia Djebar a-t-elle réalisé des films ?
+
Oui, Assia Djebar a réalisé deux films importants :
- La Nouba des femmes du Mont Chenoua (1978) — long métrage mêlant fiction et documentaire sur les femmes de la région de Cherchell. Il a remporté le Prix de la critique internationale à la Biennale de Venise 1979.
- La Zerda ou les chants de l’oubli (1982) — documentaire sur les images coloniales du Maghreb, primé au Festival de Berlin comme « meilleur film historique ».
En combien de langues Assia Djebar est-elle traduite ?
+
L’œuvre d’Assia Djebar a été traduite en plus de 21 langues. Elle a reçu de nombreux prix internationaux :
- Prix Neustadt (États-Unis, 1996)
- Prix Marguerite Yourcenar (Boston, 1997)
- Prix de la Paix des libraires allemands (Francfort, 2000)
- Prix Pablo Neruda (Italie, 2005)
- Prix Grinzane Cavour (Turin, 2006)
Elle est également docteure honoris causa des universités de Vienne, Concordia (Montréal) et Osnabrück.
Quand et où Assia Djebar est-elle décédée ?
+
Assia Djebar est décédée le 6 février 2015 à Paris, à l’âge de 78 ans. Conformément à ses souhaits, elle a été inhumée le 13 février 2015 dans sa ville natale de Cherchell, en Algérie. Une foule nombreuse et des personnalités du monde des arts et des lettres ont accompagné son dernier voyage. La veille, près d’une centaine de personnalités avaient défilé devant sa dépouille au Palais de la culture d’Alger.
📚 Bibliographie sélective
Romans et récits
- 1957 — La Soif (Julliard)
- 1958 — Les Impatients (Julliard)
- 1962 — Les Enfants du nouveau monde (Julliard)
- 1967 — Les Alouettes naïves (Julliard)
- 1980 — Femmes d’Alger dans leur appartement (Des Femmes)
- 1985 — L’Amour, la fantasia (J.-C. Lattès) ★
- 1987 — Ombre sultane (J.-C. Lattès) ★
- 1991 — Loin de Médine (Albin Michel)
- 1995 — Vaste est la prison (Albin Michel) ★
- 1996 — Le Blanc de l’Algérie (Albin Michel) ★
- 1997 — Les Nuits de Strasbourg (Actes Sud)
- 1997 — Oran, langue morte (Actes Sud)
- 2002 — La Femme sans sépulture (Albin Michel)
- 2003 — La Disparition de la langue française (Albin Michel)
- 2007 — Nulle part dans la maison de mon père (Fayard)
★ Volumes du Quatuor algérien
Films
- 1978 — La Nouba des femmes du Mont Chenoua (Prix FIPRESCI, Venise 1979)
- 1982 — La Zerda ou les chants de l’oubli (Prix du meilleur film historique, Berlin 1983)
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