Amirouche Aït Hamouda
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Amirouche Aït Hamouda, connu sous le nom de guerre de colonel Amirouche, reste l’une des figures les plus marquantes de la guerre d’indépendance. Chef de la Wilaya III (Kabylie) au sein de l’ALN, il a incarné une ligne de discipline, d’organisation et de résistance dans un terrain montagneux devenu symbole : le Djurdjura. Tombé au combat au sud de Bou Saâda en mars 1959, son nom concentre à la fois l’admiration populaire et des débats encore vifs autour d’épisodes tragiques comme la « bleuite ».
Pourquoi Amirouche fascine-t-il autant, en Algérie comme dans la diaspora ? Parce qu’il résume une réalité brute de la Révolution : un combat mené sans filet, au maquis, avec des réseaux à construire, des villages à protéger, des liaisons à sécuriser… et une pression militaire française croissante. Comprendre Amirouche, c’est aussi comprendre la Kabylie en guerre, les tensions intérieur/extérieur au sein du mouvement, et la manière dont la mémoire nationale s’est écrite – parfois dans la douleur.
Sommaire
- Fiche d’identité : Amirouche Aït Hamouda
- Origines : enfance au Djurdjura et formation
- Du militantisme nationaliste au choix du maquis
- La Wilaya III : organiser, encadrer, tenir la Kabylie
- Après la Soummam : discipline, liaisons, pression militaire
- La « bleuite » : intoxication, purges et controverse
- Le dernier voyage et la mort au combat (mars 1959)
- Héritage, mémoire et lieux portant son nom
- Chronologie : dates essentielles
- Questions fréquentes
Fiche d’identité : Colonel Amirouche
| Nom complet | Amirouche Aït Hamouda (عميروش آيت حمودة) |
| Nom de guerre | Colonel Amirouche |
| Naissance | 31 octobre 1926, Tassaft Ouguemoun (Djurdjura), Kabylie — wilaya de Tizi Ouzou |
| Organisation | ALN / FLN (guerre d’indépendance) |
| Fonction historique | Chef de la Wilaya III (Kabylie) |
| Surnoms attribués | « Le loup de l’Akfadou », « Amirouche le terrible » (appellations rapportées dans plusieurs récits) |
| Mort | Mars 1959, au sud de M’Sila (secteur de Bou Saâda) |
| Sépulture (mémoire nationale) | Carré des Martyrs, Alger (cimetière d’El Alia — mentionné dans plusieurs sources) |
1. Origines : enfance au Djurdjura et formation
Amirouche Aït Hamouda naît à Tassaft Ouguemoun, un village accroché au Djurdjura — cette chaîne montagneuse qui domine la Kabylie et façonne une culture de l’effort, de l’entraide et de la dignité. La région, rattachée aujourd’hui à la wilaya de Tizi Ouzou, est l’un des théâtres majeurs de la guerre d’indépendance : relief escarpé, forêts, villages dispersés, et une tradition de mobilisation politique ancienne.
Les récits biographiques soulignent une enfance marquée par la précarité et la responsabilité tôt portée sur les épaules. Cette expérience, souvent évoquée par ses proches et ses biographes, éclaire un trait qui reviendra sans cesse : chez Amirouche, le collectif passe avant le confort individuel. Cette mentalité « maquisarde » ne tombe pas du ciel : elle s’enracine dans le quotidien des montagnes.
Pour situer la Kabylie dans la géographie nationale et sa place dans l’imaginaire algérien, voir aussi : Kabylie : 20 avril et mémoire politique (autre époque, mais même territoire, même intensité).
2. Du militantisme nationaliste au choix du maquis
Comme beaucoup de jeunes Algériens de sa génération, Amirouche grandit dans un pays où la citoyenneté est hiérarchisée, où l’école et l’emploi ne se vivent pas à armes égales, et où la politique se heurte vite à la répression. La trajectoire militante passe alors, souvent, par des structures nationalistes qui précèdent le FLN.
Dans la galaxie du mouvement national, des figures comme Messali Hadj ont marqué l’avant-1954, tandis que la Révolution va s’incarner, après le déclenchement, à travers des chefs de zones et de wilayas. Cette bascule – du politique au politico-militaire – est au cœur de l’histoire de la guerre : pourquoi la guerre d’Algérie a éclaté permet de replacer ce passage à l’action dans son contexte.
Lorsque l’insurrection démarre le 1er novembre 1954, l’enjeu n’est pas seulement de frapper, mais de durer. Et durer suppose une logistique (liaisons, ravitaillement, renseignement), une discipline (sanctions, arbitrages), et une stratégie d’implantation dans les villages. C’est dans cette équation qu’Amirouche va s’imposer.
3. La Wilaya III : organiser, encadrer, tenir la Kabylie
La Wilaya III correspond à la Kabylie historique, un espace où le maquis est à la fois une protection et un piège : protection grâce au relief, piège parce que l’armée française y concentre des opérations de ratissage et de quadrillage. Le nom d’Amirouche est indissociable de cette période où l’ALN doit structurer des unités, imposer des règles, gérer les liaisons et résister à une pression militaire croissante.
Dans la mémoire populaire, Amirouche est souvent associé à une ligne dure : exigence de discipline, lutte contre l’infiltration, et volonté de tenir la chaîne de commandement. Cette approche s’explique aussi par l’environnement : la Kabylie est proche d’Alger, où la bataille urbaine et les réseaux clandestins ont leurs propres contraintes, et où des figures comme Larbi Ben M’hidi ont incarné l’articulation entre politique et action.
Repères : qu’est-ce qu’une « wilaya » pendant la guerre ?
Pendant la guerre d’indépendance, le territoire insurgé est organisé en wilayas (régions politico-militaires) pour coordonner le maquis : commandement, zones, liaisons, justice interne, intendance. La Wilaya III recouvre la Kabylie ; d’autres wilayas ont été portées par des chefs devenus emblématiques, comme Mostefa Ben Boulaïd (Aurès) ou Krim Belkacem (Kabylie/Zone III au démarrage).
4. Après la Soummam : discipline, liaisons, pression militaire
Le Congrès de la Soummam (août 1956) est un jalon essentiel de l’organisation révolutionnaire. Il structure la hiérarchie, clarifie des principes, et tente d’unifier l’action politico-militaire. Sur Zoom Algérie, l’article consacré à Abane Ramdane aide à comprendre la portée de ce moment et ses conséquences sur les wilayas.
Dans la Wilaya III, l’enjeu devient double : tenir face aux opérations françaises et garder la cohésion interne. Les maquis doivent aussi dialoguer, parfois durement, avec les centres de décision situés à l’extérieur. Cette tension « intérieur/extérieur » revient dans de nombreux témoignages et récits historiques, car elle touche au nerf de la guerre : qui décide, qui ravitaille, qui assume le coût humain ?
5. La « bleuite » : intoxication, purges et controverse
On ne peut pas écrire sur Amirouche sans aborder la « bleuite », terme utilisé pour désigner une opération d’intoxication et d’infiltration qui a provoqué des purges internes meurtrières, notamment en Kabylie. Des sources historiques expliquent que des services français ont alimenté la suspicion de trahison, enclenchant un mécanisme infernal : arrestations, aveux arrachés, dénonciations, exécutions.
C’est un point sensible, parce qu’il touche à la tragédie interne d’une guerre de libération : la peur de l’infiltration peut détruire la confiance, et la confiance est la colonne vertébrale du clandestin. Dans l’espace public algérien, cet épisode nourrit encore des lectures opposées : pour les uns, la preuve d’une manipulation redoutablement efficace ; pour d’autres, la marque d’erreurs graves au sommet local.
⚠️ À retenir
La « bleuite » est souvent décrite comme une guerre psychologique : elle vise à retourner les combattants les uns contre les autres. L’épisode est documenté mais discuté sur ses responsabilités, ses chiffres et ses enchaînements exacts. Dans un article grand public, l’essentiel est de retenir l’idée centrale : la suspicion a été instrumentalisée, avec des conséquences humaines et organisationnelles durables.
6. Le dernier voyage et la mort au combat (mars 1959)
À la fin des années 1950, la pression militaire s’intensifie. Dans plusieurs récits, Amirouche entreprend un déplacement à haut risque vers les centres de décision situés hors du maquis kabyle. Le trajet à travers l’intérieur du pays devient une épreuve : contrôles, embuscades, fatigue, communications difficiles.
Il tombe au combat en mars 1959, au sud de Bou Saâda, dans une zone rattachée aujourd’hui à M’Sila. La mort d’un chef de wilaya n’est jamais un simple fait divers militaire : elle désorganise des réseaux, coupe une chaîne de commandement et pèse sur le moral des unités.
Pour élargir le tableau des figures militaires de la Révolution (et comparer les styles de commandement), on peut relire : Mostefa Ben Boulaïd, Krim Belkacem et Didouche Mourad.
7. Héritage, mémoire et lieux portant son nom
Après 1962, la mémoire d’Amirouche devient un enjeu : hommage national, récits concurrents, transmission familiale et débats publics. Plusieurs sources évoquent aussi la question douloureuse du traitement réservé aux dépouilles de certains chefs historiques après l’indépendance, thème régulièrement ravivé dans la presse et les témoignages.
Dans l’espace public, son nom reste omniprésent : avenues, établissements, commémorations. En Kabylie, il se confond souvent avec un imaginaire de résistance « montagneuse », tandis qu’à Alger, il renvoie à la mémoire nationale institutionnalisée.
8. Chronologie : dates essentielles
| Date | Événement |
|---|---|
| 31 octobre 1926 | Naissance à Tassaft Ouguemoun (Djurdjura), Kabylie — wilaya de Tizi Ouzou |
| 1954 | Déclenchement de la guerre d’indépendance (1er novembre) : bascule vers l’action clandestine et le maquis |
| 1956 | Congrès de la Soummam : réorganisation politico-militaire et nouveaux équilibres |
| 1958-1959 | « Bleuite » : intoxication et purges internes, épisode controversé en Wilaya III |
| Mars 1959 | Mort au combat au sud de Bou Saâda (secteur actuel de M’Sila) |
9. Questions fréquentes
Qui était le colonel Amirouche ?
Amirouche Aït Hamouda (1926-1959), dit colonel Amirouche, était un officier de l’ALN et chef de la Wilaya III (Kabylie) pendant la guerre d’indépendance algérienne. Il est associé à l’organisation du maquis en Kabylie, à une discipline stricte, et à une résistance menée sous forte pression militaire. Il est mort au combat en mars 1959 au sud de Bou Saâda.
Qu’est-ce que la Wilaya III pendant la guerre d’Algérie ?
La Wilaya III est la région politico-militaire correspondant à la Kabylie historique durant la guerre d’indépendance. Une wilaya coordonne les unités de maquis, les liaisons, la logistique, la discipline interne et l’action politique. Le colonel Amirouche en a été l’un des chefs les plus connus.
Pourquoi parle-t-on de « bleuite » à propos d’Amirouche ?
La « bleuite » désigne une opération d’intoxication et d’infiltration qui a alimenté la suspicion de trahison au sein de la Wilaya III, déclenchant des purges internes meurtrières. L’épisode reste controversé : il est documenté comme une guerre psychologique, mais discuté sur les responsabilités et le déroulé exact des événements.
Où et quand le colonel Amirouche est-il mort ?
Il est mort au combat en mars 1959 au sud de Bou Saâda, dans une zone rattachée aujourd’hui à la wilaya de M’Sila. Les récits évoquent une embuscade et un affrontement particulièrement violent, dans le cadre d’un déplacement à haut risque hors de Kabylie.
Pourquoi Amirouche reste-t-il une figure aussi discutée ?
Parce qu’il incarne à la fois une héroïsation populaire (chef de maquis, symbole kabyle et national) et des débats historiques liés aux contraintes extrêmes de la clandestinité, notamment l’épisode de la bleuite et la question de la mémoire après 1962. Son parcours est souvent lu comme un condensé des dilemmes tragiques d’une guerre de libération.
À lire aussi
- Personnalités algériennes : la série complète — pour naviguer entre portraits
- Krim Belkacem — autre figure-clé liée à la Kabylie et au FLN
- Larbi Ben M’hidi — stratégie, organisation et direction politique
- Mostefa Ben Boulaïd — le maquis des Aurès, un autre style de commandement
- Didouche Mourad — déclenchement de 1954 et dynamique des zones
- Abane Ramdane — le Congrès de la Soummam et ses lignes de force
- Émir Abdelkader — autre époque, autre résistance, même matrice nationale
- Pourquoi la guerre d’Algérie a éclaté — contexte et causes
- France–Algérie : l’histoire réelle — repères pour éviter les simplifications
- Tizi Ouzou — ancrage géographique de la Kabylie
- Alger — capitale politique et mémorielle
- M’Sila — repères sur la zone de Bou Saâda
Sources externes
- Notice de synthèse : Colonel Amirouche (repères biographiques)
- Contexte « bleuite » : Bleuite (définition et mécanismes)
- Références mémorielles : Cimetière d’El Alia (Carré des Martyrs)
- Lecture critique : Documentaire « La Bleuite, l’autre guerre d’Algérie » (piste)






































































































































































































































































































































































































































































































































































































