#Personnalités algériennes

Amar Ouzeggane

🇩🇿 Histoire de l’Algérie • Révolution

Amar Ouzegane : L’Architecte de la Plateforme de la Soummam

Du Parti communiste algérien au FLN : parcours d’un intellectuel engagé, principal rédacteur de la plateforme du Congrès de la Soummam et ministre de l’Algérie indépendante.

📅 7 mars 1910 – 5 mars 1981
📍 Alger (Casbah)
⭐ Journaliste • Ministre

📋 Fiche d’identité
Amar Ouzegane
عمار أوزقان • ⵄⴻⵎⵎⴰⵕ ⵓⵣⴻⴳⴳⴰⵏ
Naissance
7 mars 1910
Alger (Casbah)
Décès
5 mars 1981
Alger
Origines
Azazga
Grande Kabylie
Fonctions
Secrétaire général PCA
Ministre • Député

Amar Ouzegane (1910-1981) est une figure majeure du mouvement communiste puis nationaliste algérien. Secrétaire général du Parti communiste algérien (PCA) de 1943 à 1946, député communiste à l’Assemblée constituante française en 1945, il est exclu du PCA en 1947 pour ses positions anti-nationalistes. Rapproché des Oulémas puis rallié au FLN en 1955, il devient le principal rédacteur de la plateforme du Congrès de la Soummam sous la direction d’Abane Ramdane. Après l’indépendance, il est ministre de l’Agriculture puis du Tourisme sous Ben Bella.

Il a été, de 1943 à juillet 1946, le principal responsable d’une politique qui a gêné considérablement le rassemblement de tous les mouvements nationaux progressistes d’Algérie contre le colonialisme.

Journal Liberté

Attendus de l’exclusion d’Amar Ouzegane du PCA, 29 janvier 1948

👨‍👩‍👧‍👦 Origines familiales et jeunesse dans la Casbah

Amar Ouzegane naît le 7 mars 1910 à Alger, dans une famille pauvre de 14 enfants originaire de la région d’Azazga en Grande Kabylie.

🏛️ Une famille frappée par l’insurrection de 1871

La famille grand-paternelle était une famille notable possédant un domaine agricole de plusieurs centaines d’hectares. Le grand-père d’Amar Ouzegane fut tué à la bataille de Freha, affrontement culminant avec l’armée française lors du soulèvement de 1871 conduit par le bachagha El Mokrani et le cheikh El Haddad de la confrérie des Rahmaniya.

Les terres furent pour l’essentiel frappées par le séquestre colonial et l’aisance ruinée par les prélèvements de pénalisation.

Il passe son enfance dans la Casbah d’Alger, milieu kabyle pauvre où sa famille vit chichement. Son père s’emploie comme cuisinier dans l’hôtellerie et la restauration, devenant chef-cuisinier de l’Hôtel Oasis, un des bons hôtels du centre, avant d’être laissé pour compte. Son frère aîné Saïd tiendra le Restaurant du canard, lieu de rencontres de personnalités politiques algériennes.

Amar Ouzegane fréquente l’école française et l’école coranique. À 13 ans, il devient vendeur à la criée de L’Écho d’Alger. À 14 ans, après que son père a perdu son travail, il est employé aux PTT (Postes, Télégraphes et Téléphones).

✊ L’engagement syndicaliste et communiste (1930-1943)

En 1930, Amar Ouzegane rejoint les Jeunesses communistes et intègre la CGTU (Confédération générale du travail unitaire). Il joue un rôle majeur dans la syndicalisation des travailleurs algériens : postiers, dockers du port d’Alger, éboueurs, cheminots, ouvriers agricoles.

📅 Parcours militant (1930-1943)
  • 1930 : Adhésion aux Jeunesses communistes et à la CGTU
  • 1934 : Secrétaire de la section d’Alger du PCF
  • 1935 : Délégué au VIIe congrès mondial du Komintern à Moscou → licencié des PTT
  • 1936 : Entre au Comité central du PCF (congrès de Villeurbanne)
  • 1936 : Membre du bureau du Congrès musulman
  • 1937 : Élu au conseil municipal d’Alger
  • 1940 : Arrêté et interné à Djenien Bou Rezz (Naâma)

Devenu rédacteur en chef de l’hebdomadaire communiste Luttes sociales, Ouzegane est l’une des plumes les plus acérées de la presse communiste de l’époque. En avril 1940, il est arrêté avec son frère Saïd et interné dans le sud algérien jusqu’en 1943.

☭ Secrétaire général du PCA (1943-1947)

À sa libération en 1943, Amar Ouzegane devient premier secrétaire (secrétaire général) du Parti communiste algérien (PCA). C’est le deuxième Algérien autochtone à occuper ce poste.

🗳️ Député communiste (1945-1946)

En octobre 1945, Amar Ouzegane est tête de liste du PCA pour l’élection à l’Assemblée constituante française dans le collège des citoyens musulmans non-citoyens du département d’Alger.

  • La liste obtient 82 285 voix (34,9%) et remporte 1 siège
  • Membre de la Commission de l’Intérieur, de l’Algérie et des Finances
  • Intervient pour critiquer la politique de la France envers les Algériens

La position controversée après le 8 mai 1945

Durant cette période, Amar Ouzegane défend la souveraineté française sur l’Algérie et se montre très critique envers les nationalistes (Ferhat Abbas et Messali Hadj).

⚠️ La dénonciation des nationalistes (mai 1945)

Après les massacres de Sétif, dès le 10 mai 1945, une délégation commune du PCA (dont Ouzegane) est reçue au gouvernement général. Le communiqué dénonce les « seigneurs fascistes de la colonisation » mais également les « agents hitlériens du PPA » de Messali Hadj. Cette position sera par la suite lourde de conséquences pour Ouzegane.

🚪 L’exclusion et le rapprochement avec les nationalistes

En juillet-août 1946, le PCA révise sa ligne politique et préconise désormais une stratégie d’alliance avec les mouvements nationaux algériens. Amar Ouzegane, considéré comme responsable des positions antérieures, devient la victime de cette révision.

📅 Processus d’exclusion (1946-1947)
  • Avril 1947 : Critiqué au IVe congrès du PCA, rétrogradé au rang de 3e secrétaire
  • 1947 : Démis du Bureau politique
  • 30 décembre 1947 : Exclu du PCA par sa cellule

Larbi Bouhali le remplace au poste de premier secrétaire. Ouzegane affirmera plus tard avoir toujours été partisan de l’indépendance de l’Algérie.

Le rapprochement avec les Oulémas

Après son exclusion, Ouzegane se rapproche de l’Association des Oulémas, partisans d’une Algérie arabo-musulmane par la réforme de l’islam. Il collabore au journal indépendantiste Le Jeune Musulman, fondé par Ahmed Taleb Ibrahimi en 1952.

📜 La rédaction de la plateforme de la Soummam (1956)

En 1955, après s’être rapproché du MNA (Mouvement national algérien), Amar Ouzegane entre au FLN. Il devient un important conseiller politique de la Zone autonome d’Alger, fort de son expérience du communisme et du syndicalisme.

✍️ Principal rédacteur de la Plateforme

Sous la direction d’Abane Ramdane et en collaboration avec Benyoucef Benkhedda, Amar Ouzegane devient le principal rédacteur de la plateforme du Congrès de la Soummam (août 1956).

Le manuscrit original — 77 pages écrites à la main sur un cahier d’écolier — fut retrouvé des années plus tard sous le carrelage d’une masure de la Casbah d’Alger.

Actions durant la guerre

  • Janvier 1956 : Associé à la préparation de la conférence d’appel à la Trêve civile d’Albert Camus, organisée par son beau-frère Mohammed Lebjaoui
  • Février 1956 : Conseiller pour la création de l’UGTA (Union générale des travailleurs algériens)
  • Janvier 1957 : Participation à l’organisation de la grève générale
  • Conseiller au CCE (Comité de coordination et d’exécution)

⛓️ Arrestation et emprisonnement (1958-1962)

Le 6 janvier 1958, Amar Ouzegane est arrêté à Kouba, où il s’était réfugié après le démantèlement de la Zone autonome d’Alger et l’arrestation de Yacef Saâdi.

⚖️ Condamnation

Jugé par le Tribunal militaire d’Alger, il est condamné à huit ans de prison pour « association de malfaiteurs et atteinte à la Sûreté de l’État ».

Transféré à la prison de Fresnes (France) à la suite de l’aggravation de son diabète, il y restera jusqu’en avril 1962.

À sa libération, il rejoint Tunis avant de regagner Alger après l’indépendance.

🏛️ Ministre de l’Algérie indépendante

À l’indépendance, Amar Ouzegane est une personnalité emblématique du ralliement au FLN et garant d’un socialisme national. Il apporte son concours à la marche d’Ahmed Ben Bella vers la présidence.

📋 Fonctions officielles (1962-1965)

Député de Médéa

Assemblée constituante (1962)

Ministre de l’Agriculture

et de la Réforme agraire (sept. 1962)

Ministre d’État

Septembre 1964

Ministre du Tourisme

Déc. 1964 – 19 juin 1965

En tant que ministre de l’Agriculture, il est co-signataire des décrets de mars 1963 sur l’autogestion des fermes précédemment coloniales, mesure phare du socialisme algérien.

Directeur de Révolution africaine (1964-1965)

Le 1er septembre 1964, le Comité central du FLN le désigne directeur de l’hebdomadaire du parti unique, Révolution africaine, pour remplacer Mohammed Harbi considéré comme « trop marxiste » et faire valoir un discours conciliant le progressisme social et l’Islam.

📰 La censure du 20 août 1965

Le numéro 134 de Révolution africaine (21 août 1965), contenant un dossier où Ouzegane se prévaut d’être le principal rédacteur de la plateforme de la Soummam, est entièrement détruit par la Sécurité militaire du régime Boumediene. Les 20 000 exemplaires sont saisis et remplacés par un tout autre numéro.

Après le coup d’État du 19 juin 1965, Amar Ouzegane n’occupe plus aucun poste de responsabilité sous Boumediene ni sous Chadli. Il décède le 5 mars 1981 à Alger.

📚 Héritage et œuvre écrite

Amar Ouzegane laisse une œuvre écrite majeure : Le Meilleur Combat, publié en 1962 aux éditions Julliard. Dans cet ouvrage, il expose ses désaccords avec le mouvement communiste et justifie ses choix nationalistes.

👨‍👩‍👧 La famille Ouzegane

Marié en 1945, père de trois enfants, Amar Ouzegane est l’oncle de :

  • Malika Ouzegane — Cofondatrice de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme
  • Fettouma Ouzegane — Militante, mère d’Ali Fawzi Rebaine (homme politique)

Décoré Ahid de l’ordre du Mérite national d’Algérie, Amar Ouzegane reste une figure complexe de l’histoire algérienne : d’abord défenseur de la souveraineté française, puis rallié au nationalisme, il incarne les contradictions et les évolutions d’une génération d’intellectuels algériens face à la question coloniale.

❓ Questions fréquentes sur Amar Ouzegane

Qui était Amar Ouzegane ?

Amar Ouzegane (1910-1981) était un militant communiste puis nationaliste algérien. Secrétaire général du PCA de 1943 à 1946, député communiste en 1945, exclu du PCA en 1947, il devient le principal rédacteur de la plateforme du Congrès de la Soummam (1956). Après l’indépendance, il est ministre de l’Agriculture puis du Tourisme sous Ben Bella.

Quel rôle Amar Ouzegane a-t-il joué dans la rédaction de la plateforme de la Soummam ?

Sous la direction d’Abane Ramdane, Amar Ouzegane fut le principal rédacteur de la plateforme du Congrès de la Soummam (août 1956). Ce texte fondateur de 77 pages, écrit à la main, définit les principes de la révolution : primauté du politique sur le militaire, de l’intérieur sur l’extérieur.

Pourquoi Amar Ouzegane a-t-il été exclu du PCA ?

Il fut exclu le 30 décembre 1947 pour avoir été « le principal responsable d’une politique qui a gêné le rassemblement des mouvements nationaux contre le colonialisme ». Entre 1943 et 1946, il avait défendu la souveraineté française et critiqué les nationalistes, position révisée par le PCA en 1946.

Quels postes ministériels Amar Ouzegane a-t-il occupés ?

Député de Médéa, il fut ministre de l’Agriculture et de la Réforme agraire (septembre 1962), co-signant les décrets sur l’autogestion, ministre d’État (septembre 1964), puis ministre du Tourisme (décembre 1964 au 19 juin 1965). Il fut aussi directeur de Révolution africaine de 1964 à 1965.

Qu’est-ce que le livre « Le Meilleur Combat » d’Amar Ouzegane ?

Publié en 1962 aux éditions Julliard, « Le Meilleur Combat » est l’ouvrage dans lequel Ouzegane expose ses désaccords avec le mouvement communiste et justifie ses choix nationalistes. Il y retrace son évolution politique, du communisme au nationalisme algérien.

Quelle était la famille d’Amar Ouzegane ?

Issu d’une famille de 14 enfants originaire d’Azazga en Kabylie, son grand-père, notable possédant plusieurs centaines d’hectares, fut tué lors de l’insurrection de 1871 menée par El Mokrani. Il est l’oncle de Malika Ouzegane (Ligue des droits de l’homme) et de Fettouma Ouzegane (mère d’Ali Fawzi Rebaine).

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📚 Sources

  • Wikipédia — « Amar Ouzegane »
  • Maitron — « OUZEGANE Amar [Dictionnaire Algérie] », par René Gallissot
  • El Watan — « Amar Ouzegane de A à Z » (17 août 2018)
  • Assemblée nationale — Base de données des députés français depuis 1789
  • Orient XXI — « Une page censurée de la révolution algérienne » (mars 2024)
  • Christian Phéline — « Pierre, feuille, ciseaux ! Alger, 20 août 1965 », Éditions du Croquant, 2023
  • Gilbert Meynier — « Histoire intérieure du FLN (1954-1962) », Fayard
  • Amar Ouzegane — « Le Meilleur Combat », Julliard, 1962
  • Mohammed Harbi — « Le FLN, mirages et réalités »
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