Algérie – Maroc : c’est la guerre ?
- Dzaïr Zoom / 2 mois
- 6 décembre 2025

Des déclarations virulentes, pressions étrangères, Sahara occidental en ébullition, frontières fermées depuis trente ans, extension de la coopération militaire Maroc–Israël, ruptures diplomatiques, cyberguerre, batailles médiatiques… Les relations Algérie–Maroc traversent la plus grave crise de leur histoire moderne. Mais sommes-nous réellement au bord d’un conflit armé ?
La question « Algérie – Maroc : c’est la guerre ? » revient avec insistance ces derniers temps. Et pour cause : depuis 2020, les tensions entre les deux voisins maghrébins ont atteint un niveau inédit. La rupture diplomatique décidée par Alger en 2021, la montée en puissance de la coopération Maroc–Israël, la compétition autour du Sahara occidental, la fermeture persistante des frontières, l’intensification des accusations de déstabilisation et les jeux géopolitiques impliquant les États-Unis, la France, l’ONU et plusieurs acteurs régionaux créent l’impression d’un engrenage dangereux.
Pourtant, malgré le climat belliqueux, aucun des deux pays ne souhaite une guerre ouverte. Le rapport de force s’exprime ailleurs : diplomatie, économie, renseignement, influence, cybersécurité et réputation internationale.
Voici un dossier complet, long, nuancé, stratégique, appuyé sur les faits et conçu pour répondre à toutes les requêtes fréquentes : tensions Algérie Maroc, Algérie Maroc guerre, Sahara occidental, normalisation Maroc Israël, etc.
De la fraternité révolutionnaire à la rivalité stratégique
L’histoire des relations algéro-marocaines est marquée par une succession de fraternité officielle, de méfiances profondes et de ruptures spectaculaires. Au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, les deux pays cultivent une proximité révolutionnaire. Mais dès 1963, la situation bascule avec la guerre des sables, premier affrontement armé entre les deux jeunes États indépendants.
Ce conflit, lié à des litiges frontaliers mal définis à l’époque coloniale, forge une blessure durable dans les imaginaires politiques.
Dans les décennies suivantes, les relations alternent entre coopération et crispations successives, notamment autour du Sahara occidental. Les années 1990 aggravent le fossé : après l’attentat de Marrakech en 1994, Rabat impose des visas aux Algériens et Alger ferme la frontière terrestre, une situation toujours en vigueur trente ans plus tard.
Les dossiers qui fâchent : Sahara, frontières, accusations croisées
Le Sahara occidental, cœur de la discorde
Le conflit du Sahara occidental est la clé centrale de la rivalité.
Le Maroc considère ce territoire comme partie intégrante de son unité nationale et met en avant son plan d’autonomie, présenté comme solution réaliste et soutenu par un nombre croissant de puissances occidentales.
L’Algérie, elle, soutient le Front Polisario, défend le droit à l’autodétermination, et s’appuie sur la doctrine onusienne d’un référendum jamais appliqué.
Le Conseil de sécurité renouvelle chaque année le mandat de la MINURSO, mission chargée de surveiller la trêve. Sur le terrain, la reprise des hostilités entre le Polisario et le Maroc depuis 2020 entretient un climat de tension chronique.
Frontières fermées et rupture diplomatique
La frontière terrestre reste fermée depuis 1994, un cas unique en Afrique du Nord.
En août 2021, l’Algérie annonce la rupture des relations diplomatiques :
accusation d’« actes hostiles » marocains,
implication supposée de Rabat dans les incendies en Kabylie,
tensions autour du mouvement MAK de Ferhat Mehenni,
espionnage électronique présumé (Pegasus),
rapprochement militaire Maroc–Israël jugé menaçant.
Peu après, Alger ferme également son espace aérien aux avions marocains.
Le gazoduc Maghreb-Europe, qui transitait par le Maroc, n’est pas renouvelé.
Accusations de déstabilisation et guerre hybride
Les deux pays s’accusent mutuellement de guerre hybride, une forme de confrontation indirecte :
soutien supposé du Maroc au MAK
soutien algérien déclaré au Polisario
cyberattaques et offensives informationnelles
pressions diplomatiques dans l’Union africaine et au sein des capitales occidentales
2020–2025 : pourquoi la tension a explosé

La normalisation Maroc–Israël et le tournant géopolitique
En 2020, Rabat rétablit officiellement ses relations avec Israël, dans le cadre d’un accord où les États-Unis reconnaissent la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.
Pour Alger, cet accord crée un risque stratégique inédit :
coopération sécuritaire Maroc–Israël (cyber, drones, renseignement),
présence d’entreprises de défense israéliennes proches du Sahara,
crainte d’un encerclement hostile au Maghreb.
Cette normalisation est perçue comme un casus belli diplomatique, pas militaire mais symboliquement très fort.
Rupture totale : 2021, l’année de bascule
L’année 2021 marque le point de non-retour :
rupture diplomatique
fermeture de l’espace aérien
suspension du gazoduc Maghreb-Europe
échanges verbaux d’une rare dureté entre dirigeants
incidents meurtriers dans la zone saharienne (camions algériens détruits)
Depuis, aucun dialogue structuré n’a repris.
Europe : Madrid, Paris, Bruxelles… un basculement vers Rabat
En 2022, l’Espagne soutient officiellement le plan d’autonomie marocain, suivie ensuite par d’autres pays européens.
La France, longtemps prudente, se rapproche elle aussi progressivement de cette vision.
Pour Alger, ces évolutions reflètent :
un basculement européen pro-Rabat,
une pression diplomatique visant à isoler l’Algérie sur le dossier sahraoui,
un risque de déstabilisation indirecte.
États-Unis, ONU, Israël, France : qui pèse sur le dossier ?
ONU et MINURSO : un statu quo qui dure
L’ONU tente depuis 30 ans de maintenir une paix fragile.
Mais le processus politique est bloqué :
absence de négociations directes Maroc–Polisario,
divergences sur le statut final,
pressions géopolitiques extérieures.
Le risque d’escalade demeure tant que le conflit reste gelé.
Les États-Unis : soutien ferme à Rabat, pression modérée sur Alger
Washington joue un rôle clé :
reconnaissance américaine du Sahara marocain (Trump),
absence de retrait officiel (Biden),
volonté d’éviter une guerre au Maghreb,
importance du Maghreb dans la lutte anti-terroriste, la compétition avec la Chine et la Russie.
Les États-Unis cherchent à empêcher un conflit ouvert, mais renforcent simultanément la position marocaine.
Israël : un nouvel acteur déstabilisant pour Alger
La présence croissante d’Israël au Maroc transforme l’équation sécuritaire :
ventes de drones meurtriers,
coopération en cybersécurité,
partenariats industriels militaires.
Pour l’opinion publique algérienne, largement acquise à la cause palestinienne, ce rapprochement est vécu comme une provocation majeure.
La France : entre deux feux
Paris tente de ménager les deux pays, mais depuis 2023–2024, l’évolution de sa politique extérieure la rapproche de Rabat sur la question du Sahara.
Cela crée une tension froide avec Alger, déjà irritée par la gestion française des dossiers mémoriels et du visa.
Algérie vs Maroc : est-ce vraiment « la guerre » ?
Pas de guerre ouverte
Malgré les discours, personne n’a intérêt à un conflit militaire :
l’Algérie dépend de la stabilité de ses frontières sud et est,
le Maroc mise sur son attractivité économique et touristique,
les deux pays risqueraient une catastrophe régionale.
Ainsi, pas de guerre, mais une confrontation tous azimuts.
Une rivalité multidimensionnelle
Les deux États s’affrontent désormais via :
la diplomatie,
les médias,
l’économie,
la cybersécurité,
le renseignement,
l’influence dans l’Union africaine,
le lobbying à Washington et Bruxelles.
Les lignes rouges
Pour Alger :
refus catégorique de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental,
rejet de la présence israélienne au Maroc,
sécurité nationale (Kabylie, Sahel).
Pour Rabat :
reconnaissance internationale du Sahara comme marocain,
intégrité territoriale non négociable,
marginalisation du Polisario.
Impact sur le Maghreb, l’Afrique et la diaspora
Un Maghreb bloqué
L’un des blocs régionaux les moins intégrés au monde :
aucun commerce intra-maghrébin significatif,
projets économiques paralysés,
incapacité à constituer un bloc politique africain ou méditerranéen.
L’Union africaine et la bataille du Sahara
L’Afrique est divisée :
certains États soutiennent Rabat,
d’autres la RASD (République sahraouie), membre fondateur de l’UA.
Le conflit y est une source de fracture persistante.
Diaspora : entre solidarité et tensions
En Europe, notamment en France, Belgique et Espagne :
les diasporas suivent attentivement les tensions,
les réseaux sociaux attisent parfois un climat de rivalité,
les jeunes générations s’identifient à des narratifs opposés.
Scénarios : escalade, statu quo, détente ?
Scénario 1 : l’escalade contrôlée (le plus probable)
cyberguerre continue,
incidents localisés au Sahara,
intensification du lobbying international,
surenchère symbolique.
Scénario 2 : statu quo prolongé
frontières toujours fermées,
absence totale de dialogue,
gestion technique de la crise sans solution politique.
Scénario 3 : détente progressive (le moins probable mais possible)
médiation de pays tiers (Qatar, Arabie saoudite, Émirats, USA),
efforts de l’ONU,
changement de doctrine en Europe.
FAQ – Conflit Algérie – Maroc
L’Algérie et le Maroc sont-ils en guerre ?
Non. Il n’y a aucune guerre ouverte. Les tensions sont graves, mais relèvent de la diplomatie, du cyber, de l’influence et du Sahara occidental.
Pourquoi les relations sont-elles aussi tendues ?
Le cœur du conflit est le Sahara occidental, auquel s’ajoutent : la normalisation Maroc–Israël, la rupture diplomatique de 2021, les accusations de déstabilisation et la fermeture des frontières.
Pourquoi les frontières Algérie–Maroc sont-elles fermées ?
Elles sont fermées depuis 1994, après un attentat à Marrakech. L’Algérie a pris cette décision en réponse à l’imposition de visas aux Algériens par Rabat. Depuis, aucun accord n’a permis leur réouverture.
Quel est le rôle d’Israël dans les tensions ?
Israël est désormais un acteur central via son alliance militaire avec le Maroc, perçue par Alger comme une menace directe.
Le conflit du Sahara peut-il mener à une guerre ?
Un affrontement direct est peu probable, mais des incidents localisés peuvent continuer, notamment entre le Maroc et le Polisario.
La France soutient-elle le Maroc ?
Paris s’est rapproché de la position marocaine sur le Sahara, ce qui irrite Alger. Cependant, la France maintient officiellement une posture d’équilibre.







































































































































































































































































































































































































































































































































































































