#Musique

Akli Yahyaten

 
 

ⵣ Le Patriarche de la Musique Kabyle

Akli Yahyaten

Né en 1933 • La Voix de Fresnes • L’Architecte du Folk Berbère

Plus qu’un chanteur, Akli Yahyaten est la mémoire vivante de la lutte et de l’exil. Entre les murs des prisons et les scènes internationales, il a forgé une œuvre où la dignité amazighe rencontre l’universalité du blues algérois.

🎵 Musique Kabyle • Chanson de l’Exil
📍 Boghni • Paris • Tunis
⛓️ Troupe du FLN

🏔️ Fiche d’Identité du Monument Kabyle
🎂
Naissance
17/02/1933
Boghni, Kabylie
🎸
Instrument
Mandole & El-Oud
Maîtrise absolue
⛓️
Militantisme
FLN (Fédération de France)
Fresnes, 1957
📀
Album Culte
Ya El Menfi
Plus de 50 ans de succès
👑
Surnom
Le Patriarche
Icône Amazighe

Akli Yahyaten n’est pas seulement une légende de la musique kabyle, il est l’architecte du sentiment d’appartenance de la diaspora algérienne. Né dans la rudesse des monts de Boghni, il a su marier la rigueur poétique de Hadj M’hamed El Anka au génie de l’exil de Slimane Azem. De la prison de Fresnes aux plateaux de la Radio nationale, son parcours est une épopée de résistance, d’élégance et de fidélité à l’identité amazighe.

« 

Le mandole est ma seule arme. J’ai chanté pour que les barreaux des prisons ne soient pas plus forts que la voix d’un peuple.

— Akli Yahyaten, lors de son jubilé

⛰️
Boghni et l’éveil du barde montagnard

Akli Yahyaten naît en 1933 dans le village d’Aït Mendès, niché dans les contreforts du Djurdjura à Boghni (wilaya de Tizi Ouzou). Orphelin de père très jeune, il est élevé dans le culte de la parole poétique. Dans cette Kabylie coloniale, la musique est le seul espace de liberté.

Dès l’adolescence, il s’imprègne de l’art des Ameddahs (bardes errants) et apprend à jouer du mandole en écoutant les maîtres de quartier. En 1952, âgé de 19 ans, il suit le chemin tracé par tant d’autres et s’embarque pour la France. Il s’installe à Paris, travaillant le jour dans des usines et des ateliers, et polissant ses premières compositions la nuit dans les foyers ouvriers.

🎭 L’influence de Barbès

À Paris, il fréquente les cabarets de la Goutte d’Or et de Barbès. C’est là qu’il croise Cherif Kheddam, qui l’encourage à professionnaliser son jeu. Il commence alors à enregistrer ses premiers 78 tours, devenant rapidement une voix familière des immigrés algériens.

🛡️
Le militant FLN et le sacrifice de la liberté

L’engagement politique d’Akli Yahyaten est indissociable de sa carrière. Dès 1954, il rejoint la **Fédération de France du FLN**. Il utilise sa notoriété naissante pour collecter des fonds et transmettre des messages. En 1957, il est arrêté par les autorités françaises et incarcéré à la prison de Fresnes.

C’est derrière ces barreaux qu’il va composer ce qui restera comme son acte de résistance le plus puissant : sa poésie carcérale. Interdit de mandole, il fredonne les mélodies et mémorise les couplets avec ses compagnons de cellule. Cette épreuve fera de lui non plus seulement un chanteur populaire, mais un symbole de la dignité nationale.

⛓️
Ya El Menfi : L’hymne des condamnés

Composée dans l’obscurité des geôles coloniales, Ya El Menfi (L’Exilé) est sans doute la chanson algérienne la plus reprise au monde. Inspiré par les chants des déportés algériens en Nouvelle-Calédonie au XIXe siècle, Akli Yahyaten réactualise cette douleur ancestrale pour en faire le miroir de l’immigration ouvrière.

Le texte, d’une sobriété poignante, raconte l’adieu à la mère, la dureté de l’incarcération et l’espoir fou de la liberté. Des décennies plus tard, Rachid Taha lui donnera une audience mondiale, mais c’est bien la version originelle d’Akli qui porte en elle le parfum de la terre algérienne meurtrie.

🎼

Une mélodie bilingue

Akli Yahyaten a eu le génie de chanter ‘Ya El Menfi’ en arabe dialectal algérois, permettant à tous les Algériens de s’identifier, tout en gardant une orchestration typiquement kabyle.

🇩🇿
La Troupe Artistique du FLN : L’ambassadeur culturel

Après sa libération en 1959, sur ordre du FLN, Akli rejoint Tunis pour intégrer la célèbre **Troupe Artistique du FLN**. Sa mission est diplomatique et culturelle : porter la voix de la révolution algérienne sur les scènes mondiales. Il se produit en URSS, en Yougoslavie et dans tout le monde arabe.

C’est durant ces années que sa technique vocale s’affine au contact des autres maîtres. Il devient l’un des rares artistes capables de marier la ferveur guerrière aux nuances lyriques du Hawzi oranais ou du Chaâbi algérois. Il rentre à Alger en 1962 avec le statut de héros de la culture nationale, accueilli par le président Mohamed Boudiaf et ses compagnons de lutte.

🎻
Le maître du mandole : Entre jazz-raï et tradition

Ce qui distingue Akli Yahyaten de la vague folk kabyle des années 70 (Idir, Aït Menguellet), c’est son attachement à l’instrumentation citadine. Akli est un maître du mandole, l’instrument hybride créé pour El Anka. Son jeu est nerveux, percutant, typique de l’école de la Casbah.

Pourtant, il a su y injecter une modernité étonnante, n’hésitant pas à collaborer avec des arrangeurs de talent pour introduire des synthétiseurs et des rythmiques modernes dans ses albums des années 80. Ce « Son Yahyaten » a préfiguré ce que certains appelleront plus tard le Jazz-Raï ou la Fusion Méditerranéenne. Il reste à ce jour l’un des rares artistes à être respecté aussi bien par les puristes du Chaâbi que par les défenseurs du Rock algérien.

L’anecdote du mandole

Dda Akli raconte souvent que son premier mandole lui a été offert par des ouvriers immigrés qui s’étaient cotisés pour lui permettre de s’exprimer. Pour lui, chaque note jouée est une dette remboursée à son peuple.

🏛️
Le patriarche et sa postérité éternelle

Toujours actif et présent dans le cœur des Algériens, Akli Yahyaten a traversé les décennies avec une dignité royale. Il a inspiré les plus grands, de Matoub Lounès (qui voyait en lui un père spirituel) à la scène rock-raï de Dahmane El Harrachi. Ses textes sont aujourd’hui étudiés pour leur richesse lexicale et leur portée sociologique.

Il laisse derrière lui un héritage de plus de 200 chansons qui sont autant de jalons de l’histoire algérienne. Pour le public, il restera « L’homme de Ya El Menfi », celui qui a su transformer la plus sombre des prisons en la plus belle des chansons d’espoir.

📀 Les chefs-d’œuvre incontournables
💿
Ya El Menfi : L’hymne universel de tous les déracinés.
💿
Zriɣ lberj n lεali : Une prouesse de mélodie kabyle classique.
💿
Abrid n Tizi Ouzou : La nostalgie du retour au village.


Questions fréquentes

Est-il vraiment l’auteur de Ya El Menfi ?

Akli Yahyaten a réadapté une complainte traditionnelle qui existait depuis le XIXe siècle. Il lui a donné sa structure moderne, ses couplets définitifs et sa mélodie inoubliable en 1957. C’est sa version qui est devenue la référence mondiale.

Pourquoi a-t-il été arrêté en 1957 ?

Akli était un membre actif de la Fédération de France du FLN. Il utilisait son influence pour lever des fonds et sensibiliser la diaspora. Son arrestation visait à étouffer l’une des voix les plus influentes de la révolution à Paris.

Quel est son lien avec Boghni ?

Boghni est sa terre natale. Il a toujours revendiqué cette identité de montagnard, qui se ressent dans la rudesse et la sincérité de son timbre vocal. Une place porte d’ailleurs son nom dans sa ville d’origine.

« On peut déraciner un homme, mais on ne peut pas déraciner sa voix. Elle fleurira partout où un Algérien rêve de son pays. »

— Hommage à Akli Yahyaten, le Phénix de Boghni

ⴰⴽⵍⵉ ⵢⴰⵃⵢⴰⵜⴻⵏ — La légende éternelle

Akli Yahyaten

Mohamed El Yazid

Akli Yahyaten

El Hadj Mohamed Ghaffour

Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *