Ahellil du Gourara : Patrimoine UNESCO de l’Algérie
- Dzaïr Zoom / 4 jours
- 8 février 2026

Patrimoine UNESCO 2008 • Sahara Algérien
Ahellil du Gourara
Le Chant Sacré des Oasis Zénètes
Genre poétique et musical des Zénètes berbérophones, l’Ahellil mêle chant polyphonique, danse et spiritualité dans les oasis du Gourara. Inscrit en 2008 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, il incarne l’âme d’un peuple du désert.
🎵 Bengri • Chœur • Poésie zénète
🌍 UNESCO 2008
L’Ahellil du Gourara est un genre poétique et musical emblématique des Zénètes, population berbère du sud-ouest algérien. Mêlant chant polyphonique, poésie, musique et danse, il se pratique lors des cérémonies collectives dans la centaine d’oasis du Gourara, autour de Timimoun. En 2008, l’UNESCO l’a inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité, reconnaissant son rôle dans la cohésion d’une communauté vivant dans un environnement désertique.
« L’Ahellil est une manifestation à la fois musicale, littéraire et chorégraphique, célébrée comme un spectacle profane en même temps qu’une cérémonie quasi religieuse. »
— Mouloud Mammeri, écrivain et anthropologue algérien
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Le Gourara : terre des Zénètes
Le Gourara (en amazigh : Tigurarin) est une région du sud-ouest algérien formée d’une centaine d’oasis. Cerné par le Grand Erg occidental au nord et le plateau du Tademaït au sud, il abrite plus de 50 000 habitants d’origines berbère, arabe et soudanaise. Sa capitale est Timimoun, surnommée l’« Oasis Rouge » pour ses maisons en terre ocre.
Les habitants primitifs du Gourara étaient des populations noires qui passèrent à partir des IVe-Ve siècles sous la domination des Berbères Zénètes. À partir du XIIe siècle, des populations arabes s’installèrent dans les oasis. Le Gourara est la seule région du Sahara algérien où le berbère zénète est encore parlé. L’Ahellil se pratique exclusivement dans cette partie berbérophone.
Aougrout
Charouine
Tinerkouk
Ouled Saïd
Ajdir
M’guiden
Le Gourara doit sa vie aux foggaras, un système d’irrigation millénaire attribué aux Berbères Zénètes. Ces galeries souterraines captent les eaux d’infiltration et permettent la culture des palmiers-dattiers. L’Ahellil, étroitement lié à l’agriculture oasienne, célèbre cette harmonie entre l’homme et le désert.
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Caractéristiques de l’Ahellil
L’Ahellil est simultanément poésie, chant polyphonique, musique et danse. Le nom dérive du mot arabe « tahlil » (louange), et non de « ahl ellil » (gens de la nuit) comme on le croit parfois. Les textes célèbrent Dieu, le Prophète, les saints de l’Islam et les walis (saints locaux) du Gourara.
Bengri (Temja)
Flûte à 7 trous. Instrument central qui accompagne les chants et guide la cérémonie.
Soliste
Chanteur principal qui mène le chœur et lance les appels auxquels répond l’assemblée.
Chœur
Peut compter jusqu’à 100 personnes formant un cercle, épaule contre épaule.
Danse lente
Rotation lente du cercle autour du flûtiste, tapements de mains en réponse au soliste.
- Sbou’a — Fête du Mouloud (naissance du Prophète), occasion principale
- Pèlerinages — Visites aux sanctuaires des walis locaux
- Fêtes religieuses — Aïd el-Fitr, Aïd el-Adha
- Mariages — Célébrations familiales
- Foires locales — Marchés et rassemblements communautaires
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Déroulement d’une séance
La pratique de l’Ahellil est très codifiée. Les chanteurs se tiennent debout et se disposent en cercle, coude à coude. Le flûtiste (joueur de bengri) se place à l’intérieur du cercle. La séance peut durer toute une nuit et se déroule selon un ordre immuable en trois phases successives.
Lemserreh
Début de soirée — Chants courts exécutés par tous les chanteurs présents. Phase d’échauffement qui se poursuit jusqu’à une heure avancée de la nuit. Les moins expérimentés participent à cette étape.
Aougrout
Cœur de la nuit — Les moins à l’aise se retirent. Les chanteurs expérimentés continuent avec des chants plus complexes et plus longs. Cette phase se poursuit jusqu’à l’aube.
Tra
Lever du soleil — Phase finale réservée aux meilleurs chanteurs. L’Ahellil s’achève avec l’aurore, marquant l’aboutissement spirituel de la cérémonie nocturne.
Les textes de l’Ahellil sont constitués de louanges (tahlil) à Dieu, au Prophète Mohamed, aux saints de l’Islam et aux walis (saints hommes) du Gourara. Ces poésies zénètes chantées sur un rythme lent véhiculent aussi l’histoire, les valeurs et l’identité du peuple zénète. Les traces écrites les plus anciennes remontent au XIVe siècle, conservées dans la région du Touat.
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Inscription UNESCO et sauvegarde
En 2005, l’Ahellil du Gourara a été proclamé chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité par l’UNESCO. En 2008, il a été inscrit sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Cette reconnaissance internationale couronne des décennies d’efforts pour préserver cette tradition ancestrale menacée.
Reconnaissance UNESCO
2005 — Proclamation comme chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel
2008 — Inscription sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel
Le dossier a été préparé par le CNRPAH (Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques) et cofinancé par l’Algérie et l’UNESCO.
L’Ahellil est menacé par plusieurs facteurs : la raréfaction des fêtes traditionnelles exigeant de longs préparatifs, la migration des jeunes vers les villes, et la multiplication des enregistrements que les gens préfèrent écouter plutôt que de participer activement. La langue zénète elle-même est menacée de disparition, ce qui fragilise la transmission orale des textes.
Chaque année, Timimoun accueille le Festival national culturel d’Ahellil, généralement en avril lors du mois du patrimoine. Plus de 25 troupes participent à cette manifestation qui contribue à faire connaître cet art au grand public. Des dizaines de jeunes troupes de la région perpétuent aujourd’hui cette mémoire, contredisant les prédictions de disparition du genre.
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Mouloud Mammeri et la découverte
Mouloud Mammeri (1917-1989), écrivain et anthropologue kabyle, a joué un rôle crucial dans la valorisation de l’Ahellil. Dès 1971, en tant que directeur du CRAPE (Centre de recherche en anthropologie, préhistoire et ethnologie), il mena des expéditions dans le Gourara à la recherche de manuscrits en langue amazighe.
Mouloud Mammeri (1917-1989)
C’est lors d’un séjour au Gourara que Mammeri rencontre Moulay Seddik Slimane, qui lui fait découvrir l’Ahellil. Fasciné, il consacre plusieurs séjours à documenter cette tradition. En collaboration avec l’UNESCO, il fait graver un 33 tours intitulé « Algérie Sahara » qui permet de faire connaître cette musique au-delà de ses frontières régionales.
Rachid Bellil, sociologue et anthropologue algérien, a poursuivi le travail de Mammeri. Son étude « Les oasis du Gourara » (1999) constitue la référence sur l’Ahellil. Selon ses recherches, l’Ahellil est « un recueil de poésies zénètes chantées dans un rythme lent ». Son travail a largement contribué à la constitution du dossier UNESCO.
Maître traditionnel
Interprète emblématique
Artiste contemporain
❓
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’Ahellil du Gourara ?
L’Ahellil est un genre poétique et musical emblématique des Zénètes, population berbère du Gourara (sud-ouest algérien). Mêlant chant polyphonique, poésie, musique et danse, il se pratique lors de cérémonies collectives. Un chœur (jusqu’à 100 personnes) tourne autour d’un flûtiste (bengri) et d’un soliste.
Pourquoi l’Ahellil est-il inscrit au patrimoine UNESCO ?
L’UNESCO a inscrit l’Ahellil en 2008 car il symbolise la cohésion de la communauté zénète dans un environnement désertique difficile et véhicule l’histoire et les valeurs d’un peuple dans une langue menacée de disparition. C’est l’un des deux patrimoines immatériels algériens avec le raï (2022).
Quand et où peut-on voir l’Ahellil ?
L’Ahellil se pratique principalement lors de la Sbou’a (fête du Mouloud), des mariages, pèlerinages et foires dans le Gourara (région de Timimoun). Le Festival national culturel d’Ahellil a lieu chaque année à Timimoun, généralement en avril pendant le mois du patrimoine.
Quels instruments sont utilisés dans l’Ahellil ?
L’Ahellil utilise principalement le bengri (aussi appelé temja), une flûte à 7 trous. Le flûtiste se tient au centre du cercle formé par le chœur. Contrairement à d’autres genres, il n’y a pas de percussions : le rythme est donné par les tapements de mains et la voix du soliste.
Qui a fait connaître l’Ahellil ?
Mouloud Mammeri (1917-1989), écrivain et anthropologue algérien, a joué un rôle crucial. Dès 1971, il a mené des expéditions au Gourara et produit un disque « Algérie Sahara » avec l’UNESCO. Rachid Bellil a poursuivi ce travail avec son étude « Les oasis du Gourara » (1999).
Comment se déroule une séance d’Ahellil ?
Une séance dure toute la nuit en trois phases : Lemserreh (début de soirée, chants courts pour tous), Aougrout (cœur de nuit, chanteurs expérimentés), Tra (lever du soleil, meilleurs chanteurs). Les participants forment un cercle autour du flûtiste, épaule contre épaule, tapant des mains.






































































































































































































































































































































































































































































































































































































