Abdelhamid Mehri
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Abdelhamid Mehri : Le Démocrate du FLN
Biographie complète du ministre du GPRA, secrétaire général du FLN de 1988 à 1996, artisan des accords de Sant’Egidio et défenseur infatigable de la démocratie et du Maghreb uni.
📍 El Khroub (Constantine)
⭐ Homme politique & Pédagogue
Abdelhamid Mehri est l’une des figures les plus respectées du mouvement national algérien. Militant du PPA-MTLD dès l’âge de 18 ans, membre du CNRA et du CCE, ministre du GPRA, il participe aux négociations qui mèneront à l’indépendance. Après 1962, il se consacre à l’éducation avant d’être rappelé comme ambassadeur puis secrétaire général du FLN (1988-1996). Démocrate convaincu, il s’oppose à l’interruption du processus électoral de 1992 et engage le FLN dans les accords de Sant’Egidio. Jusqu’à sa mort, il reste un ardent défenseur du Maghreb uni.
🏠 Origines et formation (1926-1946)
Abdelhamid Mehri naît le 3 avril 1926 à El Khroub, près de Constantine, dans l’Est algérien. Cependant, c’est à Oued Zenati qu’il grandit avec sa famille, où son père Amar est nommé imam.
Le jeune Abdelhamid apprend le Coran auprès de son père et de son frère aîné, Cheikh El Mouloud, qui prend la relève comme imam. Cette éducation religieuse traditionnelle forge son attachement aux valeurs arabo-musulmanes qu’il défendra toute sa vie.
Abdelhamid Mehri poursuit ses études à la prestigieuse université Zitouna de Tunis, où il côtoie d’autres futurs dirigeants du mouvement national. C’est dans cette ville qu’il s’éveille à la politique et découvre le PPA clandestin en 1946-1947.
Dès ses 18 ans, en 1944, Mehri manifeste son engagement : il participe à une manifestation à Oued Zenati contre le refus des autorités coloniales de permettre la construction d’une mosquée. Ce premier acte militant annonce un parcours entièrement consacré à la cause nationale.
⚔️ L’engagement nationaliste (1946-1954)
Le militant du PPA-MTLD
À Tunis, vers 1946-1947, Abdelhamid Mehri découvre l’existence d’une organisation clandestine du PPA. Il adhère au Parti du peuple algérien de Messali Hadj, puis au Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD).
Ses capacités intellectuelles et organisationnelles lui valent d’être rapidement élu président de l’Association des étudiants algériens à Tunis. En 1948, le parti le rappelle pour participer à la campagne électorale du premier Conseil algérien.
📋 Parcours avant 1954
- 📖
1946 : Études à l’université Zitouna (Tunis) - 🎖️
Président de l’Association des étudiants algériens à Tunis - ⭐
1949 : Rencontre Mohamed Boudiaf pour organiser l’acheminement d’armes depuis la Libye - 📰
1951-1953 : Membre du comité central du MTLD - ✏️
Journaliste au journal El Manar et correcteur au journal An Nasr
En 1949, Mohamed Boudiaf, accompagné de Mohamed Assami, rencontre Mehri en Tunisie pour organiser l’acheminement d’armes depuis la Libye. Expulsé de Tunis vers l’Algérie en janvier 1952, il continue son activité militante.
Parallèlement à son engagement politique, Mehri exerce comme journaliste au journal El Manar, aux côtés du Cheikh Mahmoud Bouzouzou. Il est également correcteur au journal An Nasr. Cette expérience médiatique lui donne un excellent sens de la communication qu’il conservera toute sa vie.
🔥 La Révolution et le GPRA (1954-1962)
Arrestation et libération
Le 22 décembre 1954, quelques semaines après le déclenchement de la Révolution, Abdelhamid Mehri est arrêté et incarcéré à la prison de Barberousse à Alger. Il y reste jusqu’en avril-mai 1955, date de sa libération provisoire.
Dès sa libération, il rejoint Le Caire où il est envoyé à Damas comme représentant permanent du FLN. Il écrit dans les journaux syriens pour défendre la cause algérienne et organise la représentation du Front dans la région.
Du CNRA au GPRA
En 1956, après le Congrès de la Soummam, Abdelhamid Mehri est élu membre du Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA). L’année suivante, en 1957, il intègre le Comité de coordination et d’exécution (CCE), l’organe exécutif de la Révolution.
Abdelhamid Mehri représente le FLN à la Conférence de Tanger le 29 avril 1958, qui réunit les principaux partis nationalistes du Maghreb (FLN algérien, Istiqlal marocain, Néo-Destour tunisien). Cette conférence jette les bases de l’unité maghrébine, un idéal que Mehri défendra toute sa vie.
Ministre du GPRA
Le 19 septembre 1958, lors de la constitution du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), Abdelhamid Mehri est nommé ministre des Affaires du Maghreb arabe. Dans la deuxième formation du GPRA (1959-1961), il devient ministre des Affaires sociales et culturelles.
« La guerre de libération a mené le pays vers l’indépendance, mais elle a failli sur ses deux autres objectifs : la construction d’un État réellement démocratique et l’édification du Grand Maghreb. »
Abdelhamid Mehri
Sur les objectifs inachevés de la Révolution
Le « Projet Mehri »
Abdelhamid Mehri est particulièrement connu pour le « projet Mehri », une proposition politique élaborée en réponse au projet d’autodétermination de De Gaulle. Ce projet défendait une vision algérienne de l’indépendance et constituait une réponse du GPRA aux propositions françaises pendant les négociations qui mèneront aux accords d’Évian.
📚 L’Algérie indépendante (1962-1988)
Le retrait et l’éducation
À l’indépendance, contrairement à beaucoup de ses compagnons, Abdelhamid Mehri se met en retrait de la vie politique. Il choisit de se consacrer au « travail utile et efficace » : l’éducation. Il enseigne d’abord au lycée Amara Rachid d’Alger comme professeur d’arabe.
En 1964, il devient directeur de l’École normale de Bouzaréah, poste qu’il occupe jusqu’en 1970. Il est ensuite nommé secrétaire général du ministère de l’Éducation nationale (1970-1977), où il œuvre pour la réintroduction de la langue arabe dans le système éducatif algérien.
📋 Fonctions après l’indépendance
- 👨🏫
1962 : Professeur d’arabe au lycée Amara Rachid - 🏫
1964-1970 : Directeur de l’École normale de Bouzaréah - 📋
1970-1977 : Secrétaire général du ministère de l’Éducation nationale - 📺
1979-1980 : Ministre de l’Information et de la Culture (gouvernement Chadli) - 🇫🇷
1984-1988 : Ambassadeur d’Algérie à Paris - 🇲🇦
1988 : Ambassadeur d’Algérie à Rabat
Le diplomate
Le pouvoir, en mal de compétences, rappelle Mehri pour lui confier des postes diplomatiques stratégiques. En 1979, il est nommé ministre de l’Information et de la Culture dans le premier gouvernement de Chadli Bendjedid.
De 1984 à 1988, il représente l’Algérie en France comme ambassadeur à Paris, où il jouit d’un grand respect auprès des responsables français. Il est ensuite nommé ambassadeur au Maroc, symbolisant son attachement à l’unité maghrébine.
🏛️ Secrétaire général du FLN (1988-1996)
Octobre 1988 : le choix de Mehri
En octobre 1988, les événements emportent le régime du parti unique. Comment réformer le FLN, parti-État ? Le président Chadli Bendjedid, alors secrétaire général du parti, demande à Abdelhamid Mehri, personnalité consensuelle connue pour sa probité et son humilité, de prendre la barre du FLN.
Au 6e congrès du FLN en novembre 1988, Abdelhamid Mehri est élu secrétaire général. Il s’engage à transformer le vieux parti pour l’adapter à l’ère du multipartisme, en restant fidèle à l’esprit du 1er Novembre 1954.
L’opposition à l’interruption du processus électoral
En janvier 1992, le Front islamique du salut (FIS) remporte le premier tour des élections législatives. Face à la menace d’une victoire islamiste, l’armée interrompt le processus électoral. Mehri, démocrate convaincu, refuse le principe de cette interruption.
Fait inédit dans l’histoire algérienne, le FLN entre en dissidence contre le pouvoir sous la direction de Mehri. Le parti s’inscrit dans une ligne « réconciliatrice », s’opposant à une solution exclusivement militaire face à l’islamisme armé.
Sant’Egidio : la quête de la paix
En janvier 1995, alors que la violence ravage le pays, Abdelhamid Mehri franchit un pas décisif. Il engage le FLN dans les accords de Sant’Egidio, du nom de la communauté catholique romaine qui joue le rôle de médiateur dans le conflit algérien.
Le 13 janvier 1995, la « Plateforme pour une solution politique et pacifique de la crise algérienne » est signée par :
- FLN : Abdelhamid Mehri
- FFS : Hocine Aït Ahmed
- FIS (dissous) : Rabah Kebir, Anouar Haddam
- PT : Louisa Hanoune
- MDA : Ahmed Ben Bella
- LADDH : Ali Yahia Abdennour
Cette initiative, qui prône le dialogue, l’arrêt de la violence et le respect du multipartisme, est rejetée par le pouvoir algérien, qui y voit une ingérence étrangère.
Le « coup d’État scientifique »
Le 19 janvier 1996, Abdelhamid Mehri est évincé de son poste de secrétaire général du FLN par ce qu’il appellera un « coup d’État scientifique ». Le parti est repris en main par les partisans du président Liamine Zéroual.
De retour de Sant’Egidio, Mehri avait été fouillé, son passeport diplomatique confisqué et sa valise renversée. Mais l’homme ne se taira jamais. Jusqu’à sa mort, il continuera à plaider pour la démocratie et la réconciliation nationale.
🏆 Héritage et reconnaissance
Les dernières années
Après son éviction du FLN, Abdelhamid Mehri reste un observateur averti de la scène politique algérienne. En 1996, il est élu secrétaire général du Congrès national arabe. Avec ses amis Mouloud Hamrouche (ancien Premier ministre) et Hocine Aït Ahmed, il lance plusieurs initiatives politiques.
Jusqu’à sa mort, Mehri n’a jamais admis la fermeture des frontières entre l’Algérie et le Maroc. Il plaidait pour un « Maghreb démocratique », convaincu que les buts de la Révolution restaient inachevés : l’indépendance, la démocratie et l’édification du Grand Maghreb.
« Seules les libertés démocratiques inscrites dans l’appel du Premier Novembre pouvaient permettre de dépasser la crise traversée par le pays. »
Abdelhamid Mehri
Sur la crise algérienne des années 1990
Le décès et les obsèques
Abdelhamid Mehri s’éteint le 30 janvier 2012 à l’hôpital militaire d’Aïn Naâdja à Alger, à l’âge de 85 ans, des suites de complications respiratoires. Ses obsèques se déroulent en présence d’une foule immense, réunissant des personnalités de toutes les sensibilités politiques : deux anciens chefs d’État (Chadli Bendjedid et Ali Kafi), de nombreux ex-Premiers ministres, des ex-islamistes radicaux et des militants laïques.
Mort, il continue à faire ce qu’il a fait toute sa vie : rassembler.
L’Université Abdelhamid Mehri Constantine 2
En hommage à son parcours, l’Université Constantine 2, située dans la nouvelle ville Ali Mendjeli, porte son nom. L’Université Abdelhamid Mehri Constantine 2 perpétue ainsi la mémoire de cet homme de conviction, pédagogue et démocrate.
❓ Questions fréquentes sur Abdelhamid Mehri
Qui était Abdelhamid Mehri ?
Abdelhamid Mehri (1926-2012) était un homme politique algérien, figure majeure du mouvement national. Militant du PPA-MTLD, il devient membre du CNRA et du CCE pendant la Révolution, puis ministre du GPRA. Après l’indépendance, il est ambassadeur à Paris et Rabat, puis secrétaire général du FLN de 1988 à 1996. Il reste célèbre pour son engagement démocratique et son rôle dans les accords de Sant’Egidio.
Qu’est-ce que le « projet Mehri » ?
Le « projet Mehri » est une proposition politique élaborée par Abdelhamid Mehri en réponse au projet d’autodétermination de De Gaulle. Ce projet défendait une vision algérienne de l’indépendance et constituait une réponse du GPRA aux propositions françaises pendant les négociations qui mèneront aux accords d’Évian.
Quel rôle Abdelhamid Mehri a-t-il joué à Sant’Egidio ?
En janvier 1995, Abdelhamid Mehri, alors secrétaire général du FLN, engage son parti dans les accords de Sant’Egidio à Rome. Cette plateforme réunissait l’opposition algérienne (FLN, FFS, FIS dissous, PT, MDA) pour trouver une solution politique à la crise. Rejetée par le pouvoir, cette initiative lui vaudra d’être évincé du FLN en 1996.
Pourquoi Abdelhamid Mehri a-t-il été évincé du FLN ?
Abdelhamid Mehri s’était opposé à l’interruption du processus électoral en janvier 1992 et avait engagé le FLN dans une ligne réconciliatrice, culminant avec les accords de Sant’Egidio en 1995. Le 19 janvier 1996, il est évincé par un « coup d’État scientifique » orchestré par les partisans du président Liamine Zéroual.
Quelles fonctions Abdelhamid Mehri a-t-il occupées pendant la Révolution ?
Pendant la guerre de libération, Abdelhamid Mehri fut membre du CNRA (1956), membre du CCE (1957), puis ministre des Affaires nord-africaines (1958-1959) et ministre des Affaires sociales et culturelles (1959-1961) au sein du GPRA. Il participa également à la Conférence de Tanger en 1958.
Quelle était la vision d’Abdelhamid Mehri pour le Maghreb ?
Abdelhamid Mehri était un fervent partisan de l’unité maghrébine. Il n’a jamais accepté la fermeture des frontières entre l’Algérie et le Maroc et plaidait pour un « Maghreb démocratique ». Jusqu’à sa mort, il a considéré que les objectifs de la Révolution restaient inachevés : l’indépendance, la démocratie et l’édification du Grand Maghreb.
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