#Personnalités algériennes

Abdelhamid Ben Badis

Abdelhamid Ben Badis : le réformateur qui a réarmé l’Algérie par l’école, la langue et la presse

Abdelhamid Ben Badis (1889-1940) n’a pas commandé de maquis, ni signé d’accords diplomatiques. Il a fait autre chose : rebâtir une conscience par l’école, la langue, la réforme religieuse et la presse, depuis Constantine. Fondateur de l’Association des Oulémas musulmans algériens (1931), il a installé une idée simple et redoutable : une nation qui se connaît et s’instruit devient difficile à effacer.

Dans l’Algérie coloniale, la bataille n’est pas seulement militaire ou politique : elle se joue aussi dans les mots, les programmes scolaires, les mosquées et les journaux. Ben Badis comprend très tôt que l’assimilation avance quand une société perd ses repères, ses maîtres et sa capacité à transmettre. Son œuvre se lit comme une stratégie : former, publier, organiser — et, surtout, donner un cadre à une identité collective sans sombrer dans le slogan.

Fiche d’identité : Abdelhamid Ben Badis

NomAbdelhamid Ben Badis (عبد الحميد بن باديس)
Naissance4 décembre 1889, Constantine
Décès16 avril 1940, Constantine
RôleImam, éducateur, réformateur, figure du nationalisme culturel
OrganisationFondateur et président de l’Association des Oulémas musulmans algériens (créée le 5 mai 1931 à Constantine)
PresseAl-Muntaqid (1925), puis El Chihab / Al-Shihab (à partir de 1925)
CommémorationLe 16 avril est associé à la Journée du savoir (Youm El Ilm) en Algérie

1) Constantine : origines, formation, choix d’une voie

Pour comprendre Ben Badis, il faut revenir à Constantine, ville de savoir, de commerce et de prestige religieux. Il y naît en 1889 et y meurt en 1940 : toute sa trajectoire est tendue entre deux dates et une même conviction — éduquer pour résister. Les sources convergent sur l’essentiel : Ben Badis se forme dans les sciences religieuses, s’inscrit dans un courant de réforme (islah) et revient avec une obsession pratique : comment relever une société lorsque l’école, l’administration et l’espace public sont dominés par un pouvoir colonial qui organise l’inégalité ?

Son génie n’est pas de produire une œuvre savante coupée du réel, mais de transformer une position d’imam en poste de commandement culturel. La mosquée devient une salle de classe, et la classe une fabrique d’arguments. À l’échelle de l’histoire algérienne, Ben Badis occupe une place charnière : il précède la séquence insurrectionnelle, mais il prépare le terrain sur lequel le nationalisme politique va prendre appui — celui de la conscience collective.

Repères : une stratégie en trois verbes

  • Former : ouvrir des espaces d’apprentissage et structurer l’enseignement de l’arabe.
  • Publier : utiliser la presse pour toucher au-delà des cercles religieux.
  • Organiser : créer une institution (les Oulémas) capable de durer.

2) Réforme : ce que Ben Badis combat, ce qu’il propose

Le mot « réforme » est souvent mal compris : chez Ben Badis, il ne s’agit pas d’un aggiornamento vague, mais d’un projet précis. D’un côté, il s’attaque aux pratiques religieuses qu’il juge dévoyées et aux formes d’autorité qu’il estime arbitraires ; de l’autre, il défend une religion enseignable, structurée, compatible avec la discipline de l’étude. Cette démarche s’inscrit dans le réformisme musulman de l’époque, qui traverse le Maghreb et le Machrek, avec l’idée que la décadence n’est pas une fatalité, mais un déficit de savoir, d’institutions et de méthode.

Dans l’Algérie coloniale, ce programme a une conséquence politique immédiate : réformer, c’est soustraire des esprits à l’assimilation. En insistant sur la langue arabe, sur l’instruction, sur la dignité collective, Ben Badis travaille là où l’administration coloniale est la plus vulnérable : la légitimité morale. Des historiens et travaux académiques rappellent que ce mouvement milite pour un réveil d’une nation algérienne opposée à l’idéologie assimilationniste. :contentReference[oaicite:0]{index=0}

3) La presse et l’école : Al-Muntaqid, El Chihab, les classes

Ben Badis comprend une règle simple : une idée sans canal est une idée confinée. Dès 1925, il s’appuie sur la presse pour diffuser un discours réformiste et pédagogique. Plusieurs sources documentent le lancement d’Al-Muntaqid à Constantine en juillet 1925, puis l’essor d’El Chihab / Al-Shihab qui lui succède et s’installe comme un organe majeur du courant réformiste. :contentReference[oaicite:1]{index=1}

Ce travail journalistique n’est pas un à-côté : c’est le cœur de sa méthode. La presse permet de répondre, de contredire, d’expliquer, de donner des repères — et de relier la foi à des enjeux concrets : éducation, mœurs publiques, solidarité, dignité. En parallèle, l’école s’organise : enseignement de l’arabe, cercles d’étude, institutions éducatives. L’objectif n’est pas seulement linguistique : c’est une politique de transmission.

Cette logique éclaire aussi les passerelles, plus tard, entre réformisme et nationalisme politique. Des figures comme Messali Hadj ou Ferhat Abbas incarnent d’autres voies (partis, élus, tribunes), mais toutes se heurtent à une même question : comment faire peuple quand l’État colonial fait « sujets » ?

4) 1931 : la création des Oulémas, une institution nationale

La date est capitale : 5 mai 1931, à Constantine, naissance de l’Association des Oulémas musulmans algériens. Ce n’est pas un simple regroupement d’érudits : c’est une structure avec un programme, une discipline et une capacité d’essaimage. Des sources académiques détaillent la portée institutionnelle de cette création et la manière dont l’association se donne les moyens d’une action durable. :contentReference[oaicite:2]{index=2}

Ben Badis en devient la figure centrale et impose un style : rigueur morale, priorité à l’instruction, combat contre l’effacement culturel. Autour, d’autres noms comptent — notamment Mohamed El Bachir El Ibrahimi, compagnon de route et intellectuel majeur du même mouvement.

Pourquoi 1931 change la donne

Avant 1931, la réforme existe, mais elle reste souvent fragmentée. Avec l’Association, elle devient coordonnée : des écoles, des prêches, des textes, un réseau. Autrement dit : une idée qui se dote d’une logistique finit par peser politiquement — même lorsqu’elle se présente d’abord comme éducative.

5) Nationalisme culturel : langue, religion, patrie

Ben Badis est souvent résumé par une formule devenue emblématique : « L’Algérie est ma patrie, l’arabe est ma langue, l’islam est ma religion. » Des travaux universitaires rappellent la centralité de cette phrase dans le discours réformiste et son rôle de boussole identitaire face à l’assimilation. :contentReference[oaicite:3]{index=3}

Cette formule, justement parce qu’elle est nette, a aussi nourri des débats : place de l’amazighité, définition de la nation, hiérarchie des appartenances. Lire Ben Badis sérieusement, c’est éviter deux pièges : le sanctifier en dehors de l’histoire, ou le juger avec des catégories d’aujourd’hui sans contexte. Dans son époque, il cherche un socle mobilisateur susceptible d’unifier une société fracturée par le statut colonial. Son langage est celui d’un stratège culturel : il choisit des marqueurs qu’il estime immédiatement transmissibles et fédérateurs.

Dans la galaxie des personnalités algériennes, Ben Badis occupe une place singulière : il n’est ni l’homme des armes comme Ahmed Zabana, ni l’architecte politico-militaire d’une zone comme Mostefa Ben Boulaïd. Il est l’homme des fondations : ce que l’on transmet, ce que l’on lit, ce que l’on apprend.

6) Héritage : Youm El Ilm, mémoire, débats contemporains

La postérité de Ben Badis tient en un symbole : le 16 avril, date de sa mort, associée à la Journée du savoir (Youm El Ilm) en Algérie. Des institutions et sites publics rappellent cette commémoration annuelle, qui lie explicitement mémoire nationale et exigence éducative. :contentReference[oaicite:4]{index=4}

Mais l’héritage n’est pas qu’un hommage : il est une question posée au présent. Qu’a fait l’Algérie indépendante de la promesse badissienne — école, rigueur, méthode ? Et comment relire un réformateur du début du XXe siècle à l’heure où l’identité se discute aussi sur les réseaux sociaux, entre simplifications, polémiques et reconstructions rapides ?

Une lecture honnête conduit à une conclusion nuancée : Ben Badis a offert une infrastructure intellectuelle (réseaux, presse, normes éducatives) qui a irrigué des générations. Il n’a pas « tout expliqué », mais il a rendu plus difficile l’effacement. Et c’est déjà immense.

7) Chronologie essentielle

DateÉvénement
4 décembre 1889Naissance à Constantine
Juillet 1925Lancement d’Al-Muntaqid à Constantine
1925-1939Développement d’El Chihab / Al-Shihab, presse réformiste
5 mai 1931Création de l’Association des Oulémas musulmans algériens à Constantine
16 avril 1940Décès à Constantine (date associée à Youm El Ilm)

8) Questions fréquentes sur Abdelhamid Ben Badis

Qui était Abdelhamid Ben Badis ?

Abdelhamid Ben Badis (1889-1940) était un imam, éducateur et réformateur algérien, figure majeure du nationalisme culturel. Il a structuré la réforme par l’enseignement et la presse, et a fondé l’Association des Oulémas musulmans algériens (5 mai 1931) à Constantine.

Pourquoi Ben Badis est-il central dans l’histoire de l’Algérie ?

Parce qu’il a renforcé les bases de la conscience nationale par l’école, la langue arabe et une presse réformiste (Al-Muntaqid, puis El Chihab). Son action a créé des réseaux éducatifs et une institution (les Oulémas) capables de durer au-delà de sa personne.

Quelle est la date de création de l’Association des Oulémas musulmans algériens ?

L’association est créée le 5 mai 1931 à Constantine sous l’impulsion de Ben Badis, avec l’objectif de structurer la réforme religieuse et l’action éducative à l’échelle nationale.

Pourquoi le 16 avril est-il associé à Ben Badis en Algérie ?

Le 16 avril 1940 correspond à la date de sa mort. Cette date est largement associée à la Journée du savoir (Youm El Ilm), qui met en avant l’éducation et la valeur du savoir en mémoire de Ben Badis.

Ben Badis était-il un leader politique au sens classique ?

Pas au sens partisan. Son influence est d’abord culturelle et éducative. Mais, dans un contexte colonial, former, publier et organiser une institution nationale revient à produire un effet politique majeur : consolider une identité collective et un espace public algérien.

Lire aussi

Sources externes

  • OpenEdition (travaux académiques) — sur la phrase emblématique et le mouvement réformiste. :contentReference[oaicite:5]{index=5}
  • Cairn — « Ben Badis et l’Association des oulémas » (histoire coloniale). :contentReference[oaicite:6]{index=6}
  • Radio Algérie — rappel de la fondation (5 mai 1931) à Constantine. :contentReference[oaicite:7]{index=7}
  • Algerie Poste (poste.dz) — Youm El Ilm, célébré le 16 avril. :contentReference[oaicite:8]{index=8}
  • Encyclopedia.com — repères sur la presse (Al-Muntaqid) et la stratégie réformiste. :contentReference[oaicite:9]{index=9}

À lire aussi : notre dossier Personnalités algériennes, et les portraits de Messali Hadj et Ferhat Abbas.

Abdelhamid Ben Badis

Rabah Bitat

Abdelhamid Ben Badis

Messali Hadj

Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *