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Caftan Algérien Vs Caftan Marocain : origines, histoire, différences, UNESCO et vérités

femmes algériennes et marocainnes avec des tenues de Caftan Algérien et Caftan Marocain

Le caftan est au cœur d’un débat culturel intense entre l’Algérie et le Maroc, ravivé par l’inscription du caftan marocain au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO le 10 décembre 2025. Mais d’où vient réellement ce vêtement ? Le caftan est-il algérien ou marocain ? Quelles sont les différences entre le caftan algérien et le caftan marocain ? Et surtout : que dit vraiment l’UNESCO sur cette question ? Enquête documentée sur un patrimoine vestimentaire pluriséculaire qui transcende les frontières.

Pourquoi le caftan suscite autant de passions ?

Depuis l’annonce officielle de l’inscription du caftan marocain sur la liste représentative du patrimoine de l’UNESCO le 10 décembre 2025, lors de la 20ème session du Comité intergouvernemental à New Delhi, le caftan fait l’objet d’un intérêt médiatique considérable et d’une explosion de requêtes sur Google :

  • « Est-ce que le caftan est algérien ou marocain ? »
  • « Le caftan algérien est-il reconnu par l’UNESCO ? »
  • « Origine du caftan ? »
  • « Différence entre caftan et takchita »
  • « Caftan marocain UNESCO »
  • « Caftan algérien dossier UNESCO »

Cet article vise à répondre factuellement à ces questions en s’appuyant sur :

  • L’histoire textile et les études de civilisations
  • Les publications scientifiques
  • Les dossiers officiels de l’UNESCO
  • Les sources historiques ottomanes, andalouses et maghrébines

Aucun média partisan n’est utilisé. Place aux faits.

1. Origine du caftan : d’où vient vraiment ce vêtement ?

femmes algériennes caftan algérien et femmes marocaines caftan marocain

1.1 Qu’est-ce que le Caftan ? Un vêtement né en Orient, pas au Maghreb

Définition : Le caftan est une tunique longue portée dans diverses régions à travers le monde, avec des origines en Perse antique, dans l’Empire moghol, chez les Ottomans et dans le monde arabe. Les premières traces connues proviennent :

  • De la Perse sassanide (ancien Iran)
  • De l’Empire byzantin, où il était porté par les élites
  • De l’Empire ottoman, qui l’a diffusé dans tout le bassin méditerranéen

Le caftan n’est donc pas d’origine maghrébine : il s’agit d’un vêtement pré-maghrébin, déjà porté pendant plus de mille ans avant son arrivée en Afrique du Nord.

1.2 L’étymologie confirme cette origine orientale

Selon l’Académie française, le mot caftan serait apparu en français au XVIe siècle, s’écrivant d’abord cafetan, et serait emprunté au turc qaftan, lui-même du persan khaftan. Le terme désigne un manteau long ou une robe d’honneur.

1.3 Arrivée au Maghreb : une transmission par étapes

Quand l’Empire ottoman domine une partie de l’Afrique du Nord — notamment l’Algérie entre le XVIe et le XIXe siècle —, il y introduit des vêtements comme le caftan, la gandoura, le saroual et le burnous.

La route historique documentée : Perse → Empire ottoman → Régence d’Alger (province ottomane) → diffusion vers le Maroc et la Tunisie.

Selon l’archéologue et historienne de l’art marocaine Naima El Khatib Boujibar, il est plus probable que le caftan soit arrivé au Maroc à travers l’Empire ottoman, en passant par l’Algérie, grâce au sultan saadien Abd al-Malik, qui avait vécu à Alger et Istanbul.

→ Fait historique majeur : Le caftan arrive au Maghreb via l’Algérie ottomane, avant de se diffuser au Maroc et en Tunisie.

2. Le caftan algérien : un patrimoine vestimentaire ancien et vivant

belle femme algérienne avec le caftan algérien

2.1 Le caftan tlemcénien : un héritage andalou et ottoman

À Tlemcen, ancienne capitale zianide et carrefour andalou-maghrébin, le caftan tlemcénien fait partie intégrante de la chedda (costume nuptial).

La chedda de Tlemcen est un caftan traditionnel en velours brodé au fil d’or, orné de perles de culture, de colliers, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO depuis 2012.

Les caractéristiques du caftan tlemcénien :

  • Broderies El Mejboud (technique en relief avec fils d’or)
  • Mélange d’héritage andalou et ottoman
  • Utilisé dans les mariages traditionnels
  • Fait partie de la chedda, reconnue par l’UNESCO

2.2 Le caftan algérois : influence ottomane directe

À Alger, province ottomane pendant trois siècles, le caftan reflète l’influence directe d’Istanbul :

  • Coupe plus épurée, manches amples
  • Inspiré de la période ottomane (XVIIe siècle)
  • Porté dans la haute société algéroise

2.3 Le caftan constantinois (« Caftan El-Kadi »)

À Constantine, le caftan du juge (qaftan el-cadi) est particulièrement célèbre :

  • Confectionné en velours noir ou vert foncé
  • Manches longues et étroites
  • Brodé selon la technique mejboud avec des motifs comme les paons d’or

L’intérêt pour ce patrimoine vestimentaire s’est traduit par le classement du caftan constantinois dans la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO en décembre 2024, dans le dossier du costume féminin de cérémonie du Grand Est algérien.

2.4 Un patrimoine vivant mais longtemps sous-valorisé

En Algérie, le mot caftan cohabite avec d’autres termes régionaux : chedda, karakou, gandoura, blouza, djeba… Cette diversité terminologique a contribué à une perte de visibilité internationale, contrairement au Maroc qui a unifié sa communication autour du terme « caftan marocain ».

3. Le caftan marocain : codification et rayonnement international

belle femme marocaine avec le caftan marocain

3.1 Un vêtement codifié depuis l’époque saadienne

Au Maroc, le caftan s’est :

  • Fortement codifié à l’époque saadienne (XVIe siècle)
  • Enrichi sous les dynasties alaouites
  • Modernisé dans les défilés de mode depuis les années 1990

Les pôles historiques du caftan marocain : Fès, Tétouan, Rabat, Marrakech.

3.2 La takchita : une innovation marocaine

La takchita est une création spécifiquement marocaine qui distingue le caftan marocain :

La takchita est traditionnellement constituée de deux pièces : la tahtiya (caftan simple) et la fouqia ou dfina (caftan ouvert et transparent porté par-dessus).

→ Différence clé :

  • Le caftan = une seule pièce
  • La takchita = deux pièces superposées + ceinture (mdamma)

3.3 Un rayonnement international organisé

Le Maroc a structuré la promotion du caftan :

  • Défilés internationaux (Caftan Maroc, Oriental Fashion Show)
  • Haute couture avec des stylistes reconnus
  • Présence royale (la princesse Lalla Salma portant régulièrement le caftan)
  • Exportation vers l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient

4. Ce que dit vraiment l’UNESCO : décryptage des inscriptions

4.1 Le caftan marocain inscrit en décembre 2025

Le Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO a validé le 10 décembre 2025 le dossier soumis par le Maroc pour l’inscription du caftan marocain.

L’élément inscrit : « Le Caftan marocain : art, traditions et savoir-faire »

Ce que reconnaît l’UNESCO :

  • Les savoir-faire des artisans marocains actuels
  • Les pratiques sociales liées au caftan au Maroc
  • Les techniques de broderie (tarz fassi, randa, sfifa)
  • La transmission générationnelle de ces savoirs

⚠️ CE QUE L’UNESCO NE DIT PAS :

  • Que le caftan est « exclusivement marocain » dans l’absolu
  • Que le Maroc a « inventé » le caftan
  • Que les autres pays n’ont pas le droit de revendiquer le caftan

L’UNESCO valide un dossier culturel spécifique, pas une propriété exclusive.

4.2 Le patrimoine algérien déjà inscrit à l’UNESCO

A. La Chedda tlemcénienne (2012)

Inscrit en 2012 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité : « Les rites et les savoir-faire artisanaux associés à la tradition du costume nuptial de Tlemcen ».

Ce dossier inclut explicitement le caftan tlemcénien comme élément central du costume nuptial.

B. Le costume féminin du Grand Est algérien (2024)

En décembre 2024, l’UNESCO a validé l’inscription du dossier « Costume féminin de cérémonie dans le Grand Est algérien : Savoirs et savoir-faire associés à la confection et à la parure de la Gandoura et de la Melehfa ».

Ce dossier inclut :

  • La Gandoura
  • La Melehfa
  • Le Caftan (constantinois et autres variantes)
  • Le Quat, le Quwiyet, le Lhef
  • Les techniques de broderie mejboud et fetla
  • Les bijoux traditionnels en argent et or

→ Le caftan algérien est donc DÉJÀ reconnu par l’UNESCO, dans deux dossiers distincts (2012 et 2024).

4.3 Points essentiels à comprendre sur le fonctionnement de l’UNESCO

  1. L’UNESCO n’attribue pas « l’origine » d’un objet
    Elle reconnaît des pratiques vivantes dans un contexte géographique et culturel donné.

  2. Plusieurs pays peuvent inscrire le même élément
    Exemple : le couscous est inscrit par l’Algérie, le Maroc, la Tunisie et la Mauritanie conjointement.

  3. Une inscription n’est pas un « brevet »
    Elle ne confère aucun monopole commercial ou culturel.

  4. Ce sont les pratiques qui sont reconnues, pas les objets
    L’UNESCO valorise les savoir-faire, les rituels, les transmissions.

5. Comparatif détaillé : caftan algérien vs caftan marocain

Différence entre le Caftan Algérien et le Caftan marocain - Comparaison

Tableau comparatif

ÉlémentCaftan algérienCaftan marocain
Origine culturelleOttomane + andalouse + zianideAndalouse + saadienne + ottomane
Villes pharesTlemcen, Alger, Constantine, AnnabaFès, Tétouan, Rabat, Marrakech
Usage principalMariages (chedda), cérémoniesMariages (takchita), soirées
BroderieEl Mejboud, Fetla (fils d’or)Tarz Fassi, Randa, Sfifa
CoupeRobe longue structuréeCaftan simple OU takchita (2 pièces)
UNESCOChedda (2012) + Costume Grand Est (2024)Caftan marocain (2025)
Visibilité internationaleMoins médiatiséTrès médiatisé (défilés, royauté)

Les différences stylistiques principales

Caftan algérien :

  • Influence ottomane marquée
  • Broderies géométriques (mejboud)
  • Velours épais, couleurs profondes (bordeaux, vert, noir)
  • Souvent intégré dans un ensemble plus large (chedda)

Caftan marocain :

  • Influence andalouse-saadienne
  • Broderies florales (tarz fassi)
  • Grande variété de tissus et couleurs
  • Peut être porté seul ou en takchita

→ Ces deux traditions sont légitimes et documentées historiquement.

6. La takchita et le karakou : spécificités régionales

6.1 La takchita : innovation marocaine

La takchita est 100% marocaine, considérée comme un dérivé du caftan exclusivement revisité par des stylistes marocains.

Composition :

  • Tahtiya : robe intérieure simple
  • Dfina/Fouqia/Mansouria : robe extérieure richement brodée et ouverte
  • Mdamma : ceinture indispensable (technique ou esthétique)

Usage : Mariages, grandes cérémonies, événements de prestige.

6.2 Le karakou : spécificité algéroise

Le karakou algérois est un vêtement distinct du caftan :

Le karakou est un modèle né en Algérie dans les années 1800, une veste traditionnelle cintrée à la taille, portée avec un saroual.

Caractéristiques :

  • Veste courte (pas une robe longue)
  • Broderies sophistiquées au fil d’or
  • Porté avec un saroual chelka (pantalon fendu) ou saroual mdouar (pantalon bouffant)
  • Très présent dans les mariages algérois

→ Le karakou n’est PAS un caftan, mais appartient au même univers du vêtement cérémoniel algérien.

7. Pourquoi le caftan provoque un débat entre l’Algérie et le Maroc ?

Caftan et Rivalité entre l'Algérie et le Maroc sur l'origine du Caftan Algérien

7.1 Une rivalité culturelle Algérie-Maroc ancienne

Comme pour :

  • La cuisine (couscous, rechta, tajine, chorba)
  • La musique (raï, chaâbi, gharnati, andalou)
  • Les habits traditionnels (burnous, haïk, djellaba)

… l’identité culturelle maghrébine est tellement entremêlée qu’il est difficile d’attribuer une origine unique à un seul pays.

7.2 Les raisons de la confusion populaire

  1. Le mot caftan existe dans les deux pays
  2. L’UNESCO a reconnu d’abord le dossier marocain (mais pas « seulement »)
  3. Les réseaux sociaux amplifient la compétition identitaire
  4. L’histoire ottomane et andalouse est très méconnue du grand public
  5. Confusion entre inscription UNESCO et propriété culturelle

7.3 Instrumentalisation politique et diplomatique

Le représentant permanent du Maroc auprès de l’UNESCO a dénoncé l’instrumentalisation politique du dossier du caftan par un État partie à des fins politiciennes. Les autorités algériennes accusent son voisin de vol du patrimoine algérien.

Les tensions diplomatiques entre l’Algérie et le Maroc (question du Sahara occidental, fermeture des frontières depuis 1994) se reflètent également dans le domaine culturel.

→ Le caftan est devenu un symbole de cette rivalité régionale entre le Maroc et l’Algérie.

8. Les techniques de broderie : mejboud, fetla et tarz fassi

8.1 Le Mejboud algérien

Le mejboud est une broderie en fil doré, un travail artisanal exclusivement manuel pratiqué dans toutes les régions du Nord algérien.

Technique :

  • Création de motifs en relief sur le tissu
  • Utilisation de fils d’or ou d’argent sur support en cuir, carton ou kraft
  • Motifs inspirés de la nature (paons, œillets, fleurs)
  • Durée de confection : 4 à 6 mois pour une pièce complète

Motifs typiques : Paons d’or, motifs géométriques, yeux stylisés (ovoïdes au niveau du buste).

8.2 Le Fetla algérien

La fetla est une broderie de dorure épaisse, moins coûteuse et moins complexe que le mejboud, réalisée directement sur le velours.

8.3 Le Tarz Fassi marocain

Le tarz fassi est la broderie emblématique de Fès :

  • Motifs floraux délicats
  • Technique du couchage (importée de Sousse, Tunisie)
  • Fils d’or, souvent sur brocart
  • Très présent sur les caftans et takchitas de luxe

→ Chaque région a développé ses propres techniques de broderie, toutes légitimes et reconnues.

9. Le caftan dans la culture moderne et l’industrie de la mode

9.1 Le caftan n’est plus seulement traditionnel

Le caftan est devenu :

  • Une pièce de haute couture
  • Un enjeu identitaire et diplomatique
  • Un symbole de patrimoine mondial
  • Un objet de diaspora maghrébine (Europe, Amérique du Nord)

9.2 Les créateurs internationaux

Des stylistes mondialement connus ont intégré le caftan :

  • Yves Saint Laurent (collection marocaine emblématique)
  • Jean Paul Gaultier
  • Christian Lacroix
  • Kenzo

9.3 Les créateurs maghrébins contemporains

Au Maroc :

  • Multiplication des défilés Caftan (événement annuel prestigieux)
  • Stylistes comme Caftan 2M, Nabil Hayari
  • Exportation massive vers les diasporas

En Algérie :

  • Revalorisation du mejboud par de jeunes créatrices
  • Ateliers de Constantine, Tlemcen et Alger
  • Présence croissante sur les réseaux sociaux (TikTok, Instagram)

Derniers développements à l’UNESCO (2024–2025) : la réponse algérienne et la mise à jour des inscriptions

L’année 2025 a été marquée par une forte médiatisation autour de l’inscription du « caftan marocain » à l’UNESCO.

Cette décision a immédiatement fait réagir l’opinion publique en Algérie, où de nombreux spécialistes, historiens du costume et institutions culturelles rappellent que le caftan est solidement enraciné dans plusieurs traditions algériennes, notamment à Tlemcen, Alger et dans l’Est du pays.

Contrairement à ce qui a circulé sur les réseaux sociaux, l’Algérie n’a pas demandé l’annulation du dossier marocain. En revanche, elle a engagé une démarche officielle et structurée auprès de l’UNESCO pour mettre à jour ses propres inscriptions, afin de préciser noir sur blanc la présence du caftan dans le patrimoine algérien.

1. Mise à jour de l’inscription 2024 : « Tenue féminine festive du Grand Est algérien »

L’Algérie avait inscrit en 2024 un élément intitulé :

« Tenue féminine festive de la grande région de l’Est algérien : gandoura, m’laya, etc. »

En décembre 2025, la délégation algérienne a officiellement demandé — et obtenu — une révision du titre et du descriptif, désormais formulé ainsi :

« Tenue féminine festive de la grande région de l’Est algérien : savoirs et compétences liés à la couture et à l’ornement de la gandoura, de la m’laya, du caftan, du qat et du lahaf. »

Autrement dit, le caftan apparaît désormais explicitement dans un élément algérien déjà inscrit.

Cette clarification est importante, car elle permet de :

  • thématiser l’ancienneté du caftan dans les traditions vestimentaires algériennes ;
  • éviter les ambiguïtés dans les futures publications de l’UNESCO ;
  • protéger les savoir-faire algériens dans un contexte où plusieurs pays revendiquent la même terminologie.

2. Mise à jour du dossier de 2012 : « Chedda tlemcénienne »

Deuxième évoluation majeure :

l’UNESCO a également validé la mise à jour du dossier de la chedda de Tlemcen, inscrit depuis 2012.

Dorénavant, les versions officielles (français/anglais) mentionnent la présence d’un “caftan tlemcénien” dans la tenue nuptiale traditionnelle.

Ce point est fondamental, car :

  • Tlemcen est reconnue historiquement comme un foyer majeur du caftan maghrébin ;
  • la chedda constitue l’un des héritages vestimentaires les plus prestigieux d’Afrique du Nord ;
  • la codification du caftan dans ce dossier inscrit depuis plus de dix ans renforce l’antériorité algérienne sur certains usages du vêtement.

3. L’inscription marocaine : un élément séparé et spécifique

Dans le même temps, le Maroc a bel et bien obtenu l’inscription du « caftan marocain » à la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel.

Il s’agit d’un élément distinct, portant sur :

  • les pratiques artisanales marocaines,
  • les traditions de confection,
  • les usages sociaux du caftan dans le contexte marocain.

L’UNESCO ne statue pas sur l’origine historique d’un élément, mais sur son existence actuelle en tant que pratique vivante.

Aucun pays ne peut « bloquer » le dossier d’un autre : chaque candidature est évaluée indépendamment.

4. Ce que signifie la “réaction algérienne”

La démarche algérienne n’était donc pas une contestation du droit marocain à inscrire son élément, mais une clarification stratégique dans ses propres dossiers afin de :

  • rappeler officiellement que le caftan fait partie de plusieurs traditions algériennes ;
  • sécuriser ce patrimoine dans un cadre international reconnu ;
  • éviter qu’une lecture médiatique simplifiée ne laisse croire que le caftan serait « exclusivement » attribué à un seul pays.

5. Vers un futur dossier complet sur le « Caftan algérien » ?

Selon plusieurs sources internes au ministère algérien de la Culture, un grand dossier national “Caftan algérien” pourrait être déposé dans les prochaines années, probablement en valorisant :

  • la tradition tlemcénienne (hautement documentée),
  • les variantes algéroises, constantinoises et oranaises,
  • les continuités ottomanes, andalouses et maghrébines,
  • les savoir-faire de broderie (majboud, fetla, mekhla…),
  • les maisons artisanales historiques.

Cette perspective permettrait à l’Algérie d’inscrire un élément autonome, complémentaire à ceux déjà mis à jour

10. FAQ : Toutes les questions les plus recherchées sur le Caftan Algérien et le Caftan Marocain

Le caftan est-il algérien ou marocain ?

Réponse : Historiquement, ni l’un ni l’autre exclusivement. Le caftan est d’origine persane et ottomane, introduit en Afrique du Nord via la régence d’Alger (province ottomane), puis diffusé au Maroc et en Tunisie.

Il existe aujourd’hui un caftan algérien (tlemcénien, algérois, constantinois) et un caftan marocain (fassi, tétouanais, marrakchi), deux branches d’un même arbre historique.

Le caftan algérien est-il inscrit à l’UNESCO ?

Réponse : OUI, dans deux dossiers :

  1. 2012 : La chedda tlemcénienne (qui inclut le caftan tlemcénien)
  2. 2024 : Le costume féminin du Grand Est algérien (qui inclut explicitement le caftan constantinois)

Le caftan marocain est-il inscrit à l’UNESCO ?

Réponse : OUI, depuis le 10 décembre 2025, sous l’intitulé « Le Caftan marocain : art, traditions et savoir-faire ».

Le caftan vient-il des Ottomans ?

Réponse : Le mot et la coupe viennent de Perse, adoptés ensuite par les Ottomans qui l’ont diffusé dans leur empire, y compris au Maghreb.

Quelle est la différence entre caftan et takchita ?

Réponse :

  • Le caftan = une seule pièce (robe longue)
  • La takchita = deux pièces superposées (tahtiya + dfina) + ceinture obligatoire

La takchita est une innovation marocaine inspirée du caftan.

Les Algériens portent-ils des caftans ?

Réponse : OUI, surtout à Tlemcen, Alger, Constantine et Annaba. Le caftan algérien fait partie du patrimoine vestimentaire algérien depuis des siècles, particulièrement dans les mariages.

Quel est le pays d’origine du caftan ?

Réponse : Les premières traces proviennent de Perse (actuel Iran) et de l’Empire ottoman. Ce n’est pas un vêtement « né » au Maghreb.

Quelle est la différence entre un caftan algérien et un caftan marocain ?

Réponse :

  • Caftan algérien : influence ottomane forte, broderies mejboud/fetla, velours épais, couleurs profondes, souvent intégré dans la chedda
  • Caftan marocain : influence andalouse-saadienne, broderies tarz fassi/randa, grande variété de tissus, peut être porté seul ou en takchita

Les deux sont légitimes et documentés historiquement.

C’est quoi le karakou algérien ?

Réponse : Le karakou est une veste courte brodée au fil d’or, portée avec un saroual (pantalon), spécifique à Alger. Ce n’est pas un caftan (qui est une robe longue), mais appartient au même univers du vêtement de cérémonie.

Qui peut porter un caftan ?

Réponse : Le caftan est devenu un vêtement universel, porté par des femmes (et historiquement des hommes) de toutes origines. Il n’est pas réservé à une religion, même s’il est très présent dans les sociétés musulmanes méditerranéennes.

11. Conclusion : Un patrimoine partagé, deux identités distinctes

Le débat sur « le caftan est-il algérien ou marocain » repose sur un malentendu fondamental : le caftan n’appartient exclusivement ni à l’Algérie ni au Maroc. C’est un vêtement oriental (perse-ottoman) qui a été adopté, transformé et maghrébinisé différemment dans chaque région.

Les faits établis :

  1. Origine historique : Perse → Empire ottoman → Régence d’Alger → Maroc/Tunisie
  2. Patrimoine algérien : Reconnu par l’UNESCO en 2012 (chedda) et 2024 (costume Grand Est)
  3. Patrimoine marocain : Reconnu par l’UNESCO en 2025 (caftan marocain)
  4. Variantes locales : Caftan tlemcénien, algérois, constantinois / Caftan fassi, tétouanais, takchita marocaine
  5. Techniques distinctes : Mejboud & fetla (Algérie) / Tarz fassi & randa (Maroc)

Ce que l’UNESCO reconnaît :

L’UNESCO ne tranche pas la question de « qui a inventé le caftan« . Elle reconnaît des pratiques vivantes, des savoir-faire locaux, des transmissions générationnelles. Plusieurs pays peuvent légitimement revendiquer le caftan comme élément de leur patrimoine.

L’enjeu réel :

Au-delà de la polémique, le véritable enjeu est de :

  • Préserver les savoir-faire artisanaux (broderie mejboud, fetla, tarz fassi)
  • Valoriser les artisans algériens et marocains
  • Transmettre ces traditions aux nouvelles générations
  • Documenter scientifiquement ces patrimoines
  • Dépasser les rivalités nationalistes pour reconnaître un patrimoine maghrébin partagé

Le caftan algérien et le caftan marocain sont deux branches d’un même arbre, né en Orient et épanoui au Maghreb. Les deux méritent reconnaissance et respect.

Sources officielles consultées

  • UNESCO : Listes du patrimoine culturel immatériel (2012, 2024, 2025)
  • Wikipédia : Articles « Caftan », « Histoire du caftan au Maroc », « Chedda de Tlemcen »
  • Agence de Presse Algérienne (APS) : Communiqués officiels sur les inscriptions UNESCO
  • Ministère marocain de la Culture : Dossier officiel du caftan marocain
  • Encyclopédie de l’Islam : Entrées sur le caftan et les costumes traditionnels
  • Musées : Musée national des arts et traditions populaires (Algérie), collections textiles
Caftan Algérien Vs Caftan Marocain : origines, histoire, différences, UNESCO et vérités

Mohamed Sifaoui accuse Ferhat Mehenni et le