Golfe persique : États, rivalités, alliances
- Dzaïr Zoom / 3 mois
- 20 novembre 2025

Zone clé pour le pétrole, le gaz et les routes maritimes mondiales, le Golfe persique reste l’un des théâtres les plus sensibles de la planète. De l’Arabie saoudite à l’Iran, des Émirats arabes unis au Qatar, les rivalités s’y recomposent sous l’effet de trois dynamiques : la détente partielle entre Riyad et Téhéran, la compétition économique entre monarchies du Golfe, et l’offensive diplomatique de puissances extérieures comme la Chine. Vu d’Algérie, la question n’est pas seulement lointaine : elle touche à l’OPEP, aux prix de l’énergie, à la question palestinienne et à la posture de neutralité diplomatique revendiquée par Alger.
Un Golfe en recomposition : de la confrontation à la “gestion” du conflit
Longtemps structuré par l’opposition frontale entre Iran et Arabie saoudite, le système sécuritaire du Golfe persique a connu un tournant en mars 2023, lorsque les deux pays ont annoncé la reprise de leurs relations diplomatiques dans un accord négocié à Pékin. L’accord prévoit la réouverture des ambassades et la relance d’un ancien accord de coopération sécuritaire.
Depuis, plusieurs signaux illustrent une détente prudente :
- Reprise progressive des liaisons aériennes et des pèlerinages entre les deux pays.
- Contacts réguliers entre responsables de sécurité et de diplomatie.
- Coordination minimale pour éviter un débordement direct du conflit Iran–Israël sur le territoire des États du Golfe.
Mais cette détente reste fragile. Les analystes soulignent que l’Arabie saoudite et l’Iran demeurent en désaccord sur des dossiers structurants : Yémen, Irak, Syrie, Liban, sécurité maritime. Les deux capitales ont intérêt à calmer le jeu pour se concentrer sur leurs priorités internes (réformes économiques côté saoudien, survie du régime sous sanctions côté iranien), sans pour autant renoncer à leurs ambitions régionales.
Arabie saoudite : entre leadership sunnite et diversification économique
L’Arabie saoudite reste la première puissance du Golfe persique : premier exportateur de pétrole, gardienne des Lieux saints, allié clé des États-Unis mais de plus en plus autonome. Sous l’impulsion de Mohammed ben Salmane, la stratégie “Vision 2030” vise à transformer le royaume en hub de services, de tourisme et d’industrie, pour réduire sa dépendance au pétrole.
Sur le plan géopolitique :
- Riyad cherche à désescalader avec l’Iran pour sécuriser ses infrastructures énergétiques et attirer les investisseurs.
- Le royaume reste méfiant vis-à-vis d’un éventuel retour de la stratégie américaine de “pression maximale” contre Téhéran, qui pourrait l’exposer directement.
- Il teste un rôle de puissance médiane cherchant l’équilibre entre Washington, Pékin et, dans une moindre mesure, Moscou.
Pour l’Algérie, l’Arabie saoudite est un partenaire énergétique et financier majeur : Riyad est un acteur clé de l’OPEP+, et les deux pays coordonnent régulièrement leurs positions sur les quotas de production. Les relations bilatérales se sont renforcées ces dernières années, illustrées par un accord énergétique de plusieurs milliards de dollars en 2025 entre Sonatrach et une société saoudienne.
Iran : puissance contestée, pivot asiatique et stratégies d’influence
République islamique chiite, l’Iran se perçoit comme une puissance historique du Golfe et du Moyen-Orient. Isolé par les sanctions occidentales, il a développé une stratégie d’alliances asymétriques : soutien à des groupes armés ou partis politiques dans plusieurs pays arabes, capacité balistique et drones, présence navale dans le détroit d’Ormuz.
Malgré la détente avec Riyad, Téhéran reste en confrontation indirecte avec plusieurs États du Golfe persique et avec Israël. Les épisodes de tensions militaires en 2024–2025 entre Israël et l’Iran ont poussé les monarchies du Golfe à afficher une neutralité prudente, soucieuses de ne pas devenir le champ de bataille d’un conflit régional élargi.
L’Iran a parallèlement renforcé ses liens avec la Chine et la Russie et s’insère dans les formats eurasiatiques (Organisation de coopération de Shanghai, BRICS), tout comme plusieurs États du Golfe.
Pour l’Algérie, l’Iran est un partenaire avec lequel elle entretient des relations stables depuis des décennies, sans alliance formelle. Des travaux académiques soulignent que la diplomatie algérienne ne considère pas que son rapprochement avec Téhéran porte atteinte à son engagement arabe, mais l’inscrit dans une logique de non-alignement stratégique et de diversification des partenariats.
Émirats arabes unis : puissance de projection et activisme régional
Les Émirats arabes unis se sont imposés comme un acteur central du Golfe persique, bien au-delà de leur taille démographique :
- Hub financier, logistique et touristique (Dubaï, Abou Dhabi) ;
- Armée bien équipée et très active, du Yémen à la Corne de l’Afrique ;
- Stratégie assumée de lutte contre l’islam politique (Frères musulmans, etc.).
Les EAU font partie des signataires des Accords d’Abraham avec Israël, misant sur les retombées économiques et technologiques tout en conservant un discours de soutien à la solution à deux États. Au sein du Golfe, ils restent proches de l’Arabie saoudite, mais des analyses récentes décrivent aussi une compétition croissante entre les deux, notamment sur la scène économique (zones franches, aviation, finance) et sur certains dossiers régionaux.
Pour l’Algérie, la relation avec les EAU est ambivalente :
- Intérêt évident pour les investissements émiratis et l’expertise financière ;
- Divergences affichées sur la normalisation avec Israël et sur le dossier du Sahara occidental, où Abou Dhabi s’aligne sur Rabat.
Qatar : du blocus à la réconciliation, un acteur à part
Le Qatar a longtemps été au cœur des tensions intra-golfoises. Entre 2017 et 2021, il a subi un blocus terrestre, aérien et maritime de la part de l’Arabie saoudite, des EAU, de Bahreïn et de l’Égypte, qui l’accusaient de soutenir des mouvements islamistes et d’être trop proche de l’Iran. La crise a pris fin avec la déclaration d’Al-Ula en janvier 2021, qui a restauré les relations diplomatiques sans que Doha ne cède sur les principales exigences initiales.
Depuis, le Qatar a consolidé son profil :
- Rôle de médiateur dans plusieurs dossiers (Afghanistan, Gaza, échanges de prisonniers) ;
- Partenaire énergétique clé (GNL) pour l’Europe et l’Asie ;
- Plateforme d’influence médiatique avec Al Jazeera.
La crise du Golfe a aussi mis en lumière la position algérienne : Alger avait refusé de prendre parti et plaidé pour le dialogue, une neutralité saluée publiquement par l’ambassadeur du Qatar à Alger, qui l’avait qualifiée de “position honorable”. Cette attitude s’inscrit dans la tradition de non-alignement de la diplomatie algérienne.
Jeux d’alliances : États-Unis, Chine, Europe… et nouvelles marges de manœuvre
Le Golfe persique reste un espace où les grandes puissances testent leurs stratégies :
- Les États-Unis demeurent le principal garant de la sécurité militaire des monarchies du Golfe, même si la perception d’un désengagement progressif alimente des doutes.
- La Chine s’affirme comme médiateur (accord Iran–Arabie de 2023) et partenaire économique central. Les Émirats, l’Arabie saoudite et le Qatar participent à l’Organisation de coopération de Shanghai ou à des structures financières comme l’AIIB.
- L’Union européenne reste surtout un client énergétique et un partenaire technologique.
Cette multipolarité offre à des pays comme l’Algérie des marges de manœuvre : possibilité de coopérer avec la Chine, la Russie ou les pays du Golfe, tout en gardant une distance critique vis-à-vis de l’OTAN et des alliances militaires formelles.
La position de l’Algérie : non-alignement, Palestine et équilibre prudent
Depuis l’indépendance, la diplomatie algérienne revendique un non-alignement constant : refus des blocs, soutien aux causes de libération nationale, primat de la souveraineté. Cette doctrine reste d’actualité dans la manière dont Alger regarde le Golfe persique.
Trois lignes de force structurent la position algérienne :
- Neutralité dans les crises intra-golfoises : pendant le blocus du Qatar, l’Algérie n’a rejoint aucun camp, préférant appeler au dialogue et préserver des relations fonctionnelles avec toutes les capitales du Golfe.
- Refus de la normalisation avec Israël : Alger s’oppose ouvertement aux Accords d’Abraham et a confirmé en 2025 qu’aucune normalisation n’aurait lieu sans création préalable d’un État palestinien. Cela la distingue des EAU, de Bahreïn ou du Maroc, alliés de plusieurs États du Golfe.
- Équilibre entre Iran et monarchies du Golfe : Alger entretient des relations cordiales avec Téhéran tout en cherchant à renforcer ses liens économiques avec l’Arabie saoudite et d’autres pays du CCG, notamment pour attirer des investissements dans l’énergie et les infrastructures.
Ce positionnement s’inscrit dans une vision plus large : faire de l’Algérie une puissance médiatrice entre blocs, que ce soit au Sahel, dans le monde arabe ou en Afrique. Mais plusieurs analyses récentes soulignent que ce rôle traditionnel est aujourd’hui contesté, du fait de la concurrence d’autres acteurs (Turquie, EAU, Maroc, Russie) et des fragilités internes algériennes.
Pourquoi le Golfe persique compte pour l’Algérie
Au-delà des équilibres politiques, la dynamique du Golfe persique pèse directement sur l’Algérie :
- Prix du pétrole et du gaz : l’OPEP+ est en partie structurée par l’axe Riyad–Moscou, et les tensions ou détente impliquant l’Iran peuvent faire varier les cours, avec un effet immédiat sur les recettes algériennes.
- Investissements : fonds souverains saoudiens, qataris ou émiratis sont déjà présents en Afrique du Nord et en Afrique, y compris en Algérie (énergie, sidérurgie, télécoms).
- Palestine & opinion publique : les choix des pays du Golfe vis-à-vis d’Israël ont un impact symbolique fort dans le débat politique algérien, où la question palestinienne reste centrale.
- Compétition dans le monde arabe : diplomatie, influence médiatique, aide financière – l’Algérie se trouve en concurrence implicite avec des pays comme les EAU ou le Qatar sur certains terrains (Sahel, Méditerranée, Afrique).
Pour Alger, l’enjeu est de maintenir une ligne de principe (Palestine, non-alignement) tout en évitant l’isolement et en captant une partie des projets économiques venus du Golfe.
FAQ – Golfe persique, rivalités et Algérie
Quels sont les principaux États du Golfe persique au cœur des rivalités actuelles ?
Les dynamiques régionales tournent surtout autour de l’Arabie saoudite, de l’Iran, des Émirats arabes unis et du Qatar, avec un rôle important joué par le Koweït, Bahreïn et Oman comme médiateurs ou acteurs de second plan.
La réconciliation entre l’Arabie saoudite et l’Iran signifie-t-elle la fin de leurs rivalités ?
Non. L’accord de 2023 a réduit le risque d’escalade directe et permis de rétablir des canaux diplomatiques, mais les deux pays restent en compétition sur plusieurs fronts (Yémen, Irak, Syrie, Liban) et gardent des perceptions de menace profondément ancrées.
Que représente la crise du Qatar (2017–2021) dans l’histoire du Golfe ?
Cette crise a mis à nu les fractures internes au CCG : divergences sur l’islam politique, les relations avec l’Iran et l’autonomie de politique étrangère de Doha. Sa résolution à Al-Ula en 2021 a rétabli la coopération, mais les effets politiques et psychologiques du blocus restent durables.
Quelle est la position de l’Algérie dans ces rivalités du Golfe ?
L’Algérie se tient à distance des alliances militaires et des querelles intra-golfoises. Elle privilégie une posture de neutralité, coopère avec l’Arabie saoudite, le Qatar, les EAU et l’Iran, et se distingue par son refus de la normalisation avec Israël tant qu’un État palestinien n’est pas établi.
En quoi la géopolitique du Golfe affecte-t-elle l’économie algérienne ?
Les décisions des grands producteurs du Golfe influencent directement les prix du pétrole et du gaz, donc les recettes budgétaires algériennes. Par ailleurs, les fonds souverains du Golfe sont des investisseurs potentiels dans l’énergie, l’infrastructure et les services en Algérie.
L’Algérie peut-elle jouer un rôle de médiateur entre Iran et pays du Golfe ?
En théorie, sa tradition de médiation et sa posture de non-alignement lui donnent une légitimité. Dans les faits, la concurrence d’autres médiateurs (Iraq, Oman, Chine) et le repositionnement difficile de l’Algérie sur la scène régionale limitent pour l’instant cette ambition.







































































































































































































































































































































































































































































































































































































