#Histoire de l'Algérie

France et Algérie : la réelle histoire

La relation franco-algérienne ne se comprend qu’en revenant à 132 ans de colonisation, à une guerre de huit ans et à des décennies d’échos politiques, mémoriels et humains. Le documentaire retrace cette histoire longue, souvent fragmentée, en la reliant aux tensions actuelles.

Une relation née d’une conquête violente

L’histoire commune commence en 1830, lorsque les troupes françaises prennent Alger après un bombardement d’envergure. L’objectif officiel est alors diplomatique ; les motivations réelles — prestige, ouverture de marchés, rivalité en Méditerranée — sont largement documentées par les historiens.

Les premières décennies de présence française sont marquées par une conquête extrêmement brutale. Les campagnes militaires menées par le général Bugeaud appliquent la politique de la « terre brûlée », détruisant villages, récoltes et vergers.
Les enfumades de 1845, dans lesquelles des centaines de civils trouvent la mort, symbolisent cette violence.

Entre 1830 et 1871, plusieurs révoltes éclatent, dont celle des Mokrani, dernière grande insurrection avant l’installation définitive du pouvoir colonial.

Une colonisation de peuplement et un système inégalitaire

L’Algérie devient un cas particulier au sein de l’empire colonial : non pas une simple colonie, mais un territoire annexé, administré par le ministère français de l’Intérieur. Cette conception nourrit l’idée d’une « Algérie française » durable.

Une importante population européenne s’y installe : Français, mais aussi Espagnols, Italiens et Maltais. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, ils sont plus d’un million.

Cette configuration donne naissance à un système profondément inégalitaire :
– les Algériens musulmans, majoritaires, sont juridiquement français mais dotés d’une citoyenneté diminuée ;
– les colons disposent des droits civiques, de l’accès aux fonctions publiques et des meilleures infrastructures ;
– le Code de l’indigénat, en vigueur jusqu’en 1945, organise une discrimination officielle.

Les écarts sont visibles dans tous les domaines :
– salaires très inférieurs pour les travailleurs algériens,
– scolarisation quasi systématique pour les Européens, minoritaire pour les enfants locaux,
– accès limité aux emplois, à la santé, aux services publics.

Cette réalité structure durablement les frustrations et l’émergence du mouvement national.

Du nationalisme à la rupture : 1945 comme tournant

Dès les années 1920-1930, plusieurs courants politiques revendiquent des droits, une autonomie, voire l’indépendance. Des réformistes imaginent une égalité citoyenne au sein de la République française ; d’autres considèrent qu’elle ne viendra jamais.

Le 8 mai 1945, alors que l’Europe fête la victoire contre le nazisme, les manifestations à Sétif, Guelma et Kherrata sont violemment réprimées.
Le bilan réel reste débattu : les chiffres varient d’environ 8 000 à plus de 20 000 Algériens tués selon les sources. Une centaine d’Européens trouvent également la mort lors des violences initiales.

Après 1945, l’idée que la voie politique est fermée s’impose pour une large partie du mouvement nationaliste. Ce basculement ouvre la route à la lutte armée.

1954 : le début de la guerre d’Algérie

Dans la nuit du 1er novembre 1954, le FLN déclenche une quarantaine d’attentats. La « Toussaint Rouge » marque l’entrée dans une guerre totale.

Dès 1955, les violences s’amplifient :
– insurrections (notamment dans le Constantinois),
– attentats urbains,
– assassinats ciblés,
– répression massive de l’armée française.

Le gouvernement français envoie progressivement jusqu’à 350 000 soldats, dont une grande part de jeunes appelés. La censure en métropole masque l’ampleur du conflit, tandis que sur le terrain, la guerre devient une guerre d’usure.

La Bataille d’Alger et la généralisation de la torture

En 1957, la Bataille d’Alger marque un tournant. Pour démanteler les réseaux du FLN dans la capitale, l’armée française met en place un quadrillage total :
– arrestations massives,
– détentions sans jugement,
– torture systématique,
– disparitions.

Ces pratiques, longtemps niées, sont aujourd’hui établies par de nombreux témoignages et travaux historiques.
Le FLN, de son côté, multiplie les attentats contre civils et militaires et impose par la force son autorité sur la population algérienne.

La violence est désormais omniprésente.

Vers l’indépendance : De Gaulle, l’OAS et les négociations

Le retour du général de Gaulle en 1958 bouleverse la dynamique. Après avoir été perçu comme le garant de l’Algérie française, il reconnaît progressivement le droit des Algériens à l’autodétermination (1959).

Une fracture profonde s’ouvre entre :
– les partisans du maintien de l’Algérie française,
– l’armée,
– l’OAS,
– les indépendantistes.

Les barricades de 1960, le putsch des généraux (1961) et les attentats de l’OAS marquent la fin d’une époque.

Les négociations aboutissent finalement aux accords d’Évian, le 18 mars 1962, suivis d’un référendum massif : 99 % des votants choisissent l’indépendance.

L’Algérie la proclame le 5 juillet 1962.

Une sortie de guerre douloureuse : pieds-noirs, harkis, traumatismes

L’indépendance s’accompagne de nouvelles violences.
Le départ massif des pieds-noirs (près de 900 000 personnes selon les estimations) bouleverse les équilibres sociaux et économiques.
Les harkis, recrutés comme supplétifs de l’armée française, sont pour beaucoup livrés à des représailles ou abandonnés dans des conditions précaires.

Ces mémoires blessées — algériennes, françaises, pieds-noirs, harkis — restent des points de tension durable.

Après 1962 : coopération, ruptures et mémoires

L’Algérie indépendante s’engage dans un vaste chantier : alphabétisation, infrastructures, redémarrage administratif, affirmation diplomatique. Les relations avec la France alternent tensions et rapprochements, selon les périodes et les dirigeants.

Parmi les moments marquants :
– nationalisation des hydrocarbures (1971),
– décennie noire en Algérie (1990s),
– questions migratoires,
– débats mémoriels en France (Sétif, 17 octobre 1961, responsabilité envers les harkis),
– déclarations politiques sur la colonisation, régulièrement au cœur de polémiques.

Mais malgré les crises, les liens humains, linguistiques, économiques et historiques restent profonds.

Pourquoi cette histoire continue de peser aujourd’hui

Le documentaire rappelle que colonisation et guerre ne suffisent pas, à eux seuls, à expliquer les tensions contemporaines.
Les enjeux actuels — diplomatie régionale, mobilité, sécurité, Sahara occidental, visas — relèvent d’abord de politiques propres au XXIᵉ siècle.

Cependant, la mémoire de la période 1830-1962 demeure un cadre sensible, souvent réactivé, parfois instrumentalisé.
L’intérêt du film est de proposer un récit accessible, documenté, sans esquiver les zones d’ombre, pour éclairer ce passé partagé.

FAQ – Questions fréquentes sur la guerre d’Algérie

Pourquoi la guerre d’Algérie a-t-elle commencé ?
Parce qu’après plus d’un siècle d’inégalités et la répression de 1945, une partie du mouvement nationaliste conclut que l’indépendance ne peut être obtenue que par la lutte armée.

Combien de victimes la guerre a-t-elle fait ?
Les estimations varient. Les historiens retiennent environ 400 000 victimes civiles algériennes, environ 25 000 soldats français, et 140 000 combattants du FLN.

Qu’est-ce qui distingue la colonisation de l’Algérie des autres colonies françaises ?
Son statut : un territoire annexé, administré comme une province française, avec une colonisation de peuplement massive.

Pourquoi la mémoire reste vive des deux côtés ?
Parce que la période a laissé des traces profondes : expropriations, déplacements forcés, torture, attentats, départs massifs, guerres internes, fractures familiales.

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Pourquoi la guerre d’Algérie a éclaté