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La ville de Saïda en Algérie

Saïda, « la Bienheureuse » ou « la Fortunée », est une ville aux sources intarissables nichée entre les monts de l’Atlas tellien et les hauts plateaux de l’Ouest algérien. Célèbre pour ses eaux thermales et son eau minérale qui porte son nom, cette cité fut aussi la base militaire de l’Émir Abdelkader dans sa résistance contre la colonisation française. Ses forêts de pins d’Alep, ses grottes préhistoriques et son riche patrimoine font de Saïda une destination authentique où nature, histoire et spiritualité soufie se conjuguent harmonieusement.

1. Présentation générale

Saïda (en arabe : سعيدة, « l’heureuse ») est le chef-lieu de la wilaya du même nom, située dans l’ouest de l’Algérie, à 470 km d’Alger, 173 km d’Oran et 73 km de Mascara. Perchée à 830-850 mètres d’altitude dans la vallée de l’oued Saïda, elle s’inscrit entre les monts de Saïda à l’est et les monts de Daïa à l’ouest.

Surnommée « la ville des eaux » en raison de ses nombreuses sources, Saïda occupe une position de carrefour stratégique entre le Tell au nord et les hauts plateaux steppiques au sud. Cette situation en fait une porte d’entrée vers le grand Sud oranais.

L’économie locale repose sur l’agriculture (céréales, élevage ovin et caprin), l’industrie agroalimentaire (la célèbre eau minérale Saïda, créée en 1967), la cimenterie et le textile. Le thermalisme constitue un atout touristique majeur avec les stations de Hammam Rabbi et Hammam Sidi Aïssa.

2. Données géographiques et démographiques

CaractéristiqueDonnée
Population (ville)~130 000 habitants
Population (wilaya)~400 000 habitants
Superficie (wilaya)6 765 km²
Nombre de daïras/communes6 daïras, 16 communes
Code wilaya20
Altitude830 m (sommets : 1 300-1 400 m)
ClimatSemi-aride continental (~350 mm/an)
Distance Oran173 km
Couvert forestier25% de la wilaya
Villes principalesSaïda, Aïn El Hadjar, Youb, Ouled Khaled

3. Histoire : de la Préhistoire à l’Émir Abdelkader

3.1 Préhistoire et Antiquité

La présence humaine dans la région de Saïda remonte à environ 4 000 ans av. J.-C., comme en témoignent les grottes de Tifrit, classées patrimoine national en 1996. Ces sept grottes ont livré des outils lithiques, des poteries et des peintures rupestres illustrant la vie quotidienne des premiers habitants.

À partir de 203 av. J.-C., les Romains s’installèrent dans la région, attirés par l’abondance des sources. Ils établirent des camps militaires près des oueds, notamment à Timziouine (commune de Youb) où des vestiges de thermes romains sont encore visibles. La région conserve une centaine de ruines et vestiges de cette époque, dont les monuments Limas Sibtim Siver à Aïn Soltane.

3.2 Périodes médiévale et ottomane

Au VIe siècle, après les invasions vandales, la région passa sous l’autorité de la dynastie berbère des Djeddars de Frenda. Avec la conquête arabo-musulmane au VIIIe siècle, Saïda fut intégrée au royaume de Tahert (Tiaret), période faste qui vit le développement des lettres et des sciences.

Se succédèrent ensuite les Almoravides, Almohades et Zianides de Tlemcen. Au Xe siècle, la cité portait le nom de Haz Saïda, en référence aux eaux chaudes de Sidi Aïssa. Au XIIe siècle, elle prit définitivement le nom de Saïda, du cours d’eau qui la traverse.

Sous la domination ottomane, la région devint un aghalik dépendant du beylik de Mascara (1701-1791).

4. L’Émir Abdelkader et Saïda

L’histoire de Saïda est intimement liée à celle de l’Émir Abdelkader (1808-1883), fondateur de l’État algérien moderne et figure emblématique de la résistance à la colonisation française.

La forteresse de l’Émir

Après la prise d’Alger (1830), d’Oran et de Mascara par les Français, l’Émir Abdelkader se replia sur Saïda entre 1836 et 1841, en faisant sa base militaire. Sur l’emplacement d’un ancien fort romain, au Vieux Saïda, il fit construire une forteresse équipée de toutes les commodités dignes d’un grand chef.

C’est l’Émir qui donna à la ville, alors appelée Doui Thabet, le nom de Saïda « la Fortunée, la Prospère ». Il y établit également une fabrique d’armes pour équiper ses troupes en matériel et munitions.

Les batailles de la résistance

Le 22 octobre 1841, les troupes du général Bugeaud entrèrent à Saïda, mais l’Émir avait incendié la forteresse avant de se replier vers Hassasna. S’ensuivirent de nombreuses batailles dans la région :

Bataille de Jida (juin 1843), Bataille d’Aïn Menaâ (août-septembre 1843), Batailles de Tircine et Sidi Youcef (septembre 1843).

Plus tard, le Cheikh Bouamama poursuivit la résistance dans le sud de la région avec son armée de 2 300 combattants (1880-1881). Saïda resta un haut lieu de la résistance jusqu’à l’indépendance, participant activement à la guerre de libération à partir de mars 1956.

5. La ville des eaux

Saïda doit son surnom de « ville des eaux » à l’exceptionnelle richesse de ses ressources hydriques : sources karstiques, oueds, nappes souterraines et sources thermales.

L’eau minérale Saïda

Créée en 1967, l’eau minérale Saïda est la doyenne des eaux minérales algériennes. Puisée dans les nappes souterraines de la région, elle a longtemps été leader du marché algérien. Rachetée par le groupe privé Yaïci, l’entreprise produit également des sodas et boissons gazeuses.

Autres sources minérales exploitées : S’fid, Aïn El-Bayda, Oum El-Rakhayel, Aïn Zerga.

Thermalisme : Hammam Rabbi

Hammam Rabbi : Situé à 11 km de Saïda, cette station thermale exploite une source à 46°C avec un débit de 6 l/s. Elle dispose d’une capacité de 64 lits et offre des cures pour les rhumatismes, affections cutanées et troubles respiratoires.

Hammam Sidi Aïssa : À 14 km de la ville, source à 47°C (débit 7 l/s), utilisée de manière traditionnelle pour les traitements thérapeutiques depuis l’époque romaine.

Aïn Sekhouna : Autre source thermale de la wilaya aux vertus curatives reconnues.

6. Patrimoine et sites touristiques

Sites naturels

Forêt des Aigles (Vieux Saïda) : À la sortie sud de la ville, cette forêt de 35 hectares, célèbre pour ses sources d’eau douce, est le poumon vert de la cité. C’est le site de l’ancienne forteresse de l’Émir Abdelkader.

Forêt de Tafrent : À 22 km de Saïda, dans la commune de Sidi Omar, elle offre des paysages montagneux spectaculaires, de vastes prairies et des sentiers de randonnée.

Zone d’El Merdja : À 19 km sur la RN93, cette zone d’expansion touristique de 768 hectares attire les amateurs de camping, d’écotourisme et de pêche.

Cascade de Tifrit : Destination prisée pour son cadre naturel préservé.

Patrimoine historique et archéologique

Grottes de Tifrit : Sept grottes préhistoriques classées patrimoine national (1996), riches en peintures rupestres et vestiges lithiques.

Site romain de Timziouine : Vestiges de thermes et camp militaire romains dans la commune de Youb.

Ruines de Tidernatine : Village fortifié avec muraille en pierres sèches de 1,40 m d’épaisseur.

Ruines berbères de Tafrent : Grand village avec enceinte défensive.

Espaces verts urbains

Parc Riyadh : Installations de loisirs et jeux pour les familles.

Parc public du 20 Août : Au centre-ville, espace de détente.

Forêt d’El Ogbane : Pique-nique, randonnée et source d’Aïn Zerga.

7. Wilayas limitrophes

WilayaDirectionDistanceCaractéristiques
MascaraNord~73 kmAncienne capitale de l’Émir Abdelkader
Sidi Bel AbbèsOuest~90 kmAgriculture, industrie
TiaretEst~160 kmHauts plateaux, cheval barbe
El BayadhSud~150 kmSteppes, gravures rupestres
NaâmaSud-Ouest~200 kmSteppes, hauts plateaux

8. Gastronomie

La cuisine de Saïda reflète les traditions des hauts plateaux occidentaux, mêlant influences berbères, arabes et pastorales. Découvrez l’ensemble des spécialités dans notre guide de la cuisine algérienne : 50 recettes.

Plats traditionnels

Couscous : Préparé avec légumes de saison et viande d’agneau des hauts plateaux.

Chakhchoukha : Spécialité des hauts plateaux à base de pain émietté (rougag) et sauce aux légumes.

Rfiss : Galette émiettée au beurre et au miel, plat festif.

Méchoui : Agneau entier rôti à la braise, tradition pastorale.

Produits du terroir

Viande d’agneau : Élevage extensif sur les parcours steppiques.

Miel de forêt : Récolté dans les forêts de pins et de chênes.

Plantes aromatiques : Thym, romarin, armoise des steppes.

Pour plus de recettes, consultez notre article sur les plats traditionnels algériens.

9. Culture et traditions

Personnalités de Saïda

Ahmed Medeghri (1934-1974) : Ministre de l’Intérieur, figure de la révolution algérienne.

Saïd Amara : Footballeur de la mythique équipe du FLN.

Cheb Mami : Icône internationale de la musique raï, né à Saïda en 1966.

Belahreche : Poète dont l’œuvre littéraire a marqué la région.

Tradition soufie

Saïda est marquée par une forte tradition soufie. Des zaouïas, dont celle de Sidi Ahmed El-Tidjani, attirent chaque année de nombreux fidèles. La spiritualité imprègne la vie quotidienne et les fêtes religieuses.

Artisanat

Tissage : Tapis et burnous traditionnels.

Poterie : Artisanat rural encore vivant.

Travail du cuir : Sacoches, babouches.

Découvrez l’artisanat algérien dans notre article sur les arts traditionnels algériens.

Folklore

Fantasias : Spectacles équestres traditionnels lors des fêtes.

Festivals de moissons : Célébration des récoltes céréalières.

Chants populaires : Tradition musicale des hauts plateaux.

10. Questions fréquentes

Pourquoi Saïda est-elle appelée « la ville des eaux » ?

Saïda doit ce surnom à l’exceptionnelle richesse de ses ressources hydriques : sources karstiques (Aïn Zerga, Aïn Tifrit, Aïn Soltane), oueds, nappes souterraines et sources thermales (Hammam Rabbi, Hammam Sidi Aïssa). L’eau minérale Saïda, créée en 1967, est la doyenne des eaux embouteillées algériennes et a contribué à la renommée de la ville bien au-delà de ses frontières.

Quel est le lien entre l’Émir Abdelkader et Saïda ?

Entre 1836 et 1841, l’Émir Abdelkader fit de Saïda sa base militaire dans sa résistance contre la colonisation française. Il construisit une forteresse au Vieux Saïda, sur l’emplacement d’un ancien fort romain, et y établit une fabrique d’armes. C’est lui qui donna à la ville son nom de Saïda « la Fortunée ». Le 22 octobre 1841, les troupes de Bugeaud prirent la ville, mais l’Émir avait incendié la forteresse avant de se replier.

Que visiter à Saïda ?

Les incontournables sont : la Forêt des Aigles (Vieux Saïda) sur le site de l’ancienne forteresse de l’Émir, les grottes préhistoriques de Tifrit, les stations thermales de Hammam Rabbi et Sidi Aïssa, les vestiges romains de Timziouine, les forêts de Tafrent et El Merdja, et la cascade de Tifrit. Le printemps et l’automne offrent les meilleures conditions climatiques.

Comment se rendre à Saïda ?

Par la route : Saïda est à 470 km d’Alger, 173 km d’Oran et 73 km de Mascara via la RN6. Par le train : une ligne de chemin de fer traverse la wilaya du nord au sud. Un aérodrome existe à Aïn Zeghat (5 km) mais n’est pas encore opérationnel pour les vols commerciaux. Pour l’hébergement, consultez notre guide des hôtels en Algérie.

Quelles sont les vertus des eaux thermales de Saïda ?

Les sources thermales de Hammam Rabbi (46°C) et Hammam Sidi Aïssa (47°C) sont réputées depuis l’époque romaine pour leurs vertus curatives. Elles sont particulièrement indiquées pour les rhumatismes, les affections dermatologiques, les troubles respiratoires et les maladies digestives. La station de Hammam Rabbi dispose d’une capacité de 64 lits pour les cures.

Que signifie le nom « Saïda » ?

Le nom Saïda (سعيدة) signifie « l’heureuse » ou « la bienheureuse » en arabe. Selon la légende, il proviendrait soit du nom de l’oued Saïd qui traverse la ville, soit du prénom d’une sainte locale. L’Émir Abdelkader l’appelait « Saïda la Fortunée, la Prospère ». Au Xe siècle, la cité était nommée « Haz Saïda » en référence aux eaux chaudes de Sidi Aïssa.

 

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