Musique Chaâbi
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Musique Algérienne • Patrimoine
Musique Chaâbi
L’Âme Populaire de l’Algérie
De la Casbah d’Alger aux scènes internationales — voyage au cœur du genre musical le plus populaire d’Algérie, né du medh et de la poésie du melhoun.
📍 Casbah d’Alger
🏆 Genre musical le plus populaire
Le chaâbi (الشعبي, « populaire » en arabe) est bien plus qu’un genre musical : c’est l’âme sonore de l’Algérie. Né dans les ruelles de la Casbah d’Alger au début du XXe siècle, il a accompagné des générations d’Algériens dans leurs joies et leurs peines — des fêtes de mariage aux veillées du Ramadan. De El Hadj M’hamed El Anka, son père fondateur, à Dahmane El Harrachi et son immortel Ya Rayah, le chaâbi a traversé les frontières pour devenir un symbole de l’identité algérienne dans le monde.
« Le chaâbi, c’est la voix de l’Algérie profonde, celle qui chante dans les cours de la Casbah comme dans les cœurs de la diaspora. »
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Origines et naissance du chaâbi
Le chaâbi naît au début du XXe siècle dans les ruelles étroites de la Casbah d’Alger, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1992. Ce quartier populaire, véritable creuset culturel, voit émerger un genre musical qui deviendra l’expression artistique la plus authentique de l’âme algérienne.
- La musique arabo-andalouse — Héritée de l’Espagne musulmane, appelée « sanâa » (art savant) à Alger
- Le medh — Chant religieux soufi pratiqué dans les zaouïas (confréries)
- Le melhoun — Poésie populaire maghrébine en arabe dialectal, aux thèmes amoureux et satiriques
- Les influences berbères — Notamment le mode musical « sahli », d’origine kabyle
Le contexte colonial et l’émergence d’une musique identitaire
La colonisation française, en détruisant massivement les écoles coraniques, prive la population algérienne de l’accès à l’arabe classique. Cette rupture linguistique pousse les artistes à adapter les airs « divins » de la musique andalouse dans un langage plus populaire et accessible. Le chaâbi devient ainsi un vecteur d’identité et de résistance culturelle.
En 1946, El-Boudali Safir, directeur artistique de Radio Algérie, utilise le terme « populaire » pour désigner ce genre. Mais c’est lors du premier colloque national sur la musique algérienne en 1964, après l’indépendance, que la dénomination officielle « chaâbi » est définitivement adoptée.
Les précurseurs : Cheikh Nador et les meddahines
Avant l’émergence du chaâbi moderne, existait déjà une tradition dans les cafés de la Casbah. Cheikh Nador (décédé en 1926) est considéré comme l’icône du medh. Autour de lui gravite une pléiade d’artistes « meddahines » : Mustapha Driouèche, Kouider Bensmain, Mohamed Essafsafi, Saïd Laouar, Mahmoud Zaouche… Ces interprètes improvisaient des istikhbar (préludes vocaux) dans les modes sika et sahli, accompagnés d’un guembri.
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El Hadj M’hamed El Anka : le père fondateur
El Hadj M’hamed El Anka (1907-1978), de son vrai nom Mohamed Idir Aït Ouarab, est universellement reconnu comme le « Cardinal » et le « Cheikh El Chouyoukh » (le Maître des maîtres) du chaâbi. Son histoire commence à 13 ans, quand il attire l’attention de Cheikh Nador qui le prend sous son aile.
À la mort de son mentor en 1926, El Anka n’a que 19 ans mais hérite de l’orchestre et de l’aura de son maître. Sa jeunesse lui permet d’avoir une vision nouvelle du medh et d’opérer une véritable révolution musicale.
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Le Cardinal
- Création du mandole algérien — Il fait fabriquer par le luthier Jean Bellido un mandole sur mesure : manche allongé, caisse aplatie, 4 cordes doublées
- Nouvelle orchestration — Introduction de la derbouka, du banjo, du ney, du qanûn, du violon et du piano
- Codification du genre — Schéma istikhbar (prélude) → qasida → mkhilass, hérité de l’andalou
- Diction caractéristique — Abandon des vocalises lyriques pour une interprétation plus directe et parfois rocailleuse
En 1928, El Anka signe chez Columbia Records et rejoint la Radio PTT Alger. Ces deux vecteurs de diffusion contribuent à sa notoriété et à la popularisation du genre. En 1955, il intègre le Conservatoire municipal d’Alger en tant qu’enseignant du chaâbi, formant plusieurs générations d’artistes.
Son interprétation quittait le pluriel anonyme pour la singularité du grand art. Sa musique éveillait des énergies jeunes et neuves. Elle participait à sa manière au fondement de notre personnalité nationale.
— Bachir Hadj Ali, poète et musicologue
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Les instruments du chaâbi
L’orchestre chaâbi traditionnel, généralement composé de cinq musiciens dont le chanteur, mêle les instruments orientaux du classique arabo-andalou à d’autres venus de l’Occident. Une particularité essentielle : aucun instrument électrique n’est traditionnellement admis, à l’inverse du raï oranais.
Créé par El Anka, il remplace la kouitra (mandoline arabo-andalouse). Manche allongé, caisse aplatie, 4 cordes doublées métalliques. Sonorités plus hautes et vives.
Instrument de percussion membranophone en forme de calice. Introduit par El Anka pour remplacer le deff traditionnel du medh.
Tambourin à cymbalettes qui accompagne la derbouka et marque le rythme. Hérité de la tradition du bendir.
Particularité unique : les altistes du chaâbi jouent toujours leur instrument à la verticale, comme le faisaient jadis les joueurs de gimbri.
Instrument importé d’Occident qui s’est parfaitement intégré à l’orchestre chaâbi. Sonorité métallique caractéristique du style de Dahmane El Harrachi.
Le ney (flûte en roseau) et le qanûn complètent l’ensemble. Alger est réputée pour ses pianistes et accordéonistes de chaâbi.
Le chaâbi utilise les mêmes modes (maqâm) que la nouba algéroise, plus un mode spécifique :
Zidane
Âraq
Ghrib
Jarka
Reml Maya
Sika
Mezmoum
Sahli ★
★ Le mode sahli, d’origine berbère, n’existe pas dans la musique andalouse classique. À Constantine, il s’appelle r’haoui.
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Les grands maîtres du chaâbi
Après El Anka, le chaâbi a été enrichi par une pléiade d’artistes qui ont chacun apporté leur sensibilité et leur créativité au genre. Voici les figures les plus marquantes de cette tradition musicale algérienne.
Dahmane El Harrachi
Auteur de plus de 150 chansons, dont l’immortel Ya Rayah. Ayant vécu en France, il a créé un nouveau langage musical et poétique, avec une légère coloration occidentale. Son style au banjo et sa diction hachée sont devenus des archétypes modernes du chaâbi.
El Hachemi Guerouabi
Né à El Mouradia, héritier spirituel d’El Anka, il est reconnu pour sa voix puissante et sa maîtrise des qasidas classiques. Ses interprétations de Elli Yebki et Habit El Youm restent des références absolues du genre.
Abdelkader Chaou
Interprète de Kouani Ou Rah, il perpétue la tradition ankiste avec un style raffiné.
Kamel Messaoudi
Avec Chemaa (1991), il a renouvelé le genre en créant le « Néo-Chaâbi ».
Amar Ezzahi
Originaire d’Azeffoun comme El Anka, il a marqué par son interprétation sensible et sa fidélité à la tradition.
Cheikh El Hasnaoui
Figure légendaire, célèbre en France dans les années 50 avec Ya Noudjoum Ellil.
Boudjemaa El Ankis
Surnommé ainsi pour sa proximité stylistique avec le maître. Youm El Djemaâ reste un classique.
Lili Boniche
Artiste judéo-algérien qui a contribué au répertoire chaâbi dès les années 1930.
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Chansons cultes et répertoire
Le répertoire chaâbi se divise entre les qasidas traditionnelles (poèmes classiques du melhoun) et les compositions modernes. Les thèmes abordent l’amour, l’exil, la nostalgie, l’amitié, la trahison, mais aussi des réflexions philosophiques sur la vie. Voici les morceaux incontournables.
Ya Rayah (يا الرايح)
La chanson chaâbi la plus célèbre au monde. « Ô toi qui pars, où vas-tu ? Tu finiras par revenir… » Ce chant mélancolique sur l’exil et le retour a touché des millions de personnes.
- Reprise par Rachid Taha en 1997 — succès planétaire
- Traduite et chantée dans plus de 10 langues
- A fait entrer le mot « chaâbi » dans les dictionnaires français
🎵 Les classiques du répertoire
Le chaâbi puise dans les textes de grands poètes maghrébins : Sidi Lakhdar Benkhlouf (natif de Mostaganem), M’Barek Ben Latbak, El Hadj Aïssa, Ahmed Ben Triki… Leurs qasidas, parfois très longues, alternent entre le ghazal (amour), le madîh (religieux), le hidja (satirique) et le ritha (élégiaque).
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Évolution et chaâbi moderne
Le chaâbi n’a cessé d’évoluer depuis sa naissance. Après la mort d’El Anka en 1978, certains puristes ont déploré un ressassement du répertoire. Pourtant, le genre a connu plusieurs vagues de renouvellement.
Naissance du chaâbi moderne
Le genre « ‘acry » (contemporain) apparaît. Mahboub Bati compose une centaine de chansons.
L’apport de Dahmane El Harrachi
Depuis la France, Dahmane crée un nouveau langage musical. Ya Rayah (1973) deviendra un hymne mondial.
Le Néo-Chaâbi
Kamel Messaoudi renouvelle le genre avec Chemaa.
Ya Rayah par Rachid Taha
La reprise rock de Rachid Taha propulse le chaâbi sur la scène internationale.
El Gusto : la réunion historique
Le documentaire de Safinez Bousbia réunit des musiciens séparés depuis 50 ans.
- Instruments acoustiques
- Poésie classique (melhoun)
- Structure codifiée
- Thèmes philosophiques
- Instruments électriques
- Textes directs et modernes
- Liberté de forme
- Thèmes festifs et amoureux
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Questions fréquentes sur le chaâbi
Qu’est-ce que la musique chaâbi algérienne ?
Le chaâbi (الشعبي) est un genre musical algérien né au début du XXe siècle dans la Casbah d’Alger. Il dérive de la musique arabo-andalouse et du medh, enrichi par la poésie du melhoun.
Qui est le père fondateur du chaâbi ?
El Hadj M’hamed El Anka (1907-1978), le « Cardinal » du chaâbi. Il a codifié le genre et enregistré plus de 130 disques.
Quels sont les instruments du chaâbi ?
Mandole algérien, derbouka, tar, alto (joué à la verticale), banjo, ney, qanûn et parfois piano. Aucun instrument électrique n’est traditionnellement admis.
Quelle est la chanson chaâbi la plus célèbre ?
Ya Rayah de Dahmane El Harrachi (1973). Reprise par Rachid Taha en 1997, succès planétaire.
Quels sont les grands maîtres du chaâbi ?
El Anka, Dahmane El Harrachi, Guerouabi, Amar Ezzahi, Abdelkader Chaou, Kamel Messaoudi, Cheikh El Hasnaoui, Lili Boniche.
Quelle différence entre chaâbi et raï ?
Le chaâbi (Alger) utilise des instruments acoustiques et la poésie classique. Le raï (Oran) utilise des instruments électriques et des textes modernes.
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