La ville d’Adrar en Algérie
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 10 juillet 2017

Adrar, dont le nom berbère signifie « montagne », est la porte d’entrée du Grand Sahara algérien. Cette wilaya immense de plus de 250 000 km² – la deuxième plus grande d’Algérie – abrite un patrimoine exceptionnel : près de 300 ksour millénaires, le système d’irrigation ancestral des foggaras, et l’Ahellil du Gourara, tous inscrits au patrimoine de l’UNESCO. Entre dunes dorées, palmeraies verdoyantes et traditions séculaires, Adrar offre une immersion unique au cœur de la civilisation oasienne.
Sommaire
1. Présentation générale
La wilaya d’Adrar s’étend dans le sud-ouest de l’Algérie, au cœur du Sahara. Elle couvre quatre régions géographiques et culturelles distinctes : le Touat (centre), le Gourara (nord), le Tidikelt (est) et le Tanezrouft (sud), surnommé « le pays de la soif » pour son aridité extrême.
Le nom « Adrar » vient du berbère et signifie « montagne » ou « pierre », en référence aux formations rocheuses qui parsèment ce territoire désertique. Malgré son environnement hostile – avec des températures dépassant régulièrement 45°C en été et des précipitations annuelles inférieures à 15 mm – la région a vu naître une civilisation oasienne remarquable, fondée sur l’ingéniosité des systèmes d’irrigation traditionnels.
Chef-lieu de wilaya, la ville d’Adrar est située à environ 1 400 km au sud-ouest d’Alger. Elle constitue la dernière grande étape avant le mythique Tanezrouft et la frontière avec le Mali. La wilaya comptait historiquement 11 daïras et 28 communes, avant le découpage de 2019 qui a créé deux nouvelles wilayas : Timimoun et Bordj Badji Mokhtar.

2. Données géographiques et démographiques
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Population (wilaya) | ~400 000 habitants |
| Population (ville d’Adrar) | ~95 000 habitants |
| Superficie (après 2019) | ~250 000 km² |
| Nombre de daïras | 6 daïras, 16 communes |
| Code wilaya | 01 |
| Altitude | 279 m (ville d’Adrar) |
| Climat | Désertique hyper-aride (BWh) |
| Température moyenne | 26-27°C (moyenne annuelle) |
| Jours >40°C/an | ~130 jours |
| Ensoleillement | ~3 978 heures/an (parmi les plus élevés au monde) |
3. Histoire d’Adrar
3.1 Préhistoire et antiquité
Les premières traces d’occupation humaine dans la région d’Adrar remontent à près de 30 000 à 60 000 ans, au Paléolithique moyen. À cette époque, le Sahara était une région verdoyante, parcourue de rivières et peuplée d’une faune abondante. Les gravures rupestres découvertes dans le Tanezrouft, le Tidikelt et le Gourara témoignent de cette période faste, avec des représentations de bovins, d’éléphants et de scènes de chasse.
Selon certaines traditions anciennes, le Touat serait même lié à l’Égypte antique : les barques funéraires des pyramides auraient été orientées vers cette région, considérée comme le pays d’origine des premiers pharaons. Si cette théorie reste débattue, elle témoigne de l’aura mystique qui entoure ce territoire depuis des millénaires.
3.2 L’âge d’or des routes caravanières (XIe-XIXe siècle)
À partir du XIe siècle, le Touat-Gourara devient un carrefour majeur du commerce transsaharien, reliant le Maghreb (notamment Tlemcen) à l’Afrique subsaharienne et Tombouctou. Les caravanes transportaient or, sel, esclaves, épices et manuscrits. C’est durant cette période que se développent les ksour (villages fortifiés) et le système des foggaras.
Les tribus berbères zénètes s’implantent durablement dans la région, apportant leur savoir-faire agricole et leurs traditions culturelles. Au XVIIe siècle, la région connaît son apogée culturel avec la multiplication des zaouïas (centres religieux et d’enseignement) et des khizanas (bibliothèques de manuscrits). Les érudits du Touat rayonnent jusqu’au Mali et au-delà.
3.3 La période coloniale et contemporaine
La France conquiert la région d’Adrar entre 1900 et 1902, après la « campagne du Touat ». La colonisation bouleverse l’économie traditionnelle, mais préserve relativement les structures sociales oasiennes. Pour comprendre le contexte de cette période, consultez notre article sur pourquoi la guerre d’Algérie a éclaté.
Après l’indépendance en 1962, la wilaya d’Adrar est créée en 1974, regroupant les anciennes régions de la Saoura. En 2019, un nouveau découpage administratif crée deux wilayas distinctes : Timimoun (au nord, incluant le Gourara) et Bordj Badji Mokhtar (au sud). Aujourd’hui, Adrar se modernise tout en préservant son patrimoine exceptionnel.
4. Patrimoine UNESCO
La région d’Adrar possède un patrimoine exceptionnel, reconnu à plusieurs reprises par l’UNESCO.
L’Ahellil du Gourara (UNESCO 2008)
L’Ahellil est un genre poétique et musical emblématique des Zénètes du Gourara, inscrit en 2008 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Pratiqué lors de cérémonies collectives (fêtes religieuses, mariages, pèlerinages), l’Ahellil mêle poésie, chant polyphonique, musique et danse.
Une séance d’Ahellil peut durer toute la nuit et réunir jusqu’à une centaine de participants. Un joueur de bengri (flûte) et un chanteur soliste mènent un chœur qui tourne en cercle, épaule contre épaule, en tapant des mains. Les textes, en langue zénète, sont des louanges à Dieu, au Prophète et aux saints locaux. L’Ahellil symbolise la cohésion de la communauté dans un environnement difficile. Malheureusement, cette tradition est menacée par la migration des jeunes vers les villes.
Les foggaras du Touat-Tidikelt (UNESCO 2018)
Les savoirs et savoir-faire des mesureurs d’eau des foggaras (ou aiguadiers) du Touat-Tidikelt ont été inscrits en 2018 sur la Liste du patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente. La foggara est un système ingénieux de galeries souterraines qui captent l’eau des nappes phréatiques et la conduisent par gravité vers les palmeraies, sur plusieurs kilomètres.
Ce système, probablement introduit au XIe siècle (peut-être depuis l’Iran ou par des tribus zénètes), a permis la survie des populations dans un environnement aride. La région comptait plus de 1 400 foggaras, dont 857 encore fonctionnelles. Le kial el ma (mesureur d’eau) est un personnage essentiel qui calcule et répartit équitablement l’eau entre les propriétaires grâce aux kesria (peignes de distribution).
Le Sbouâ de Sidi El Hadj Belkacem (UNESCO 2015)
Le Sbouâ est un pèlerinage annuel à la zaouïa de Sidi El Hadj Belkacem dans le Gourara, célébrant le Mawlid (anniversaire du Prophète). Cette cérémonie de sept jours (sbouâ signifie « semaine » en arabe) rassemble des milliers de fidèles et constitue l’un des plus grands événements culturels et spirituels de la région.

5. Sites touristiques
Le Ksar de Tamentit
Situé à 12 km au sud de la ville d’Adrar, Tamentit est l’un des plus anciens et plus importants ksour du Touat. Ancien centre spirituel rayonnant jusqu’au Mali, il abrite une mosquée millénaire et plusieurs khizanas (bibliothèques de manuscrits). La Sebkha de Tamentit et l’oasis d’Ouled Yahia sont classées zone humide protégée sous la Convention de Ramsar depuis 2002.
Les Ksour du Gourara et du Touat
La région compte près de 290 ksour, véritables forteresses de terre construites pour résister au climat extrême et aux attaques. Parmi les plus remarquables : Ksar d’Ighzer (architecture médiévale), Ksar de Ben Aissi, Ksar de Semouta, Ksar d’Ouled Said, et les ksour de Guentour, Hiha et Ksar Lahmar. Ces villages témoignent d’un savoir-faire architectural unique, avec leurs murs épais en pisé, leurs ruelles étroites et leurs tours d’angle.
La Zaouïa Sidi El Hadj Belkacem
L’un des plus grands palais de Timimoun, créé il y a plus de 6 siècles. C’est ici que se déroule le Sbouâ, célébration de la semaine de l’anniversaire du Prophète. Le site est un haut lieu de spiritualité soufie et de patrimoine architectural.
Le Tanezrouft
Surnommé « le pays de la soif », ce vaste plateau désertique s’étend sur 800 km au sud d’Adrar. C’est l’une des zones les plus arides de la planète, mais aussi l’une des plus spectaculaires pour les amateurs de grands espaces sahariens.
Les palmeraies et sebkhas
Les oasis d’Adrar comptent parmi les plus belles du Sahara. La palmeraie d’Ouled Said est réputée pour sa production de dattes (plus de 100 variétés). Les sebkhas (lacs salés) de Timimoun et Bouda offrent des paysages lunaires d’une beauté saisissante. Pour planifier votre séjour, consultez notre guide des hôtels en Algérie par ville et budget.
6. Wilayas limitrophes
Depuis le redécoupage de 2019, la wilaya d’Adrar est bordée par plusieurs wilayas :
| Wilaya | Direction | Distance | Caractéristiques |
|---|---|---|---|
| Timimoun | Nord | ~200 km | L’Oasis Rouge, Gourara, Ahellil |
| Béni Abbès | Nord-Ouest | ~350 km | Grand Erg Occidental |
| Béchar | Ouest | ~600 km | Saoura, porte du désert |
| In Salah | Est | ~400 km | Tidikelt, plateau du Tademaït |
| Tamanrasset | Sud-Est | ~700 km | Hoggar, Touaregs |
| Bordj Badji Mokhtar | Sud | ~600 km | Frontière Mali, Transsaharienne |
Adrar est également connectée à Tindouf (sud-ouest, ~1 200 km) et aux autres grandes villes du nord : Alger (1 400 km), Oran (1 100 km) et Ghardaïa (600 km).
7. Gastronomie saharienne
La cuisine d’Adrar reflète l’adaptation des populations à un environnement désertique. Elle privilégie les produits locaux : dattes, céréales, viande de mouton ou de chameau, et légumes des oasis. Pour découvrir l’ensemble des spécialités du pays, consultez notre guide de la cuisine algérienne : 50 recettes.
Plats traditionnels
Le Mardoud (ou Mkhelaâ) : Plat emblématique du Sahara algérien, composé de gros grains de couscous accompagnés d’une sauce épicée à la viande de mouton et aux légumes frais et secs. Les grains sont plus gros que le couscous traditionnel du nord.
La H’rira : Version locale de la soupe traditionnelle, à base d’orge plutôt que de vermicelles. Incontournable pour le f’tour (rupture du jeûne) pendant le Ramadan.
Le Couscous au chameau (Si Daoun) : Spécialité à base de viande cameline ou de « si daoun » (croisement ovino-caprin), réputé pauvre en cholestérol. Le couscous est roulé avec de la semoule de blé local et servi avec une sauce aux lentilles.
La Taguella : Pain touareg traditionnel cuit sur un sable chaud recouvert de braises. Il peut être servi émietté comme plat principal ou en accompagnement. Pour découvrir d’autres pains algériens, consultez notre article sur les plats traditionnels algériens.
Le Khobz Ennour : Pain traditionnel de la Saoura, cuit selon des méthodes ancestrales.
Les dattes d’Adrar
La région produit certaines des meilleures dattes d’Algérie, avec plus de 100 variétés. La Deglet Nour (« doigt de lumière ») est la plus prisée, mais on trouve aussi la Ghars, la Degla Beïda et bien d’autres. Les dattes sont consommées fraîches, séchées, ou transformées en sirop. Traditionnellement offertes avec du lait de chèvre aux invités, elles symbolisent l’hospitalité saharienne.
Le thé saharien
Le thé à la menthe est une véritable institution à Adrar. Préparé selon un rituel précis, il se déguste en trois verres : le premier amer comme la mort, le deuxième doux comme la vie, le troisième sucré comme l’amour. La préparation du thé est un moment de convivialité et d’échange incontournable.
8. Culture et traditions
Le Baroud
Danse traditionnelle masculine très répandue dans la région, le Baroud est accompagné d’instruments comme l’aghlal, le zammâr et le karkabou. Les rythmes cadencés font vibrer la foule lors des fêtes et cérémonies.
Les Ziarate
Pèlerinages aux mausolées des saints locaux, les ziarate ponctuent le calendrier religieux de la région. Ces rassemblements de deux jours honorent les saints patrons des différents ksour et renforcent les liens communautaires.
L’artisanat
Adrar est réputée pour ses artisans : bijouterie (ksour de Tamentit et Brinken), maroquinerie (Aoulef, Bordj Badji Mokhtar, Tit), poterie (Tamentit) et tapisserie aux motifs traditionnels (ksar de Fatis). Pour découvrir l’artisanat algérien, consultez notre article sur les arts traditionnels algériens.
Les Khizanas (bibliothèques de manuscrits)
Le Touat-Gourara abrite entre 15 000 et 18 000 manuscrits anciens, parfois millénaires, conservés dans des bibliothèques familiales (khizanas). Ces documents traitent de théologie, mathématiques, astronomie, médecine et poésie. La Khizana El Bekrya de Tamentit est l’une des plus anciennes et des plus riches d’Algérie.
9. Économie et transports
Agriculture
L’économie d’Adrar repose traditionnellement sur l’agriculture oasienne : culture du palmier dattier (plus de 100 variétés), céréales (blé, orge), légumes et, depuis les années 1970, la tomate saharienne. Adrar est devenue la « capitale de la tomate » en Algérie, avec une fête annuelle en mars célébrant la récolte. L’agriculture en trois étages (palmiers, arbres fruitiers, légumes) permet d’optimiser l’irrigation et de créer un microclimat favorable.
Hydrocarbures et énergies renouvelables
La wilaya dispose d’un potentiel pétrolier et gazier important, avec notamment la raffinerie de Sbaâ. L’ensoleillement exceptionnel (parmi les plus élevés au monde) offre également un potentiel considérable pour l’énergie solaire. Pour suivre l’évolution économique de l’Algérie, consultez notre article sur les startups algériennes prometteuses.
Transports
Aéroport d’Adrar (Touat-Cheikh Sidi Mohamed Belkebir) : Liaisons régulières avec Alger et d’autres villes du pays. L’aéroport joue un rôle important pour le désenclavement de la région.
Route Transsaharienne : Adrar est traversée par la RN6 et la Transsaharienne qui relie Alger à Lagos (Nigeria) via Bordj Badji Mokhtar. Cette route stratégique facilite les échanges avec l’Afrique subsaharienne.
Université d’Adrar : L’Université africaine Ahmed-Draya accueille plus de 15 000 étudiants et contribue au rayonnement intellectuel de la région.
Pour les démarches administratives comme le renouvellement du passeport, les services sont disponibles au chef-lieu de wilaya.
10. Questions fréquentes
Quelle est la meilleure période pour visiter Adrar ?
La meilleure période s’étend d’octobre à mars, avec des températures agréables (15-25°C le jour). Évitez absolument l’été (juin-août) où le thermomètre dépasse régulièrement 45°C. Le Sbouâ (célébration du Mawlid) est un moment privilégié pour découvrir les traditions locales.
Qu’est-ce qu’une foggara ?
Une foggara est un système d’irrigation ancestral composé de galeries souterraines creusées à la main pour capter l’eau des nappes phréatiques et la conduire par gravité vers les palmeraies. Ce système génial, probablement introduit au XIe siècle, a permis la survie des oasis dans un environnement hyper-aride. Les savoirs des mesureurs d’eau sont inscrits au patrimoine UNESCO depuis 2018.
Qu’est-ce que l’Ahellil du Gourara ?
L’Ahellil est un genre poétique et musical des Zénètes du Gourara, inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO depuis 2008. Mêlant poésie, chant polyphonique et danse, il est pratiqué lors de cérémonies collectives et peut durer toute la nuit. Les textes en langue zénète louent Dieu et les saints locaux.
Comment se rendre à Adrar depuis Alger ?
En avion : vols réguliers depuis l’aéroport d’Alger vers l’aéroport d’Adrar (environ 2h). Par la route : environ 1 400 km via la RN1 puis la RN6, soit 15-18h de trajet. Il est recommandé de voyager en convoi et de bien préparer son véhicule pour les conditions désertiques.
Quelles spécialités culinaires goûter à Adrar ?
Ne manquez pas le Mardoud (couscous à gros grains), la viande de chameau, les dattes fraîches (plus de 100 variétés), la taguella (pain cuit au sable) et le thé saharien préparé selon le rituel traditionnel. La h’rira locale à base d’orge est incontournable pendant le Ramadan.
Quels sites visiter absolument à Adrar ?
Le ksar de Tamentit et sa mosquée millénaire, les foggaras en fonctionnement, la zaouïa Sidi El Hadj Belkacem, les ksour du Gourara (Ighzer, Ouled Said), les palmeraies et sebkhas. Pour les aventuriers, le Tanezrouft offre des paysages désertiques spectaculaires.







































































































































































































































































































































































































































































































































































































