Badji Mokhtar
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Dans la mémoire populaire, les noms les plus cités de 1954 sont souvent ceux des chefs militaires entrés dans la légende. Badji Mokhtar, lui, incarne une figure plus rare : le militant-organisateur, forgé dans l’ombre des cellules, des liaisons, des filières d’armes et des réseaux clandestins. Son itinéraire éclaire un point central : le 1er Novembre n’est pas né d’une improvisation, mais d’une montée en puissance patiente, faite d’arrestations, de prisons, de recompositions et d’une décision collective prise au sommet. Dans l’Est, son nom reste associé à Souk Ahras, aux préparatifs de l’insurrection, et à une mort au combat qui scelle très tôt le prix de l’engagement.
Sommaire
2. Origines : Annaba, Souk Ahras et une conscience précoce
3. Scouts, oulémas et politisation
4. Du PPA au MTLD : apprendre la discipline clandestine
5. L’Organisation spéciale : la matrice de 1954
6. Arrestation, prisons, rencontres décisives
7. CRUA et “Groupe des 22” : la décision de l’insurrection
8. Préparer le 1er Novembre dans l’Est
9. Medjez Sfa : mort au combat, date et contexte
Fiche d’identité
| Nom | Badji Mokhtar (Mokhtar Badji) |
| Naissance | 17 avril 1919, Annaba (Bône) |
| Ancrage | Jeunesse et militantisme à Souk Ahras |
| Engagement | PPA / MTLD, puis OS ; CRUA ; futur FLN-ALN |
| Rôle (1954) | Membre du “Groupe des 22”, préparation du 1er Novembre dans l’Est |
| Décès | Novembre 1954, mort au combat à Medjez Sfa (région de Guelma) |
2. Origines : Annaba, Souk Ahras et une conscience précoce
Badji Mokhtar naît en 1919 à Annaba, dans une Algérie coloniale où l’école, l’emploi et la citoyenneté sont structurés par l’inégalité juridique. Très jeune, il s’installe à Souk Ahras, car sa famille y travaille. L’itinéraire de nombreux militants de sa génération commence là : par une expérience directe de la discrimination et de la fermeture des horizons.
Repère : l’Est algérien comme foyer politique
Dans l’Est, les villes comme Souk Ahras, Guelma, Skikda ou Constantine (et leurs campagnes) concentrent dès l’entre-deux-guerres une intense vie militante. Ce bassin joue un rôle majeur dans la montée en puissance des réseaux PPA/MTLD, puis de l’OS, qui fournira une part décisive des cadres de 1954.
3. Scouts, oulémas et politisation
Comme beaucoup de futurs acteurs du 1er Novembre, Badji Mokhtar passe par des structures d’encadrement qui forment le caractère autant qu’elles éveillent l’esprit critique. Les Scouts musulmans algériens et l’influence des idées réformistes portées par l’Association des oulémas — liée à Abdelhamid Ben Badis — contribuent à ancrer une double conviction : la dignité collective et l’impossibilité de l’assimilation coloniale.
4. Du PPA au MTLD : apprendre la discipline clandestine
Son engagement s’inscrit d’abord dans la galaxie du PPA puis du MTLD, là où le militantisme se vit comme un apprentissage : réunions discrètes, diffusion de mots d’ordre, organisation des cellules et, surtout, gestion du risque permanent (surveillance, arrestations, pressions). Ce terrain forme des profils capables, plus tard, de basculer dans une clandestinité plus lourde encore.
5. L’Organisation spéciale : la matrice de 1954
Le passage à l’Organisation spéciale (OS) est un cap : il ne s’agit plus seulement de mobiliser politiquement, mais de préparer une capacité d’action, avec ses codes, ses filières, ses caches et ses consignes de sécurité. Badji Mokhtar est présenté comme responsable OS à Souk Ahras à la fin des années 1940, au moment où la répression coloniale s’intensifie.
À retenir
L’OS n’est pas un “détail” de l’histoire : c’est l’école pratique de nombreux cadres de 1954. Elle explique comment une décision politique (l’insurrection) peut se traduire en capacités opérationnelles (liaisons, armes, discipline, cloisonnement).
6. Arrestation, prisons, rencontres décisives
L’une des constantes de cette génération est la prison. Badji Mokhtar est arrêté au tournant des années 1950 dans le cadre des coups de filet visant l’OS, puis condamné. Ses lieux de détention sont cités parmi les prisons de l’époque, notamment à Blida et à Orléansville (aujourd’hui Chlef).
Ce passage est déterminant non seulement par l’épreuve, mais par les rencontres : la prison devient un espace paradoxal de socialisation militante, où se croisent des profils qui compteront ensuite, comme Ahmed Ben Bella ou d’autres responsables nationalistes cités par les historiographies récentes.
7. CRUA et “Groupe des 22” : la décision de l’insurrection
En 1954, la crise du MTLD et l’usure des stratégies légalistes favorisent l’émergence d’un noyau qui veut trancher. Badji Mokhtar se rapproche du CRUA, puis participe à la réunion des “22” qui acte le principe du déclenchement insurrectionnel.
La force de ce groupe tient moins à un “coup” qu’à une conclusion partagée : l’action politique seule ne suffit plus, et l’unité doit se faire autour d’un calendrier et d’une discipline commune.
8. Préparer le 1er Novembre dans l’Est : Souk Ahras, Guelma, l’effet “terrain”
Sur le terrain, l’insurrection se prépare avec ce que l’on a : des armes rares, des munitions comptées, des liaisons fragiles, une police omniprésente. Dans l’Est, Badji Mokhtar s’emploie à organiser l’entraînement, la logistique et le repérage, avec des objectifs évoqués par les récits (infrastructures et intérêts coloniaux).
Un épisode revient souvent : son arrestation, fin octobre 1954, lors de l’achat d’une carte d’état-major en librairie — un détail en apparence, mais qui dit beaucoup sur les contraintes matérielles de l’époque. Libéré quelques jours plus tard, il reprend le fil des préparatifs, dans une fenêtre de temps extrêmement courte.
Zoom : la Wilaya II, colonne vertébrale de l’Est
La structuration en wilayas se consolide après 1954, mais l’Est (future Wilaya II) se distingue dès les premiers mois par la densité de ses réseaux et l’importance stratégique de ses reliefs et de ses frontières. Ce contexte explique la centralité de Souk Ahras et des environs de Guelma dans les débuts de la lutte armée.
9. Medjez Sfa : mort au combat, date et contexte
Badji Mokhtar meurt au combat à Medjez Sfa, dans une zone rattachée aux environs de Guelma. Les sources ne donnent pas toujours la même date exacte (19 ou 20 novembre 1954), ce qui est fréquent dans les récits des premières semaines de la guerre, quand les combats, les bouclages et la circulation de l’information rendent la chronologie difficile à stabiliser. :contentReference[oaicite:10]{index=10}
Le point solide, lui, est la nature de l’événement : il est encerclé et tombe après un affrontement prolongé. Dans la mémoire locale, cet épisode devient un repère fondateur — la preuve, immédiate, que la guerre vient de commencer et qu’elle sera coûteuse.
10. Postérité : un nom inscrit dans l’espace algérien
La postérité de Badji Mokhtar se lit dans les noms : rues, écoles, équipements publics. Deux marqueurs sont particulièrement visibles : l’Université Badji Mokhtar d’Annaba (qui rappelle l’ancrage natal) et la commune/frontière de Bordj Badji Mokhtar (extrême Sud), qui illustre comment l’État algérien a inscrit les figures de 1954 dans sa géographie symbolique. :contentReference[oaicite:11]{index=11}
Dans l’Est, son nom renvoie aussi à une histoire plus large : celle d’une génération qui a assumé la rupture, au même titre que Mostefa Ben Boulaïd, Didouche Mourad ou Larbi Ben M’hidi, chacun dans son terrain et sa fonction.
11. Chronologie essentielle
Naissance à Annaba (Bône)
Militantisme, structuration locale à Souk Ahras
Arrestation dans le contexte des coups de filet contre l’OS
Participation au “Groupe des 22” (décision de l’insurrection)
Arrestation liée à l’achat d’une carte d’état-major, puis libération
Mort au combat à Medjez Sfa (région de Guelma)
12. Questions fréquentes
Qui était Badji Mokhtar ?
Militant nationaliste de l’Est algérien, passé par le PPA/MTLD et l’OS, il participe au Groupe des 22 et contribue aux préparatifs du 1er Novembre dans la région de Souk Ahras.
Faisait-il partie du Groupe des 22 ?
Oui, il est cité parmi les “22” qui actent en 1954 le déclenchement de l’insurrection armée.
Où et quand est-il mort ?
À Medjez Sfa, près de Guelma, en novembre 1954. Les dates varient selon les sources (19 ou 20 novembre), ce qui n’est pas rare pour les premiers combats.
Pourquoi son nom est-il si présent en Algérie ?
Université à Annaba, lieux et infrastructures publiques : sa postérité renvoie à son rôle fondateur en 1954 et à sa mort précoce au combat.
Lire aussi :
- Annaba : repères et histoire de la ville — ville natale (Bône)
- Souk Ahras : carrefour historique de l’Est — ancrage militant
- Guelma : contexte régional — Medjez Sfa et environs
- Mostefa Ben Boulaïd — génération fondatrice de 1954
- Didouche Mourad — articulation politique/terrain
- Larbi Ben M’hidi — architecture de la lutte
- Krim Belkacem — direction politico-militaire
- Ahmed Ben Bella — rencontres et générations OS
- Abdelhamid Ben Badis — influence réformiste sur les jeunesses
- Pourquoi la guerre d’Algérie a éclaté ? — article explicatif pour contextualiser
- France-Algérie : histoire et mémoires — cadre long de la colonisation
- Mohamed Boudiaf — constellation des fondateurs
Sources externes
- Dictionnaire de la guerre d’Algérie (dir. Thénault/Quemeneur/Siari Tengour), Éditions Bouquins, 2023 (référence citée)
- Wikipédia (à recouper) : éléments biographiques, dates, toponymie
- Ministère du Tourisme – circuit de Souk Ahras (PDF) : repères “Base Est” et lieux de mémoire
Voir aussi : Mostefa Ben Boulaïd • Didouche Mourad • Larbi Ben M’hidi • Yacef Saâdi






































































































































































































































































































































































































































































































































































































