Blaoui Houari
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 12 juillet 2017

Le Maître d’Oran La Radieuse
Blaoui Houari
1926 – 2017 • Le Barde de Sidi El Houari • L’Architecte du Son Oranais
Pionnier visionnaire, Blaoui Houari a fait entrer la chanson bédouine dans l’ère moderne. En mariant le piano au verbe des poètes, il a offert à Oran son identité sonore universelle.
📍 Sidi El Houari, Oran
🤝 Mentor de Khaled
Blaoui Houari est le socle sur lequel repose toute la chanson oranaise contemporaine. Né dans le quartier historique de Sidi El Houari à la ville d’Oran, il a réussi le tour de force d’extraire la musique andalouse et le Melhoun de leurs cadres traditionnels pour les offrir à la modernité. Par son usage révolutionnaire du piano et ses arrangements jazzy, il a ouvert la voie au musique raï moderne, devenant le mentor de Cheb Khaled et de toute une génération de « Chebs ».
- 1. Sidi El Houari : L’enfance d’un prodige au cœur du port (1926)
- 2. L’invention du Wahrani Moderne : Le choc des instruments
- 3. Le Moudjahid de la culture : Emprisonnement et résistance
- 4. Le Père du Raï : Son influence sur Khaled et la nouvelle garde
- 5. Biya Dek El-Mour et Bakhta : Les hymnes de l’éternité
- 6. Un héritage vivant : Le dernier rappel à Alger et Oran
- 7. Questions fréquentes
«J’ai pris la poésie de nos ancêtres pour l’habiller avec les instruments de mon temps. La musique doit être comme le vent d’Oran : elle doit voyager partout sans perdre son parfum.
— Blaoui Houari
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Sidi El Houari : L’enfance d’un prodige (1926)
Blaoui Houari naît le 23 janvier 1926 à Oran, dans le quartier historique de Sidi El Houari. Issu d’une famille mélomane (son père jouait du kuitra), il grandit dans un environnement où la musique est une forme de résistance sociale. Oran, dans les années 30, est une ville scindée, mais les sons ne connaissent pas de frontières : entre les cabarets espagnols, les cafés juifs du Derb et les veillées bédouines, le jeune Blaoui forge son oreille.
À l’âge de 13 ans, il remporte un concours de chanson, ce qui le propulse immédiatement sur le devant de la scène locale. Il commence par le piano, instrument alors réservé à l’élite européenne, et apprend à y jouer les maqâms les plus complexes du patrimoine. Cette audace technique sera le moteur de sa révolution artistique : il sera le premier à faire « parler » le piano avec l’accent d’Oran.
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L’invention du Wahrani Moderne : Le choc des instruments
L’apport historique de Blaoui Houari est la création du style Wahrani moderne. Avant lui, le répertoire oranais se jouait sur des instruments traditionnels (oud, qanoun). Blaoui va tout dynamiter. Il introduit l’accordéon, le saxophone, la batterie et plus tard la guitare électrique dans l’orchestre algérien.
Ce mélange, baptisé par certains « Modernisme Oranais », permet à la poésie bédouine de devenir radiophonique et populaire. Il collabore étroitement avec son ami et rival de toujours, Ahmed Wahbi. Si Wahbi penchait vers une esthétique plus orientale et classique, Blaoui choisissait le rythme, le swing et la proximité avec la rue. À eux deux, ils ont inventé la « Variété Algérienne » de haute volée.
Blaoui possédait une connaissance encyclopédique du Melhoun. Sa force était de savoir exactement quelle note de saxophone pouvait souligner la détresse d’un vers de poésie bédouine du 18ème siècle.
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Le Moudjahid de la culture : Emprisonnement et résistance
L’engagement politique de Blaoui Houari est indissociable de sa carrière. Dès le déclenchement de la révolution en 1954, il utilise sa notoriété pour collecter des fonds pour le FLN. Il compose des chants patriotiques qui galvanisent les foules oranaises. En 1955, il est arrêté par les autorités coloniales et interné au camp de Bossuet (Dhaya).
Cette épreuve renforce sa détermination. À sa sortie, il continue de militer par le verbe. À l’indépendance en 1962, il devient tout naturellement le directeur de l’orchestre de la Radio et Télévision d’Oran (RTA). Il structure la vie artistique de l’Ouest, formant des techniciens et des musiciens, et s’assurant que le patrimoine national soit préservé et diffusé avec la plus grande exigence.
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Le Père du Raï : L’influence sur Khaled et la nouvelle garde
Blaoui Houari est le chaînon manquant entre les Cheikhates traditionnelles et le Raï planétaire. Il a été le premier à « nettoyer » le raï de ses aspects les plus crus pour en faire une musique citadine respectable. C’est lui qui a découvert le jeune Cheb Khaled, le guidant dans ses premiers pas et lui transmettant le sens de la scène.
Khaled ne s’en est jamais caché : « Blaoui est mon père, c’est lui qui m’a appris à respecter le public ». Des artistes comme Cheb Mami, Houari Benchenet ou même le rocker Rachid Taha ont tous puisé dans le répertoire immense de Blaoui. En enregistrant plus de 500 chansons, il a constitué la plus grande base de données mélodique de l’Ouest algérien.
La filiation éternelle
Même au plus fort du succès mondial du Raï dans les années 90, les « Chebs » revenaient toujours à Oran pour demander conseil au Maître, qui restait le gardien du temple de l’élégance.
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Biya Dek El-Mour et Bakhta : Les hymnes de l’éternité
Le répertoire de Blaoui Houari est une collection de chefs-d’œuvre. Son titre phare, Biya Dek El-Mour (Cette amertume en moi), est considéré par les spécialistes comme l’une des plus belles mélodies jamais composées au Maghreb. Elle a été reprise par des dizaines d’artistes, dont Khaled qui en a fait un hit mondial.
Il a également magnifié le titre Bakhta, poème de Cheikh Abdelkader El Khaldi, en lui donnant une orchestration moderne qui a traversé les générations. Sa capacité à transformer un poème de plusieurs siècles en un tube radiophonique était son génie propre. Pour Blaoui, la tradition n’était pas un boulet, mais un tremplin vers l’universalité.
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Un héritage vivant : Le départ d’un géant (2017)
Blaoui Houari s’éteint le 19 juillet 2017 à Oran, à l’âge de 91 ans. L’annonce de son décès provoque une onde de choc immense. Ses funérailles au cimetière d’Aïn Beïda ont réuni toutes les strates de la société algérienne, des plus hautes autorités aux habitants de Sidi El Houari. Il laisse une Algérie orpheline de sa voix la plus sage.
Il a reçu de nombreuses distinctions, dont la médaille de l’Ordre du Mérite national, mais sa plus belle récompense reste la permanence de ses mélodies dans le quotidien des Algériens. Toujours cité comme le « Père de tous », il incarne cette Algérie plurielle, cultivée et fière de ses racines. Son héritage vit aujourd’hui dans chaque note de musique qui résonne sur la corniche oranaise.
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Questions fréquentes sur Blaoui Houari
Est-il un chanteur de Raï ?
Il est plus précisément un maître de la chanson oranaise moderne (Wahrani). Cependant, son travail sur l’instrumentation et l’arrangement a été le socle indispensable sur lequel s’est construit le Raï moderne dans les années 70 et 80. Sans Blaoui, le Raï n’aurait jamais acquis sa forme orchestrale actuelle.
Pourquoi l’appelait-on « Le Père » ?
C’est un titre de respect immense (Dda ou Cheikh). En plus de ses innovations musicales, il a été un mentor généreux, formant des centaines de musiciens et protégeant les jeunes talents des dérives du milieu artistique.
Quelle était sa relation avec Ahmed Wahbi ?
Ils étaient les deux faces d’une même médaille. Wahbi incarnait l’école « orientale » et classique, tandis que Blaoui incarnait l’école « populaire et urbaine ». Malgré une rivalité amicale pour le cœur des Oranais, ils se respectaient énormément et ont collaboré sur de nombreux projets pour la RTA.
Où peut-on se recueillir sur sa tombe ?
Il repose au cimetière d’Aïn Beïda à Oran. Sa tombe est un lieu de pèlerinage pour tous les amoureux de la chanson citadine algérienne.
« La modernité est un arbre qui ne porte ses fruits que s’il est profondément enraciné dans sa terre. »
— À la gloire de Blaoui Houari, le Phénix d’El Bahia
- Algérie







































































































































































































































































































































































































































































































































































































