Mohamed Khider
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Mohamed Khider (1912–1967) est l’une des figures les plus complexes et controversées de l’histoire politique algérienne. Militant du nationalisme dès l’entre-deux-guerres, cadre du PPA puis du FLN, membre fondateur du Groupe des 22, il joue un rôle clé dans la structuration politique de la Révolution algérienne. Après l’indépendance, son opposition ouverte au pouvoir issu de 1962 le conduit à l’exil, puis à un assassinat jamais totalement élucidé.
Mohamed Khider n’est ni un chef militaire de maquis, ni un simple apparatchik. Il appartient à cette génération de militants politiques pour lesquels l’indépendance ne pouvait se réduire à une victoire armée, mais devait déboucher sur un État civil, pluraliste et souverain. Son parcours, qui mène de la prison coloniale aux plus hautes instances du FLN, puis à la rupture avec le régime algérien naissant, éclaire les fractures fondatrices de l’Algérie indépendante. Comprendre Khider, c’est lire la Révolution algérienne dans toute sa profondeur politique — et dans ses contradictions.
Sommaire
- Origines sociales et formation politique
- Du PPA au MTLD : le militant discipliné
- Le Groupe des 22 et le choix de l’insurrection
- Khider dans la Révolution algérienne
- 1962 : rupture avec le pouvoir
- Exil, conflit financier et isolement
- Assassinat à Madrid : une affaire d’État ?
- Héritage politique et mémoire
- Chronologie essentielle
- Questions fréquentes
Fiche d’identité : Mohamed Khider
| Nom complet | Mohamed Khider (محمد خيضر) |
| Date de naissance | 21 mars 1912 |
| Lieu de naissance | Biskra |
| Parcours politique | PPA → MTLD → FLN |
| Fonctions clés | Membre du Groupe des 22, dirigeant FLN, ministre après 1962 |
| Date de décès | 4 janvier 1967 (Madrid) |
1. Origines sociales et formation politique
Né à Biskra, dans une Algérie coloniale profondément inégalitaire, Mohamed Khider grandit dans un milieu modeste. Très tôt, il est confronté à la réalité du système colonial : exclusion politique, domination économique et marginalisation sociale de la majorité indigène.
Son engagement politique débute dans les années 1930 au sein du Parti du Peuple Algérien (PPA) de Messali Hadj. Il s’impose rapidement comme un militant discipliné, rigoureux, doté d’un sens aigu de l’organisation.
2. Du PPA au MTLD : le militant discipliné
Dans les années 1940, Khider est élu député à l’Assemblée nationale française. Cette expérience parlementaire, souvent sous-estimée, renforce chez lui la conviction que le cadre colonial est irréformable. L’illusion assimilationniste vole définitivement en éclats après les massacres du 8 mai 1945.
Au sein du MTLD, il incarne la ligne de la fermeté politique et de la préparation stratégique. Ses années de prison, subies sous le régime colonial, renforcent son aura militante et sa crédibilité au sein du mouvement national.
3. Le Groupe des 22 et le choix de l’insurrection
En 1954, Mohamed Khider figure parmi les membres du Groupe des 22, cercle restreint qui décide du passage à la lutte armée. Cette réunion marque un tournant historique : la Révolution algérienne est actée comme seule voie possible vers l’indépendance.
Khider n’est pas un chef militaire, mais un stratège politique. Il joue un rôle central dans la recherche d’unité entre les différentes tendances du nationalisme, aux côtés de figures comme Larbi Ben M’hidi et Abane Ramdane.
4. Khider dans la Révolution algérienne
Durant la guerre d’indépendance, Khider occupe des fonctions politiques de premier plan au sein du FLN. Il participe à la structuration de l’appareil politique et à la diplomatie révolutionnaire, notamment au Caire et dans d’autres capitales arabes.
Il collabore avec Benyoucef Benkhedda, Lakhdar Bentobal et Abdelhafid Boussouf. Son influence s’exerce surtout dans les coulisses, là où se décide la ligne politique du mouvement.
5. 1962 : rupture avec le pouvoir
Après l’indépendance, Mohamed Khider entre rapidement en conflit avec le nouveau pouvoir dominé par le Bureau politique du FLN et l’état-major de l’ALN. Il dénonce la confiscation de la légitimité révolutionnaire et s’oppose à l’instauration d’un pouvoir personnel.
Contraint à l’exil, il emporte avec lui une partie des fonds du FLN, officiellement pour les préserver d’une appropriation qu’il juge illégitime. Cet épisode, souvent réduit à une affaire financière, est avant tout un acte politique de rupture.
6. Exil, conflit financier et isolement
Installé en Europe, Khider vit dans un isolement croissant. Le conflit autour des fonds du FLN devient un symbole de la fracture entre les anciens dirigeants révolutionnaires et l’État algérien naissant.
Il refuse toute compromission et persiste à dénoncer les dérives autoritaires du régime, ce qui fait de lui une figure gênante pour le pouvoir en place.
7. Assassinat à Madrid : une affaire d’État ?
Le 4 janvier 1967, Mohamed Khider est assassiné à Madrid. Les circonstances de sa mort demeurent troubles. Si plusieurs pistes ont été évoquées, aucune enquête indépendante n’a permis d’établir définitivement les responsabilités.
Pour de nombreux historiens, cet assassinat s’inscrit dans un contexte de règlements de comptes politiques liés aux luttes internes du pouvoir algérien post-indépendance.
8. Héritage politique et mémoire
Mohamed Khider laisse l’image d’un militant inflexible, fidèle à une conception exigeante de la Révolution. Son parcours rappelle que l’indépendance algérienne ne fut pas seulement une victoire militaire, mais aussi une bataille politique aux issues parfois tragiques.
Longtemps marginalisé dans la mémoire officielle, son nom réapparaît aujourd’hui dans les travaux historiques comme celui d’un acteur central des débats fondateurs de l’Algérie contemporaine.
Chronologie essentielle
- 1912 : Naissance à Biskra
- Années 1930 : Adhésion au PPA
- 1946 : Député à l’Assemblée française
- 1954 : Groupe des 22
- 1962 : Rupture avec le pouvoir
- 1967 : Assassinat à Madrid
Questions fréquentes
Qui était Mohamed Khider ?
Un dirigeant historique du nationalisme algérien, membre du Groupe des 22 et opposant au régime après 1962.
Pourquoi a-t-il été assassiné ?
Les causes exactes restent non élucidées, mais le mobile politique est largement évoqué par les historiens.
Quel est son héritage ?
Celui d’un révolutionnaire politique attaché à la légitimité, à l’État civil et au pluralisme.
Sources de référence : Mohammed Harbi, Benjamin Stora, archives du FLN, témoignages d’anciens membres du CNRA. Articles connexes :
Benyoucef Benkhedda,
Abane Ramdane,
Rabah Bitat.






































































































































































































































































































































































































































































































































































































