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Saïd Mohammedi

🇩🇿 Histoire de l’Algérie • Révolution

Saïd Mohammedi (Si Nacer) : Le Colonel de la Wilaya III

Biographie complète du premier colonel de la Wilaya III, chef d’état-major de l’ALN, premier ministre des Moudjahidine de l’Algérie indépendante. Un parcours atypique et controversé.

📅 27 décembre 1912 – 5 décembre 1994
📍 Larbaâ Nath Irathen (Kabylie)
⭐ Colonel • Chef d’État-Major

📋 Fiche d’identité
Saïd Mohammedi
محمدي سعيد • Si Nacer
Naissance
27 décembre 1912
Aït Frah, Larbaâ Nath Irathen
Décès
5 décembre 1994
Paris (13ème arrondissement)
Nom de guerre
Si Nacer
Grade
Colonel de l’ALN

Saïd Mohammedi, connu sous le nom de guerre Si Nacer, est l’une des figures les plus controversées de la révolution algérienne. Né en 1912 en Kabylie, ce militant de l’Étoile nord-africaine connaît un parcours atypique : engagé dans la Wehrmacht pendant la Seconde Guerre mondiale, condamné à mort puis libéré en 1952, il rejoint le maquis dès 1954. Devenu premier colonel de la Wilaya III après le Congrès de la Soummam, il en fait la wilaya la plus organisée avant de devenir chef d’état-major de l’ALN. Après l’indépendance, il sera le premier ministre des Moudjahidine et vice-président sous Ben Bella.

Faites attention ! Vous devez un respect profond pour ce peuple qui vous a enfantés. Notre mission est de le servir, non de l’asservir.

Saïd Mohammedi (Si Nacer)

À ses soldats de la Wilaya III

🌱 Jeunesse et engagement nationaliste

Saïd Mohammedi naît le 27 décembre 1912 à Aït Frah, village situé près de Fort-National (aujourd’hui Larbaâ Nath Irathen), au cœur de la Kabylie. Il grandit dans une région marquée par la résistance à la colonisation française et les traditions d’organisation villageoise.

Très jeune, il épouse la cause nationale et rejoint les rangs de l’Étoile nord-africaine, le premier mouvement nationaliste algérien fondé par Messali Hadj. Il côtoie alors des figures comme Radjef Belkacem, également originaire de Larbaâ Nath Irathen, et Imache Amar de Beni Douala.

📚 Parcours militant (années 1930)
  • Étoile nord-africaine : Adhésion dès l’adolescence
  • PPA (Parti du peuple algérien) : Militant actif après la dissolution de l’ENA
  • 1933 : Service militaire dans l’armée française comme sous-officier
  • Refus de s’engager comme instructeur malgré les propositions de ses supérieurs

⚔️ L’épisode controversé de la Wehrmacht (1941-1944)

La Seconde Guerre mondiale marque un tournant dans la vie de Saïd Mohammedi. En 1941, il s’engage volontairement dans la Wehrmacht, l’armée allemande, à Stahnsdorf. Cette décision s’inscrit dans une stratégie adoptée par certains nationalistes algériens qui voyaient dans l’Allemagne nazie un moyen de combattre le colonialisme français.

⚠️ Un parcours militaire allemand

Saïd Mohammedi connaît une ascension rapide au sein des forces allemandes :

  • Grade de Feldwebel au Kradschützen-Bataillon 4 (Panzerdivision)
  • Intègre la Légion arabe libre à Zwettl (Autriche)
  • Sert au sein du Deutsch-arabisches Bataillon 845 en Grèce
  • Formation à l’école de renseignement « Kloster » à Bad Belzig
  • Intègre le Sonderkommando Wimmer, commando de choc de la Wehrmacht

Le Sonderkommando Wimmer, fondé par le colonel Franz Wimmer-Lamquet (SS-Standartenführer), était directement subordonné à Adolf Hitler. Saïd Mohammedi y participe à de nombreuses opérations spéciales de l’Abwehr, notamment en Afrique du Nord et sur le front yougoslave contre les partisans de Tito.

Lors d’un séjour à Berlin, il est décoré de la Croix de fer de première classe. Le colonel Wimmer-Lamquet le présente dans ses mémoires comme son « meilleur agent ».

L’opération « Oiseau bleu » et l’arrestation

Promu Oberleutnant (lieutenant) durant l’été 1944, Saïd Mohammedi est envoyé par l’Abwehr avec cinq compagnons d’armes (Allemands et Algériens) en mission de renseignement et de sabotage en Algérie. L’objectif : créer un soulèvement nationaliste qui aurait pu empêcher le débarquement allié dans le sud de la France.

Parachuté au-dessus de la région de Tébessa, il est rapidement arrêté par l’armée française. Condamné à mort, sa peine est commuée en travaux forcés à perpétuité. Il est incarcéré à la prison de Lambèse dans l’est algérien.

« De nombreux djounoud qui combattaient avec l’Allemagne sont tombés au champ d’honneur au cours de notre guerre de libération. »

Saïd Mohammedi

Lettre à Franz Wimmer-Lamquet, 19 mars 1989

🔥 Dans les maquis de la Révolution (1954-1956)

Après plusieurs remises de peine, Saïd Mohammedi bénéficie d’une libération conditionnelle au début de 1952. Il reprend immédiatement contact avec les cadres nationalistes de sa région, notamment Krim Belkacem et Amar Ouamrane, futurs dirigeants de la Zone III (Kabylie).

Dès le déclenchement de la guerre de libération le 1er novembre 1954, il passe à la clandestinité sous le nom de guerre « Si Nacer » et rejoint les maquis de la Zone III.

🎖️ Ascension dans la hiérarchie de l’ALN

1954-1956

Adjoint de Krim Belkacem en Zone III

Août 1956

Participation au Congrès de la Soummam

1956

Nommé 1er Colonel, commandant Wilaya III

1956

Membre suppléant du CNRA

Au Congrès de la Soummam (13-20 août 1956), Saïd Mohammedi participe aux travaux aux côtés de Krim Belkacem. Il contribue à la sécurité du congrès avec Amirouche. À l’issue du congrès, il est nommé premier colonel et commandant de la Wilaya III, remplaçant Krim Belkacem appelé à d’autres fonctions au sein du CCE.

🏔️ Colonel de la Wilaya III (1956-1957)

À la tête de la Wilaya III (Kabylie), Saïd Mohammedi révèle d’exceptionnelles qualités d’organisateur. Connu pour ses discours mobilisateurs, il inculque à ses troupes la rigueur et l’esprit militaire, faisant de la Wilaya III la plus puissante et la mieux organisée des wilayas.

👥 Ses adjoints en Wilaya III

Le massacre de Melouza (mai 1957)

Au printemps 1957, après des revers subis par certains de ses hommes près d’un douar acquis au MNA (Mouvement national algérien de Messali Hadj), rival du FLN, Saïd Mohammedi ordonne une action de représailles.

⚠️ Le massacre de Melouza

Cet épisode tragique voit l’exécution de plus de 315 hommes, majoritairement des civils, accusés de soutenir le MNA. Bien que son subordonné Abdelkader Barriki soit identifié comme le responsable direct sur place, Saïd Mohammedi revendiquera la responsabilité de ce massacre en 1991, dans le documentaire « Les Années algériennes » de Benjamin Stora : « C’était des traîtres… c’était un devoir sacré. »

Malgré cette controverse, les qualités militaires de Si Nacer sont reconnues par ses pairs qui le choisissent pour rejoindre l’Académie des officiers supérieurs du Caire afin de parfaire sa formation en vue de devenir le premier officier général de l’ALN.

🎖️ Chef d’état-major de l’ALN (1958-1960)

Après sa formation au Caire, Saïd Mohammedi est nommé par le GPRA chef d’état-major de l’ALN. Il prend ainsi le commandement suprême de l’Armée de libération nationale, consacrant son ascension militaire.

📋 Responsabilités (1958-1962)

Avril 1958

Dirige le Comité d’Organisation Militaire (COM) à la frontière algéro-tunisienne

Octobre 1958

Chef d’état-major général (EMG) de l’ALN

Réorganisation

Responsable du COM-Est (Wilayas I, II, III et partie de la IV)

Fin 1959 – 1962

Ministre d’État du GPRA

Saïd Mohammedi était très proche d’Abane Ramdane, qui avait fortement soutenu sa nomination au Caire. L’assassinat d’Abane en décembre 1957, alors que Si Nacer était au Caire, le prive d’un allié précieux.

Il était également considéré comme un « père » par ses subordonnés. Le colonel Si El Houès lui écrit en mars 1959, douze jours avant sa mort : « Cher père ».

🇩🇿 L’Algérie indépendante : ministre et vice-président

À l’indépendance en 1962, Saïd Mohammedi devient une figure centrale du nouvel État algérien. Il est élu membre du Bureau politique au Congrès de Tripoli, chargé des secteurs de l’Éducation et de la Santé publique.

🏛️ Fonctions après l’indépendance
  • 20 septembre 1962 : Élu député de Tizi Ouzou
  • 1962-1964 : Premier ministre des Moudjahidine (Anciens combattants et victimes de guerre)
  • 16 mai 1963 : 2ème vice-président du Conseil
  • 24 avril 1964 : Membre du Comité Central et du Bureau Politique du FLN
  • Vice-président de la République sous Ahmed Ben Bella

Fondateur du ministère des Moudjahidine

En tant que premier ministre des Moudjahidine, Saïd Mohammedi joue un rôle fondateur dans la création de ce ministère. Il met en place les structures administratives, installe des commissions communales pour la reconnaissance du statut des moudjahidine, et œuvre pour l’attribution de pensions aux anciens combattants, aux veuves et aux enfants de chouhada.

C’est grâce à son action que la reconnaissance de l’État envers les moudjahidine est inscrite dans la Constitution. Il crée également des maisons d’accueil pour les fils de chouhada et des centres de formation professionnelle.

⚡ L’opposition à Boumediene et la marginalisation

Saïd Mohammedi s’oppose de plus en plus au pouvoir personnel qui se met en place sous Ben Bella. Il appelle à rendre la parole au peuple et à organiser des élections libres. Cette opposition lui coûte son poste ministériel lors du remaniement du 2 décembre 1964.

En 1965, après le coup d’État de Houari Boumediene, il devient membre du Conseil de la Révolution. Mais les relations se dégradent rapidement.

💥 Le discours de 1967 : la rupture

En 1967, lors de la commémoration de la mort d’Amirouche Aït Hamouda au village de Tassaft Ouguemoun, Saïd Mohammedi prononce un discours incendiaire :

  • 🎤
    Il dénonce la politique autocratique de Boumediene
  • ⚠️
    Il qualifie Boumediene de « despote » et de « dictateur »
  • 🔒
    Conséquence : résidence surveillée pendant 3 ans

Ce sera son dernier meeting public. Après sa libération, il reste marginalisé de la vie politique, ses prises de position lui ayant valu d’être écarté du système.

☪️ Le soutien au FIS et la fin de vie

À la fin des années 1980, avec l’ouverture politique en Algérie, Saïd Mohammedi apporte son soutien au Front islamique du salut (FIS). Il y voit un mouvement populaire capable de changer le régime en place.

Cette position n’est pas surprenante. Au sein du FLN et du premier gouvernement, il avait déjà penché pour un retour aux mœurs et règles islamiques. Il avait d’ailleurs publié un livre intitulé « L’islam porte en lui le socialisme » (Le Caire, Dar El Watani).

📖 Œuvre écrite

« L’islam porte en lui le socialisme »
Le Caire, Dar El Watani, s.d., 59 pages (en français) et 52 pages (en arabe)

Derniers jours et appel à la concorde

À l’automne 1994, alors qu’il est hospitalisé à l’hôpital militaire d’Aïn Naâdja à Alger, malade, les responsables du pays le sollicitent pour trouver une solution d’apaisement à la crise. Selon son ancien chef de cabinet Chérif Abtroun, il les exhorte à « continuer d’œuvrer dans le bon sens pour rétablir la concorde et le pardon entre les enfants de notre chère patrie ».

Transféré à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris pour une pathologie pulmonaire, Saïd Mohammedi s’éteint le 5 décembre 1994 dans le 13ème arrondissement de Paris, à l’âge de 81 ans.

🏆 Héritage et controverses

Saïd Mohammedi reste une figure controversée de l’histoire algérienne. Son parcours atypique — de la Wehrmacht aux maquis de l’ALN, du gouvernement à la résidence surveillée, du FLN au soutien au FIS — illustre les contradictions et les tensions qui ont traversé le mouvement national algérien.

🏅 Hommages et reconnaissances

  • 2005 : Musée de mémoire de l’Académie militaire interarmes de Cherchell baptisé en son nom
  • 2005 : 33ème promotion de commandement et d’état-major baptisée « Mohammedi Saïd »
  • 2010 : Hommage de l’association Machaâl Echahid au centre El Moudjahid à Alger
  • 2016 : Hommage au musée régional du Moudjahid de Médouha (Tizi Ouzou)

Pour Abdelhamid Mehri, ancien membre du CNRA : « Si Nacer n’a jamais dévié de la ligne nationaliste pour l’indépendance de l’Algérie. » Concernant son engagement dans l’armée allemande, Mehri rappelle qu’il faut « ramener les choses dans leur contexte historique » : cette option était celle d’un courant au sein du PPA, tandis que la victoire des Alliés fut suivie des massacres du 8 Mai 1945.

« Il était profondément nationaliste et inspirait le respect et la rigueur. »

Mohamed Mohammedi

Fils de Saïd Mohammedi

❓ Questions fréquentes sur Saïd Mohammedi

Qui était Saïd Mohammedi ?

Saïd Mohammedi, dit Si Nacer (1912-1994), était un dirigeant de la révolution algérienne. Colonel de l’ALN, il fut le premier commandant de la Wilaya III après le Congrès de la Soummam en 1956, puis chef d’état-major de l’ALN. Après l’indépendance, il devint le premier ministre des Moudjahidine et vice-président de la République sous Ben Bella.

Pourquoi Saïd Mohammedi a-t-il rejoint l’armée allemande ?

Durant la Seconde Guerre mondiale, Saïd Mohammedi s’est engagé dans la Wehrmacht en 1941. Cette décision s’inscrivait dans une stratégie de certains nationalistes algériens qui voyaient dans l’Allemagne nazie un moyen de combattre le colonialisme français. Il fut décoré de la Croix de fer de première classe et participa à des opérations spéciales de l’Abwehr.

Quel rôle Saïd Mohammedi a-t-il joué pendant la guerre d’Algérie ?

Libéré en 1952, Saïd Mohammedi rejoint le maquis en 1954 sous le nom de « Si Nacer ». Il devient l’adjoint de Krim Belkacem en Zone III. Au Congrès de la Soummam (1956), il est nommé premier colonel de la Wilaya III. Il fait de cette wilaya la plus organisée des wilayas, puis devient chef d’état-major de l’ALN en 1958.

Qu’est-ce que le massacre de Melouza ?

Le massacre de Melouza (mai 1957) est un épisode sanglant au cours duquel plus de 315 hommes, majoritairement des civils, furent abattus dans un douar acquis au MNA (messaliste), rival du FLN. Bien que son subordonné Abdelkader Barriki semble être le responsable direct, Saïd Mohammedi en revendiqua la responsabilité en 1991 dans le documentaire « Les Années algériennes ».

Quelles fonctions Saïd Mohammedi a-t-il occupées après l’indépendance ?

Après l’indépendance, Saïd Mohammedi fut élu député de Tizi Ouzou (1962), nommé premier ministre des Moudjahidine (1962-1964), puis 2ème vice-président du Conseil (1963). Il fut membre du Bureau politique du FLN mais écarté par Ben Bella en décembre 1964, puis placé en résidence surveillée par Boumediene après son discours critique de 1967.

Pourquoi Saïd Mohammedi a-t-il soutenu le FIS ?

À la fin des années 1980, Saïd Mohammedi apporte son soutien au Front islamique du salut (FIS), y voyant un mouvement populaire capable de changer le régime en place. Il avait déjà, au sein du FLN et du premier gouvernement, penché pour un retour aux mœurs et règles islamiques. Il écrivit d’ailleurs un livre intitulé « L’islam porte en lui le socialisme ».

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📚 Sources

  • Wikipédia — « Saïd Mohammedi »
  • El Moudjahid — « Le Forum de la mémoire rend hommage au Colonel Mohammedi Saïd »
  • L’Expression — « La mémoire de Mohammedi Saïd réhabilitée »
  • Le Jeune Indépendant — « Mohammedi Saïd le concepteur du ministère des Moudjahidine »
  • Chérif Abtroun — « Si Nacer (Mohammedi Said) », Casbah-Editions, Alger, 2016
  • Benjamin Stora — « Dictionnaire biographique de militants nationalistes algériens », Harmattan, 1985
  • Benjamin Stora, Philippe Alfonsi, Bernard Favre — « Les années algériennes », INA/France 2, 1991
  • Rémi Kauffer, Roger Faligot — « Le croissant et la croix gammée », Albin Michel, 1990
  • Achour Cheurfi — « La révolution algérienne, 1954-1962 : dictionnaire biographique », Casbah éditions, 2004
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