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Taleb Abderrahmane

Taleb Abderrahmane (طالب عبد الرحمان) reste l’une des figures les plus saisissantes de la bataille d’Alger : un étudiant en chimie devenu artificier de la Zone autonome d’Alger, au cœur du dispositif clandestin lié au FLN. Capturé, jugé par un tribunal militaire, il est guillotiné le 24 avril 1958 à la prison de Barberousse/Serkadji. Un destin où se croisent science, clandestinité, répression et bataille de récits.

Son nom revient souvent avec un raccourci : « le chimiste ». La formule est pratique, mais elle écrase l’essentiel. Taleb Abderrahmane, c’est d’abord une trajectoire algéroise (la Casbah et ses écoles), une génération qui bascule dans la lutte armée, puis une mécanique répressive très précise : filatures, arrestation, justice militaire, condamnations, et enfin l’échafaud. Comprendre son parcours, c’est aussi comprendre comment la bataille d’Alger a été menée — dans la rue, dans les caches, et dans les prétoires.

1) Fiche d’identité : Taleb Abderrahmane

Nom completTaleb Abderrahmane (Abderrahmane Taleb)
PseudonymeMohand Akli (nom de guerre, mentionné par plusieurs notices)
Date de naissance5 mars 1930
Lieu de naissanceCasbah d’Alger
Rôle pendant la guerreArtificier lié à la Zone autonome d’Alger (bataille d’Alger)
ContexteRéseaux clandestins FLN à Alger (1956–1957), puis passage/présence au maquis selon recherches
CondamnationCondamné à mort par le Tribunal permanent des forces armées (TPFA) d’Alger
DécèsGuillotiné le 24 avril 1958 à la prison Barberousse/Serkadji, Alger

Repère : la documentation la plus solide sur ses procès et la « fabrique » judiciaire provient notamment de travaux académiques sur l’usage de la justice militaire pendant la bataille d’Alger.

2) Casbah, école, formation : une trajectoire algéroise

Né dans la Casbah, Taleb Abderrahmane appartient à cette génération d’Algérois pour qui l’école devient à la fois une rampe sociale et un lieu de friction quotidienne avec l’ordre colonial. Les notices biographiques le décrivent comme étudiant en chimie, un détail déterminant : dans une ville où l’organisation clandestine manque de moyens, la compétence scientifique devient, pour certains réseaux, une ressource stratégique.

Cette dimension « technique » explique en partie le surnom qui lui colle à la peau. Mais il faut s’en méfier : elle peut faire croire à un profil uniquement utilitaire, alors que les travaux historiques montrent plutôt des trajectoires composites, mêlant engagement, contraintes, cloisonnement et déplacements entre Alger et le maquis.

Repères : la Casbah et la bataille d’Alger

Dans la bataille d’Alger (1956–1957), la Casbah est à la fois un espace social dense, un terrain de surveillance, et un labyrinthe utile au cloisonnement. Sur Zoom Algérie, pour replacer ces épisodes dans l’histoire d’Alger, voir : Alger et le dossier Guerre d’Algérie.

3) Bataille d’Alger : le rôle d’artificier et ses limites

Dans les récits sur la bataille d’Alger, Taleb Abderrahmane apparaît comme l’artificier rattaché à la Zone autonome d’Alger, associée au réseau de Yacef Saadi. C’est l’époque où les actions urbaines (attentats, sabotages, ripostes) s’inscrivent dans une confrontation totale : renseignement, contrôle des quartiers, interrogatoires, propagande.

Les travaux académiques nuancent un point crucial : le « rôle » d’un individu ne se lit pas seulement à travers les aveux consignés ou les dossiers d’instruction. La justice militaire, dans ce contexte, peut fonctionner comme un instrument de démonstration : montrer qu’on « tient » l’organisation, qu’on remonte des filières, qu’on démantèle. C’est ce qui rend la bataille d’Alger si difficile à raconter proprement : les faits existent, mais ils sont filtrés par une machine judiciaire et policière.

Figures associées à la bataille d’Alger

4) Du maquis à l’arrestation : ce que disent les travaux historiques

Un élément ressort des publications spécialisées : Taleb Abderrahmane n’est pas uniquement un acteur « de laboratoire » à Alger. Les recherches indiquent aussi un passage par le maquis et une capture par l’armée française, ce qui recompose l’image d’un simple technicien urbain. Autrement dit : la bataille d’Alger déborde sur d’autres terrains, et les trajectoires circulent entre ville et montagne, selon les besoins, les ruptures de réseau, ou la pression policière.

Cette circulation explique un autre point : le cloisonnement. Un réseau efficace limite l’information, compartimente les tâches, coupe les liens. La répression, elle, cherche l’inverse : relier, reconstituer, « faire parler ». Entre les deux, il y a l’humain : peur, résistance, contradictions, et ce que les archives (policières, militaires, judiciaires) acceptent ou non d’enregistrer.

5) Procès et justice militaire : condamnations, stratégie, symboles

Le cœur dur du dossier, c’est le Tribunal permanent des forces armées (TPFA) d’Alger. Une étude de référence montre qu’entre l’été et la fin 1957, Taleb Abderrahmane est condamné à mort à plusieurs reprises par cette juridiction, dans un climat où la justice sert aussi de scène politique. Les débats ne portent pas seulement sur des actes, mais sur une représentation : « prouver » la maîtrise de l’ordre colonial, produire des exemples, imposer un récit de victoire.

On sait également — y compris via des notices de synthèse — que son dossier est cité aux côtés de ceux de militantes et militants jugés au même moment, ce qui renvoie à une séquence de procès emblématiques de la bataille d’Alger. Dans ce contexte, la condamnation devient une arme psychologique : elle vise les accusés, mais aussi les réseaux encore actifs et une population tenue sous couvre-feu, quadrillage, contrôles.

Pourquoi ces procès comptent encore

Les procès de la bataille d’Alger restent une clé de lecture actuelle parce qu’ils cristallisent trois enjeux : la production d’aveux (et leur fiabilité), la peine capitale comme instrument de dissuasion, et la bataille de l’opinion (en Algérie, en France, à l’international). Les historiens y lisent moins une « simple » application du droit qu’un dispositif de guerre.

6) Serkadji, 24 avril 1958 : l’exécution

Taleb Abderrahmane est guillotiné le 24 avril 1958, à l’aube, à la prison de Barberousse (aujourd’hui Serkadji), dans la haute Casbah d’Alger. La guillotine, dans la guerre d’Algérie, n’est pas un détail macabre : c’est une politique pénale assumée, destinée à frapper vite et fort, et à rendre « irréversible » la sanction.

Des récits rapportent une dernière phrase adressée à un imam désigné par l’administration coloniale. Même lorsqu’elles sont difficiles à vérifier mot à mot, ces paroles finales sont devenues un matériau mémoriel : elles disent moins « ce qui s’est exactement dit » que ce que la société veut retenir d’une figure — une injonction à rejoindre le combat, un refus de la domestication, une fidélité à la cause. La prudence est nécessaire : l’historien distingue l’archive, le témoignage, et la légende qui galvanise.

7) Héritage, mémoire et récits concurrents

La mémoire de Taleb Abderrahmane se joue sur deux terrains. Le premier est algérien : celui des hommages, des transmissions familiales, des récits de la Casbah, et d’une histoire nationale où la bataille d’Alger reste un repère identitaire. Le second est historiographique : comment écrire une histoire fiable quand les sources principales sont produites par une guerre (rapports, interrogatoires, dossiers judiciaires) et que la mémoire, elle, sélectionne, amplifie, sacralise ?

Enfin, un détail moderne et très « algérois » mérite d’être noté : l’institution militaire algérienne a donné son nom à l’École Militaire Polytechnique “Chahid Abderrahmane Taleb”. Ce choix dit quelque chose de l’héritage officiel : Taleb Abderrahmane est aussi retenu comme symbole d’une compétence technique mise au service de la nation.

8) Chronologie

DateÉvénement
5 mars 1930Naissance dans la Casbah d’Alger
1956–1957Engagement et rôle d’artificier lié à la Zone autonome d’Alger pendant la bataille d’Alger
1957Condamnations à mort par la justice militaire (TPFA d’Alger), selon travaux académiques
24 avril 1958Guillotiné à la prison Barberousse/Serkadji (Alger)

9) Questions fréquentes

Qui était Taleb Abderrahmane ?

Taleb Abderrahmane (1930–1958) est un militant du FLN présenté comme l’artificier de la Zone autonome d’Alger durant la bataille d’Alger. Étudiant en chimie, il est jugé par un tribunal militaire, condamné à mort et guillotiné le 24 avril 1958 à Serkadji (ex-Barberousse), à Alger.

Pourquoi le surnomme-t-on « le chimiste » de la bataille d’Alger ?

Parce qu’il est décrit comme étudiant en chimie et qu’il aurait fabriqué des explosifs au profit des réseaux clandestins à Alger. Les historiens rappellent toutefois que ces dossiers doivent être lus avec méthode : l’enquête, l’interrogatoire et la justice militaire pèsent sur la manière dont les rôles sont attribués.

Où et quand a-t-il été exécuté ?

Il est exécuté à l’aube du 24 avril 1958 à Alger, dans la prison Barberousse (appelée aujourd’hui Serkadji), par guillotine.

Quel lien avec Yacef Saadi, Ali la Pointe et Hassiba Ben Bouali ?

Taleb Abderrahmane est souvent associé aux réseaux de la Zone autonome d’Alger pendant la bataille d’Alger, où figurent également des noms comme Yacef Saadi, Ali la Pointe et Hassiba Ben Bouali. Ces liens relèvent du même théâtre urbain (Casbah, caches, filières), même si chaque trajectoire possède sa chronologie propre.

Pourquoi son nom a-t-il été donné à l’École Militaire Polytechnique ?

L’École Militaire Polytechnique porte le nom de « Chahid Abderrahmane Taleb », un hommage qui inscrit sa mémoire dans un registre officiel : celui d’une figure nationale associée à la compétence scientifique et au sacrifice.

Lire aussi :

  • Personnalités algériennes — catégorie parente pour consolider le silo “portraits”.
  • Guerre d’Algérie — contextualiser la bataille d’Alger dans la guerre entière.
  • Alger — ancrer lieux (Casbah, Serkadji) et chronologie urbaine.
  • Yacef Saadi — rôle de la Zone autonome d’Alger et réseau urbain.
  • Ali la Pointe — autre figure centrale de la séquence Casbah.
  • Hassiba Ben Bouali — compléter le triptyque mémoriel de la Casbah.
  • Djamila Bouhired — articuler “procès” et “bataille médiatique”.
  • Ahmed Zabana — replacer Serkadji et la guillotine dans une histoire plus large des exécutions.
  • Larbi Ben M’hidi — relier Alger à l’architecture politique du FLN.
  • Krim Belkacem — élargir vers la direction politico-militaire du FLN.
  • Abane Ramdane — pour le cadre politique qui suit la séquence 1956–1957.
  • Didouche Mourad — continuité des portraits “fondation → bascule → répression”.

Sources externes (sélection)

  • Article académique sur Taleb Abderrahmane et la justice militaire (OpenEdition Journals) — :contentReference[oaicite:16]{index=16}
  • Notice biographique (Wikipédia FR, à recouper, utile pour repères) — :contentReference[oaicite:17]{index=17}
  • Rappel historique sur l’exécution (HistoireColoniale.net) — :contentReference[oaicite:18]{index=18}
  • École Militaire Polytechnique « Chahid Abderrahmane Taleb » (site officiel MDN/ANP) — :contentReference[oaicite:19]{index=19}

Voir aussi : Yacef Saadi, Ali la Pointe, Hassiba Ben Bouali — et abonnez-vous à la rubrique Histoire pour les prochains portraits.

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