Mahieddine Bachtarzi
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 12 juillet 2017

Le Père du Théâtre Algérien
Mahieddine Bachtarzi
1897 – 1986 • Le Cardinal de la Scène • L’Âme de l’Opéra
Premier ténor du monde arabe et bâtisseur de l’identité culturelle moderne, Mahieddine Bachtarzi a transformé les tréteaux en tribune nationale. Il a fait de la Casbah le point de départ d’une conquête artistique universelle.
📍 Alger • Paris • Le Caire
🏛️ Fondateur du TNA
Mahieddine Bachtarzi est le pilier central sur lequel repose toute la dramaturgie algérienne contemporaine. Né à la fin du XIXe siècle, il a été le premier à comprendre que pour libérer un peuple, il fallait d’abord libérer sa parole sur les planches. Maître du chant andalou, ténor à la voix d’or et directeur de conscience artistique, il a marqué la ville d’Alger de son empreinte indélébile. De sa découverte de Lili Boniche à son mentorat sur Hadj M’hamed El Anka, il a été le pygmalion d’une nation en quête de son propre visage.
- 1. La Casbah : La naissance d’un muezzin à la voix d’ange (1897)
- 2. Le Ténor d’Alger : Quand la musique andalouse devient savante
- 3. La Troupe Bachtarzi : L’invention du Théâtre Algérien
- 4. Le découvreur de talents : D’El Anka à Lili Boniche
- 5. L’après-guerre et la consécration au TNA
- 6. Un héritage de 400 pièces et une postérité éternelle
- 7. Questions fréquentes
«Le théâtre n’est pas un luxe, c’est un miroir. Si nous voulons savoir où nous allons, nous devons d’abord nous regarder en face sur la scène.
— Mahieddine Bachtarzi
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La Casbah : La naissance d’un muezzin (1897)
Mahieddine Bachtarzi naît le 15 décembre 1897 au cœur de la vieille médina d’Alger. Sa famille est une lignée de notables conservateurs. Son destin semble tout tracé : il suit des cours de théologie à la Médersa et devient, dès l’âge de 15 ans, le muezzin de la Grande Mosquée d’Alger (Jamaâ el-Kebir). Sa voix est déjà un phénomène. Sa réputation de lecteur du Coran à la diction parfaite dépasse les murs de la ville.
Cependant, Mahieddine est attiré par la résonance des instruments à cordes. En secret d’abord, puis ouvertement, il commence à fréquenter les cercles de musique andalouse. Il comprend que la ferveur religieuse et la noblesse musicale sont les deux faces d’une même pièce d’identité algérienne.
Le passage de la mosquée à la scène a été un scandale pour sa famille. Mais Mahieddine a tenu bon, persuadé que l’art était une forme de prière laïque indispensable pour la survie de la culture nationale.
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Le Ténor d’Alger : Le Maître de la San’â
Avant d’être l’homme de théâtre, Bachtarzi était le plus grand ténor d’Algérie. Dans les années 20, il enregistre des centaines de 78 tours chez Pathé et Columbia. Il se spécialise dans l’école de la San’â d’Alger, apportant une technique lyrique proche de l’opéra à la musique traditionnelle. Sa voix, capable d’une puissance et d’une finesse inouïes, lui vaut le surnom de « Caruso d’Afrique du Nord ».
Il se produit en France, en Suisse et dans tout le monde arabe, devenant le premier ambassadeur culturel de l’Algérie colonisée. Il a sauvé des dizaines de noubas de l’oubli en les transcrivant et en les enregistrant, fixant ainsi les règles d’un genre qui balbutiait encore dans l’improvisation. Il a été le premier à imposer le respect de l’artiste indigène sur les grandes scènes européennes.
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La Troupe Bachtarzi : L’invention du Théâtre Algérien
En 1926, avec Allalou et Rachid Ksentini, il fonde la première véritable troupe théâtrale algérienne. Bachtarzi comprend que la musique ne suffit plus pour réveiller les consciences. Il utilise le théâtre comme un outil pédagogique et politique. Ses pièces, souvent satiriques, dénoncent l’ignorance, le charlatanisme et les injustices sociales.
Il invente une forme hybride : le Théâtre-Opéra, où la musique andalouse sert de ponctuation à des scènes dramatiques en arabe dialectal. C’est un succès colossal. Les Algériens se ruent vers les salles pour entendre, pour la première fois, leur propre langue et leurs propres soucis exprimés avec une dignité royale. Il est le créateur de ce que nous célébrons aujourd’hui dans nos guides sur les grands noms du théâtre algérien.
L’engagement militant
Durant les années 30, Bachtarzi a été une figure de proue du mouvement nationaliste. Ses pièces étaient surveillées par la censure coloniale, mais il a toujours su jouer avec les métaphores pour porter l’espoir de l’indépendance.
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Le découvreur de talents : D’El Anka à Lili Boniche
Mahieddine Bachtarzi possédait un flair infaillible. Il a été le mentor et le premier producteur de presque toutes les légendes du XXe siècle. C’est lui qui a repéré le génie rythmique d’un jeune homme de la Casbah nommé Mohamed Idir Ait Ouarab, qu’il a propulsé sur le devant de la scène sous le nom de Hadj M’hamed El Anka.
Il a également été celui qui a découvert et formé le jeune Lili Boniche, l’intégrant dans ses tournées théâtrales et lui apprenant la rigueur du Music-Hall. Bachtarzi n’était pas jaloux de son propre talent ; il considérait sa mission comme celle d’un jardinier arrosant les pousses d’une future nation libre. Sans lui, le musique chaâbi et la variété algéroise n’auraient sans doute pas eu la même envergure.
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L’après-guerre et la consécration au TNA
À l’indépendance en 1962, Bachtarzi devient tout naturellement le premier directeur du Théâtre National Algérien (TNA). Il transforme l’ancien Opéra d’Alger, symbole de la présence coloniale, en une citadelle de l’art algérien populaire et savant. Il structure les troupes nationales, forme les techniciens et continue d’écrire.
Malgré les pressions politiques, il a su garder au théâtre une autonomie artistique. Il a milité pour un théâtre de qualité, exigeant des textes d’une grande valeur littéraire. En 1986, le bâtiment du TNA est officiellement baptisé Théâtre National Mahieddine Bachtarzi, un hommage vivant à l’homme qui a passé sa vie à construire des murs pour que la parole puisse s’y envoler librement.
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Un héritage de 400 pièces et une postérité éternelle
Mahieddine Bachtarzi s’éteint le 6 février 1986 à Alger, à l’âge de 88 ans. Il laisse derrière lui une œuvre colossale : plus de 400 pièces de théâtre écrites, adaptées ou mises en scène, ainsi qu’une discographie qui reste la base de l’enseignement de la musique andalouse. Ses Mémoires, publiées en trois volumes, sont aujourd’hui la bible de tout chercheur en histoire culturelle algérienne.
Il a prouvé qu’un artiste pouvait être à la fois un gardien de la tradition et un moteur de la modernité. Pour les Algériens, il restera « Cheikh Mahieddine », le patriarche bienveillant qui a appris à tout un peuple à chanter son identité et à jouer son propre destin. Son héritage vit dans chaque lever de rideau au TNA et dans chaque note de San’â qui résonne encore dans la Casbah.
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Questions fréquentes sur Mahieddine Bachtarzi
Était-il vraiment muezzin ?
Oui, Mahieddine Bachtarzi a été le muezzin de la Grande Mosquée d’Alger dès l’âge de 15 ans. C’est dans ce cadre religieux qu’il a forgé sa technique vocale exceptionnelle avant de se tourner vers la musique andalouse et le théâtre.
Pourquoi est-il surnommé le « Père du Théâtre » ?
Parce qu’il a été le premier à professionnaliser le théâtre algérien d’expression arabe. Il a créé des troupes, écrit des centaines de pièces et construit des salles, transformant un art amateur en une institution nationale.
A-t-il chanté à l’Opéra de Paris ?
Oui, sa réputation de ténor était telle qu’il a été invité sur les plus grandes scènes européennes. Sa maîtrise des maqâms orientaux et sa puissance vocale lui permettaient de rivaliser avec les meilleurs chanteurs lyriques de son temps.
Où se trouve sa tombe ?
Il est enterré au cimetière d’El Kettar à Alger, rejoignant ainsi ses pairs et sa Casbah natale dans un repos éternel surplombant la Méditerranée.
« Ma voix s’éteindra peut-être, mais le rideau de l’Algérie ne doit jamais retomber. »
— À la mémoire de Mahieddine Bachtarzi (1897 – 1986)
ⵎⴰⵃⵢⵉⴷⴷⵉⵏ ⴱⴰⵛⵟⴰⵔⵣⵉ — L’éternel Cardinal
- Algérie







































































































































































































































































































































































































































































































































































































