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Souidani Boudjemâa

🇩🇿 Histoire de l’Algérie • Martyrs

Souidani Boudjemâa : Le Lion de la Mitidja

Membre du Groupe des 22, commandant de la Mitidja, artisan du 1er Novembre 1954 — parcours d’un héros tombé au champ d’honneur les armes à la main.

📅 10 février 1922 – 16 avril 1956
📍 Guelma → Mitidja
⭐ Chahid • Si Djilali

📋 Fiche d’identité
Souidani Boudjemâa
بوجمعة سويداني • Si Djilali
Naissance
10 février 1922
Guelma
Martyre
16 avril 1956
Près de Koléa
Surnom
Le Lion de la Mitidja
Si Djilali
Fonction
Commandant Mitidja
Wilaya IV

Souidani Boudjemâa (1922-1956), dit Si Djilali ou le Lion de la Mitidja, est l’un des artisans du déclenchement de la guerre d’Algérie. Membre fondateur du CRUA et du Groupe des 22, il est à l’origine de la phrase historique « Puisque nous sommes des révolutionnaires, alors c’est le moment de faire la révolution ». Adjoint de Rabah Bitat à la tête de la Zone IV, commandant de la Mitidja, condamné deux fois à mort par contumace, il tombe au champ d’honneur le 16 avril 1956, les armes à la main.

Puisque nous sommes des révolutionnaires, alors c’est le moment de faire la révolution.

Souidani Boudjemâa

Réunion du Groupe des 22, Clos Salembier, juin 1954

👶 Jeunesse et formation à Guelma

Souidani Boudjemâa naît le 10 février 1922 à Guelma, dans le quartier européen de Saint-Ferdinand, au sein d’une famille très modeste. Fait remarquable pour un « indigène » de l’époque, il poursuit ses études jusqu’à la fin du secondaire, voire jusqu’au baccalauréat selon certaines sources — un privilège exceptionnel qui fait de lui l’un des rares leaders nationalistes aussi lettrés.

⚽ Un footballeur talentueux

Passionné de sport, Souidani Boudjemâa évolue de 1941 à 1945 au sein de l’Espérance Sportive de Guelma (ESG), surnommée « l’Escadron noir ». Ce club, qui paiera un lourd tribut lors des massacres du 8 mai 1945, est un vivier du nationalisme algérien.

« C’était un talentueux footballeur, un excellent polyvalent », témoignent les anciens Guelmis.

Après sa scolarité, il travaille probablement comme typographe chez un imprimeur de Guelma. Cette expérience lui permet de confectionner tracts et documents pour le compte du mouvement nationaliste. Il adhère également aux Scouts musulmans algériens (SMA), première école d’éveil au nationalisme.

✊ L’engagement nationaliste et le 8 mai 1945

En 1942, Souidani Boudjemâa adhère au Parti du peuple algérien (PPA) de Messali Hadj. Il gravit rapidement les échelons : chef de groupe puis chef de section.

⚠️ La manifestation de 1943 : première arrestation

En 1943, alors qu’il n’a que 21 ans, Souidani Boudjemâa organise une manifestation massive dans sa ville natale pour dénoncer la politique répressive de la France coloniale. Arrêté, il est emprisonné pendant trois mois. En prison, il met à profit son incarcération pour lire, notamment Les Misérables de Victor Hugo.

L’électrochoc du 8 mai 1945

Les massacres du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata constituent un véritable électrochoc pour le jeune militant. Souidani Boudjemâa prend part aux manifestations mais échappe aux massacres. Cette violence coloniale renforce ses convictions nationalistes et finit par le convaincre de la nécessité de passer à l’action armée.

Il devient alors l’un des animateurs les plus radicaux du PPA-MTLD et est condamné à la prison aux travaux forcés à perpétuité.

L’Organisation spéciale et l’attaque de la Poste d’Oran

Après sa libération, Souidani Boudjemâa poursuit son militantisme au sein de l’Organisation spéciale (OS), branche paramilitaire du MTLD. Il est chargé de l’acheminement d’armes dans l’Est algérien.

💰 L’attaque de la Grande Poste d’Oran (5 avril 1949)

Son activité dans l’Est algérien découverte par le colonisateur, Souidani Boudjemâa est contraint de rejoindre la région d’Oran. Le 5 avril 1949, il participe à la célèbre opération contre la Grande Poste d’Oran, un hold-up destiné à financer le mouvement indépendantiste.

→ Première condamnation à mort par contumace

L’accrochage de Douaouda

Le « Lion de la Mitidja » se déplace ensuite vers Douaouda, à l’est de la capitale. Il y entre dans un accrochage avec les forces coloniales, qui se solde par la mort d’un inspecteur de police français. Souidani Boudjemâa réussit à s’échapper.

⚖️ Deuxième condamnation à mort par contumace

La justice coloniale prononce à son encontre une deuxième condamnation à mort par contumace. Souidani Boudjemâa bascule alors dans une clandestinité totale, très éloigné des luttes d’appareils qui paralysent le MTLD.

👥 Le Groupe des 22 et la phrase décisive

Au début des années 1950, Si Djilali poursuit sa lutte dans la région de la Mitidja, jouant un rôle de premier plan dans la préparation du déclenchement de la Révolution.

📅 La réunion du Clos Salembier (25 juin 1954)

Dans une modeste villa du Clos Salembier appartenant à Lyès Deriche, vingt-deux Algériens (ou vingt-et-un selon Mohamed Mechati) se réunissent pour trancher une question cruciale : faut-il passer à l’action armée ?

Les membres du Groupe des 22 votent « pour la révolution illimitée jusqu’à l’indépendance totale ».

C’est lors de cette réunion décisive que Souidani Boudjemâa aurait prononcé la phrase devenue célèbre, qui cristallise la détermination des révolutionnaires :

« Oui ou non sommes-nous des révolutionnaires ? Alors qu’attendons-nous pour faire cette révolution si nous sommes sincères avec nous-mêmes ? »

Membre fondateur du CRUA (Comité révolutionnaire d’unité et d’action), Souidani Boudjemâa participe activement à la préparation du 1er Novembre 1954. Au découpage territorial du 23 octobre 1954, il est désigné adjoint de Rabah Bitat, avec Belhadj Bouchaib, pour la Zone 4 (Algérois).

🔥 Le 1er Novembre 1954 dans la Mitidja

C’est dans la Mitidja, au sud de la capitale, que les premières actions armées de la guerre d’Algérie sont lancées — et peut-être même quelques minutes avant minuit.

⚔️ L’attaque de la caserne de Boufarik

Le soir du 31 octobre 1954, Souidani Boudjemâa est aux côtés d’Amar Ouamrane pour attaquer la caserne de Boufarik. L’objectif : récupérer des armes, avec la complicité du caporal-chef Abdelkader Bentobbal (frère de Lakhdar).

  • 23h45 : Bombes artisanales posées sur la route Blida-Boufarik et la voie ferrée Alger-Oran
  • Assaut sur la caserne — récupération d’une dizaine de fusils
  • Repli vers le mont Chréa après l’alerte donnée

L’histoire retient que c’est le groupe de Boufarik, avec Souidani Boudjemâa secondant Ouamrane, qui lance la première action militaire digne de ce nom dans la guerre qui commence — peut-être même quelques minutes avant l’heure H officielle.

Souidani Boudjemâa et ses compagnons lancent ensuite plusieurs opérations armées dans la Mitidja et l’Atlas blidéen, ciblant les infrastructures stratégiques coloniales.

🎖️ Commandant de la Mitidja (1954-1956)

Au sein de la Zone IV (future Wilaya IV), dirigée par Rabah Bitat assisté de Zoubir Bouadjadj à Alger, Souidani Boudjemâa est responsable de la Mitidja — le symbole même de la colonisation française, avec ses puissants colons et sa forte concentration d’unités de l’armée coloniale.

🦁 Le Lion de la Mitidja

Il fait preuve d’un sens élevé d’organisation et d’encadrement. Il réussit à recruter le premier groupe de moudjahidine, tous anciens militants de l’Organisation spéciale, et organise les premières réunions à Ouled Fayet et Sidi M’hamed Belaïche.

Il supervise plusieurs réunions importantes, planifie de nombreuses opérations commando et prouve ses grandes compétences en matière de stratégie militaire.

Pendant cette période, malgré la guerre, Si Djilali trouve le temps de se marier et devient père d’une fille.

Il contribue également, avec Amar Ouamrane, Abane Ramdane et d’autres, à l’organisation de la Zone 3 (future Wilaya III historique de Kabylie).

💀 Le martyre du 16 avril 1956

Deux ans après le déclenchement de la lutte armée, Souidani Boudjemâa tombe au champ d’honneur dans des circonstances tragiques.

📅 16 avril 1956 — Magtaâ Kheira (près de Koléa)

Dans l’après-midi, Si Djilali a une rencontre prévue avec des médias étrangers pour expliquer la cause algérienne. Bachelier, polyvalent, excellent orateur, il est le candidat idéal pour cette mission de communication.

Il se dirige à moto vers le lieu du rendez-vous, accompagné du martyr Ibrahim Ouazri qui lui sert de guide. Malheureusement, un barrage de gendarmerie — qui recherche des prisonniers évadés de Cherchell — arrête Ibrahim. Ce dernier ne peut prévenir Si Djilali.

⚔️ Tombé les armes à la main

Arrivé au barrage, Souidani Boudjemâa refuse de s’arrêter. Les forces coloniales le poursuivent. Comprenant qu’il lui est difficile d’échapper, le courageux Boudjemâa choisit la confrontation directe.

Il meurt l’arme à la main, face à l’ennemi, sur la RN67, au lieu-dit Magtaâ Kheira, près de l’Oued Mazafran.

Par un hasard troublant, Souidani Boudjemâa était né dans le quartier européen Saint-Ferdinand à Guelma, et il meurt dans la localité de Souidania, qui s’appelait également Saint-Ferdinand durant l’ère coloniale.

⚠️ Un corps disparu

« Souidani Boudjemâa n’a pas une tombe bien précise. Le colonialisme français a dissimulé son cadavre », déplore Yacine Chabane, directeur du musée d’El Moudjahid de Guelma. Des voix s’élèvent pour demander à la France des informations sur sa sépulture.

🏛️ Héritage et mémoire

Souidani Boudjemâa reste l’une des figures les plus emblématiques de la Révolution algérienne. Son parcours — du jeune footballeur de Guelma au Lion de la Mitidja — incarne la détermination d’une génération prête à tout sacrifier pour l’indépendance.

📍 Lieux portant son nom
  • Commune de Souidania — près d’Ouled Fayet, wilaya d’Alger
  • Village Souidani Boudjemâa — commune de Boufarik
  • Stade Souidani Boudjemâa — Guelma
  • Stèle commémorative — Oued Mazafran, au sud de Koléa
  • Nombreux boulevards et avenues à travers le pays

L’universitaire Nadira Chetouane lui a consacré une thèse de recherche et un ouvrage : « Souidani Boudjemâa, son rôle dans le mouvement national et la révolution de libération ». Le musée régional de Médéa a également publié un livre sur son parcours révolutionnaire.

Chaque année, le 16 avril, la famille révolutionnaire algérienne commémore sa mémoire devant la stèle de l’Oued Mazafran, rendant hommage à ce héros qui, face à l’ennemi, a choisi de mourir debout plutôt que de vivre à genoux.

❓ Questions fréquentes sur Souidani Boudjemâa

Qui était Souidani Boudjemâa ?

Souidani Boudjemâa (1922-1956), surnommé Si Djilali ou le Lion de la Mitidja, était un révolutionnaire algérien, membre fondateur du CRUA et du Groupe des 22. Adjoint de Rabah Bitat, commandant de la Mitidja, condamné deux fois à mort par contumace, il tomba au champ d’honneur le 16 avril 1956.

Quelle est la célèbre phrase de Souidani Boudjemâa ?

Lors de la réunion du Groupe des 22 au Clos Salembier en juin 1954, il aurait prononcé : « Puisque nous sommes des révolutionnaires, alors c’est le moment de faire la révolution » (ou « Oui ou non sommes-nous des révolutionnaires ? Alors qu’attendons-nous pour faire cette révolution ? »).

Quel rôle a-t-il joué le 1er novembre 1954 ?

Le 1er novembre 1954, Souidani Boudjemâa participa aux premières actions armées dans la Mitidja avec Amar Ouamrane. Il fit partie de l’unité qui attaqua la caserne de Boufarik à 23h45 pour récupérer des armes — considérée comme l’une des premières opérations militaires de la guerre.

Pourquoi était-il surnommé le Lion de la Mitidja ?

Ce surnom reflète son courage et sa ténacité dans la Mitidja, région stratégique symbolisant la colonisation française avec ses puissants colons et sa forte concentration militaire. Malgré les difficultés, il y mena la résistance avec bravoure jusqu’à sa mort.

Comment Souidani Boudjemâa est-il mort ?

Il tomba au champ d’honneur le 16 avril 1956 à Magtaâ Kheira près de Koléa. Se rendant à une rencontre avec des médias étrangers, il fut arrêté à un barrage. Refusant de se rendre, il choisit la confrontation et mourut les armes à la main. Son corps n’a jamais été retrouvé.

Quels lieux portent son nom en Algérie ?

La commune de Souidania (wilaya d’Alger), un village à Boufarik, le stade de Guelma, une stèle à Oued Mazafran (Koléa), ainsi que de nombreux boulevards et avenues à travers le pays honorent sa mémoire.

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📚 Sources

  • Wikipédia — « Boudjemaa Souidani »
  • El Moudjahid — « Souidani Boudjemâa, un révolutionnaire qui doit inspirer la jeunesse »
  • El Moudjahid — « Tombé au champ d’honneur les armes à la main » (2024)
  • APS — « Le Chahid Souidani Boudjemaa: un héros hors-pair » (2023)
  • Jeune Afrique — « Algérie : 1er novembre 1954, comment tout a commencé »
  • La Patrie News — « Wilaya IV : l’ALN comme un poisson dans l’eau »
  • ASJP — « Les wilayas III et IV : Une histoire de rencontres et de collaboration »
  • Musée régional de Médéa — Ouvrage sur Souidani Boudjemâa
  • Nadira Chetouane — « Souidani Boudjemâa, son rôle dans le mouvement national et la révolution de libération »
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