Aïssa Messaoudi
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Aïssa Messaoudi : La Voix de la Révolution
Biographie complète du journaliste légendaire de Sawt El-Djazaïr, dont la voix a galvanisé les moudjahidine et le peuple algérien pendant la guerre de libération.
📍 Oran
🎙️ Journaliste & Animateur radio
Mohamed Aïssa Messaoudi est l’une des figures les plus emblématiques de la guerre des ondes pendant la Révolution algérienne. Sa voix de stentor, captée sur les ondes de Sawt El-Djazaïr (La Voix de l’Algérie), a galvanisé les moudjahidine et le peuple algérien tout au long de la guerre de libération. Le président Houari Boumediene dira de lui que sa voix « représentait la moitié de la Révolution ». Premier directeur général de la RTA après l’indépendance, il reste une légende de la radio algérienne.
La voix d’Aïssa Messaoudi représentait la moitié de la Révolution.
Houari Boumediene
Président de la République algérienne (1965-1978)
🏠 Origines et formation (1931-1956)
Mohamed Aïssa Messaoudi naît le 12 mai 1931 à Oran, dans l’Ouest algérien, au sein d’une famille rurale pauvre. Comme beaucoup d’enfants de familles modestes de l’époque coloniale, il apprend la langue arabe dans les écoles coraniques, seule voie d’éducation accessible.
Le jeune Aïssa se distingue rapidement par son intelligence et sa maîtrise de l’arabe. Il part poursuivre ses études à Tunis, à la prestigieuse université Zitouna, où il obtient les diplômes al-taa’hil (équivalent du brevet) et al-tah’çil (équivalent du baccalauréat).
À Tunis, Aïssa Messaoudi adhère au Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) de Messali Hadj. Il devient rapidement un membre actif et est nommé président de l’Union des étudiants algériens à Tunis en 1956.
C’est à Tunis qu’il développe également ses talents de journaliste. Il écrit dans plusieurs publications et forge cette maîtrise de la langue arabe qui fera sa légende sur les ondes. Ses compagnons d’études à Tunis comptent d’autres futurs dirigeants du mouvement national comme Abdelhamid Mehri, Mohamed Seddik Benyahia ou Ahmed Taleb Ibrahimi.
🔥 La voix de la Révolution (1956-1962)
Les débuts à Radio Tunis
En 1956, alors qu’il est président de l’Union des étudiants algériens à Tunis, Aïssa Messaoudi rejoint Sawt El-Djazaïr (La Voix de l’Algérie) à Radio Tunis. Il y exerce les fonctions de commentateur et journaliste jusqu’en 1959.
Dès ses premières émissions, sa voix grave, portante et pénétrante marque les esprits. Ses commentaires passionnés sur les opérations militaires des moudjahidine et ses dénonciations des exactions coloniales galvanisent les auditeurs algériens qui captent les émissions sur leur poste TSF.
📻 Parcours radiophonique (1956-1962)
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1956-1959 : Commentateur et journaliste à Sawt El-Djazaïr (Radio Tunis) - 📡
12 juillet 1959 : Transféré à la radio du Nador (Maroc), affecté à l’appareil de transmissions de l’ALN - 🔊
1959-1961 : Responsable des émissions en langue arabe à Sawt El-Djazaïr El-Moukafiha (Voix de l’Algérie libre combattante) - 🏛️
Octobre 1961 : Retour à Tunis pour diriger Sawt El-Djazaïr (2 émissions hebdomadaires de 15 minutes)
La radio de l’Algérie libre combattante
Le 12 juillet 1959, Aïssa Messaoudi est transféré à la radio du Nador au Maroc, suite à son affectation dans l’appareil de transmissions relevant de l’Armée de libération nationale (ALN). Il y est affecté à Sawt El-Djazaïr El-Moukafiha (La Voix de l’Algérie libre combattante).
Il devient le responsable de l’ensemble des émissions en langue arabe diffusées sur ondes courtes. Le professeur Abdelmadjid Meziane avait la charge de l’édition française, tandis que les émissions en tamazight étaient assurées par Bélaïd Abdesselam.
📻 Sawt El-Djazaïr : la guerre des ondes
La naissance de la radio clandestine
Le 16 décembre 1956, conscients du rôle crucial des médias, les dirigeants du FLN donnent naissance à une radio clandestine : La Voix de l’Algérie libre et combattante. À 20 heures, depuis la frontière ouest algéro-marocaine, elle émet son premier message :
« Ici la Radio de l’Algérie libre et combattante. La voix du Front de libération nationale et de l’Armée nationale s’adresse à vous, du cœur de l’Algérie. »
Cette annonce est lue en arabe, en tamazight et en français. La radio, installée dans un camion mobile se déplaçant pour éviter d’être repérée, émet deux heures par jour. Elle constitue une arme redoutable dans la guerre des ondes contre la propagande coloniale.
Frantz Fanon écrit dans L’An V de la Révolution algérienne que la voix d’Aïssa Messaoudi constituait « une arme plus forte que l’arsenal militaire mis en branle par la caste coloniale ». Les informations diffusées ont provoqué un véritable désarroi dans les rangs de l’armée française.
Une voix légendaire
La voix de stentor d’Aïssa Messaoudi est devenue une véritable icône sonore de la Révolution. Ceux qui l’ont entendue sont unanimes : son timbre résonnait profondément dans les cœurs et les âmes. Ses commentaires étaient caractérisés par :
- Une voix grave, portante et pénétrante
- Des réactions stridentes et coléreuses face aux exactions coloniales
- Une puissance de persuasion incomparable
- Un nationalisme sublime qui faisait couler les larmes
Aïssa Messaoudi est également l’auteur des paroles de la chanson patriotique « Ya Djazaïr », interprétée par Ahmed Wahbi, l’une des rares chansons diffusées par la radio clandestine à ses débuts.
Le réseau radiophonique du FLN
La radio clandestine algérienne donnera naissance à un réseau de 16 radios à travers le monde arabe et au-delà : Le Caire, Bagdad, Benghazi, Damas, Rabat, mais aussi dans des pays d’Europe de l’Est. Des membres de la délégation extérieure du FLN, comme le professeur Ahmed Taoufik El Madani et l’avocat Abderrahmane Kiouane, y présentaient périodiquement des commentaires sur la Révolution.
🏛️ L’Algérie indépendante (1962-1994)
Premier directeur général de la RTA
Le 28 octobre 1962, Aïssa Messaoudi est nommé par le président Ahmed Ben Bella et Mohamed Khider à la tête de la Radiodiffusion Télévision Algérienne (RTA). Il devient ainsi le premier directeur général de la radio-télévision de l’Algérie indépendante.
Ce jour-là, le drapeau français est remplacé par celui de l’Algérie sur le bâtiment de la RTA, quelques jours avant le premier anniversaire du déclenchement de la Révolution célébré dans l’Algérie indépendante. L’équipe journalistique et technique de « La Voix de l’Algérie Combattante », sous la direction de Messaoudi, assure la continuité des programmes après le départ collectif du personnel français.
- 28 octobre 1962 : Premier directeur général de la RTA
- Directeur général du quotidien Ech-Chaâb
- Fonctions à la SNED (Société nationale d’édition et de diffusion)
- Ambassadeur dans plusieurs capitales arabes et asiatiques
Une carrière au service de l’information
Après la RTA, Aïssa Messaoudi poursuit sa carrière dans le domaine de l’information et de la diplomatie. Il est nommé directeur général du quotidien Ech-Chaâb, organe officiel du FLN, et occupe des fonctions à la SNED.
Fort de son expérience et de sa notoriété, il est également nommé ambassadeur d’Algérie dans plusieurs capitales arabes et asiatiques, où il continue à défendre les intérêts de son pays.
Le décès
Mohamed Aïssa Messaoudi décède en 1994 des suites d’une longue maladie. Il laisse derrière lui le souvenir d’une voix qui a fait vibrer tout un peuple et d’un homme profondément engagé pour l’indépendance de son pays.
🏆 Héritage et postérité
La mémoire vivante
À Oran, sa ville natale, une place située face aux sièges de la télévision et de la radio nationales porte son nom, immortalisant ainsi la mémoire de « la voix de la Révolution ».
Algérie Poste a émis un timbre commémoratif en son honneur, reconnaissant son apport exceptionnel à la guerre de libération nationale.
Chaque année, lors de l’anniversaire de la création de la radio secrète (16 décembre), la Radio Algérienne rend hommage à Aïssa Messaoudi et aux pionniers de Sawt El-Djazaïr.
« La voix d’Aïssa Messaoudi représentait à elle seule une wilaya des wilayas de la Révolution. »
Houari Boumediene
Variante de la citation célèbre
Un documentaire hommage
À l’occasion du 40e anniversaire de l’indépendance nationale (2002), un documentaire télévisé consacré à la guerre des ondes durant la révolution armée et aux conditions de création de Sawt El-Djazaïr a été réalisé par le journaliste Hamou Abdelkedouss. Il comporte des témoignages de responsables de la radio tunisienne et des extraits des émissions légendaires d’Aïssa Messaoudi.
L’héritage de la radio révolutionnaire
La Radio Algérienne d’aujourd’hui est l’héritière directe de Sawt El-Djazaïr. En 1986, la RTA est restructurée en quatre entreprises autonomes, dont l’Entreprise nationale de radiodiffusion sonore (ENRS). En 2012, la Radio Algérienne totalise 55 chaînes radiophoniques, dont 3 chaînes nationales diffusant en arabe, tamazight et français.
❓ Questions fréquentes sur Aïssa Messaoudi
Qui était Aïssa Messaoudi ?
Mohamed Aïssa Messaoudi (1931-1994) était un journaliste et animateur radio algérien, célèbre pour sa voix légendaire sur les ondes de Sawt El-Djazaïr (La Voix de l’Algérie) pendant la guerre de libération nationale. Le président Houari Boumediene a dit de lui que sa voix « représentait la moitié de la Révolution ». Après l’indépendance, il devient le premier directeur général de la RTA.
Qu’était la radio Sawt El-Djazaïr ?
Sawt El-Djazaïr (La Voix de l’Algérie) était la radio clandestine du FLN créée le 16 décembre 1956. Émettant d’abord depuis Nador au Maroc, puis depuis Tunis, elle diffusait en arabe, français et tamazight pour contrecarrer la propagande coloniale et mobiliser le peuple algérien. Aïssa Messaoudi en était la voix emblématique.
Pourquoi Boumediene a-t-il dit qu’Aïssa Messaoudi représentait « la moitié de la Révolution » ?
Cette phrase célèbre souligne l’impact extraordinaire de la voix d’Aïssa Messaoudi sur le moral des moudjahidine et du peuple algérien. Sa voix grave, pénétrante et passionnée était captée dans tous les foyers et galvanisait les combattants. Elle constituait une arme aussi puissante que l’arsenal militaire selon Frantz Fanon.
Quelles fonctions Aïssa Messaoudi a-t-il occupées après l’indépendance ?
Après l’indépendance, Aïssa Messaoudi est nommé premier directeur général de la Radiodiffusion Télévision Algérienne (RTA) le 28 octobre 1962. Il occupera ensuite d’autres fonctions : directeur général du quotidien Ech-Chaâb, postes à la SNED, et ambassadeur dans plusieurs capitales arabes et asiatiques.
Quelle était la particularité de la voix d’Aïssa Messaoudi ?
Aïssa Messaoudi possédait une voix de stentor, grave, portante et pénétrante. Ses commentaires étaient caractérisés par des réactions stridentes et passionnées quand il commentait les opérations militaires des moudjahidine ou dénonçait les exactions coloniales. Frantz Fanon a écrit que sa voix constituait « une arme plus forte que l’arsenal militaire de l’ennemi ».
Où peut-on trouver un hommage à Aïssa Messaoudi aujourd’hui ?
À Oran, sa ville natale, une place située face aux sièges de la télévision et de la radio nationales porte son nom. Algérie Poste a également émis un timbre commémoratif en son honneur. La Radio Algérienne célèbre chaque année l’anniversaire de la création de Sawt El-Djazaïr en rappelant son rôle fondateur.
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