#Personnalités algériennes

Mourad Didouche

Didouche Mourad, surnommé « Si Abdelkader », incarne la jeunesse sacrifiée pour la liberté de l’Algérie. Cofondateur du FLN, rédacteur de la Déclaration du 1er novembre 1954 et chef de la Zone II (Nord-Constantinois), ce révolutionnaire que l’historien Yves Courrière surnomma « le Saint-Just de la Révolution algérienne » tomba au champ d’honneur le 18 janvier 1955 à seulement 27 ans, devenant le premier des Six Historiques à donner sa vie pour l’indépendance. Son ultime recommandation résonne encore : « Si nous venons à mourir, défendez notre mémoire ».

Fiche d’identité : Didouche Mourad

Nom completDidouche Mourad (ديدوش مراد)
Nom de guerreSi Abdelkader
Surnom historique« Le Saint-Just de la Révolution algérienne » (Yves Courrière)
Date de naissance13 juillet 1927
Lieu de naissanceRue des Mimosas, La Redoute (El Mouradia), Alger
Origine familialeVillage d’Ibskriène, commune d’Aghribs, Kabylie (Tizi Ouzou)
ProfessionCheminot à la gare centrale d’Alger
Parcours militantPPA (1943) → MTLD → OS → CRUA → FLN
Fonction révolutionnaireChef de la Zone II (Nord-Constantinois), Six Historiques du FLN
Date de décès18 janvier 1955 (27 ans)
Lieu du martyreDouar Souadek, Condé-Smendou (actuelle Zighoud Youcef), wilaya de Constantine
Distinctions posthumesPremier chef de zone à tomber au combat, rédacteur de la Déclaration du 1er novembre 1954

1. Origines et jeunesse algéroise

Didouche Mourad naît le 13 juillet 1927 rue des Mimosas, dans le quartier populaire de La Redoute à Alger (actuel El Mouradia). Une anecdote rapportée par les historiens suggère que son père, Si Ahmed (dit Si Saïd), aurait délibérément déclaré la naissance le 13 juillet plutôt que le 14, refusant symboliquement d’associer son fils à la fête nationale française. Ce geste, qu’il soit avéré ou légendaire, témoigne de l’esprit de résistance qui animera toute la famille.

La famille Didouche est originaire du village d’Ibskriène (ou Iveskriyen), dans la commune d’Aghribs en Kabylie, relevant de l’actuelle wilaya de Tizi Ouzou. Comme tant de familles kabyles, elle a émigré vers la capitale au début du XXe siècle pour des raisons économiques, tout en conservant des liens étroits avec le village d’origine. Le père tient une boulangerie dans le quartier de La Redoute, où le jeune Mourad aidera parfois, se distinguant déjà par sa générosité en distribuant du pain gratuitement aux nécessiteux.

Didouche effectue ses études primaires et le cycle moyen à l’école d’El Mouradia, avant de rejoindre le lycée technique du Ruisseau à Alger. Il obtient plusieurs diplômes – le CEP, le CAP et le BEG – ce qui constitue une formation remarquable pour un « indigène » de l’époque. Cette éducation lui confère une maîtrise parfaite du français et un bagage intellectuel qui fera de lui un lettré respecté dans les cercles nationalistes.

Très tôt, le jeune Mourad s’engage dans le mouvement des Scouts Musulmans Algériens (SMA), véritable école du nationalisme où des milliers de jeunes Algériens s’éveillent à la conscience patriotique. En 1946, avec Debbih Cherif, il fonde la troupe de scouts « Al-Amal » (L’Espoir), ainsi que l’équipe sportive « Al-Sarie Al-Riadhi » d’Alger. Il est également l’un des fondateurs du RAMA, club omnisports des hauteurs d’Alger, où la pratique du sport se conjugue avec l’éveil de la conscience nationale.

2. L’éveil nationaliste : du PPA au 8 mai 1945

C’est en 1943, alors qu’il n’a pas encore 16 ans, que Didouche Mourad adhère au Parti du Peuple Algérien (PPA) de Messali Hadj. Cette adhésion précoce témoigne d’une maturité politique exceptionnelle pour son âge. Nourri « à la mamelle du nationalisme », selon l’expression consacrée, le jeune militant développe très tôt la conviction que seule la lutte permettra d’obtenir l’indépendance.

L’année 1945 marque un tournant décisif dans sa vie comme dans l’histoire du mouvement national algérien. En mai, alors que le monde célèbre la victoire sur le nazisme, Didouche participe à l’organisation des manifestations du 8 mai 1945. Ce jour-là, à Sétif, Guelma et Kherrata, les Algériens qui défilent pour fêter la victoire – à laquelle tant de tirailleurs algériens ont contribué – brandissent également le drapeau algérien et réclament la libération de Messali Hadj.

La répression qui s’abat sur le Constantinois est d’une brutalité inouïe. L’armée, l’aviation et les milices coloniales massacrent entre 15 000 et 45 000 Algériens selon les estimations. Pour le jeune Didouche, comme pour toute une génération, ces événements marquent une rupture irréversible. La conviction s’ancre définitivement dans son esprit : l’indépendance ne pourra s’obtenir que par la lutte armée.

Devenu cheminot à la gare centrale d’Alger en 1947, Didouche Mourad milite également à la CGT tout en poursuivant son engagement nationaliste. Il est nommé responsable des quartiers de La Redoute (El Mouradia), du Clos-Salembier (El Madania) et de Bir Mourad Raïs. Cette même année, il organise les élections municipales dans son secteur et se rend en Oranie pour organiser la campagne électorale du MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques) pour l’Assemblée algérienne. Arrêté lors d’une rafle, il réussit à s’enfuir du tribunal, démontrant déjà son audace et sa détermination.

3. L’Organisation spéciale et la clandestinité

En 1947, Didouche Mourad participe à la création de l’Organisation spéciale (OS), la branche armée clandestine du MTLD. Cette structure secrète, dirigée par Hocine Aït Ahmed puis Ahmed Ben Bella, a pour mission de préparer le terrain à une future insurrection armée. Didouche devient rapidement l’un de ses militants les plus actifs, contribuant à l’entraînement des cadres et à la constitution de réseaux clandestins.

En mars 1950, la police coloniale démantèle une grande partie de l’OS. L’affaire dite « de la dissidence de Rehaïm » entraîne l’arrestation de 130 personnes. Le rôle de Didouche Mourad dans l’organisation est mis au jour, mais il parvient à échapper à la capture. Jugé par contumace, il est condamné à 10 ans de prison et entre dans une clandestinité totale qui durera jusqu’à sa mort.

Loin de se terrer, Didouche intensifie son action. En 1952, avec Mostefa Ben Boulaïd et Debbih Cherif, il constitue à Alger un noyau clandestin dont la mission est double : fabriquer des bombes et récupérer les armes laissées en Algérie par les troupes américaines lors de la Seconde Guerre mondiale. Ces préparatifs visent le déclenchement de ce qu’ils appellent la « Révolution nationale ».

Lors de la crise de 1953-1954 au sein du MTLD, qui oppose le Comité Central du parti à Messali Hadj, Didouche se rend en France avec Debbih Cherif. Il y devient l’adjoint de Mohamed Boudiaf à la Fédération de France du MTLD. C’est durant cette période que les deux hommes nouent une amitié indéfectible et partagent une même vision : la nécessité d’un parti véritablement révolutionnaire capable de passer à l’action armée.

4. Le CRUA et la Réunion des 22

Au début de l’année 1954, Didouche Mourad et Ahmed Mahsas élaborent un projet de parti révolutionnaire. En mars 1954, Mohamed Boudiaf et Didouche rentrent en Algérie et reprennent contact avec d’anciens membres de l’OS. De ces contacts naît, le 23 mars 1954, le Comité révolutionnaire d’unité et d’action (CRUA), fondé avec Larbi Ben M’hidi et Mostefa Ben Boulaïd.

La Réunion des 22 : acte fondateur de la Révolution

Le 25 juin 1954, dans une modeste villa du Clos-Salembier (actuel El Madania) appartenant à Lyès Deriche, se tient la réunion secrète qui changera le cours de l’histoire algérienne. Vingt-deux anciens membres de l’OS, tous recherchés par la police coloniale, se réunissent pour décider du déclenchement de la lutte armée.

Les 22 participants : Othmane Belouizdad, Mostefa Ben Boulaïd, Ramdane Benabdelmalek, Benmostefa Benaouda, Lakhdar Bentobal, Rabah Bitat, Zoubir Bouadjadj, Saïd Bouali, Ahmed Bouchaïb, Mohamed Boudiaf, Boudjemaa Souidani, Abdelhafid Boussouf, Lyès Deriche, Didouche Mourad, Abdessalam Habachi, Abdelkader Lamoudi, Larbi Ben M’hidi, Mohamed Mechati, Slimane Mellah, Mohamed Merzoughi, Badji Mokhtar et Zighoud Youcef.

Par un vote anonyme, les 22 décident la « révolution illimitée jusqu’à l’indépendance totale ». Mohamed Boudiaf est élu responsable national à la majorité des deux tiers.

5. Les Six Historiques et la préparation de l’insurrection

À l’issue de la Réunion des 22, un premier « Conseil de la Révolution » est constitué, composé de six membres. Durant l’été 1954, le CRUA obtient le ralliement de Krim Belkacem, qui mène depuis 1947 une rébellion armée en Kabylie. Le groupe des Six Historiques est alors formé, chacun responsable d’une zone géographique.

Les Six Historiques et leurs zones

NomZoneRégion
Mostefa Ben BoulaïdZone IAurès-Némentchas
Didouche MouradZone IINord-Constantinois
Krim BelkacemZone IIIKabylie
Rabah BitatZone IVAlgérois
Larbi Ben M’hidiZone VOranais
Mohamed BoudiafCoordinateurNational

Le 23 octobre 1954, les Six Historiques se réunissent une dernière fois dans un studio photo de l’avenue de la Marne (actuelle Mohamed Boubella) à Bab El Oued. C’est lors de cette réunion qu’est définitivement arrêtée la date du déclenchement de l’insurrection. Plusieurs dates sont envisagées : le 15 novembre, puis le 25. Didouche Mourad objecte : « Le 15 est trop proche et le 25 n’a pas de poids particulier ». Il propose le 1er novembre. Un participant soulève une objection : « Pour les Chrétiens, c’est la fête des morts ». Didouche réplique avec son sens de la formule : « Non, la fête des morts, c’est le 2, le 1er, c’est la Toussaint ».

La célèbre photo des Six Historiques est prise ce jour-là. On y voit, debout de gauche à droite : Rabah Bitat, Mostefa Ben Boulaïd, Didouche Mourad et Mohamed Boudiaf ; assis : Krim Belkacem à gauche et Larbi Ben M’hidi à droite. C’est l’unique photographie où l’on verra les six ensemble.

6. La rédaction de la Déclaration du 1er novembre 1954

Didouche Mourad est l’un des principaux rédacteurs de la Déclaration du 1er novembre 1954, document fondateur du FLN qui expose les objectifs et les moyens de la lutte de libération. L’historien Yves Courrière le surnomme « le Saint-Just de la Révolution algérienne », en référence au jeune révolutionnaire français qui rédigea les textes les plus enflammés de la Révolution de 1789.

C’est le journaliste Mohamed El Aïchaoui qui met par écrit la Déclaration sous la dictée de Mohamed Boudiaf et de Didouche Mourad. La scène se déroule dans le magasin du tailleur Aïssa Kechida, militant du PPA, dans la Casbah d’Alger. Le document sera ensuite acheminé en Kabylie, au village d’Ighil Imoula, où 2 300 exemplaires de l’Appel et 1 100 exemplaires de la Proclamation seront tirés clandestinement au domicile de la famille Zaâmoum.

En octobre 1954, le CRUA se transforme en Front de Libération Nationale (FLN). Le conseil est porté à neuf membres par l’intégration de trois représentants de la délégation du MTLD au Caire : Hocine Aït Ahmed, Ahmed Ben Bella et Mohamed Khider. L’organisation dispose désormais de deux axes fondamentaux : le passage à la lutte armée et l’objectif de l’indépendance comme exigence inconditionnelle.

7. La Toussaint rouge dans le Nord-Constantinois

Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, la « Toussaint rouge » éclate simultanément sur l’ensemble du territoire algérien. Pour le jeune chef de la Zone II, Didouche Mourad – âgé de 27 ans seulement –, c’est l’aboutissement de années de préparation clandestine.

Avec son adjoint Zighoud Youcef, Didouche a jeté les bases d’une organisation politico-militaire dans le Nord-Constantinois. Cependant, les moyens sont extrêmement limités. L’armement provient principalement des caches de l’ancienne Organisation spéciale qui n’ont pas été découvertes par la police en 1950. Face à cette pénurie, les actions de la Zone II dans la nuit du 1er novembre restent modestes.

Didouche Mourad et ses compagnons lancent plusieurs attaques dans les campagnes du Nord-Constantinois, épargnant le chef-lieu de la zone ce jour-là. La caserne de gendarmerie de Condé-Smendou (actuelle Zighoud Youcef) fait partie des cibles attaquées par un groupe d’une vingtaine de moudjahidine. Si le bilan militaire apparaît maigre – environ une centaine d’attentats sur l’ensemble du territoire, une dizaine de morts dans les rangs ennemis –, l’objectif politique est atteint.

Comme l’exprimera Didouche lui-même, le succès réside dans le fait d’avoir « allumé la mèche », en attaquant simultanément des cibles coloniales sur un front de 1 500 kilomètres avec si peu de moyens. Le défi est d’autant plus remarquable que les combattants sont peu nombreux et faiblement armés. La Révolution est désormais lancée, et rien ne pourra plus l’arrêter.

8. La bataille du douar Souadek : mort d’un héros

Moins de trois mois après le déclenchement de la Révolution, le 18 janvier 1955, Didouche Mourad trouve la mort au douar Souadek, près de Condé-Smendou (actuelle commune de Zighoud Youcef), dans la wilaya de Constantine. Il devient le premier des Six Historiques à tomber au champ d’honneur.

La veille, Didouche se trouve à la tête d’un groupe de neuf moudjahidine au maquis de Douar Souadek, situé à 12 kilomètres de Condé-Smendou. Ce lieu, réputé pour son accès difficile, a toujours servi de refuge aux combattants. Selon La Dépêche de Constantine du 19 janvier 1955, un renseignement parvient à la brigade de gendarmerie locale sur la présence du groupe.

Chronologie de la bataille du 18 janvier 1955

  • Aube : Une vingtaine de gendarmes français, sous le commandement du lieutenant Malherbe, se dirige vers le douar Souadek.
  • 8h30 : En longeant l’oued Boukerker, les gendarmes tombent dans une embuscade tendue par les moudjahidine commandés par Didouche Mourad.
  • Premiers échanges : Un gendarme français est tué, un autre blessé. Des renforts de gendarmerie mobile et de sécurité républicaine sont appelés.
  • Journée entière : La bataille se poursuit avec acharnement. Les moudjahidine opposent une résistance farouche.
  • 17h15 : La bataille prend fin. Sept moudjahidine sont tombés, un huitième est grièvement blessé, deux sont faits prisonniers.

Les sept martyrs de la bataille de Douar Souadek sont identifiés par les Français : Bengharsallah Belkacem, Ayache Youcef, Abbes Bouchriha, Ali Belloucif, Mohamed Karboua, Ammar Naas, et un septième inscrit sous le seul nom d’« Abdelkader ». Les autorités françaises ignorent totalement que cet « Abdelkader » est le nom de guerre de Didouche Mourad, l’un des chefs de l’insurrection. Le rapport officiel note même : « Aucun chef de bande notoire ne figure parmi les morts ou les prisonniers ».

Ce détail révèle l’efficacité du cloisonnement des structures révolutionnaires et l’échec des services de renseignement français à suivre les mouvements des premières unités de l’ALN. Ce n’est que plus tard que l’identité réelle du martyr sera découverte. Selon un témoignage, « un para, qui a repéré Didouche à peine âgé de 27 ans, vida son chargeur sur lui ».

Le matériel saisi lors de la bataille témoigne de la précarité des moyens des combattants : six fusils de fabrication italienne et anglaise, six pistolets automatiques, deux bombes artisanales et des munitions. La dépouille de Didouche Mourad est enterrée avec celles de ses compagnons dans une fosse commune du petit cimetière de Condé-Smendou.

La nouvelle de sa mort plonge ses compagnons dans une immense tristesse. Ben M’hidi, Ben Boulaïd, Krim Belkacem et Bitat apprennent la nouvelle avec une peine profonde. Zighoud Youcef, son fidèle adjoint, donnera le prénom de « Mourad » à son nouveau-né en hommage à son frère d’armes. Il lui succédera à la tête de la Zone II et organisera l’offensive du 20 août 1955 dans le Nord-Constantinois.

9. Héritage et mémoire

L’ultime recommandation de Didouche Mourad avant de partir pour le Nord-Constantinois résonne comme un testament : « Si nous venons à mourir, défendez notre mémoire ». L’Algérie indépendante a honoré cette demande en perpétuant le souvenir du jeune révolutionnaire à travers de nombreux hommages.

Lieux portant son nom

Le plus célèbre hommage est la rue Didouche Mourad à Alger, ancienne rue Michelet, l’une des principales artères de la capitale. Ce large boulevard bordé de boutiques et de cafés s’étend sur plus d’un kilomètre, du musée national du Bardo à la place Maurice Audin. Renommée dès 1962, cette avenue prestigieuse témoigne de la place de Didouche dans la mémoire nationale.

La commune de Didouche Mourad, anciennement Bizot, située sur la nationale 3 entre Constantine et Zighoud Youcef, porte également son nom. C’est à proximité de cette localité qu’il trouva la mort. Son quartier natal de La Redoute a été rebaptisé El Mouradia après l’indépendance.

Une statue à son effigie a été érigée dans la commune d’Aghribs, terre d’origine de sa famille en Kabylie. Chaque année, le 18 janvier, date anniversaire de son martyre, des cérémonies officielles se tiennent à Zighoud Youcef et à Aghribs pour honorer sa mémoire.

La portée de son sacrifice

Didouche Mourad incarne la jeunesse algérienne sacrifiée pour l’indépendance. Tombé à 27 ans, il n’a pas vu l’aboutissement de la lutte qu’il avait contribué à déclencher. Mais son sacrifice a galvanisé les combattants et renforcé la détermination du peuple algérien. Le surnom de « Saint-Just de la Révolution algérienne » que lui attribua l’historien Yves Courrière souligne à la fois sa jeunesse, son talent d’orateur et de rédacteur, et l’intransigeance de son engagement.

Le combat se poursuivit sous les ordres de Zighoud Youcef, qui mena l’offensive du 20 août 1955 dans le Nord-Constantinois, puis participa au Congrès de la Soummam en août 1956 avant de tomber à son tour le 23 septembre 1956. La Zone II, devenue Wilaya II après le Congrès de la Soummam, resta l’une des plus actives de la guerre de libération.

10. Chronologie complète

DateÉvénement
13 juillet 1927Naissance de Didouche Mourad rue des Mimosas, quartier de La Redoute (El Mouradia), Alger
1943Adhésion au Parti du Peuple Algérien (PPA) à l’âge de 15 ans
8 mai 1945Participation à l’organisation des manifestations de Sétif, Guelma et Kherrata ; répression sanglante
1946Fondation de la troupe de scouts « Al-Amal » et de l’équipe sportive « Al-Sarie Al-Riadhi » avec Debbih Cherif
1947Devient cheminot à la gare centrale d’Alger ; participe à la création de l’Organisation spéciale (OS)
Mars 1950Démantèlement de l’OS ; Didouche échappe à l’arrestation, condamné par contumace à 10 ans de prison
1952Constitution d’un noyau clandestin avec Mostefa Ben Boulaïd et Debbih Cherif pour préparer la révolution
1953-1954Mission en France comme adjoint de Mohamed Boudiaf à la Fédération de France du MTLD
23 mars 1954Fondation du CRUA avec Boudiaf, Ben M’hidi et Ben Boulaïd
25 juin 1954Réunion des 22 au Clos-Salembier ; vote pour la « révolution illimitée jusqu’à l’indépendance totale »
Été 1954Formation des Six Historiques ; Didouche désigné chef de la Zone II (Nord-Constantinois)
Octobre 1954Le CRUA devient FLN ; rédaction de la Déclaration du 1er novembre avec Boudiaf
23 octobre 1954Dernière réunion des Six Historiques ; photo historique ; fixation de la date du 1er novembre
1er novembre 1954Toussaint rouge : déclenchement de la Révolution ; attaques dans le Nord-Constantinois
18 janvier 1955Martyre de Didouche Mourad à la bataille du douar Souadek (oued Boukerker), premier chef de zone à tomber
1962Indépendance de l’Algérie ; la rue Michelet à Alger est rebaptisée rue Didouche Mourad

11. Questions fréquentes

Qui était Didouche Mourad ?

Didouche Mourad (1927-1955) était un révolutionnaire algérien, cofondateur du FLN et membre des Six Historiques qui ont déclenché la guerre d’indépendance le 1er novembre 1954. Surnommé « Si Abdelkader » et « le Saint-Just de la Révolution algérienne », il était chef de la Zone II (Nord-Constantinois) et l’un des principaux rédacteurs de la Déclaration du 1er novembre. Il fut le premier chef de zone à tomber au combat, le 18 janvier 1955 à la bataille du douar Souadek.

Pourquoi Didouche Mourad est-il surnommé « le Saint-Just de la Révolution algérienne » ?

L’historien français Yves Courrière lui a attribué ce surnom dans son ouvrage « Les fils de la Toussaint » (1968), en référence à Louis Antoine de Saint-Just, jeune révolutionnaire français de 1789 connu pour son éloquence et son intransigeance. Comme Saint-Just, Didouche Mourad était jeune (27 ans à sa mort), cultivé, excellent rédacteur (il rédigea la Déclaration du 1er novembre 1954) et totalement dévoué à sa cause jusqu’au sacrifice suprême.

Comment Didouche Mourad est-il mort ?

Didouche Mourad est tombé au champ d’honneur le 18 janvier 1955 lors de la bataille du douar Souadek, près de Condé-Smendou (actuelle Zighoud Youcef) dans la wilaya de Constantine. À la tête d’un groupe de neuf moudjahidine, il fut repéré par les forces françaises et engagea un combat qui dura de 8h30 à 17h15. Sept combattants algériens tombèrent ce jour-là. Les Français identifièrent le corps sous son nom de guerre « Abdelkader », ignorant qu’il s’agissait de l’un des chefs de l’insurrection.

Quel rôle Didouche Mourad a-t-il joué dans le déclenchement du 1er novembre 1954 ?

Didouche Mourad fut l’un des acteurs majeurs du déclenchement de la Révolution. Cofondateur du CRUA en mars 1954, il participa à la Réunion des 22 en juin où fut décidé le passage à la lutte armée. Membre des Six Historiques, il fut désigné chef de la Zone II (Nord-Constantinois). C’est lui qui proposa la date du 1er novembre. Il rédigea avec Mohamed Boudiaf la Déclaration du 1er novembre 1954 et dirigea les premières attaques dans sa zone, notamment contre la gendarmerie de Condé-Smendou.

Qu’est-ce que la Réunion des 22 et quel rôle y a joué Didouche Mourad ?

La Réunion des 22 s’est tenue le 25 juin 1954 dans une villa du Clos-Salembier (El Madania) à Alger. Vingt-deux anciens membres de l’Organisation spéciale (OS) s’y sont réunis pour décider du déclenchement de la lutte armée. Didouche Mourad était l’un des organisateurs et participants de cette réunion historique. Par un vote anonyme, les 22 ont adopté le principe de la « révolution illimitée jusqu’à l’indépendance totale », donnant naissance au mouvement qui allait devenir le FLN.

Où se trouve la rue Didouche Mourad à Alger ?

La rue Didouche Mourad (anciennement rue Michelet) est l’une des principales artères d’Alger-Centre. Ce large boulevard s’étend sur plus d’un kilomètre, du musée national du Bardo (sur les hauteurs) jusqu’à la place Maurice Audin. Bordée de boutiques de luxe, de cafés et de bâtiments à l’architecture coloniale, elle est accessible par les lignes de bus 9 et 24 ainsi que par la station de métro Khelifa Boukhalfa. La rue a été rebaptisée en hommage au héros dès l’indépendance en 1962.

Sources et références

Cet article a été rédigé à partir de sources historiques multiples : les travaux d’Yves Courrière (Les fils de la Toussaint, Fayard, 1968), les recherches de Mohammed Harbi (La guerre commence en Algérie), les archives de la presse coloniale (La Dépêche de Constantine), les témoignages de la famille révolutionnaire et les documents du Centre de recherche sur le 1er Novembre. Pour approfondir l’histoire de la Révolution algérienne, consultez nos articles sur Mostefa Ben Boulaïd, Larbi Ben M’hidi et Abane Ramdane.

Mourad Didouche

Hassiba Ben Bouali

Mourad Didouche

Mostefa Ben Boulaïd

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