La ville de Médéa en Algérie
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Médéa, l’antique Lambdia des Romains, est la capitale historique du Titteri, perchée à 920 m d’altitude au cœur de l’Atlas tellien. Refondée au Xe siècle par Bologhine ibn Ziri, elle devint au XVIe siècle le siège du beylik du Titteri, l’une des quatre provinces de la régence d’Alger. Symbole de la résistance sous l’Émir Abdelkader qui en fit l’une de ses capitales, Médéa est aujourd’hui célèbre pour ses vignobles d’appellation contrôlée, ses vergers, et un patrimoine ottoman remarquable. La cité ziride d’Achir, première capitale des Zirides, témoigne d’un passé glorieux, tandis que les sommets enneigés de Benchicao (1 240 m) offrent des paysages à couper le souffle.
Sommaire
1. Présentation générale
Médéa (en arabe : المدية) est le chef-lieu de la wilaya du même nom, située dans le centre-nord de l’Algérie. La ville se trouve à 90 km au sud-ouest d’Alger, 24 km au sud de Blida, 48 km à l’est de Khemis Miliana et 42 km au nord de Ksar el Boukhari.
Implantée sur un plateau dans une dépression creusée par l’oued Chiffa entre l’Atlas blidéen et le massif de l’Ouarsenis, au pied du djebel Nador (1 108 m), Médéa occupe une position stratégique entre le Tell et les Hautes Plaines. Cette situation en fit un carrefour commercial majeur et le « trait d’union entre le Tell et le Sahara ».
Un proverbe ottoman disait : « Médéa, ville d’abondance ; si le mal y entre le matin, il en sort le soir ». La ville conserve cette réputation de cité prospère entourée de vergers et de vignobles réputés.
2. Données géographiques et démographiques
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Population (ville) | ~145 000 habitants |
| Population (wilaya) | ~840 000 habitants |
| Superficie (wilaya) | 8 700 km² |
| Nombre de daïras/communes | 19 daïras, 64 communes |
| Code wilaya | 26 |
| Altitude | 920 m (ville), 1 240 m (Benchicao) |
| Climat | Méditerranéen semi-continental (500-700 mm/an) |
| Barrages | Béni Slimane, Boughezoul, Koudia Aserthoun |
| Routes principales | RN1 (Transsaharienne), RN8, RN40 |
| Spécialité | Vignobles AOC, vergers |
3. Histoire : de Lambdia au Titteri
3.1 Origines romaines : Lambdia
Le site de Médéa fut occupé dès l’époque numide. Les Romains y établirent un camp militaire nommé Lambdia (ou Ad Medias, « à mi-chemin » entre Tirinadi/Berrouaghia et Sufnsar/Amourah) sur la voie reliant Caesarea (Cherchell) à Auzia (Sour El Ghozlane). Une borne découverte rend hommage à l’empereur Septime Sévère (198 ap. J.-C.). Un aqueduc de plus de 2 km, visible à Bab Lakouas, témoigne de cette période.
3.2 Période ziride (Xe siècle)
En 972, Bologhine ibn Ziri, fondateur de la dynastie ziride et d’Alger, refondit Médéa. La cité d’Achir, à proximité, devint la première capitale des Zirides. En 1303, les Mérinides de Fès construisirent une citadelle et la mosquée malékite.
3.3 Capitale du beylik du Titteri (XVIe-XIXe siècles)
Après la prise d’Alger par Arudj Barberousse (1516), son frère Khayr ad-Din occupa Médéa en 1517. Sous Hassan Pacha en 1548, Médéa devint la capitale du beylik du Titteri, l’une des quatre provinces de la régence d’Alger. Les beys y résidèrent pendant trois siècles. La ville prospéra comme grand centre d’échanges entre le Tell et les Hautes Plaines, étape des caravanes du Sud.
3.4 L’Émir Abdelkader et la résistance
Après le traité de la Tafna (1837), l’Émir Abdelkader obtint le contrôle du Titteri et fit de Médéa l’une de ses capitales. Il confia le beylik à son frère Mustapha. La ville résista jusqu’en 1840, date de son occupation définitive par les Français après les combats de la Mouzaïa. Le mausolée d’El Berkani, lieutenant de l’Émir qui défendit la ville, perpétue cette mémoire.
3.5 Période coloniale et indépendance
Médéa devint une « riante petite ville » coloniale entourée de vignobles. En 1850, elle abrita l’une des trois médersas créées par les Français (avec Constantine et Tlemcen). Durant la guerre d’Algérie, la région fut un foyer de résistance.
4. Patrimoine et monuments
Dar El-Bey (Palais du Bey)
Cette ancienne résidence des beys du Titteri, datant du XVIe ou XVIIIe siècle, fut occupée un temps par l’Émir Abdelkader. Elle abrite aujourd’hui le Musée National d’Art et Tradition Populaire. La résidence d’été « Haouch El-Bey » subsiste en périphérie.
Mosquées ottomanes
Mosquée verte (Djamaa El Akhdar) : Érigée en 1583, c’est l’un des plus beaux édifices ottomans de la ville.
Mosquée Hannafite et Mosquée Rouge : Bâties au XVIIIe siècle, leurs minarets ont été restaurés.
Cité d’Achir
À proximité de Médéa, Achir fut la première capitale des Zirides au Xe siècle. Ce site archéologique offre un aperçu unique de l’architecture médiévale berbère. Récemment restauré, il témoigne de la puissance de cette dynastie fondatrice d’Alger.
Site de Rapidum (Djouab)
Ce village antique romain récemment restauré présente des vestiges remarquables de l’occupation romaine dans la région.
Forteresse de Boghar
Perchée sur un piton rocheux, cette forteresse offre une vue imprenable sur la région et témoigne de l’importance stratégique du Titteri.
Autres monuments
Le fortin ottoman de M’Sallah, le mausolée de Sidi Sahraoui (saint patron de la ville), la zaouïa Sidi Slimane et les vestiges des remparts (Bab el Akouas, Bab el Berkani, Bab el Koust) complètent ce riche patrimoine.
5. Vignobles et agriculture
Les vins de Médéa
Les vignobles de Médéa sont les plus réputés d’Algérie. Bénéficiant d’une appellation d’origine contrôlée, les vins des coteaux de Médéa sont exportés dans de nombreux pays. L’altitude (920 m), le climat semi-continental et les sols calcaires créent des conditions idéales pour la viticulture.
Vergers et arboriculture
La tradition fruitière remonte aux Morisques (Andalous expulsés d’Espagne) qui développèrent la culture d’arbres fruitiers. Aujourd’hui, la région produit pommes, poires, cerises, abricots et olives.
Céréales et maraîchage
Les plaines environnantes produisent céréales de qualité, asperges renommées et légumes variés. L’oued Chiffa et les barrages assurent l’irrigation.
6. Nature et paysages
Mont Zaccar
Ce sommet de l’Atlas blidéen culmine à 1 576 m et offre des panoramas exceptionnels sur la Mitidja et le Titteri.
Benchicao
Les hauteurs de Benchicao (1 240 m) se couvrent régulièrement de neige en hiver, offrant des paysages alpins uniques en Algérie du Nord.
Gorges du Chiffa
La route reliant Blida à Médéa traverse les spectaculaires gorges du Chiffa, réputées pour leur beauté sauvage et la présence du singe magot.
Djebel Nador
Ce massif de 1 108 m domine la ville et offre des possibilités de randonnée avec vues sur l’ensemble de la région.
7. Économie et industrie
Industrie pharmaceutique
Médéa abrite l’une des plus grandes unités de production d’antibiotiques d’Algérie du groupe Saidal, leader national de l’industrie pharmaceutique.
Artisanat
Les fabriques de chaussures et vestes en cuir de Takbou perpétuent une tradition artisanale réputée.
Agroalimentaire
La transformation des produits agricoles locaux (vins, conserves, huile d’olive) constitue un secteur dynamique.
Position de transit
Située sur la RN1 (Route Transsaharienne), Médéa occupe une position de commandement sur l’axe Alger-Sud algérien, ce qui en fait un important carrefour commercial. Pour l’hébergement, consultez notre guide des hôtels en Algérie.
8. Wilayas limitrophes
| Wilaya | Direction | Distance | Caractéristiques |
|---|---|---|---|
| Blida | Nord | ~24 km | Ville des roses, Chréa |
| Djelfa | Sud | ~150 km | Steppe, moutons, cèdres |
| Bouira | Est | ~80 km | Kabylie, Tikjda, Djurdjura |
| M’Sila | Sud-Est | ~120 km | Hodna, céréales |
| Aïn Defla | Ouest | ~60 km | Vallée du Chélif |
| Tissemsilt | Ouest | ~100 km | Ouarsenis, forêts |
9. Gastronomie
La cuisine de Médéa reflète sa position de carrefour entre le Tell et les Hautes Plaines. Découvrez l’ensemble des spécialités dans notre guide de la cuisine algérienne : 50 recettes.
Spécialités locales
Couscous aux légumes de saison : Préparé avec les produits des vergers locaux.
Tajines aux fruits : Agneau aux coings, poulet aux abricots.
Méchoui : Agneau rôti, spécialité des Hautes Plaines.
Vins de Médéa : Rouges et rosés AOC, accompagnement des repas festifs.
Fruits et confitures : Cerises, abricots, pommes des vergers du Titteri.
Pour plus de recettes, consultez notre article sur les plats traditionnels algériens.
10. Questions fréquentes
Qu’est-ce que le beylik du Titteri ?
Le beylik du Titteri était l’une des quatre provinces de la régence d’Alger sous la domination ottomane (XVIe-XIXe siècles). Médéa en était la capitale depuis 1548. Le bey, gouverneur nommé par le dey d’Alger, administrait ce vaste territoire s’étendant du Tell aux Hautes Plaines. Le beylik prospéra comme centre d’échanges entre les économies complémentaires du nord et du sud.
Pourquoi les vins de Médéa sont-ils réputés ?
Les vins de Médéa bénéficient d’une appellation d’origine contrôlée grâce à des conditions exceptionnelles : altitude de 920 m offrant un climat semi-continental, sols calcaires drainants, ensoleillement optimal et savoir-faire viticole hérité des colons français. Les vignobles des coteaux produisent des vins rouges et rosés de qualité exportés internationalement.
Que visiter à Médéa ?
Les incontournables sont : Dar El-Bey (Musée National d’Art et Tradition Populaire), la mosquée verte (1583), la cité ziride d’Achir (première capitale des Zirides), le site romain de Rapidum à Djouab, la forteresse de Boghar, les remparts et portes ottomanes, les mausolées de Sidi Sahraoui et El Berkani, les gorges du Chiffa, les sommets de Benchicao (1 240 m) et les vignobles des coteaux.
Comment se rendre à Médéa ?
Par la route : Médéa est à 90 km d’Alger via la RN1 (Route Transsaharienne) en passant par les gorges du Chiffa, 24 km de Blida, 48 km de Khemis Miliana. La RN1 rejoint l’autoroute A1 vers Alger au nord et continue vers Laghouat et le Sahara au sud. Bus et taxis assurent les liaisons régulières. L’aéroport le plus proche est Alger-Houari Boumediene (90 km).
Quel est le lien entre Médéa et l’Émir Abdelkader ?
Après le traité de la Tafna (1837), l’Émir Abdelkader obtint le contrôle du Titteri et fit de Médéa l’une de ses capitales. Il résida dans le palais du Bey (Dar El-Bey) et confia le gouvernement à son frère Mustapha. La ville symbolisa la résistance jusqu’à sa chute en 1840. Le mausolée d’El Berkani, son lieutenant qui défendit la cité, témoigne de cette période héroïque.
Qu’est-ce que la cité d’Achir ?
Achir fut la première capitale de la dynastie ziride au Xe siècle, fondée par Ziri ibn Menad, père de Bologhine (fondateur d’Alger). Ce site archéologique, récemment restauré, offre un aperçu unique de l’architecture médiévale berbère. Les Zirides, représentant le califat fatimide, firent d’Achir un centre de pouvoir majeur avant de déplacer leur capitale vers d’autres villes.
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