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La ville d’El-Taref en Algérie

El Tarf, à l’extrême nord-est de l’Algérie, abrite un trésor écologique unique en Méditerranée : le parc national d’El Kala, classé réserve de biosphère par l’UNESCO depuis 1990. Cette wilaya frontalière de la Tunisie déploie 90 km de littoral préservé, ponctué de lacs d’exception — Tonga, Oubeira, El Mellah — classés sites Ramsar. Terre du corail rouge exploité depuis le Moyen Âge, refuge du cerf de Berbérie endémique, El Tarf conjugue forêts de chênes-lièges, zones humides d’importance internationale et plages sauvages. Entre le Bastion de France historique et les flamants roses du lac des Oiseaux, cette wilaya est un sanctuaire pour la biodiversité méditerranéenne.

1. Présentation générale

El Tarf (en arabe : الطارف, en berbère : ⴻⵍ ⵜⴰⵔⴼ) est le chef-lieu de la wilaya du même nom, située à l’extrême nord-est de l’Algérie, à la frontière tunisienne. La ville se trouve à 77 km à l’est d’Annaba et à environ 600 km d’Alger.

La wilaya s’étend dans la Kroumirie, région montagneuse partagée avec la Tunisie, au nord des monts de la Medjerda. Elle longe la frontière depuis la Méditerranée jusqu’aux reliefs de Souk Ahras au sud.

Créée en 1984 lors du découpage administratif, la wilaya était auparavant rattachée à Annaba. Elle se distingue par son caractère à la fois frontalier, littoral et forestier, abritant l’un des plus grands complexes de zones humides du Maghreb.

2. Données géographiques et démographiques

CaractéristiqueDonnée
Population (wilaya)~510 000 habitants
Superficie2 908 km²
Densité~175 hab./km²
Nombre de daïras/communes7 daïras, 24 communes
Code wilaya36
Littoral~90 km
Pluviométrie~1 200 mm/an
Parc nationalEl Kala (80 000 ha)
Sites RamsarLacs Tonga, Oubeira, El Mellah
FrontièreTunisie (est)

3. Histoire : du corail au Bastion de France

3.1 Préhistoire et Antiquité

Le patrimoine préhistorique remonte au paléolithique inférieur, attesté par des outils lithiques. Des vestiges mégalithiques (dolmens, meules, sarcophages) parsèment les massifs de Bougous, Segleb et djebel El Ghorra. La région a livré le plus grand nombre de pièces des périodes punique et libyque en Algérie.

Les Phéniciens établirent un comptoir au Cap Segleb (Cap Roux). Les Romains développèrent la céréaliculture et l’oléiculture, comme en témoignent les pressoirs à huile découverts dans les piémonts.

3.2 Le commerce du corail (Xe-XIXe siècle)

Dès le Xe siècle, le géographe Ibn Hawqal décrit Mers El Kherraz (« le port aux breloques ») comme une cité de riches marchands spécialisés dans le négoce du corail rouge. En 1287, une escadrille sicilienne pilla la ville, attirée par ces richesses.

L’arrivée des artisans andalous donna une impulsion décisive à l’industrie coraillère. Au XVIe siècle, deux négociants marseillais d’origine corse, Thomas Lenche et Carlin Didier, obtinrent de la Régence d’Alger l’autorisation d’exploiter le corail. En 1553, ils fondèrent le Bastion de France, premier établissement français en Algérie, à 10 km à l’ouest d’El Kala.

3.3 Le Bastion de France

La Compagnie des concessions d’Afrique devint un foyer actif où des milliers de pêcheurs méditerranéens, surtout italiens, s’installèrent. Les bénéfices considérables profitaient aux tribus locales : Mazoules, Nahds, Henenchas. Outre le corail, le commerce s’étendit aux céréales, cuirs, chevaux et laines, en échange de draps, soieries et armes.

3.4 Période coloniale et guerre d’Algérie

La Calle fut définitivement occupée en 1836. Durant la guerre d’Algérie, la région du « Bec de Canard » (territoire tunisien s’enfonçant dans l’Algérie) servit de base arrière à l’ALN. Après l’indépendance, El Tarf dépendit d’Annaba jusqu’à sa promotion en wilaya en 1984.

4. Parc national d’El Kala

Présentation

Créé le 23 juillet 1983, le parc national d’El Kala couvre 80 000 hectares, faisant de lui le plus vaste parc naturel du nord de l’Algérie. Classé réserve de biosphère par l’UNESCO en 1990, il représente la deuxième réserve d’Algérie après le Tassili n’Ajjer.

Écosystèmes

Le parc offre une mosaïque exceptionnelle d’écosystèmes : forestiers (chênes-lièges, chênes zéens), lacustres, dunaires, marins et marécageux. Cette diversité, rare dans le bassin méditerranéen, en fait un sanctuaire pour la biodiversité.

Faune remarquable

Cerf de Berbérie (Cervus elaphus barbarus) : Endémique d’Afrique du Nord (Algérie-Tunisie), cette sous-espèce du cerf élaphe est classée espèce protégée par l’UICN. Elle survit dans une étroite bande frontalière.

Oiseaux : Des centaines d’espèces migratrices et nicheuses — flamants roses, cormorans, rapaces diurnes, échassiers — font halte dans les zones humides.

Autres mammifères : Sangliers, renards, hyènes tachetées peuplent les forêts.

Anguille européenne : Ce poisson migre des lacs du parc jusqu’à la mer des Sargasses (5 400 km) pour se reproduire.

Flore

Les forêts de chênes-lièges dominent, mêlées aux chênes zéens. Les zones humides abritent des espèces rares : châtaigne d’eau (Trapa natans), nénuphar blanc, nénuphar jaune, ainsi que des aulnaies (forêts humides d’aulnes glutineux) comme celle d’Aïn Khiar (170 ha).

5. Les lacs et zones humides

Les zones humides du parc, classées sites Ramsar en 1983, forment le plus important complexe lacustre du Maghreb, totalisant 5 956 hectares.

Lac Tonga

Lac profond bordé d’une importante forêt d’aulnes. Site d’hivernage et de nidification privilégié pour l’avifaune migratrice.

Lac Oubeira

Lac d’eau douce naturelle, peuplé de poissons et lieu de passage pour des oiseaux migrateurs de diverses espèces. Sa flore aquatique rare (nénuphars, scirpes) en fait un joyau écologique.

Lac El Mellah

Lagune d’eau saumâtre (« mellah » signifie « salé »), dont la salinité varie selon les saisons. Elle accueille flamants roses, cormorans et anguilles migratrices.

Lac des Oiseaux

Situé hors du parc, ce lac peu profond de 170 hectares (classé réserve naturelle en 2003) accueille chaque année des millions d’oiseaux migrateurs. La commune éponyme en tire son nom.

Marais de la Mékhada

Zone humide d’importance internationale, également située hors des limites du parc.

6. El Kala, la ville du corail

Présentation

El Kala (anciennement La Calle), à 18 km de la frontière tunisienne, est la quatrième commune la plus peuplée de la wilaya. Bâtie sur des rochers dominant la mer, elle dispose d’un littoral de 35 km et de 12 plages.

Patrimoine historique

Fort Moulin : Vestige ottoman sur les hauteurs du port, destiné à l’exploitation du corail.

Bastion de France (XVIIe siècle) : Ancien comptoir commercial, classé site historique depuis 1830.

Ksar El Djadj (Bordj El Romaine) : Palais datant de l’époque romaine, entouré de forêt.

Cap Segleb : Vestiges phéniciens et forteresse génoise du IXe siècle.

Vieille église du XVIIe siècle.

Artisanat

El Kala perpétue la tradition du corail rouge. Deux unités fabriquent des bijoux de corail et des pipes en bruyère. Une partie de la production est destinée aux bijoutiers des Beni Yenni (Kabylie). Le Festival du corail, relancé après 1998, célèbre chaque année cet héritage.

Activités économiques

Tourisme balnéaire, agriculture, élevage et pêche constituent les principales activités. Un nouveau port de pêche a été inauguré en 2015, l’ancien port étant réservé à la plaisance et aux activités touristiques.

7. Plages et tourisme

Un littoral préservé

La wilaya offre 90 km de côtes et plus de 25 plages, dans un cadre naturel exceptionnel où la mer côtoie lacs et forêts.

Principales plages

Messida : La plus vaste et la plus aménagée, prisée des familles.

Cap Rosa : Criques sauvages au pied du phare historique (érigé en 1906, à 120 m d’altitude).

El Aouinet et Vieille Calle : Cadre naturel idéal pour la plongée.

Cap Segleb : Plages au pied des vestiges phéniciens et génois.

Zones d’expansion touristique

Deux ZET majeures : Messida et Cap Rosa, au cœur du parc national.

Activités

Baignade, plongée, observation ornithologique, randonnées forestières, pêche sportive. Les forêts et les lacs offrent un cadre exceptionnel pour l’écotourisme.

Pour l’hébergement, consultez notre guide des hôtels en Algérie.

8. Wilayas limitrophes

Wilaya/PaysDirectionDistanceCaractéristiques
AnnabaOuest/Nord-Ouest~77 kmSidérurgie, port
GuelmaOuest/Sud-Ouest~90 kmThermalisme, agriculture
Souk AhrasSud~100 kmSaint Augustin, Thagaste
TunisieEst18 km (El Kala)Kroumirie, Tabarka

9. Gastronomie

La cuisine d’El Tarf marie produits de la mer, de la forêt et de la terre. Découvrez l’ensemble des spécialités dans notre guide de la cuisine algérienne : 50 recettes.

Spécialités locales

Poissons et fruits de mer : Sardines, dorades, crevettes des ports d’El Kala et Zemmouri.

Raisin d’El Tarf : Réputé parmi les meilleurs du pays.

Miel de forêt : Production des chênaies.

Huile d’olive : Tradition remontant à l’époque romaine.

Pour plus de recettes, consultez notre article sur les plats traditionnels algériens.

10. Questions fréquentes

Qu’est-ce que le parc national d’El Kala ?

Créé en 1983 et classé réserve de biosphère par l’UNESCO en 1990, le parc national d’El Kala couvre 80 000 hectares, ce qui en fait le plus vaste parc naturel du nord de l’Algérie. Il abrite une mosaïque d’écosystèmes (forêts, lacs, dunes, zones humides) et des espèces emblématiques comme le cerf de Berbérie. Trois de ses lacs (Tonga, Oubeira, El Mellah) sont classés sites Ramsar d’importance internationale.

Pourquoi El Kala est-elle surnommée « la ville du corail » ?

Depuis le Moyen Âge, El Kala (anciennement Mers El Kherraz, « le port aux breloques ») est réputée pour l’exploitation du corail rouge méditerranéen. Au XVIe siècle, des négociants marseillais y fondèrent le Bastion de France, premier établissement français en Algérie. Aujourd’hui encore, des artisans fabriquent des bijoux de corail, et le Festival du corail célèbre cet héritage chaque année.

Qu’est-ce que le cerf de Berbérie ?

Le cerf de Berbérie (Cervus elaphus barbarus) est une sous-espèce du cerf élaphe, endémique d’Afrique du Nord (Algérie-Tunisie). Classé espèce protégée par l’UICN, il survit dans une étroite bande frontalière incluant le parc national d’El Kala. C’est l’un des symboles de la biodiversité exceptionnelle de la région.

Quelles sont les meilleures plages d’El Tarf ?

La wilaya compte plus de 25 plages sur 90 km de littoral. Les plus réputées sont : Messida (la plus grande et la mieux aménagée), Cap Rosa (criques sauvages sous le phare historique), El Aouinet et la Vieille Calle (plongée), Cap Segleb (vestiges antiques). Les zones d’expansion touristique de Messida et Cap Rosa offrent un cadre exceptionnel au cœur du parc national.

Comment se rendre à El Tarf ?

Par la route : RN44 depuis Annaba (77 km) ou depuis la frontière tunisienne. La wilaya est reliée à l’autoroute Est-Ouest. Par avion : l’aéroport d’Annaba (Rabah Bitat) est le plus proche. El Kala se trouve à 18 km de la frontière tunisienne, permettant des excursions vers Tabarka. Le réseau routier dessert les principales communes : El Tarf, El Kala, Besbes, Dréan, Bouhadjar.

 

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