Colonel Si El Haouès
- Dzaïr Zoom / 9 ans
- 11 juillet 2017

Colonel Si El Haouès : Le Lion des Aurès, Héros de la Wilaya VI et Martyr de Djebel Thameur
Biographie complète d’Ahmed Ben Abderrazak Hamouda (1923-1959), figure emblématique de la révolution algérienne, tombé aux côtés du Colonel Amirouche dans l’une des batailles les plus héroïques de la guerre d’indépendance.
📍 Aurès • Sahara • Djebel Thameur
⭐ Colonel de l’ALN
Parmi les grandes figures de la guerre d’indépendance algérienne, le Colonel Si El Haouès occupe une place particulière. Né dans les montagnes des Aurès, ce fils de commerçant devenu révolutionnaire a consacré sa vie à la libération de l’Algérie. Chef de la Wilaya VI historique (Sahara), il a joué un rôle crucial dans l’extension de la lutte armée aux régions sahariennes et dans l’unification des forces révolutionnaires. Sa mort héroïque le 28 mars 1959, aux côtés du légendaire Colonel Amirouche, lors de la bataille de Djebel Thameur, reste l’un des épisodes les plus tragiques et glorieux de la révolution.
🌄 Jeunesse et éveil nationaliste (1923-1954)
Une enfance dans les Aurès
Ahmed Ben Abderrazak Hamouda, qui deviendra célèbre sous le nom de guerre Si El Haouès, naît en 1923 à M’Chouneche, un village niché dans les montagnes des Aurès, aujourd’hui situé dans la wilaya de Biskra. Il grandit au sein d’une famille relativement aisée pour l’époque coloniale, ce qui lui permet de recevoir une éducation traditionnelle.
Sous la tutelle de son père, il apprend le Coran à la zaouïa locale et s’initie à la langue arabe et à la théologie islamique. Cette éducation religieuse forgera son caractère et lui inculquera les valeurs de discipline, de rigueur et de dévouement qui le caractériseront tout au long de sa vie.
La région des Aurès, terre de résistance ancestrale, sera le théâtre du déclenchement de la révolution le 1er novembre 1954, sous la direction de Mostefa Ben Boulaïd. C’est dans ce contexte géographique et historique particulier que s’est forgé le destin de Si El Haouès.
Le commerçant engagé
En 1937, à la mort de son père, le jeune Ahmed, alors âgé de 14 ans, doit prendre en charge sa famille. Il se lance dans le commerce de dattes, une activité qui l’amène à sillonner l’Algérie et à multiplier les contacts. Ces déplacements commerciaux deviennent rapidement l’occasion de tisser des liens avec les figures du mouvement nationaliste.
C’est ainsi qu’il rencontre les plus éminents leaders du mouvement national algérien, notamment Larbi Ben M’hidi, Mostefa Ben Boulaïd et Mohamed Chérif Saâdane. Ces rencontres déterminantes éveillent sa conscience politique et le poussent vers l’engagement militant.
L’adhésion au mouvement national
Si El Haouès rejoint le Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (MTLD) de Messali Hadj, puis intègre l’Organisation Spéciale (OS) en 1947, branche paramilitaire clandestine du parti. Son engagement lui vaut d’être surveillé par la police coloniale française, ce qui l’oblige à s’exiler temporairement en France pour échapper à la répression.
⚔️ L’engagement révolutionnaire (1954-1957)
Le retour au pays pour la révolution
À l’aube du 1er novembre 1954, date du déclenchement de la guerre d’indépendance, Si El Haouès rentre en Algérie et rejoint immédiatement le premier contingent de moudjahidine. Son engagement est total et immédiat.
Quelques jours seulement après le début de l’insurrection, il se voit confier une mission cruciale en France : informer les travailleurs algériens émigrés de la réalité de la révolution et de ses objectifs. Cette mission de propagande et de contre-information vise à démentir les « contrevérités » diffusées par les médias coloniaux qui cherchent à dénaturer la réalité du soulèvement.
« Si El Haouès se distinguait par sa grande discipline, sa sagesse, sa rigueur, sa capacité d’organisation et sa culture politique. Il avait mis à profit ces qualités pour mobiliser les populations de la région des Aurès en faveur de la cause nationale. »
Moudjahid Mustapha Maâzouzi
Témoignage historique
L’intégration à l’ALN et la mission au Sahara
Au printemps 1955, Si El Haouès revient en Algérie et rejoint officiellement les rangs de l’Armée de Libération Nationale (ALN). Il met immédiatement sa fortune personnelle au service de la révolution, fournissant aux combattants une quantité considérable de vêtements et une importante somme d’argent.
En septembre 1955, sur décision du commandement des Aurès, il est affecté au Sahara avec une mission stratégique : élargir la base de la lutte armée dans cette région immense et difficile. Cette affectation témoigne de la confiance que lui accordent les dirigeants de la révolution et de sa capacité à opérer dans des conditions extrêmes.
La rencontre avec Amirouche et le Congrès de la Soummam
En janvier 1957, Si El Haouès rencontre le Colonel Amirouche, le redoutable chef de la Wilaya III (Kabylie), surnommé « le Loup de l’Akfadou ». Les deux hommes étudient ensemble les modalités d’application des décisions du Congrès de la Soummam d’août 1956, événement fondateur qui a structuré politiquement et militairement la révolution.
De retour dans sa région, Si El Haouès organise une réunion de tous ses cadres pour les informer des décisions du Congrès. Cette capacité à transmettre les directives et à organiser les structures révolutionnaires révèle ses qualités de meneur d’hommes.
🏜️ Chef de la Wilaya VI historique (1957-1959)
L’ascension au commandement
En juin 1957, Si El Haouès revient de Tunis avec le grade de capitaine et la fonction de chef de la troisième région de la Wilaya I (Aurès-Nememcha). Ses qualités de commandement et son dévouement lui valent une promotion rapide au grade de commandant.
Après la mort d’Ali Mellah, il est nommé chef de la Wilaya VI historique, qui couvre l’immense région du Sahara algérien. Le 15 avril 1958, le CCE (Comité de Coordination et d’Exécution) confirme sa nomination et l’élève au grade de colonel.
🗺️ La Wilaya VI historique : un enjeu stratégique
La Wilaya VI couvrait le Sahara algérien, région d’une importance stratégique capitale. Le colonialisme français cherchait à détacher le Sahara du reste de l’Algérie pour conserver le contrôle des ressources pétrolières et gazières découvertes à Hassi Messaoud et Hassi R’Mel.
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Mission : Étendre la révolution au Sahara et contrer le projet de séparation coloniale - 🤝
Unification : Réconcilier les tribus rivales (Ghamra et Ouled Naïls) pour l’unité nationale - 📚
Éducation : Former des cadres militaires et politiques pour la révolution
L’artisan de l’unité nationale
À la tête de la Wilaya VI, Si El Haouès entreprend une immense tâche d’éducation et d’unification. Le journal El Moudjahid, organe officiel du FLN, témoigne : « Si Haouès entreprit à la tête de la wilaya, une immense tâche d’éducation. Il s’attacha notamment à combattre les particularismes régionaux et la politique des Sofs. »
En 1956, il réussit un exploit politique majeur : réconcilier les Ghamra (région de Biskra) et les Ouled Naïls d’Oued Jellal, que séparait une vieille animosité génératrice de conflits incessants. Cette réconciliation illustre ses talents de diplomate et sa vision d’une Algérie unie au-delà des clivages tribaux.
La réunion des colonels (novembre 1958)
Au début du mois de novembre 1958, Si El Haouès participe à la célèbre réunion des colonels de l’ALN, un événement historique qui rassemble les chefs de l’intérieur. Autour d’Amirouche (Wilaya III), on trouve Si M’hamed (Wilaya IV), Si El Haouès (Wilaya VI) et Hadj Lakhdar (Wilaya I).
Après examen de la situation générale de la révolution, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, les colonels décident de déléguer Amirouche et Si El Haouès pour rencontrer le GPRA à Tunis et exposer les difficultés des maquis de l’intérieur. Cette mission sera leur dernière.
⚔️ La bataille de Djebel Thameur : le sacrifice suprême
La mission vers Tunis
En exécution de la décision de la réunion des colonels, Amirouche quitte la Wilaya III en mars 1959 pour rejoindre Si El Haouès aux environs de Boussaâda. Ensemble, ils doivent rallier Tunis pour rencontrer le GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne).
Le parcours de l’Akfadou à Tunis est une expédition d’une durée illimitée et d’un danger permanent. Les deux colonels et leur escorte d’environ 40 moudjahidine, accompagnés du commandant Amor Driss, progressent vers le sud, entre Djelfa et Boussaâda, avant de rejoindre la frontière tunisienne.
Le colonel Ducasse du 6e RPIMa (Régiment de Parachutistes d’Infanterie de Marine), informé de l’itinéraire et des horaires, décide de leur tendre une embuscade entre le Djebel Thameur et le Djebel Djininibia, à 75 kilomètres au sud de Boussaâda. Les circonstances exactes de cette fuite d’informations restent controversées.
Le 28 mars 1959 : un combat inégal mais héroïque
Le 28 mars 1959, à Djebel Thameur, près d’Aïn Farès dans la région de Bordj l’Agha, l’embuscade se referme sur les moudjahidine. Ce qui commence comme un accrochage se transforme en une bataille meurtrière.
40 moudjahidine font face à 2 500 soldats français. L’armée coloniale mobilise la Légion étrangère, le 2e escadron du 1er régiment de spahis, un régiment d’infanterie, l’aviation et l’artillerie. Les maquisards se réfugient dans les grottes des falaises.
Les quarante hommes de l’escorte résistent avec un courage extraordinaire. Amirouche et ses hommes, cachés dans les grottes des falaises, rendent impossible toute approche. L’aviation et les canons des EBR Panhard pilonnent les positions toute la journée.
Après un combat violent et inégal, on dénombre 35 martyrs algériens, dont les colonels Si El Haouès et Amirouche, le commandant Larbi Baarir et le lieutenant Mohamed Benslimane. Seulement 5 moudjahidine sont faits prisonniers.
La récupération des corps et la propagande coloniale
Un hélicoptère Sikorsky H-34 se pose en fin d’après-midi pour ramasser les corps « importants » d’Amirouche et de Si El Haouès. Un cousin d’Amirouche, ramené de Tassaft, identifie formellement le corps du colonel devant les journalistes. L’armée française fait embaumer les corps et de nombreux officiers se font photographier devant les dépouilles.
En hâte, l’armée fait imprimer des milliers de tracts que les avions répandent sur les maquis de toutes les wilayas : « Le chef de la wilaya III, Amirouche, le chef de la wilaya VI, Si El Haouès, sont morts. Quittez ceux qui vous conduisent à une mort inutile et absurde. Ralliez-vous ! Vous retrouverez la paix ! »
« Cela ferait deux morts glorieux de plus que compterait notre cause, mais n’entamerait pas la ferme résolution de nos combattants. »
Communiqué du GPRA
Réponse à l’annonce de la mort des colonels
🏛️ Héritage et mémoire du Colonel Si El Haouès
Un symbole de l’unité nationale
Le Colonel Si El Haouès incarne plusieurs valeurs fondamentales de la révolution algérienne : l’unité nationale au-delà des particularismes tribaux et régionaux, le sacrifice personnel pour la cause collective, et la vision d’une Algérie indépendante et indivisible, du Nord au Sahara.
Sa mort aux côtés d’Amirouche, un Kabyle aux côtés d’un Chaoui, symbolise parfaitement cette unité nationale que prônait la révolution. Le président Abdelmadjid Tebboune a souligné que « leur mort prouve que la guerre de libération nationale était une lutte qui a embrasé le territoire national tout entier ».
La commémoration du 28 mars
Chaque année, le 28 mars, l’Algérie commémore l’anniversaire de la mort des colonels Amirouche et Si El Haouès. Un musée dédié aux deux héros a été érigé à proximité du monument commémorant la bataille de Djebel Thameur, et a été agrandi pour accueillir davantage de visiteurs.
Les enseignements de son parcours
L’historien Noureddine Kezzoula, professeur à l’université de Biskra, souligne que « les positions et le parcours de Si El Haouès, ainsi que d’autres héros de la lutte armée pour l’indépendance, doivent faire l’objet d’études et de recherches pour bénéficier aux générations montantes ».
Son exemple continue d’inspirer les Algériens : celui d’un homme qui a su dépasser les clivages tribaux, mettre sa fortune au service de la cause nationale, et donner sa vie pour l’indépendance de son pays aux côtés de ses frères d’armes.
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❓ Questions fréquentes sur le Colonel Si El Haouès
🇩🇿 Un héros pour l’éternité
Le Colonel Si El Haouès reste l’une des figures les plus respectées de la révolution algérienne. Son parcours, de commerçant des Aurès à chef de la Wilaya VI, illustre la capacité de transformation des hommes face à l’injustice coloniale. Sa mort héroïque aux côtés d’Amirouche, dans un combat inégal contre l’armée française, symbolise le sacrifice suprême consenti par toute une génération pour l’indépendance de l’Algérie. Son message d’unité nationale, au-delà des clivages tribaux et régionaux, résonne encore aujourd’hui comme un héritage précieux pour les générations futures.






































































































































































































































































































































































































































































































































































































